GRENADIER. — PUNICA. L. J
Calice infundibuliforme, presque campanulé, à cinq divisions. Corolle de cinq pétales chiffonnés. Etamines très nombreuses, garnissant les parois du tube calicinal. Style épais à sa base. Stigmate simple. Fruit sec et coriace, couronné par le tube et les dents du calice, à plusieurs loges contenant un grand nombre de graines charnues.
Grenadier commun. Punica granalum. L. Sp. 676.
Noms pharmaceutiques : grannti pomum et balaustia. Parties usitées : les fruits, les fleurs y l'écorce de la racine.
Arbre de quinze à vingt pieds de haut, dont le tronc est très inégalj souvent couvert de petites épines ou rameaux avortés, et offrant des feuilles opposées, courtement pétiolées, elliptiques, alongées, entières, luisantes, glabres; des fleurs d'un beau rouge, solitaires à l'extrémité des rameaux, presque sessiles. Leur calice est coloré, infundibuliforme, épais et charnu, adhérent par sa partie la plus inférieure avec l'ovaire infère, un peu dilaté au dessus, puis étalé et à cinq divisions semi-lancéolées, offrant vers leur pointe, à la partie supérieure, un petit tubercule charnu et aigu. Lear corolle se compose de cinq péljles insérés à la par-
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lie supérieure du tube, sessiles, arrondis, entiers, un peu en gouttière et chiffonnés. Les étamines sont libres et très nombreuses, attachées à toute la paroi interne du tube du calice, égales entre elles, plus courtes que les divisions calicinales; ûiels rouges, glabres, subulés. Anthères presque réniformes, jaunes, à deux loges. Ovaire infère, adhérent avec la partie la plus inférieure du tube du calice, à plusieurs loges, disposées sur deux étages superposés, renfermant un grand «ombre d'ovules attachés à des trophospermes gros et saillans qui occupent la base et le côté interne de chaque loge. Style simple, ayant à peu prèsla foYme d'une bouteille, c'estàdire renflé et plus épais inférieurement, rétréci à la partie supérieure; il est lisse et glabre, terminé par un stigmate aplati, glandulaire et disciforme. Le fruit est une capsule globuleuse, poroiforme, de la grosseur du poing, couronnée par le tube et les dents du calice ; son péricarpe, d'un jaune rougeâtre, est dur, coriace, partagé intérieurement en un grand nombre de loges disposées en deux séries superposées, et séparées par des cloisons minces et membraneuses. Les graines sont nombreuses, irrégulièrement polyédriques ; leur tégument propre est très épais, charnu extérieurement, et recouvre un embryon dépourvu d'endosperme, dressé, ayant les cotylédons roulés sur eux-mêmes.
Les côtes septentrionales de l'Afrique, baignées par la Méditerranée, paraissent être la véritable patrie du grenadier. Les Romains l'introduisirent en Italie à l'époque des guerres de Carthage, et de là il s'est répandu dans tout le midi de l'Europe , où on le cultive assez abondamment. Mais il craint le froid, et dans le centre de la France il ne peut être cultivé en pleine terre : il n'y forme qu'un arbrisseau rabougri dont les fruits ne mûrissent jamais ; tandis qu'en Provence il constitue des arbres de moyenne taille, analogues à nos pommiers, et se couvrant chaque année de fruits qu'on nomme grenades, et qui parviennent à une parfaite maturité. On cultive fréquemment le grenadier dans nos orangeries, à cause de la belle couleur rouge de ses fleurs, qui doublent avec une grande facilité.
Toutes les parties du grenadier sont inodores ; aussi n'y apcrroit-on pas ces glandes vésiculeuses et transparentes qui ren-
MYRTINÉES. "0L>
(lent la plupart des autres Myrtacées suaves et odoriférantes.
Propriétés et usages. Les balaustes ou fleurs du grenadier ont une saveur extrêmement astringente, principalement due au tannin et à l'acide gallique qu'elles renferment en abondance. Aussi tous les observateurs s'accordent-ils à reconnaître à ce médicament une action tonique et astringente fort énergique. On emploie la décoction de balaustes soit à l'intérieur, soit à l'extérieur. C'est surtout contre la diarrhée chronique que l'on en fait usage, lorsque tous les symptômes d'irritation ont disparu. On emploie alors cette décoction, soit en tisane que l'on édulcore avec le sirop de coings, ou tout autre, soit sous forme de lavement. Elle sert aussi à préparer des lotions et injections astringentes. On peut en dire à peu près autant de l'écorce du fruit, ou du péricarpe, que l'on désigne dans les pharmacies sous le nom de maUcorium. Il est très astringent, et jouit des mêmes propriétés que les fleurs^ cependant on ne l'emploie guère qu'à l'extérieur. Dans les pays où les grenadiers sont communs, on se sert de cette partie pour le tannage des cuirs.
Les graines renfermées dans les grenades sont rougeâtres, charnues, succulentes^ et généralement d'une saveur aigrelette agréable. On les mange dans les régions méridionales , où elles sont fort utiles pour étancher la soif et rafraîchir la bouche pendant les grandes chaleurs de l'été. On peut aussi en préparer des boissons rafraîchissantes , dans les irritations lé« gères des organes de la digestion , et en général dans tous les cas où l'usage des acidulés est indiqué.
Dioscoride et Pline parlent dans leurs ouvrages de la racine de grenadier pour combattre le tœnia ou ver solitaire. Mais cette propriété avait été négligée par tous les médecins jusqu'à ce que le docteur Buchanan, qui exerçait la médecine à Calcutta, ait rappelé [Edinb. med. and surg. Journ. III, p. 22) l'attention des praticiens sur l'efficacité de ce moyen. Il paraît que dans l'Inde l'usage de l'écorce de racine de grenadier était général et très ancien.
Dans ces dernières années, M. le docteur Gomes , de Lisbonne , a publia un mémoire intéressant sur ce sujet, dont M. Mérat nous a donné la traduction dans le Journ. compté-
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ment, des sciences médicales (t. 16, p. 24). Depuis cette époque, un très grand nombre de praticiens ont employé avec succès ce médicament , et les journaux de médecine sont remplis des détails de leurs observations (1). Analysée par M. Mitouart {fourn. pharin., juillet 1824), cette écorce a donné du tannin , une matière analogue à la cire, une substance sucrée, dont - partie est soluble dans l'alcool et partie dans l'eau; la première crislallisable , la seconde ayant les caractères de la mannite; et enfin de l'acide gallique libre dans des proportions très marquées.
Quelquefois on substitue frauduleusement dans le commerce la racine d'épine-vinette [Berberïs vulgaris) à celle du grenadier. Cette fraude , qui a été signalée par M. Godefroy [fourn. pliarm., février (828), se reconnaîtra facilement .- si on verse de l'acétate de plomb dans la teinture aqpeuse de grenadier, elle sera entièrement décolorée , tandis que celle d'épine-vinette ne sera pas sensiblement altérée.
On doit préférer la racine de grenadier qui provient des régions méridionales de l'Europe ou des côtes de la Barbarie , à celle des individus chélifs que nous cultivons aux environs de Paris , où l'on ne conserve le grenadier qu'en le rentrant pendant l'hiver dans la serre tempérée.
Voici la manière dont on administre ce médicament :
En général , on purge le malade avec deux onces d'huile de ricin ou tout aulre médicament purgatif, la veille au soir du jour où doit être donnée la décoction de racine de grenadier. Le malade doit conserver la diète. Le lendemain, on administre la décoction , qui doit être préparée de la manière suivante : on prend environ deux onces de racine de grenadier concassée que l'on fait macérer pendant vingt-quatre heures dans deux livres d'eau. Après ce temps , on fait bouillir jusqu'à réduction de moitié , et l'on passe. Le liquide ainsi réduit se donne en trois doses de demi-heure en demi-heure. Il arrive assez souvent que la première ou la seconde dose du médica-
(1) Voyez entre autres les Arch. gén. de méd., t. VI , p. 203 ; VII, p. 153, 603;XlV,p.28i>, 374, 603 ; XV, p. 124;XVI,p. 298 ; XVII , p. 130 ; XVIll, p. 438.
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menldélerminele vomissement. SansselaisserarréfcM- parce léger accident, on doit donner la troisième qui ne produit plusle même effet. Peu après l'administration de la décoction de racine de grenadier, le malade ressent quelques coliques et rend plusieurs selles, dans lesquelles le tœnia se trouve expulsé. Si cet effet purgatif n'avait pas lieu, on donnerait un lavement de graine de lin, qui entraînerait le tœnia. M. le docteur Deslandes préfère l'extrait alcoolique de racine de grenadier. Il l'administre à la dose de six gros délayés dans : eau de menthe , de tilleul, suc de citron, de chaque 2 onces. Ce médecin prétend que ce mode d'administration réussit au moins trois fois sur quatre.
Tous les observateurs s'accordent à reconnaître l'efficacité de ce moyen. Cependant , ainsi que le conseille M. le docteur Bourgeoise , on ne doit l'employer que quand le malade a déjà rendu des fragmens de tœnia.
Propriétés médicales et usages des Mjrtinées.
Un feuillage toujours vert, des fleurs odorantes, et souvent des fruits savoureux, rendent précieux la plupart des végétaux de la famille des Myrtinées. Envisagés sous le point de vue de leur composition chimique et de leurs propriétés médicales , ces végétaux s'offrent à nous avec une ressemblance parfaite. En effet , deux principes s'y font surtout remarquer : l'un , beaucoup plus constant, est astringent, et paraît un mélange d'acide gallique et de tannin : il existe dans les écorces , les racines , les feuilles , les fleurs et les fruits, avant ou après leur maturité. L'autre n'est point fixe de sa nature , et quelques Myrtinées en sont tout à fait privées : c'est une huile volatile , âcre et très irritante ; elle est renfermée dans de petites vésicules transparentes , qui existent dans les feuilles , les écorces , les p taies et les fruits , etc. Assez généralement ces deux principes sont réunis ensemble dans le môme végétal et dans des proportions à peu près égales. Ainsi, dans le myrte, le giroflier, dont les feuilles et l'écorce sont parsemées de petites vésicules pleines d'huile volatile, le principe astringent est assez abon-
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dant pour que dans quelques pays ces feuilles et ces dcorces soient employées au tannage et à la préparation des cuirs.
D'autres fois , au contraire , l'un des deux principes prédomine sur l'autre. Ainsi toutes les parties du grenadier sont extrêmement astringentes et nullement aromatiques. Dans quelques autres végétaux du môme ordre , on trouve au contraire le principe volatil beaucoup plus abondant. C'est du Melaleuca leucodendron L. , grand arbre originaire des Indes orientales , que l'on extrait l'huile volatile de Cajeput, qui est d'une belle couleur verte foncée , et d'une odeur forte et aromatique. Selon M. Stickel , dans les îles de l'Archipel des Indes orientales, où l'huile de cajeput se prépare en grand, on emploie non seulement le Melaleuca leucodendron et cajepuli , mais encore plusieurs autres espèces , comme les Melaleuca trinervis , hijpericifoUa , splendens , etc. L'huile de cajeput est d'une couleur verdâtre , qui , avec le temps , devient jaunâtre : on la colore souvent artificiellement avec du cuivre. Elle est généralement fort peu employée. A Tépoque où le choléra sévissait parmi nous , quelques médecins s'en servaient pour faire des embrocalions.
Les fruits charnus des Myrtinées sont d'abord âpres et astringens; le principe aromatique n'y prédomine qu'à l'époque de la maturité. Leur saveur est alors plus ou moins âcre , aromatique et comme térébinlhacée. C'est ce que l'on remarque dans plusieurs Myrtacées , et entre autres dans le Myrtus pimenta; dont les fruits sont connus sous le nom vulgaire de touie-épice, dans le Myrtus pseudocarjophyllus de M. Martius ; ses fruits , appelés par les habitans du Brésil cravo da terra, se rapprochent beaucoup , par leur saveur et leur odeur , des clous de girofle. Quelquefois cependant, lorsque ces fruits sont très pulpeux , il s'y développe un principe sucré et mucilagineux, qui , tempérant le goût aromatique , les rend d'une saveur fort agréable. Les Goyaves (fruits du Psydium poniiferum et P. piriferum L. , qui ne sont que deux variétés du même arbre), les Jamroses (fruits de VEugenia janibos L. ), sont extrêmement recherchés en Amérique et dans l'Inde.
myrtinP.es. 609
La famille dfs Myrllm^es doit donc èiro. njouK^o au grand nombre de celles où l'on observe l'analogie entre la structure et les propriétés médicales. Toutes, en effet , peuvent être comptées parmi les médicamens toniques ou slimulans.
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