Myroxvlon du Pérou. 3Iyroxylum peruiferuni. L. Supp
11. Myuoxylow de Tolu. Myroxylum toluiferum. Ach. Rich. Toluijera halsamum. L.
Nom pharmaceutique : halsamum Peruvianiim et Tolutanum. Parties usitées : les baurnes du Pérou et de Tolu.
L'élégance et le port gracieux de cet arbre ont été remarqués par tous les voyageurs. Son tronc est recouvert d'une écorce lisse, épaisse, très résineuse, ainsi que les autres parties du végétal. Les jeunes rameaux présentent dans leur partie supérieure de petits tubercules irréguliers, qui existent également sur les pédoncules communs des fleurs. Les feuilles sont alternes, imparipinnées, composées ordinairement de huit (1) folioles alternes, ovales, acuminées, très entières et très glabres , presque sessiles , et d'un vert clair. Elles sont parsemées de points translucides, comme le millepertuis. Le pétiole commun, dans les plus jeunes feuilles, est pubescent j il est tout à fait glabre quand les feuilles sont parfaitement développées. Les fleurs sont blanches ou roses , et forment des épis ou des grappes rameuses pédonculées à l'aisselle des feuilles supérieures. On trouve à chaque fleur, qui est pédicellée, l'organisation suivante : son calice est canipanulé , tronqué à sa partie supérieure, qui présente quelques dents à peine marquées j les cinq pétales sont étalés et inégaux , plus longs que les dix étamines, dont les filets sont libres et terminés par une anthère ovoïde et blanche. Les fruits sont légèrement pédicellés , alongés , fortement comprimés, membraneux et en forme d'ailes sur leurs côtés, plus renflés à leur sommet, qui offre une seule loge indéhiscente, contenant une ou deux graines. Les fruits , longs d'environ quatre à cinq pouces, ont à peu près un pouce de largeur; ils sont tout à faiî glabres.
(1) Il pourrait paraître ëlonnant, au premier abord, que des feuilles composées de huit folioles fussent imparipinnées, c'est à dire terminées i par une foliole impaire; mais si l'on fait attention que ces folioles sont a ternes, on concevra facilement alors qu'il doit s'en trouver une seule qui lerininc le péiiole commun. Cette observation s'applique égahment C.U Ptrrocarpus Uraco, décvii |Hécc<lcmmeat.
Cet arbre croît dans les provinces les plus chaudes du continent de l'Amérique méridionale , au Pérou et dans la province de Carthagène , aux environs de la ville de Tolu.
Jusqu'à présent on avait considéré, comme formant deux genres différens, les végétaux qui produisent le baume du Pérou et le baume de Tolu ; l'un portait le nom de Myroxylum peruiferu m, elVaMre celui de ToLuifera balsainum. Le premier avait été placé dans la famille des Légumineuses , et le second dans celle des Térébinlhacées. Mais, en examinant avec soin le caractère du genre tohàfera , donné par tous les auteurs , j'ai remarqué que ce caractère était absolument le même que celui du Myroxjlum , à l'exception du fruit, que l'on décrivait seulement d'après Miller, et qui en effet serait fort différent du genre précédent , puisqu'il serait à quatre loges et à quatre graines. Observant ensuite, 1° qu'aucun naturaliste moderne n'a donné la description du Toliu'fera; 2° que cet arbre n'a jamais été figuré ; 3° qu'il n'existe pas dans les herbiers ; 4° enfin, que le baume de Tolu ne peut être distingué du baume du Pérou, blancou sec, j'avais été conduit à penser que cesdeuxsubstances balsamiques étaient retirées d'une seule et môme espèce végétale , c'est à dire du Myroxylum pcraijerum. J'ai été confirmé dans mon opinion, 1° par la lecture d'un Mémoire de don llippolyte Ruiz , l'un des auteurs de la Flore du Pérou , qui dit que c'est \e Myroxylum peruiferum, que les habitans du Pérou désignent sous le nom de guinoquino, qui produit les deux substances résineuses apportées en Europe sous les noms de iau' mes du Pérou et de Tolu; que ces deux baumes ne diffèrent l'un de l'autre que par leur couleur, leur mode d'extraction, et la différence des pays où on les récolte ; le premier venant du Pérou et des pays circonvoisins ; le second , au contraire, étant tiré des environs de Tolu , dans la province de Carthagène , c'est à dire trois cents lieues plus au nord que le premier. 2" Ma conviction a été complète, lorsque j'ai eu examiné , dans l'herbier de M. le baron de Humboldt, des échantillons des arbres qui fournissent les baumes de Tolu et du Pérou , recueillis sur les lieux mêmes par cet illustre voyageur. Ces échantillons se ressemblent tellement , que j'avais crti d'abord qu'ils apparte-
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naienl à une seule el même espèce , que je nommais Myroxyluni balsaniiferurn . Mais plus tard ie reconnus (voy. Ann. se. nat., t, 2, p. 168) qu'elles constituaient deux espèces distinctes d'un même genre. Eii effet, dans le véritable Myroxylurn peruc- /èrani qui croît au Pérou, dans le midi de la Nouvelle-Grenade , à Jean de Bracamoros, àPopayan ^ et qu'on cultive jusqu'aux environs de Carthagène , les folioles sont épaisses , coriaces, aiguës, rétuses à leur sommet : la foliole terminale n'est pas plus grande que les autres. L'autre espèce, aucontraire, c'est à dire celle qui donne le baume de Tolu , a ses folioles minces, membraneuses, obovales, longuement acurainées à leur sommet, el la foliole terminale est plus grande que les autres; je lui ai donné le nom de Myroxylurn toluiferum, qui rappelle à la fois sa patrie et le baume qu'elle fournit. D'après une note que M. de Humboldt a bien voulu me communiquer, le bois de cette espèce est d'un rouge foncé au centre , ayant une odeur délicieuse de baume, ou plutôt de fleurs de rose, qui existe encore avec plus d'intensité dans la couche résineuse qui sépare l'écorce de l'aubier. Ce bois est très recherché pour les constructions. On en trouve quelques individus épars dans les montagnes de Turlîàco, près deCarthagène ; mais dans les hautes savanes de Tohi , près de Corozoi et de la ville Tacasuan , la campagne en est presque couverte.
Il résulte de là que le genre Toluifera n'existe pas réellement, puisque la seule espèce qui le composait fait partie du genre Myroxijlum . et que le fruit décrit par Miller comme étant celui du Tohrjera appartenait à un autre végétal. Dès lors les baumes du Pérou et de Tolu sont produits par deux espèces du môme genre , el ne diffèrent que par leur couleur et leur consistance, qui tiennent surtout à la différence de leur mode d'extraction.
Du baume du Pérou. On distingue dans le commerce deux sortes de baume du Pérou : l'un est presque sec, d'une couleur fauve claire, ordinairement contenu dans de petites calebasses; on l'obtient en pratiquant des incisions à l'écorce de l'arbre : l'autre est liquide, d'un brun rougeâtre, et s'extrait en faisant bouillir dans l'eau les ccorces cl les jeunes rameaux: c'est le
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baume du Pérou noir du commerce. Son odeur csl, forte, mais agréable 3 sa saveur est àcre et amère. Il brûle en répandant une fumée blanche, qui est produite par l'acide beuzoïque. Il est entièrement soluble dans l'alcool : l'eau bouillante lui enlève son acide benzoïque. Le baume du Pérou nous vient surtout des différentes provinces du Pérou. M. Stoltz a soumis le baume noir du Pérou ù l'analyse^ et en a retiré les principes
suivans :
Piésine brune peu soluble 24
Résine brune soluble 207
Huile de baume du Pérou. . , 690
Acide benzoïque 64
Matière extractive 6
Humidité et perte 9
Du baume de Tolu. C'est aux environs de Tolu, dans la province de Carthagène , qu'on recueille cette substance balsamique. Le suc résineux qui s'écoule des incisions faites au tronc de cet arbre est reçu dans des vases où on le laisse se sécher. H constitue alors des masses solides plus ou moins volumineuses, d'une couleur fauve, se liquéfiant avec facilité, d'une saveur âcre, mais agréable, et d'une odeur très suave. \\ se ramollit facilement sous la dent, se dissout en totalité dans l'alcool, et cède à Peau bouillante tout son acide benzoïque. Tantôt le baume de Tolu nous est apporté dans de grands vases de terre, qu'on nomme potiches; tantôt on le coule, lorsqu'il est encore liquide, dans des calebasses. Il est alors fort difficile de le distinguer du baume sec du Pérou. Il est composé de résine, d^huile volatile et d'acide benzoïque.
Propriétés et usages. Nous croyons devoir réunir dans un même article les propriétés médicales de ces deux substances, parce qu'en effet elles ont un mode d'action entièrement semblable , c'est à dire qu'elles déterminent une excitation vive, et doivent être placées parmi les médicamens stimulans. C'est surtout contre les catarrhes chroniques que l'on en fait usage,
particulièrement du baume de Tola. Les tablelUs et le sirop dans lesquels on fait entrer cette substance sont des préparations fort agréables, et que l'on prescrit fréquemment dans la dernière période des catarrhes pulmonaires, lorsqu'il n'y a plus ni chaleur, ni douleurs vives. On emploie aussi quelquefois un mélange de baume de Tolu et d'étlier sulfurique, que l'on place dans un flacon terminé par un long tube recourbé. Le malade aspire les particules qui se volatilisent, et souvent on a vu ce procédé calmer des toux opiniâtres suivies d'expectorations muqueuses très abondantes. C'est en le recouvrant d'une couche légère de teinture de baume de Tolu, qu'on donne au taffetas gommé ou d'Angleterre l'odeur suave qui lui est propre.
Quant au baume du Pérou , il est fort rarement usité en médecine. Les parfumeurs le font entrer dans plusieurs essences et parfums. Du reste , ses propriétés sont les mêmes que celles du baume de Tolu , et c'est dans les mômes circonstances qu'il a été prescrit par plusieurs auteurs de matière médicale.
Avant de passer à la description des plantes de la seconde section , mentionnons rapidement quelques autres Papilionacées , autrefois plus ou moins en vogue , mais peu employées aujourd'hui.
1° Le Cytise des Alpes, aubours ou faux ébénier , Cyt'mis labiirnurn Z., joli arbre qui croît communément dans les Alpes , et que nous cultivons dans nos jardins. Son écorce est verte et lisse ; ses feuilles trifoliolées ; ses fleurs jaunes , en grappes pendantes. Ses graines sont éméliques. Elles contiennent un principe particulier, incristallisable , d'une saveur amère et nauséabonde, auquel MM. Lassaigne et Chevallier ont donné le nom de Cytïsine. Inusité.
T Le Spartier à balais , Spardum scoparium L. , petit arbrisseau très commun dans nos bois , dont les feuilles sont simples et fort petites, les rameaux anguleux et effilés, les fleurs jaunes et grandes. Ses graines et ses sommités sont regardées comme émétiqucs et purgatives. Peu usité.
3" Le Galéga , Galegd qfficinalis L. , planle vivace l'on
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Irouvo dans les prés et les bois. Ses liges sont garnies de feuilles imparipinnées ; et ses fleurs, qui sont violettes ou blanches, forment des grappes simples et axillaires. La décoction de celle plante, qui est légèrement amère , a été vantée autrefois comme un remède des plus puissans. Il s'est trouvé des médecins qui l'ont regardée comme très efficace dans le traitement des fièvres graves et de l'épilepsie. Abandonné totalement aujourd'hui.
4" L'AîN.4GYnE fétide, ou Bois puant , Anagyris Jœtida L., arbrisseau des contrées méridionales de la France, dont les feuilles sont trifoliolées ; les fleurs jaunes, et naissant par petits bouquets sur différens points de la tige. Selon M. le docteur Loiseleur-Deslongchamps, ses feuilles sont éméliques et purgatives; mais elles ne sont point usitées.
5° L'écorce du Geqffroya inennis de Swartz, et du Gcojffroya surinomensis de Murray, grands arbres originaires des Indes occidentales, mérite également d'être mentionnée ici. Les médecins américains et anglais en font un grand cas. Sa saveur est amère et plus ou moins âcre, et c'est pour combattre les vers qui se développent dans le canal alimentaire , qu'on l'a surtout mise en usage. On emploie soit sa décoction, soit son extrait. Mais en France ce médicament est tout à fait inusité.
G" Le genre Indigotier, Indigofera, est un des plus intéressans de celle famille pour l'art de la teinture. Tout le monde sait que c'est des feuilles de plusieurs espèces de ce genre, telles que Indigofera anil, Indigofera tinctoria ^ Indigofera argentea , que l'on relire celle belle matière colorante bleue connue sous le nom d'Indigo. C'est aux Indes et en Amérique que l'on prépare celte substance , en faisant successivement macérer la plante dans plusieurs grandes cuves. Dans les pays où croissent ces végétaux précieux, on les emploie aussi quelquefois comme médicamens. Ils sont amers , toniques et fébrifuges.
Propriétés médicales de f Indigo. Jusqu'à présent cette substance n'avait guère d'importance que par son emploi dans les arts de la teinture. Cependant quelques praticiens l'ont placée
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parmi les médlcamens ^ et si les ^Jremlers essais tentés à cet égard étaient confirmés par l'expérience , il faudrait compter l'indigo parmi les agens les plus utiles de la thérapeutique, puisqu'il pourrait guérir une des maladies les plus cruelles qui affligent l'espèce humaine , l'épilepsie. On lit, en effet, dans la Gazette médicale de Prusse (n"* 32 et 33^ année 1837), deux observations du docteur Mankiewlez , dans lesquelles l'indigo aurait eu contre l'épilepsie une heureuse efficacité. Ce médicament a été donné à la dose d'un scrupule à un gros , dose que l'on a portée quelquefois jusqu'à une demi-once dans les vingtquatre heures. Dans les deux cas rapportés par M. le docteur Mankiewiez, l'épilepsie, quoique fort ancienne, et se montrant avec des accès très rapprochés, a été complètement guérie. Dans le même recueil, on trouve une troisième observation du docteur Hohnorst , dans laquelle l'administration de l'indigo a offert la même efficacité. Il serait fort important que ces expériences fussent reprises en France , afin d'éclairer ce point de la thérapeutique.
TROISIÈME TRIBU
CASSIÉES.
Calice profondément divisé j corolle de trois ou cinq pétales presque égaux et réguliers^ dix étamines libres ou soudées, dont quelques unes sont souvent avortées et rudimentaires.