‹ Élémens d'histoire naturelle médicale (volume 3)Chapitre 128 sur 187 · HARICOT. — PHASEOLUS. L. J · texte numérisé non relu

HARICOT. — PHASEOLUS. L. J

Calice échancré supérieurement ettridenté; étendard large et redressé 3 carène et étamines roulées en spirale. Gousse alongée, comprimée, contenant plusieurs graines réniformes. Plantes annuelles volubiles, à feuilles trifoliolées.

Haricot commun. Phaseolus vulgaris. L. Sp. 1016.

Le haricot ordinaire a une tige volubile qui s'élève à une hauteur de six à dix pieds; elle est cylindrique, légèrement pubcscente. Les feuilles sont pétiolées, composées de trois folioles ovales , lancéolées, terminées par une longue pointe, entières, obliques, un peu pubescenfes et rudes. Les deux folioles latérales sont presque sessiles; la foliole terminale est

portée sur un péliole d'un demi-pouce de longueur; le pétiole commun, long de trois à quatre pouces, est canaliculé • on observe à sa base deux tr(^s petites stipules foliacées. Les fleurs sont blanches ou jaunAtres, disposées en une sorte d'épi court, porté sur un pédoncule commun, plus court que le pétiole; lespédicellcs sont géminés. Le calice estsubcampanulé, comme tronqué à son sommet, présentant trois petites dents à sa partie inférieure; il est accompagné latéralement de deux bractées ouvertes, plus courtes que lui. La gousse est alongée, un peu comprimée, glabre, pendante, renfermant dans, son intérieur des graines réniformes ordinairement blanches, quelquefois violettes, rougeâtres ou marbrées. On croit généralement que le haricot est originaire de l'Inde ; mais il est depuis long-temps naturalisé en Europe. Il fleurit vers le mois de juin ; ses fruits sont mûrs en septembre.

Propriétés et usages. Les gi'aines de haricot sont farineuses, et contiennent une grande quantité de matière nutritive. On a peine à concevoir aujourd'hui que quelques auteurs aient pu sérieusement les prescrire comme emménagogues, diurétiques , et qu'une assertion aussi peu fondée ait été répétée par des médecins de nos jours. Mais si ces graines sont tombées dans un juste abandon par rapport à leurs propriétés médicales, il n'en est pas de même quant à leurs usages économiques. On en fait en France une énorme consommation, soit à la fin de l'été, et lorsqu'ils sont encore frais, soit secs et pendant l'hiver. Ils sont fort nourrissans, mais un peu lourds pour certains estomacs, et donnent fréquemment lieu au dégagement de beaucoup de gaz; ils ne présentent pas le même inconvénient lorsque l'on mange leurs jeunes gousses encore vertes. C'est un aliment aussi sain que facile à digérer, et que l'on prescrit quelquefois aux convalescens. Cette espèce n'est pas la seule dont on fasse usage. La graine de presque toutes les autres jouit des mêmes propriétés.

Les espèces du genre dolique {dolichos), qui ne différent des haricots que parce que leur carène et leurs étamines ne sont pas roulées en spirale, ont, dans leurs propriétés et leurs usages, une ressemblance frappante avec ces derniers, c'est à

dire que leurs graines sont farineuses et employées à la nourriture de l'homme. Une seule espèce mérite d'6tre menlionnée à part, c'est le dolichos pruncns L., vulgairement appelé /?oi.y à gratter. Elle croît dans l'Inde et en Amérique. Ses gousses sont hérisséfs de poils courts^ rudes et d'une couleur rousse, qui s'en détachent avec facilité. Appliqués sur la peau, ils déterminent un chatouillement désagréable qui se change bientôt en une cuisson violente, lorsque l'on a frotté la partie sur laquelle ils avaient été placés. Quelques auteurs ont néanmoins proposé l'emploi intérieur de ces poils dans le traitement des vers intestinaux. Ils les administraient à des doses très pelites, après les avoir incorporés dans un élecluaire ou un siiop épais, afin qu'ils n'exerçassent point leur action irritante sur les parois de l'estomac. Ils prélendent que, par ce moyen, on expulse avec la plus grande facilité les vers qui sont amassés dans le canal intestinal. Mais ce remède , qui nous paraît dangereux , ii'est nullement usité en France.

ASTRAGALE. - ASTRAGALUS. L. J.

Calice tubuleux ou renflé, à cinq dents; étendard couché sur les ailes et la carène, qui est obtuse. Gousse plus ou moins l'enflée, globuleuse ou cylindrique , partagée en deux loges par une fausse cloison longitudinale. Plantes herbacées ou sous-frutescentes, à feuilles pinnées, à fleurs axillaires ou en épis.

Astragale sans tige. Âstragalus eocscapus. L. Mant. 275. Partie usitée : la racine.

D'une racine épaisse , pivotante, brunâtre, s'élève une touffe de feuilles dont le pétiole , long de trois à quatre pouces , est cylindrique, uti peu velu, et porte sur ses parties latérales environ une vingtaine de paires de folioles ovales, lancéolées, velues. La plante est dépourvue de tige; les pédoncules lloraux naissent de l'aissdie des feuilles radicales : ils sont velus, cylindriquts, et [lortent à leur partie supérieure de trois à huit fleurs pédicellées, qui forment un épi lâche. Le calice est cylindrique , pubcscenl. à cinq dents un peu inégales, ta corolle

est jaune, deux fois plus longue que le calice. La gousse est ovoïde, un peu comprimée , terminée à son sommet par une pointe alongée, formée par le slyle ; elle est velue , biloculaire, et contient dans chaque loge trois ou quatre graines planes. On trouve cette plante dans les Alpes. If.

Propriétés et usages. La racine de l'astragale sans tige a une saveur un peu amère et astringente. Sa décoction , qui est un peu brunâtre, n'est pas d'un goût désagréable, et offre quelque ressemblance avec celle de la racine de réglisse , mais elle est moins douce. Le docteur Winterln est le premier qui ait parlé de son emploi dans le traitement de la maladie vénérienne. Mais, depuis cette époque , un grand nombre de praticiens, entre autres Quarin, Swediaur, Girtanner, etc., y ont joint leur témoignage. Selon eux , c'est un remède d'une grande efficacité , et qui suffit souvent seul pour faire disparaître les symptômes les plus graves de l'infection générale , tels que les ulcères, les exostoses, etc. Avouons cependant que les modernes ne partagent pas entièrement celte opinion avantageuse. La racine de l'astragale sans tige s'emploie ordinairement en décoction , à la dose d'une once à une once et demie pour une pinte de liquide.

Astragale de Crète. Astrogaliis creticus . JudiVcik. Enc. DC. Astrag. 196. t. 33.

Nom pharmaceutique : tragacanthœ giimmi. Partie usitée : ia gomme

adragant.

Petit arbuste rabougri , dont la tige est ligneuse , et nue à sa base, divisée en rameaux courts , hérissés de longues pointes subulées et épineuses , formées par les pétioles des années précédentes, qui persistent et s'endurcissent. Les feuilles sont rapprochées 5 1< ur pétiole est subulé , et porte de onze à dix-sept petites folioles sessiles, tomenteuses , ovales , aiguës. Les fleurs sont blanches avec des veines pourpres j elles sont sessiles à l'aisselle des feuilles supérieures, et forment une sorte d'épi très serré. Leur calice, couvert de longs poils laineux, est divisé presque jusqu'à sa base en cinq parties linéaires. La corolle est plus courte que li calice, et presque enliè-

668 nOTANKJUE.

rement cachée par les poils Jont il est rcvélii. Les fruits sont renflés , un peu vésiculeux, velus et à deux loges. Cet arbuste croît dans l'île de Crète et sur le mont Ida,

Propriélês et usages. C'est sur cette espèce et sur plusieurs autres du même genre, qui croissent également en Orient ou en Perse, telles que Vastragalus guninnjer L., aslragalus tragacaniha L. , etc. , que l'on recueille la gomme adragant. Tournefort, dans son Voyage au Levant, dit que celte substance découle de l'espèce que nous venons de décrire; d'un autre côté, M. Labillardière rapporte qu'il a vu cette gomme suinter de Vastragalus gummifer ; tandis qu'Olivier, dans son Voyage en Orient, prétend qu'elle est fournie par une autre espèce qu'il nomme astragalus vents, et que toute celle que le commerce apporte en Europe ne provient ni de l'île de Crète ni de la Syrie, mais de la Perse septentrionale , de l'Asie mineure et de l'Arménie. On peut, je crois, conclure de ces opinions diverses que la gomme adragant n'est pas produite par une seule plante, mais que plusieurs espèces du genre astragale en fournissent également. Uastragalus tragacântha, qui croît à Marseille, n'y fournit point de gomme, tandis qu'il paraît que la même plante en produit dans des régions plus méridionales.

La gomme adragant, adraganthe ou adragante, est en lanières minces, contournées, ou en filamens grêles et déliés, ou enfin en grumeaux irréguîiers. Elle est blanche et opaque ; elle se compose de deux parties^ l'une soluble dans l'eau froide, l'autre qui reste insoluble, mais s'y gonfle considérablement, et à laquelle on a donné le nom à'adragantine. Cette dernière substance forme les quarante-trois centièmes du poids de la gomme adragant. Elle est soluble dans l'eau bouillante j mais elle se précipite au fond du vase par le refroidissement. La gomme, adi-agant est bien plus visqueuse que la gomme arabique. D'après des expériences faites per Bucholz , une partie d'adragant donne à l'eau autant de viscosité que vingt-cinq parties de gomme arabique.

Elle est, comme toutes les autres substances du même genre, adoucissanle et nulrilive. On l'emploie surtout pour donner

LÈGUMINEUâES. 6'(>9

aux masses pUulaires ou aux pastilles une consistance convenable 3 elle entre également à la dose de dix à quinze grains dans les loochs et potions gommeuses. D'après M. Guérin , la gomme adragante est composée de deux gommes, l'adragantine et l'arabine, et quatre pour cent de matières fxxes. Certaines variétés contiennent en outre de l'amidcn.

BAGUENAUDIER. - COWTEA. L. J.

Calice campanule, à cinq dents inégales 3 étendard large et redressé ; étamines diadelphes ; gousse très renflée, vésiculeuse, mince, à une seule loge qui contient plusieurs graines réniformes. Arbrisseaux à feuilles imparlpinnéis et à fleurs en épis ou en grappes.

Bagdenaudier commun. Colutea arborescens. L. Sp. 1045.

Nom pharmaceutique : colutea vcsicaria. Noms vulgaires '.faux séné ^ séné d'Europe. Partie usitée : les feuilles.

Abrisseau de douze à quinze pieds de haut, à rameaux cylindriques, un peu pubescens dans la partie supérieure. Ses feuilles sont alternes, impari pinnées, le plus souvent composées de onze folioles presque sessiles , articulées, ovales, très obtuses, mucronées, entières, très finement pubescentes, surtout à la partie supérieure des rameaux. A la base de chaque pétiole sont deux stipules aiguës, petites, en partie soudées avec lui. Les fleurs sont jaunes , pédonculées , disposées en petits bouquets de quatre à six fleurs , portés sur des pédoncules axillaires plus courts que les feuilles. Elles offrent un calice campanulé, à cinq dents inégales , les inférieures plus longues ; une corolle papilionacée: étendard très large^ relevé; ailes étroites, obtuses , appliquées contre la carène , qui est grande et d'une seule pièce - étamines diadelphes. La gousse est vésiculeuse, renflée , à parois minces , devenant translucides et comme papyracées à l'époque de leur maturité. Cet arbrisseau croît naturellement dans les régions méridionales de la France; il est cultivé dans nos bosquets d'ornement.

Propriêlés et usages. Le nom de séné d'Europe, donné par l'illustre Boerhaave aux feuilles du baguenaudier, prouve que

BOTANIQOB.

ce médecin célèbre avait reconnu une action purgative bien réelle à ce médicament. Cette propriété , déjà annoncée par plusieurs médecins anciens, a été de nouveau constatée par les modernes. MM. Coste et Willeraet surtout en ont recommandé l'usage pour remplacer le séné, La dose est d'une , deux et même trois onces , que l'on fait infuser dans une pinte d'eau bouillante. Ces feuilles doivent être récoltées en septembre, séchées à l'ombre, et conservées dans un lieu à l'abri de l'humidité. Assez 'souvent les droguistes mélangent les feuilles de baguenaudieravec le séné produit par le cassia ohovata. IVlais celte sophistication n'a rien de bien fâcheux, car le baguenaudier est ?iu moins aussi efficace que cette espèce de séné.

RÉGLISSE. - GLYCYRRHIZA. L. J.

Calice tubuleux, bllabié, à quatre dents supérieures et inégales, à une seule dent linéaire inférieure : carène formée de deux pétales distincts^ gousse comprimée, oblongue, contenant de trois à six graines. Arbustes à feuilles imparipinnées , ayant les fleurs en épis ou en grappes.

Réglisse officinale. Glycyrrhîza giabra.L. Sp. 1046.

Noms pharmaceutiques : liquirida, s,, glycynkiza. Partie usitée : la

racinç.

La réglisse a une racine ou une lige souterraine, cylindrique, brunâtre extérieurement , jaune à son intérieur, à peu près de la grosseur du doigt, traçante et s'étendant à une grande distance avec rapidité. Elle donne naissance à des tiges dressées , cylindriques, glabres et presque simples , dont les feuilles sont imparipinnées , à folioles le plus souvent au nombre de treize, ovales, entières , obtuses , légèrement échancrées à leur sommet , et recouvertes d'un enduit visqueux. A la base du pétiole commun , qui est renflée, on trouve deux stipules excessivement petites, à peine visibles. Les fleurs sont violettes , disposées en épis axillaires et pédonculés ^ leur calice est tubuleux , scabre et à deux lèvres 3 la carène esl formée de deux pétales non soudés; les étamines sont diadelphes ; les fruits sont corn-

primés et glabres. Celle planlc croil naturellemeiil dans les contrées méridionales de la France. On la cultive dans plusieurs provinces. IL

Propriétés et usages. Celte racine a une saveur douce et sucrée. La plus estimée est celle que l'on tire de l'Espagne ou de l'Italie. M. llobiquet l'a trouvée composée des matériaux suivans : 1° Hq gljcyrrhizine, principe particulier qui a une saveur sucrée, à peine soluble dans l'eau froide , très soluble dans l'eau chaude , non susceptible de donner de l'alcool par la fermentation, et de l'acide oxalique par l'acide nitrique, en un mot tout à fait distinct du sucre par ses caractères chimiques. Le même principe a été depuis retrouvé par M. Berzélius. 2° Un autre principe , nommé asparagi?ie, est identique avec celle qu'on extrait de l'asperge. 3° De l'amidon. 4" De Talbumine. 5" Une huile résineuse brune, non soluble dans l'eau froide, à laquelle la réglisse doit son âcrelé. 6° Du ligneux. 1° EnOn des phosphates etmalates de chaux et de magnésie. [Ann. de chini., t. 72, p. 143.)

M. Chevallier a fuhVié {Journ. chim. }néd.^ t. 4 , p. 136) le procédé indiqué par M. Berzélius pour obtenir le sucre de réglisse à l'état de pureté.

La racine de réglisse est adoucissante : on la fait entrer fréquemment dans les tisanes, pour leur communiquer une saveur douce et agréable. Séchée et réduite en poudre , on s'en sert pour rouler des pilules, ou leur donner une consistance convenable. C'est avec celte racine que l'on prépare l'extrait connu sous le nom de suc oajus de réglisse. Pour cela, on fait bouillir dans de grandes chaudières de cuivre la racine coupée en fragmensj on l'expriiue fortement, et on fait évaporer jusqu'à consistance d'extrait. On enlève ensuite cette masse avec de grandes spatules de fer. C'est surtout en Calabre et en Espagne que l'on fait cette opération. On roule ensuite l'extrait cuit, et l'on en fait des bâtons longs de cinq à six pouces que l'on enveloppe avec des feuilles de laurier. Dans cet état, il contient toujours des parcelles de cuivre que l'on a enlevées en grattant les chaudières. Il est donc important de le purifier avant de s'en servir. Les gens du peuple l'emploient très sou-

6y2. BOTANIQUE.

vent clans leurs rhumes. En y mêlant do la gomme, du' sucre et quelques aromates, on en fait des tablettes fort agréables.

POIS. - PISUM. L. J.

Calice à cinq dents inégales, les deux supérieures plus courtes; étendard très grand, relevé; style triangulaire, terminé par un stigmate velu; la gousse est alongée, et contient plusieurs graines globuleuses. Plantes communément annuelles , ayant les feuilles pinnées et terminées par une vrille, et les stipules très grandes.

Pois CULTIVÉ. Pisum salimm. L. Sp. 1226. Blackw. t. 83.

La racine est annuelle; la tige herbacée, ordinairement étalée, ou s'élevant, au moyen des vrilles qui terminent ses feuilles, autour des corps environnans : elle est glabre, glauque et presque carrée. Les feuilles sont alternes, pinnées j, bijuguées, les folioles ovales, entières, mucronées à leur sommet; le pétiole commua se prolonge et se change en une vrille rameuse, dont les ramilîcations, roulées en spirale, sont opposées comme les folioles; les deux stipules que l'on remarque à la base de chaque pétiole sont foliacées, plus grandes que les folioles elles-mêmes : elles sont irrégulièrement cordiformes , mucronées au sommet. Les fleurs sont blanches, grandes, ordinairement géminées, axillaires et pédonculées. Le pédoncule commun, long d'un pouce ou environ, est bifurqué à sa partie supérieure. Le calice subcampaniforme est à cinq divisions profondes, ovales, lancéolées ; les deux supérieures un peu plus courtes. La corolle a son étendard redressé^, très large, échancré au milieu. Les étamines diadelphes sont renfermées , ainsi que le pistil, dans l'intérieur de la carène. Le style est plane, formant un angle presque droit avec le sommet de l'ovaire, à bords réfléchis en dessous à sa partie supérieure, de manière à paraître triangulaire et concave eu dessous, et tranchant vers son sommet; le stigmate est velu à sa partie supérieure. Le fruit est une gousse oblongue, un peu comprimée, terminée en pointe recourbée à son sommet, glabre, renfermant sept à huit graines arrondies, globuleuses, dont lehile e»t circulaire. Cette

rFGUMINP-USES.

plante est cultivée <lans toutes les parties m(?rîdionales et tempérées de l'Europe. La variété que l'on cultive en grand sous le nom depisaille, et que plusieurs auteurs appellent pisiim aivense , se distingue surtout par ses fleurs violacées : ses rames forment un excellent fourrage pour les bestiaux.

Propriétés et usages. C'est seulement à titre d'aliment que cette plante est ici mentionnée ; car elle ne figure plus aujourd'hui parmi les substances médicamenteuses. Les pois, surtout avant l'époque de leur maturité, sont un aliment aussi agréable que recherché. Leur saveur est douce et sucrée, et ils ne sont pas alors farineux et difficiles à digérer comme les haricots. Lorsqu'ils sont secs, on les conserve pendant l'hiver. On peut en préparer des cataplasmes émolliens.

FÈVE. — FJBJ. Tournef.

Calice tubuleux, à cinq divisions inégales ; style comprimé ; stigmate velu; gousse alongée, épaisse, contenant plusieurs graines réniforraes. Plantes annuelles , ayant les feuilles bijugées.

Fève ordinaire. Faba vulgaris. DC. Fl. fr. Ficia fala. L. Sp.

1039. Blackw. t. 19.

Nom vulgaire : fève de marais.

La tigo est dressée , simple , haute d'environ deux pieds , carrée, creuse, tout à fait glabre, à quatre angles très saillans. Les feuilles sont alternes, bijugées, à folioles sessiles, alternes, ovales, arrondies, entières, mucFonées, glabres sur les deux faces. Les deux stipules qui s'observent à la base de chaque feuille sont semi sagittées , un peu déchiquetées, et membraneuses sur leurs bords, avec une tache brune à leur partie supérieure. Les fleurs forment, au nombre de six ordinairement, de petits épis courts, situés à l'aisselle des feuilles supérieures, et dont les fleurs sont toutes tournées en dehors. Leur calice est tubuleux, cylindrique ; son limbe est à cinq divisions alongées, étroites et aiguës, dont deux .supérieures manifestement plus courtes. Leur corolle est grande ; l'étendard, beaucoup 3. 43

plus long qufî les autres pétales , est arrondi, entier, plié sur lui-niûme suivant sa longueur, en sorte qu'il présente une crête en dos d'âne : il est blanc, lavé de violet à sa partie inférieure. Les ailes sont rapprochées, offrant une grande lâche noire. La carène est beaucoup plus courte, et cachée entre les ailes. Les étamines diadelphes sont renfermées dans la carène, ainsi que le pislil. L'ovaire est très alongé, un peu comprimé latéralement, terminé par un style grêle, comprimé, formant un angle droit avec lui ; le stigmate est très petit, et offre un bouquet de poils courts et soyeux à sa partie inférieure. La gousse est grosse, alongée, un peu toruleuse, comme charnue, renfermant cinq à six graines réniformes, aplaties. On ne sait pas au juste quelle est la véritable patrie de celte plante. Plusieurs auteurs la font venir d'Egypte et des confins de la Perse. Aujourd'hui elle est naturalisée dans toute l'Europe.

Propriétés et usages. Nous pourrions répéter pour cette plante ce que nous avons dit précédemment en parlant des haricots et des pois. Les fèves sont un aliment assez agréable, surtout lorsqu'elles sont jeunes et petites. On les prive en général de leur tégument, qui est dur, épais et d'une saveur un peu âpre. Leur farine, que les anciens comptaient parmi les farines résolutives , sert à préparer des cataplasmes émolliens. Devons-nous rappeler ici que l'eau distillée des tégumens de ces graines a été autrefois considérée comme diurétique, tandis que celle des fleurs était usitée comme cosmétique. Mais aujourd'hui leur usage est totalement abandonné.

LENTILLE. — ERVUM. L. J.

Calice à cinq divisions égales très profondes ; corolle de la même longueur que le calice ; style grêle ; stigmate non velu ; gousse comprimée , courte , contenant une ou deux graines comprimées ou globuleuses. Plantes herbacées , à feuilles pinnées.

Lentille ordinaire. Ervumlens. L. Sp. 1036.

Petite plante annuelle dont la tige rameuse et carrée estpubescente. Ses feuilles se composent de quatre à cinq paires de

LfecUMINBUSES. Ôyf»

petites folioles alternes , ovales , pubescentes etblancIiAlres, Le pétiole commun se prolonge en une vrille roulée. A sa base sont deux petites stipules ovales , lancéolées, aiguës. Los fleurs sont blanches , réunies , au nombre de deux à trois , in l'aisselle des feuilles, et porlées sur un pédoncule commun, de même longueur que ces dernières, et se terminant souvent en une vrille roulée. Le calice est à cinq divisions profondes, égales , étroites , lancéolées , aiguës , un peu pubescentes. La corolle n'est pas plus longue que le calice j ses pétales sont rapprochés. Les élamines sont diadelphes. Le fruit est comprimé, court, terminé par une sorte de bec à son sommet , et contenant deux graines lenticulaires. La lentille croît naturellement dans les moissons du midi de la France. Elle est cultivée en abondance pour les usages domestiques; elle aime en général les terrains légers et sablonneux.

Propriétés et usages. Tout le monde connaît l'usage que l'on fait des graines de cette plante, qu'on ne mange en général que lorsqu'elles sont sèches, fort différentes en cela des pois , des haricols et des fèves. Bouillies et réduites en pulpe , elles peuvent servir à préparer des cataplasmes émolliens. Quant à leur décoction , elle jouit dans la médecine populaire d'une très grande réputation pour faciliter l'éruption dans les exanthèmes , tels que la variole , la rougeole , etc. ; mais les médecins n'ont pas grande confiance dans ce remède.

CICHE. - CICER. L. J.

Calice presque campanulé , à cinq divisions égales , dont quatre supérieures ; corolift de la même longueur que le calice ; carène formée de deux pétales distincts. Étamines diadelphes; style filiforme ; stigmate capitulé. Gousse renflée, presque cylindrique , contenant deux graines. Plantes annuelles., à feuilles imparipinnées.

CiCHE COMMUN. Cicer arietimim. L. Sp. 1040.

Noms vulgaires : pois chiches, gan'ance, pesettCy etc.

La lige du pois ciche est grêle , faible , rameuse , anguleuse, •ouverte de petits poils glanduleux, blanchâtres , haute d'en-

BOTANlQtlE.

viron un pied. Ses feuilles sont alternes , imparipinnées , velues , à folioles alternes , presque sessiles , assez nombreuses , ovales , dcnticulées dans leur moitié supérieure. Les deux stipules adhérentes avec la tige sont foliacées , profondément dentées. Les fleurs, violettes pâles, sont axillaires, solitaires, portées sur des pédoncules grêles, recourbés, velus, longs d'environ un pouce , offrant une sorte d'articulation entourée de quatre bractées inégales très petites , vers le milieu de sa hauteur. Le calice est subcampanulé , à cinq divisions profondes , lancéolées , aiguës : quatre supérieures appliquées sur l'étendard , l'autre inférieure appliquée sous la carène. La corolle est à peine plus longue que le calice. La carène est formée de deux pétales distincts. Les étamines sont diadelphes. L'ovaire est ovoïde , comprimé, très velu , terminé supérieurement par un style grêle et filiforme ; droit, glabre à sa partie Supérieure; le stigmate est très petit et capitulé. La gousse est renflée, cylindrique ou globuleuse, pubescente, contenant ordinairement deux graines presque globuleuses , tronquées d'un côté , et auxquelles on a trouvé quelque ressemblance avec la tête d'un bélier armée de cornes recourbées. Cette plante , qui croît naturellement en Egypte et en Orient , est cultivée dans le midi de la France.

Propriétés et usages. Pendant les grandes chaleurs de l'été , on voit briller sur les feuilles et la tige de ce végétal des gouttelettes fort petites d'un liquide visqueux et très limpide , extrêmement acide , et que M. Deyeux a reconnu être de l'acide oxalique à l'état de pureté. Cette excrétion est , sans contredit, une des plus remarquables dont tout le règne végétal nous offre l'exemple. Les pois ciches ont servi à la nourriture de l'homme dès les temps les plus reculés. Les écrits de Galien, de Pline , etc. , en font mention. On les mange surtout en Egypte, en Syrie et dans les contrées méridionales de l'Europe ; mais c'est un aliment peu agréable. La décoction des feuilles était jadis employée comme diurétique et tithontriptique , et la grande quantité d'acide oxalique qu'elles contiennent explique suffisamment l'action qu'elle pouvait exercer sur l'appareil urinaire. Cependantce remède est à peu près inusité de nos jours.

LÉGUMINEUSKS.

PTEROCARPE. - PTEROCARPUS. L. J.

Calice liibuleux, presque turbiné , à cinq dents courtes et inégales ; étendard dressé, onguiculé à sa base , plus long que les ailes et la carène; étamines diadelphes ; gousse très comprimée , plane , presque orbiculaire ou réniforrae , indéhiscente et monosperme. Grands arbres à feuilles imparipinnées , ayant les Heurs disposées en grappes axillaires.

Ptérocarpe saing-dragon. Pterocarpiis draco. L. Sp. 1662. Ptcrocarpus qfjicinaiis. Jacq. Am. 283. t. 183. f. 92.

IS'oin pharmaceutique : sanguis draconis. Partie usitée : le sang dragon.

C'est un grand arbre qui croit dans l'Inde et dans différentes parties de l'Amérique méridionale. Ses feuilles alternes sont imparipinnées , composées le plus souvent de huit folioles. Leur pétiole commun est long de six à huit pouces, glabre et un peu canaliculé. Les folioles sont alternes , pétiolulées , oval»'s , acuminées . entières , tout à fait glabres. A la base de chaque pétiole commun , on trouve deux stipules fort petites, qui se détachent et tombent de bonne heure. Les fleurs, qui sont jaunâtres , forment des grappes rameuses à l'aisselle des feuilles supérieures. Ces grappes sont quelquefois aussi longues que les feuilles. Chaque fleur est pédonculécj son calice est persisl..ul , court , turbiné, à cinq dents inégales. La corolle est papilionacée, formée de cinq pétales distincts et onguiculés à leur base. Les élamines sont plus courtes que la corolle et diadelphes. La gousse est extrêmement comprimée , orbiculaire , légèrement pédicellée, terminée brusquement par une petite pointe recourbée , couverte d'un duvet court et ferrugineux , restant constamment indéhiscente.

Propriétés et usages. Cet arbre et quelques autres, tels que le dracœna draco, de la famille des Asparaginées, le ptcrocarpus santalinus, etc., fournit la résine connue sous le nom de sang-dragon. Elle est en masses plus ou moins considérables , ou en bâtons roulés dans des feuilles de palmier, d'un brun rougeâlre, inodore, fragile 3 sa cassure est nette et luisante : elle

croque sous la dent , est insoluble dans l'eau j projetée sur des charbons ardens, elle brûle et répand une fumée ûcre. M. Thomson a cru y découvrir une petite quantité d'acide benzoïque , et la range parmi les baumes. La saveur de cette résine est un peu astringente : son odeur est nulle. Réduite en poudre , elle est d'une belle couleur rouge, qu'elle communique à l'alcool , dans lequel elle est en grande partie soliible.

Tous les auteurs de matière médicale regardent le sang-dragon comme un médicament tonique et astringent ; mais on s'en servait plus souvent jadis que de nos jours. Les hémorrhagies passives et la diarrhée sont les maladies contre lesquelles on en faisait surtout usage. C'est ordinairement en poudre que l'on prescrit cette substance, dont la dose varie d'un scrupule à un demi-gros. La teinture alcoolique s'administre quelquefois à la dose de trente gouttes et au delà, dans un véhicule approprié. Cette résine entre ordinairement dans la préparation des poudres dentifrices et dans certains vernis.

Il est une autre espèce de ce genre , pterocarpiis santalinus L.j originaire des Indes orientales, dont le bois porte le nom de Santal rouge. Ce bois, qui offre une couleur rouge foncée, une texture fibreuse, est très résineux, d'une odeur et d'une saveur faibles. Il fournit à la teinture un principe colorant rouge assez employé dans les arts. Il ne figure plus parmi les substances médicamenteuses.

Selon le célèbre Mungo-Park , la gomme kino est produite par une espèce de plerocorpus, que Rob. Brown a rapportée au Pterocapus erinaceus de Poiret [Eue. t. 5, p. 728). La môme espèce a été publiée sous le nom de Plerocarpus senegalensis par Hooker, dans Grafs IraveLs in western Jfrica , p. 595 , t. D voy. Ann. se. nat., février 1827). Mais cependant on sait aujourd'hui d'une manière jtositive que cette matière astringente est produite par le Nauclea gainber, de la famille des Rubiacées. Ainsi le suc obtenu en Afrique de cette dernière espèce de ptérocarpe est plutôt analogue au sang-dragon qu'à la gomme kino.

2" Étaïuines libres et distinctes.

COPAHU. - COPAIFERA. L. J. Desf.

Calice à quatre divisions profondes et connue imbriquées. Point de corolle. Dix étaniines distinctes et étalées. Style lermiïié par un stigmate simple. Fruit comprimé, bivalve, contenant une ou deux graines. Arbres résineux à feuilles ordinainairement paripinnées, à fleurs en grappes rameuses.

CoPAHU OFFICINAL. Copaifera offtcinalis . Jacq. Am, p. 133. t. 86.

Noms pharmaceutiques : oleo-resina copahit , baLiamum. copaivœ. Nom vulgaire : baume de copahu. Partie usitée : la résine de copahu.

C'est un grand arbre touffu, d'une forme élégante, dont les feuilles sont alternes, composées de cinq à liuit folioles ovales, acuminées, entières, très glabres et un peu luisantes, ponctuées et presque sessiles. Les fleurs, qui sont blanches , forment des grappes rameuses, axillaires, de la longueur des feuilles. Leur calice se compose de quatre lobes un peu inégaux, étalés, que Jacquin et Linné ont décrits comme une corolle de quatre pétales, tandis que la corolle manque réellement. Les élamines , au nombre de dix, sont libres, égales entre elles, toutes fertiles et étalées. Le fruit, que l'on ne connaît pas encore à son état parfait de maturité, est comprimé, orbiculaire, bivalve , et contient ordinairement une ou deux graines. Le copahu croît naturellement dans l'Amérique méridionale. Jacquin dit qu'il vient péle-niêle avec le Myroxjluni peruifcrum , qui produit le baume du l'érou.

Propriétés et usages. La résine de copahu est extrêmement fluide, incolore lorsqu'elle est récente , devenant un peu citrine en vieillissant. Son odeur est forte et pénétrante, sa saveur âcre et très désagréable. On l'obtient en pratiquant des incisions profondes à l'écorce de l'arbre. La résine de copahu est composée d'huile volatile , 32 à 47, qu'on peut obtenir par le moyen de la distillation ; de résine jaune ou acide copahivique, <pti a la nifinie composition que la colophane , .38 à 52 ; et de résine visqueuse, 1,6.3 à 2,13. Le copahu jouit évidcm-

^>8o BOTANIQUE.

ment d'une action stimulante fort énergique. Donné à faible dose, telle que quelques gouttes sur un morceau de sucre , ou dans un véhicule, il active les fonctions de l'estomac et augmente l'appétit. Son action procure un résultat tout à fait différent quand on l'administre à haute dose : il occasionne un sentiment de géne et de pesanteur dans l'estomac, et donne lieu à des vomissemens ou à des déjections alvines abondantes. On observe ces résultats lorsque la membrane muqueuse intestinale est dans son état normal , ou qu'elle est légèrement excitée 5 car ils sont tout à fait différens quand celte membrane est le siège d'une inflammation chronique : on voit alors le baume de copahu faire cesser la diarrhée^ qui n'est qu'un symptôme de cet état. On en fait également usage dans les autres catarrhes chroniques et dans la leucorrhée, quand on n'y aperçoit pas de symptômes d'inflammation.

Mais c'est spécialement contre la blennorrhagie urélrale que l'on administre aujourd'hui le baume de copahu avec le plus de succès. Il réussit non seulement dans les dernières périodes de cette maladie , lorsque tous les symptômes d'irritation ont disparu , et qu'il ne reste qu'un écoulement atonique , mais aussi dans son début, et quand l'inflammation est très vive. MM. Delpech et Ribes ont surtout appelé l'attention des praticiens sur refficacitc du baume de copahu dans cette circonstance. On doit alors l'administrer à de fortes doses , si l'on veut que ses effets soient plus certains. Ainsi on en prescrira un ou deux gros, et même davantage. L'on a remarqué que cette substance irrite beaucoup moins la surface interne des voies digestives , et n'occasionne plus de déjections alvines , lorsqu'on l'unit à une eau distillée ou à une poudre aromatique, précaution qu'il est indispensable de prendre lorsqu'on fait usage du baume de copahu contre la blennorraghie. On peut aussi administrer ce médicament en en versant de trente à cinquante gouttes sur un morceau de sucre, dose que l'on répète plusieurs fois dans la journée.

Ce médicament a paru apporter un soulagement réel dans le catarrhe chroni<iue de la vessie. M. le professeur Dclpech. de

LÉGUMINEUSES. 6'8l

Montpellier , a fait connaître plusieurs observations de ce genre, où il avait complèlement réussi.

De môme que toutes les autres lérébeulhines, celle de copahu se compose d'une résine solide^ dissoute dans une huile volatile.

Le docteur Thorn recommande l'emploi de l'extrait de copahu, c'est-à dire de la résine priv<Je de son huile volatile. Ce médecin a vu ce médicament, donné à la dose de 15 à 20 grains trois fois dans la journée , guérir des blennorrhagies urétrales très intenses et très aiguës, quelquefois môme accompagnées du gonflement inflammatoire du testicule. ( Y. Arch. gén. de méd. tome XFI, mars 1828. ) D'un autre côté. M. Dublanc fils pense que c'est l'huile volatile qui mérite la préférence, comme plus efficace. Le seul avantage que paraît avoir la résine solide , c'est qu'elle est moins désagréable à prendre pour le malade , et qu'on peut la donner à doses assez faibles.

Nous devons faire remarquer qu'on ne doit employer le baume de copahu ou ses préparations que dans les blennorrhagies simples ou bénignes ; car, dans celles qui sont accompagnées de symptômes syphilitiques , ce médicament causerait une répercussion qui pourrait donner lieu à des accidens fort graves.

MYROXYLON. - MYROXYLUM, Nob.

Myroxylum et Toluifera. L. J.

Calice campanulé , tronqué , à cinq dents à peine marquées; corolle de cinq pétales irréguliers , un supérieur plus grand , onguiculé , presque cordiforme , les quatre autres étroits et linéaires. Dix étamines distinctes et un peu déclinées. Gousse alongée, très comprimée, membraneuse, épaisse et renflée à son sommet, qui est très obtus , et qui présente une petite loge dans laquelle sont contenues une ou deux graines.

Arbres résineux à feuilles pinnées , ayant les fleurs en grappes simples , ou rameuses et axillaires.

ROÎANIQUE.

Page 1