DEUXIÈME TRIBU
SPIBÉACÉES.
Cette tribu, essentiellement formée du genre Spirœa, a pour caractères : un calice simple , à cinq divisions ouvertes; une corolle de cinq pétales; des étamines nombreuses , et , pour fruit, de trois à douze capsules soudées par leur côté interne, s'ouvrant en deux valves, et contenant chacune une ou plusieurs graines.
Deux espèces appartenant au genre Spirée ont été autrefois employées en médecine, ce sont : V I'Ulmaire, ou Reme des prés ^'pirœa ulmaria L. Sp. 702. C'est une jolie plante vivace qui croit en abondance dans nos prés, où elle se fait remarquer par ses -randes feuilles pinnées, d'un vert foncé en dessus, tomenteuses et blanchâtres en dessous, et par ses fleurs d'un beau blanc qui forment un corymbe très serré à la partie supérieure de la tige. Ces fleurs sont odorantes. Sa racine , qui a une saveur astringente, était jadis fort employée comme tonique dans le traitement des catarrhes chroniques et les hémorrhagies passives Ses fleurs sont légèrement excitantes. Leur infusion peut facilement remplacer celle des fleurs de sureau. On fait peu d'usage de cette plante aujourd'hui. M. Payenstechner a re Uré de I'Ulmaire une huile volatile qui, selon Low.g, est un hydracide composé d'un atome d'hydrogène et d'un atome d un radical te-ire nommé s^iroUe et formé de carbone, cinq atomesd'hydrogène et quatre a ornes d oj gèn .
2° La FiLiPENDULE , Spirœafilipendula L. Sp. /Oi, nestpa^ rare, printemps, dans les bois sablonneux des environs de
ROSACÉES. ^'
Paris. Sa racine, qui est vivace,se compose d'une louffe de fibres noirAlres, qui présentent de dislance en dislance des renflemens charnus, de forme et de grosseur variées. Ses feuilles, qui sont étalées en rosette à la base de la tige, sont partagées en un très grand nombre de divisions finement découpées, vertes des deux côlés. La tige est simple et se termine par un corymbe de jolies fleurs blanches.
Les tubercules de la fîlipendule sont charnus , blancs intérieurement. Cueillis au printemps, ils répandent une légère odeur de fleurs d'oranger , qui disparaît par les progrès de la végétation. Ils sont composés en grande partie d'amidon; et, dans quelques cas de disette, on en a fait usage comme aliment. Lorsqu'ils sont secs , l'odeur disparaît , et on leur trouve une saveur légèrement amère et astringente, qui a engagé quelques auteurs à les prescrire contre les fleurs blanches . Inusités aujourd'hui.
TROISIÈME TRIBU
AGBIMOMÉES.
Cette tribu est caractérisée par un calice tubuleux , contenant un, deux ou plusieurs pistils, sur lesquels il est immédiatement appliqué. La corolle manque quelquefois. Les étamines sont nombreuses, insérées au haut du tube. Le fruit se compose d'un ou plusieurs akènes renfermés dans l'intérieur du calice. Les fleurs sont quelquefois unisexuées.
AIGREMOINE. — ^G/î/.^/OiV/^. L. J,
Calice turbiné , hérissé supérieurement de petites lanières crochues, resserré dans sa partie supérieure. Etamines de quatorze à vingt. Pistils, au nombre de deux , se changeant en deux akènes membraneux , entièrement enveloppés par le calice , qui est hérissé. Plantes toutes herbacées.
BOTANlQtlR.
AiGREMOiNE OFFICINALE, yégi imonia euputoria. L. Sp. 645.
LIackw. t. 21.
. JNom pharmaceutique : agrimonia. Partie usitée : les feuilles.
D'une racine vivace s'élève une tige herbacée, dressée, presque simple, poilue, ainsi que toute la plante, cylindrique, haute d'environ deux pieds. Elle porte des feuilles alternes, interl'ompu-pinnées, à folioles ovales , lancéolées , aiguës , profondément dentées, entremêlées de folioles très petites, irrégulières, et accompagnées de stipules foliacées, semi-cordiformes , aiguës, profondément dentées. Les fleurs sont jaunes, disposées en épi terminal. Chacune d'elles est courtement pédonculée , munie d'une bractée trifide. Elle offre un calice monosépale , dont le tube est turbiné ; le limbe à cinq divisions ovales, aiguës , garnies en dehors d'un grand nombre de filamens, situés surtout à la base du limbe ; le tube est recouvert de deux petites bractées poilues , profondément dentées. La corolle est formée de cinq pétales étalés, entiers, jaunes, obovales. Les étaraines, au nombre de dix-huit à vingt , sont dressées , attachées à la gorge du calice. Il y a deux pistils insérés par leur base au fond du tube du calice , qui est resserré sur eux. L'ovaire est arrondi, uniloculaire et monosperme , surmonté d'un style filiforme latéral et saillant, de la hauteur des étamines, et que termine un stigmate simple et très petit. Le fruit est composé de deux akènes membraneux, renfermés dans l'intérieur du calice, qui est persistant et hérissé. L'aigremoine est très commune le long des chemins , sur la lisière des bois , où elle fleurit pendant une grande partie de l'année.
Propriétés et usages. Une saveur légèrement âpre et astringente est la seule qualité sensible des feuilles d'aigremoine. On emploie surtout leur décoction pour préparer des gargarismes détersifs, dont l'usage est utile dans les inflammations légères de la bouche et de la gorge. Quant à leur emploi dans la diarrhée, les flueurs blanches , etc., il est bien moins fréquent aujourd'hui qu'autrefois , et les praticiens n'y ont que bien rara ment recours.
Deux autres petites plantes du même groupe méritent aussi
ïl05A.ciiE5. ôiy
d'être mentionnées ici ; ce sont : 1" I'Alchemille, ou pied de lion , Jlclicmilla vul{^aris L., qui est vivacc , et croît dans les pAluragos et les prés scesj elle a des fleurs longuement pétiolées, divisées en sept ou neuf lobes arrondis et dentés, des fleurs verdâtres et petites. Toutes ses parties sont légèrement astringentes. Les anciens l'employaient assez fréquemment dans les cas qui demandent l'usage des légers toniques. Quelques auteurs, et entre autres Frédéric Hoffmann, lui attribuent une pj opriété bien propre à lui faire rendre une sorte de culte par certaines dames. Ils prétendent que sa décoction a la vertu de réparer les outrages du temps , et de rendre à leurs charmes la fraîcheur et l'éclat du printemps.
2° La PiMPRENELLE , Poterium scnguisorba L. ,qui croît communément dans les lieux incultes, sur le bord des chemins, et qui se dislingue par ses fleurs rougeâtres et réunies en téte, ordinairement polygames, par ses feuilles iuiparipinnées, dont les folioles sont arrondies et dentées. Ses feuilles ont une saveur âcre et aromatique. Elles sont légèrement excitantes, et maintenant on ne les emjjloie plus que comme assaisonnement dans certains alimens.
3" Erwera ainthelîiintica. M. Runth a fait connaître sous ce nom une petite plante qui croît en Abyssinie, où elle est connue sous le nom de cabotz^ qui signifie tœnïa. Cette plante jouit en Abyssinie, en Arabie et à Constantinople, d'une très grande réputation dans le traitement du ver solitaire. M. le docteur Brayer, qui a résidé dans la capitale de l'empire turc, en avait obtenu quelques fragmens brisés, d'un vieil Arménien, qui lui en avait fait connaître les propriétés. Ce sont ces fragmens que notre excellent et savant ami M. Kunth a examinés, et avec lesquels il est en quelque sorte parvenu à recomposer la plante, qui forme un genre nouveau voisin de l'aigremoine , et auquel il a donné le nom de Brayera, pour rappeler celui du médecin français qui le premier nous en a fait connaître les propriétés. Ce médicament paraît fort énergique. Une demi-once macérée dans environ douze onces d'eau suffit en général pour expulser un tœnia, Il est à regretter qu'il ne soit pas employé en Europe.
QUATRIÈME TRIBU
AMYGDALINÉES OU DRUPACÉES.
Les caractères de celte tribu sont fort tranchés , et la distinguent nettement de toutes les autres. Elle comprend tous les genres dont le fruit est une drupe charnue , contenant un seul noyau à deux graines, ou à une seule par avortement.
PRUNIER. — PRUNUS. Tourn.
Calice campanulé , caduc , à cinq lobes ; corolle de cinq pétales; étamines nombreuses, insérées circulairement au haut du tube calicinal. Drupe ovoïde , lisse , glauque , marquée d'un sillon longitudinal , contenant un noyau rugueux, comprimé, terminé en pointe, et creusé d'une gouttière sur l'une de ses deux sutures.
Prunier domestique. Prunus doniestica. L. Sp. 680.
Cet arbre est d'une taille médiocre ; ses rameaux sont étalés, recouverts d'un épiderme grisâtre, tomenteux à leur extrémité supérieure; son bois est rougeàtre , plus ou moins veiné. Ses feuilles sont alternes, pétiolées, ovales, oblongues, acuminées, glabres en dessus , pubescentes en dessous, dentées en scie sur leur bord. Les fleurs sont blanches, pédonculées, disposées par petits bouquets , composés de deux, trois ou quatre fleurs. Le tube du calice est très court, turbiné ; le limbe à cinq divisions obtuses , étalées , un peu glanduleuses, et denticulées sur les bords. La corolle est pentapétale , blanche, étalée. Les pétales sont arrondis, très obtus , entiers , un peu concaves , brusquement onguiculés. Les étamines, d'inégale grandeur , sont au nombre de vingt à vingt-cinq. Le pistil est libre , entièrement glabre; l'ovaire est comme pyramidal, à une seule loge qui renferme deux ovules. Lestyle estsubulé, terminé ù son sommet par un petit stigmate un peu élargi et aplati, qui se continue par un sillon glanduleux sur un des côtés du style. Le fruit est arrondi, charnu, lisse et glabre à l'extérieur, recouvert d'un enduit résineux très léger et très mince, s'enlcvant facilement,
iiosAciiES. ô'acj
et que l'on désigne vulgairement sous le nom dejleur. Ces fruits présentent des variétés iunombrables sous le rapport de la forme, du volume, de la couleur, etc. Le prunier, qui est originaire des environs de Damas , se cultive dans tous les jardins. Ses fruits sont mûrs à la fin de l'été.
Propriétés et usages. Lorsque les prunes sont parvenues à leur état de parfaite maturité, elles sont un des fruits les plus délicieux de nos climats. Leur saveur douce et sucrée est rendue encore plus agréable par un arôme fin et délicat. En effet, exîste-t-il un fruit meilleur qu'une bonne prune de Reine- Claude bien miire? Aussi en fait-on une très grande consommation pendant les chaleurs de l'été. Cependant les personnes faibles, ou dont l'estomac ne digère que péniblement, ne doivent pas en abuser et en manger une trop grande quantité à la fois; car alors elles deviennent laxatives, et occasionnent souvent des diarrhées opiniâtres. Ces fruits ont le grand avantage de pouvoir être conservés pendant l'hiver. Séchés au soleil , après avoir été passés au four, ils forment les pruneaux, qui sont à la fois un aliment et un médicament. Ceux que l'on prépare avec les grosses espèces, telles que la Sainte-Catherine, la Reine-Claude, etc., ont une saveur agréable et très sucrée , et on les sert sur nos tables au dessert. On en permet l'usage aux convalescens, lorsqu'il n'est pas encore prudent de prescrire des alimens tirés du règne animal. Mais lorsqu'ils ont été faits avec la petite prune de Damas, ils ont une saveur un peu âpre, et agissent comme laxatifs. On les emploie assez fréquemment pour purger les enfans, ou bien leur décoction sert d'excipient pour des substances purgatives, dont elle masque en grande partie la saveur désagréable.
Les prunes contiennent une assez grande quantité de sucre pour que plusieurs chimistes aient proposé de l'en extraire. Aussi en relire-t-on par la fermentation beaucoup d'alcool; en Alsace et dans une partie de l'Allemagne, c'est presque le seul dont le peuple fasse usage.
On voit souvent suinter du tronc et des branches des vieux pruniers une matière visqueuse qui se durcit et se sèche , et forme une véritable gomme. Celte gomme, connue dans les
63o BOTANIQUE.
pharmacies sous le nom de gummi nostras ou gomme du pays, est assez soluble dans l'eau , douce, insipide, translucide, un peu colorée en brun rougeâtre. Elle pourrait être substiluije à la gomme arabique dans toutes les circonstances où l'on se sert de ce produit exotique.
Les amandes des pruniers contiennent une grande quantité d'huile grasse. Dans les environs de Briançon , on relire d'une variété de prunier désignée par Villars sous le nom de prunus brigantiaca, une huile fixe, appelée vulgairement huile de marmolte. Elle est douce et agréable; on l'emploie aux mêmes usages que l'huile d'amandes douces.
Le Prunellier. Prunus spinosa L. , autre espèce du même genre, s'en dislingue par ses rameaux terminés en pointe épineuse à leur sommet, par ses fruits de la grosseur d'une petite cei ise, et qui sont d'une âpreté extraordinaire. Cependant ils s'adoucissent un peu quand iis ont été frappés par la gelée : ils sont alors recherchés par les enfans. On préparait autrefois avec ces fruits encore verts un extrait fort âpre et astringent, que l'on appelait acacia nostras, et que l'on employait comme tonique et astringent dans les A'iîiérensjlux dioniques. Ce médicament, que l'on tirait surtout d'Allemagne, est à peu près inusité aujourd'hui. L'écorce de cet arbrisseau a une saveur amère et astringente ; elle ne manque pas d'une certaine action Ionique, et quelques auteurs l'ont inscrite parmi les nombreux succédanés indigènes de l'écorce du Pérou,
Cette propriété tonique existe encore à un plus haut degré dans l'écorce d'une aulr.; espèce qui croit en Italie , et que M. ïenore, professeur de botanique h Naples, a fait connaître sous le nom de Prunus coccumigtia.Cetaihre, qui est très commun non seulement dans les Calabres, mais jusqu'au pied des Apennins, a beaucoup de ressemblance avec notre prunellier. Ses feuilles sont elliptiques , obovales , terminées en pointe à leurs deux extrémités, glabres et bordées de crénelures glanduleuses. Les fleurs sont blanches , pédonculées et géminées , et les fruits sont ovoïdes, pointus, d'une couleur fauve, longs d'environ un pouce sur huit lignes de large. L'efficacité de cette écorce est constatée par l'usage journalier qu'en font les
nOSACÉES. (^^ I
Calal)rais, qui, avec elle, se guérissent des fièvres intermittentes de tous les types dont ils sont fréquemment attaqués.
CERISIER. - CERASUS. Tourn.
Calice campanulé, à cinq divisions courtes et obtuses, caduc; drupe charnue , arrondie, marquée d'un sillon longitudinal; noyau lisse ; fruit non recouvert d'un vernis glauque. Ce dernier caractère est presque le seul qui distingue les cerisiers des pruniers , que Linné avait réunis en un sel genre.
Cerisier comm^i. Cerasus vidgaris. Mill. Dict. 1. Prunus Cera-
sus. L. Sp. 676.
Le cerisier , originaire du royaume de Pont , fut apporté à Rome, vers l'an 680 , par le fameux Lucullus : de là il se répandit dans toute l'Europe. C'est un arbre assez élevé, qui, lorsqu'il est cultivé, a ses rameaux un peu étalés, de manière que leur ensemble forme une tête arrondie. Son tronc est droit et cylindrique , son écorce lisse et luisante : son bois rouge est recherché pour les ouvrages de tour. Ses feuilles sont pctiolées, pendantes, ovales, aiguës , dentées en scie , presque glabres. Ses fleurs sont blanches, pédonculées, et forment des fascicules ou bouquets environnés à leur base par les écailles des boutons qui les renfermaient. Le calice est campanulé , à cinq lobes courts et arrondis; il est caduc. La corolle est formée de cinq pétales. Le fruit est une drupe charnue , arrondie, d'un rouge vif, marquée d'un sillon longitudinal. Ses fruits, qui mûrissent vers la fin de juin , sont connus sous les noms de cerises , griottes , etc.
Propriétés el usages. Les cerises, lorsqu'elîessont bien mûres, ont une saveur sucrée et légèrement acidulé. Leur chair est jautiâlre , succulente, molle et fondante. On emploie assez souvent le suc exprimé de ces fruits pour faire des boissons rafraîchissantes , que l'on administre dans les différentes inflammations : on l'étend d'eau , et on l'édulcore avec une <juantifé proportionnée de sucre. On conserve les cerises par différons procéiîcs , soit en les faisant sécher au soleil ou an four , soit
en préparant avec elles des confitures , soit enfin en les confisant dans l'eau-de-vie. Les queues de cerises sont fort employées dans la médecine populaire comme diurétiques. Le marasquin, liqueur de table fort estimée , et que l'on prépare surtout à Zara , en Dalmalie , se fait avec une variété particulière de cerises que l'on fait fermenter , dont on retire i alcool, que l'on édulcore avec du sucre.
Le Merisier, Cerasns aviuni Mœnch., est très commun dans nos bois, où il acquiert une hauteur de trente-six à quarante pieds. Ses feuilles sont plus étroites que dans l'espèce précédente, velues ; ses rameaux redressés. Ses fruits ont la chair plus ferme, plus sucrée. C'est à cette espèce que se rapportent les variétés connues à Paris sous le nom de guignes, ou cerises noires, et àt bigarreaux. Elles sont moins estimées que les cerises, et sont bien moins snines. C'est avec des merises noires que l'on prépare , dans les Vosges et la Forêt-Noire, l'eau de cerises, ou hirschenwasser, qui doit son odeur forte et sa saveur un peu amère à l'acide hydrocyanique qu'elle renferme. Ces fruits sont également un des ingrédiens de plusieurs autres liqueurs de table, telles que le ratafia de Grenoble, etc.
Le Merisier a gra.ppes, C. padus. DC. Fl. fr, , croît également dans nos bois. Son écorce^ qui est légèrement amère et astringente, est tonique. Elle a été proposée comme l'un des succédanés indigènes du quinquina.
Le Cerisier mahaleb, ou bois de Sainte-Lucie, C. mahaleb , Mill., se trouve en France dans les haies et les bois. Ses fleurs sont blanches, petites, disposées en bouquets corymbiformes. Ses fruits et son bois, autrefois employés, les premiers comme Lithontriptiques , le second comme sudorifique , sont aujourd'hui tombés dans un juste oubli.
Cerisier laurier- cerise. Cerasns laiiro-cerasus. Loîsel. Prunus lauro-cerasm. L. Sp. 678.
Nom vulgaire : laurier cerise , laurier amandier.
Arbrisseau de quinze à vingt-cinq pieds d'élévation , dont le tronc est rameux, assez lisse, noirâtre à l'extérieur , le bois très dur et rougeâtre, surtout quand il a été exposé à Tair.
ROSACÉES
Originaire des bords de la mer Noire, le laurier-amandier a été transporté en Europe vers la fin du seizième siècle. Il réussit très bien en France, surtout dans les provinces méridionales. Ses feuilles, qui sont persistantes et toujours vertes, sont presque sessiles, étalées, et distiques sur les rameaux qui les supportent j elles sont obovalcs, alongées, acuminées au sommet, denticulées sur leurs bords, vertes et luisantes en dessus^ plus pâles en dessous; leur consistance est coriace. Leurs fleurs forment des épis axillaires, dressés, longs de trois à quatre pouces; chaque fleur est portée sur un pédicelle très court 3 elles sont blanches, petites, et répandent une odeur très forte. A ces fleurs succèdent des drupes ovoïdes un peu alongées , ayant la forme et la couleur de la variété de cerises connues sous le nom de guignes, mais plus petites. Leur saveur est douceâtre et fade.
Propriétés et usages. L'arôme particulier que répandent les feuilles , les fleurs et les noyaux du laurier-cerise , est dû à la présence de l'acide hydrocyanique. Or, comme cet acide exerce une influence très délétère sur l'homme et les animaux , il était tout naturel de soupçonner les mêmes qualités dangereuses dans le laurier-cerise. Aussi l'eau distillée de ses feuilles, et surtout leur huile essentielle, passent-elles auprès de tous les médecins pour un violent poison, La première , administrée à la dose d'un ou deux gros , a donné la mort à des chiens soumis à l'expérience , ou à des malheureux victimes d'une imprudence ou d'une méprise funestes.
Cependant on a essayé l'emploi de l'eau distillée de lauriercerise dans la thérapeutique. Quelques médecins la regardent comme très efficace contre les affections lentes et chroniques des viscères abdominaux , surtout chez les individus affectés d'hypochondrie. Quelques autres paraissent en avoir retiré du succès en l'administrant prudemment dans le cas de palpitalions du cœur.
M. le professeur Fouquier, voulant reconnaître les effets de l'eau distillée du laurier-cerise sur l'économie animale, afin d'apprécier ses propriétés curatives , a fait un très grand nombre d'expériences à l'hôpital de la Charité. Ayant reconnu, non
sans élonncmenl , que les closes indiquées pour l'administration de celle substance n'occasionnaient aucun phénomène appréciable , il les a successivement augmentées sans jamais en obtenir aucun effet sensible. Il a porté cette dose à quatre , huit, douze onces et même plus dans un seul jour, sans que les malades en éprouvassent aucun effet marqué. Croyant d'abord qu'un semblable résultat pouvait dépendre de la mauvaise préparation du médicament, il s'est ensuite servi de cette eau 4istillée, préparée chez les meilleurs pharmaciens de Paris , et les résultais ont toujours été les mômes. J'ai moi-même été témoin de ces faits. On doit naturellement en conclure que l'eau distillée de laurier-cerise n'est point aussi active qu'on le croît généralement, et que son usage trop incertain doit la faire bannir de la thérapeutique. On emploie quelquefois Teau de laurier-cerise pour aromatiser le lait.
AMANDIER. — AMYGDALUS. Tournef.
Ce genre offre, dans l'organisation de sa fleur, les mêmes caractères que le prunier, et n'en diffère que par ses fruits recouverts d'une pellicule tomenteuse, ayant la chair peu épaisse et presque sèche , et le noyau creusé d'un grand nombre de sillons irréguliers.
Amandier cultivé, Amy gela lus communis, L. Sp. 677.
Variété : «. Didcis.
Variété : /2. Amara.
L'amandier a les rameaux alôngés , dressés , d'un vert clair j ils sont très lisses et un peu glauques. Ses feuilles sont alternes , lancéolées , dentées en scie , glabres et d'un vert clair des deuxcôlés. Ses fleurs sont très grandes, extra-axillaires , au nombre de deux ou trois au dessous de chaque faisceau de feuilles 5 chacune d'elles est très courtement pédnnculée , et se compose d'un calice tubuleux , rougeâlre à l'extérieur; le tube est turbiné j le limbe à cinq divisions étalées, demi-ovales, lancéolées ; la corolle est pentapétale élalée, insérée au haut du tube calicinal ; les pétales sont subcordiformes , arrondis , rétrécis à leur bas« en un onglet court. Les étaminrs , au nom-
ROSA.CEES. 635
bre de vingt-cinq à trente, sont attachées, sur plusieurs rangs, à la partie supérieure du tube du calice, au dessus d'un disque pariétal jaunfttre qui tapisse la plus grande partie de son intérieur. Les pistils sont au nombre de deux dans chaque fleur, mais un avorte presque constamment. Ils sont chargés d'un duvet cotonneux très abondant , excepté la partie supérieure du style , qui est glabre. L'ovaire est globuleux, un peu comprime d'avant en arrière, marqué d'un sillon du côté interne; il est à une seule loge , qui renferme deux ovules. Le style est subulé , et se confond avec la partie supérieure de l'ovaire; il se termine à son sommet par un stigmate capitulé glanduleux , légèrement bilobé. Le fruit est une drupe verte , ovoïde , alongée, comprimée , terminée en pointe à son sommet. Sa chair est peu épaisse , dure, coriace et presque sèche. Son noyau est rugueux et crevassé. Tantôt sa coque est mince et se brise facilement, tantôt elle est épaisse, dure et ligneuse.
Propriétés et usages des amandes. L'amandier présente deux variétés fort importantes à distinguer l'une de l'autre. La première a ses graines douces ; elles sont amères dans la seconde. C'est des côtes de la Barbarie et du raidi de la France que nous lirons les amandes douces : elles doivent être sèches, pesantes et récentes. M. Boullay a fait voir que cent parties contenaient : huile grasse, 54; albumine, semblable à l'albumine du blanc d'œuf, 24; sucre liquide^ 6; gomme, 3 parties. Ces différens principes nous rendent parfaitement raison des effets que produisent les amandes douces sur l'économie animale. Par la grande quantité d'huile fixe et d'albumine qu'elles renferment, elles agissent à la fois comme aliment et comme médicament. En effet, les peuples des contrées où on les récolte abondamment en font une grande consommation et s'en nourrissent pendant une partie de l'année. Nous les voyons môme figurer sur nos tables , soit à la fin de l'été, lorsqu'elles sont encore fraîches, soit pendant l'hiver, dans leur état de dessiccation.
Considérées sous le rapport médical , les amandes douces doivent être placées parmi les médicamens émolliens. Privées de leur pellicule extérieure, broyées et étendues dans l'eau, elles forment, au moyen du sucre ou d'un peu de mucilage,
un liquide blanc laiteux, qui porte le nom à'émulsion. Celte couleur blanche est due à la suspension dans l'eau de l'huile grasse, au moyen du sucre ou du mucilage. L'émulsion forme une boisson tempérante fort agréable, que l'on prescrit fréquemment dans les irritations des organes digestifs et urinaires. On peut la rendre sédative ou diurétique par l'addition de quelques gouttes de solution aqueuse d'opium, ou de vingt à trente grains de nitrate de potasse. Le sirop d'orgeat se prépare en faisant une forte émulsion avec deux parties d'amandes douces et une partie d'amandes amères, en y faisant fondre à une douce chaleur trois parties de sucre blanc pulvérisé. Ce sirop étendu d'eau forme une tisane fort agréable, entièrement semblable dans son mode d'action à l'émulsion.
Le produit le plus intéressant des amandes douces est, sans contredit, l'huile grasse qu'on en retire ù froid par le moyen de la presse. Elle est douce, claire, transparente et insipide. C'est elle surtout que l'on emploie dans les différentes préparations pharmaceutiques, telles que les linimens, les emhrocations, etc. Cette huile , comme toutes les autres de la même nature, est très adoucissante ; on la prescrit quelquefois à l'intérieur, dans certaines coliques 5 et, comme l'estomac ne la digère que fort difficilement , elle agit ordinairement comme laxative. L'huile d'amandes douces entre à la dose de demionce dans le looch blanc.
Les amandes amères contiennent les mêmes principes que les amandes douces, et en outre une matière ci'istalline azotée, Vamygdaline découverte par MM. Boutron et Robiquet , et unè résine jaune âcre. On a compté , au nombre des principes immédiats des amandes amères , l'acide prussique et l'huile volatile. Mais ces principes ne préexistant pas, MM. Liebiget Yôhler viennent de démontrer que l'amygdaline en dissolution dans l'eau , en présence de l'albumine des amandes qu'ils désignent sous le nom d'émulsine , se transforme en huile volatile d'amandes amères et en sucre. En partant de ces données, ils ont proposé de remplacer les eaux distillées d'amandes amères et de laurier-cerise , médicamens très infidèles qui varient dans leur composition , par le mélange suivant : émulsion faite
avec 2 gros d'amandes douces , nue once. Falr,0f5 dissoudre, 17 grains d'amygdaline^ on obtient une once de produit, représentant une once d'eau distillée d'amandes amères saturées, contenant un grain d'acide cyanhydrique anhydre. L'huile d'amandes amôres non purifiée est un médicament très dangereux; elle doit ses propriétés toxiques à l'acide cyanhydrique ou à une combinaison qui le renferme. Si on agite cette huile brute avec de l'hydrate de chaux, puis avec du chlorure de fer, et si on la distille de nouveau sur de la chaux en poudre , elle est privée de l'acide cyanhydrique et de l'acide benzoïque qu'elle pouvait contenir; elle possède alors des propriétés très remarquables, qui ont été surtout étudiées'par MM. Vôhîer et Liebig. Elle peut être considérée comme une combinaison binaire de 2 atomes d'hydrogène , et d'un atome d'un radical composé, qui est lui-même formé de 14 atomes de carbone, 12 atomes d'hydrogène et 2 atomes oxygène. Ce radical a été nommé benzoïle. L'huile volatile d'amandes amères purifiée est alors de Vhydrure de benzoïle. Exposé à l'air, cet hydrure absorbe de l'oxigène et se transforme en acide benzoïque -, chauffé avec l'hydrate de potasse, il donne de l'hydrogène et un benzoate alcalin. Le chlore, en agissant sur l'hydrure de benzoïle, se combine à l'hydrogène pour former de l'acide hydrochlorique, en même temps qu'il se combine au benzoïle et se transforme en chlorure de benzoïle , qui, étant mis en contact avec l'eau, s'empare de ses deux élémens pour former de l'acide hydrochlorique et de l'acide benzoïque. En faisant réagir le gaz ammoniaque sec sur le chlorure , on obtient un composé cristallin nouveau, la benzamide. Si on traite le chlorure de benzoïle par un bromure, un iodure, un sulfure ou un cyanure, il y a un échange d'élémens; d'un côté, il se forme un chlorure de métal, et, de l'autre, une combinaison de benzoïle avec l'iode^ le brôme, le soufre ou le cyanogène.
Plusieurs médecins, tels que Bergius, Hufeland, etc., remarquant la force avec laquelle les amandes amères modifient l'élat de nos organes, ont proposé leur emploi comme propre à combattre les fièvres iiitcrmiltentes. Ils en préparaient des émulsions très rapprochées, dont ils disent avoir obtenu du
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succès. Selon quelques uns, ces amandes jouiraient de la propriété de neutraliser l'action des liqueurs fermentées et de dissiper l'ivresse.
Il découle du tronc de l'amandier une gomme entièrement semblable à celle du prunier et de l'abricotier, et confondue avec elle sous le nom de gomme du pays.
PÊCHER. - PERSICA. Tourn.
Ce genre ne diffère de l'amandier, auquel Linné l'avait réuni, que par son fruit, dont la chair est plus épaisse et plus succulente, et par son noyau, dont les sillons sont plus profonds.
Pêcher commun. Per*zc« vulgaris. Miller. Dict. n. 1. Amygdalus persica. Lin. Sp. 677.Duham. Arb. fruit, éd. in-S" v. 2 p. 172. n. 1-20 et 28-42. t. 1-14 et 20-42.
Variété : a. Carne a nucleo secedente.
Variété : ^. Carne nucleo adhœrente.
Variété : y. Fructu icevi , nec toinentoso.
Abandonné à lui-même, le pêcher a le port del'amandier, dont il ne diffère que par son fruit. Ses feuilles sont alternes, lancéolées, étroites^aiguës, dentées en scie, d'un vert glauque sur les deux faces. Ses fleurs sont d'un rose pâle, alternes, ettrès rapprochées lesunes des autres à la partie supérieure des rameaux^ elles sont sessiles. Le calice est le même que dans l'amandier. La corolle est plus petite ; les pétales sont arrondis, entiers, brusquement onguiculés à leur base ; les étamines, au nombre de trente environ , sont plus longues que le pistil , et un peu plus courtes que les pétales. Le pistil est toujours unique. Le fruit, qui porte le nom de pêche, est une drupe ordinairement arrondie, creusée d'une soi te de gouttière longitudinale d'un seul côtéj tomenteuse j la chair est très épaisse et succulente j le noyau est arrondi, pointu d'un côté , marqué de sillons irréguliers et profonds. Dans la première variété, la chair se détache facilement du noyau, auquel elle tient par des Glamens charnus qui pénètrent dans les crevasses du test. La seconde variété, que l'on désigne sous le nom de pavie ou alberge, a la
ROSACÉES
chair adhérente au noyau : tantôt elle est d'un jaune doré, comme dans l'abricot , d'une consistance plus ferme : c'est presque la seule qui soit cultivée dans les provinces méridionales de la France; tantôt la chair est d'un rouge pourpre. La troisième variété, fort distincte par sa pellicule, qui est lisse et non tomenleuse , porte le nom de brugnon : c'est une des meilleures et des plus recherchées.
Le pécher est originaire de la Perse. On le cultive aujourd'hui dans les vignes et les jardins, soit eu plein vent, soit en espalier.
Propriétés etusàges. Le pécher est bien plus intéressant par l'excellence des fruits qu'il produit que par ses propriétés médicales. Les pêches sont en effet un des fruits les plus savoureux que voient mûrir nos climats. Comme tous les autres fruits mucoso-sucrés , elles sont rafraîchissantes et légèrement laxatives, surtout lorsqu'on en mange en grand nombre. On peut corriger cette action en les saupoudrant de sucre ou les trempant dans un vin généreux.
Les fleurs de pécher possèdent une propriété laxative très douce. Leur infusion , avec laquelle on prépare le sirop de fleurs de pécher, purge doucement et sans occasionner de coliques. Aussi l'emploie-t-on surtout pour les enfans en bas âge.
Le docteur Antony a employé une infusion de feuilles de pêcher comme calmant dans lès affections d'estomac où les malades ne peuvent conserver les boissons les plus légères. Dougos dit encore avoir employé avec succès le même moyen dans le traitement de la coqueluche.
ABRICOTIER. — ARMENIACA. Tourn.
Le genre abricotier diffère du pêcher par son noyau non sillonné, presque rond, ayant un de ses côtés relevé d'un bord tranchant. Il se distingue des pruniers par son fruit tomeneux.
Abricotier commun. Annemaca vulgaris. Lamk. Dict. 1, p. 2. Prunus anneniaca. Lin. Sp. 679. Duham. Arb. fruit, éd. in-8', V. 1, p. 203, t. 5 et 6.
L'abricotier est un arbre de grandeur moyenne : ses rameaux, dont l'épiderme est d'un brun foncé, sont ordinairement disposés en une téte plus ou moins large. Les l^uilles qui le couronnent sont presque cordiformes , arrondies, acuminées, dentées en scie , glabres ; celles qui occupent l'extrémité des rameaux sont rougeâtres. Les fleurs sont blanches , de grandeur moyenne , presque sessiîes , disposées par petits faisceaux très rapprochés à la partie supérieure des rameaux. Chacune d'elles est environnée à sa base d'un grand nombre d'écailles imbriquées, qui la recouvraient entièrement avant son épanouissement. Le calice est tubuleux ; le tube est large, ovoïde, aminci à sa partie inférieure j le limbe est à cinq divisions brusquement réfléchies , presque cordiformes , arrondies , un peu concaves et purpurines. La corolle est blanche j les cinq pétales sont arrondis , entiers , brusquement onguiculés à leur base. Les étamines sont au nombre de trente à quarante environ^ un peu plus courtes que la corolle et le pistil. Celui-ci est solitaire et libre au fond de la fleur ^ il est cotonneux, excepté dans la moitié supérieure du style, qui est entièrement glabre. L'ovaire est à une seule loge, qui renferme deux ovules : le style est subulé et se confond insensiblement à sa base avec le sommet de l'ovaire ; le stigmate est terminal, fort petit, un peu aplati. Le fruit est une drupe arrondie , de couleur de chair, finement tomenteuse, marquée d'une sorte de gouttière : la chair est succulente ; son noyau est lisse, comprimé latéralement, marqué de deux crêtes saillantes sur un de ses côtés. L'abricotier est primitivement originaire de l'Arménie ; AUioni prétend qu'il est sauvage aux environs de Montferrat en Piémont. On le cultive dans tous les jardins, à cause de l'excellence de son fruit. Il fleurit au premier printemps , avant le développement de ses feuilles.
Propriétés el usages. L'abricot est un fort bon fruit , mais
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qui cependant n'a point cette délicatesse de saveur de la pfiche. Il manque de ce goût acidulé qui rend les pèches plus agréables et peut-être moins indigestes. Cependant il est encore très recherché, et on le mange non seulement cru, mais cuit en forme de compote ou de gelée, ou conservé à l'eau-de-vie. Ses amandes ont une amertume assez prononcée : on les emploie avec leur enveloppe osseuse pour préparer une liqueur de table fort estimée ; Veau de noyaux.