‹ Élémens d'histoire naturelle médicale (volume 3)Chapitre 131 sur 187 · L. Sp · texte numérisé non relu

L. Sp

Nom pharmaceutique: lignum campechianum. Noms vulgaires : bois de Campèche, bois rouge, bois de sang, bois de Nicaragua. Partie usitée : le bois.

La patrie de cet arbre est la baie de Campêche , dans le royaume du Mexique, d'où il a tiré son nom. Mais aujourd'hui il est naturalisé dans les Antilles et la partie voisine du continent américain , où on le plante de préférence autour des propriétés pour en former des haies. Il peut , lorsqu'il est abandonné à lui-même, s'élever jusqu'à quarante ou cinquante pieds. Son écorce est rugueuse, son aubier jaunâtre, tandis que la partie centrale de la tige est d'un rouge foncé. Les épines que l'on remarque sur ses branches sont formées par de jeunes rameaux avortés. Ses feuilles, qui sont alternes et paripinnées, se composent communément de quatre ou cinq paires de folioles opposées, petites, obovales, presque cordiformes , entières , luisantes; coriaces , ayant les nervures latérales parallèles. Les

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fleurs sont jaunes , disposées en épis ou grappes simples à l'aisselle des feuilles, et répandent une odeur agréable, analogue à celle de la jonquille ; leur calice est rougeâtre extérieurement, à cinq lobes profonds et réfléchis, et un peu inégaux. Leur corolle se compose de cinq pétales étalés , égaux, alongés, rétrécis à leur base, deux fois plus longs que les lobes du calice. Les dix étamines sont saillantes , dressées, libres , à peu près de la longueur des pétales. Leurs filets sont grêles et un peu pubescens; leurs anthères subcordifornoes , obtuses. La gousse, qui est alongée , très comprimée, ensiforme, glabre , relevée d'une crête sur sa suture dorsale , s'ouvre en deux valves, et contient une, deux ou trois graines comprimées.

Propriélés et usages. Le bois de Campêche nous est apporté d'Amérique en grosses bûches dépouillées de leur aubier. Il est d'un brun noirâtre, très dur, susceptible d'un b-eau poli. Il donne, par le moyen de l'eau froide, une couleur rouge foncée. Par l'ébuUition, celte couleur devient plus chargée; elle s'avive par les acides , et passe au bleu violet par le moyen des alcalis et des oxides métalliques. Ce bois est très usité dans la teinture en noir et en violet. M. Chevreul est parvenu à obtenir son principe colorant à l'état de pureté^ et l'a nommé hémaline. Cette substance est rouge, soluble dans l'eau bouillante, et se cristallise par le refroidissement. La saveur du bois de Campêche est d'abord douceâtre, puis très astringente. Les Anglais sont les premiers qui aient introduit cette substance dans la thérapeutique : c'est contre la diarrhée chronique qu'ils ont employé soit l'extrait de Campêche , soit sa décoction. Ce remède peut agir comme toutes les autres substances toniques et astringentes ; mais il est à peu près inusité en France.

Plusieurs autres arbres de la section des Cassiées doivent aussi être cités , à cause de leur usage dans l'économie domestique ou l'art de guérir; tels sont :

Le Caroubier , Ceratonia siUqaa L. C'est un arbre de moyenne grandeur, qui porte de grandes feuilles paripinnées et luisantes , de petites fleurs polygames , dépourvues de corolle , et de longues gousses épaisses, luisantes , charnues inléfieuremenl : cet arbre cruit sur les côtes d'Afrique, d'Espagne

et de la Provence. La'chair de ses fruits a une saveur douce et sucrée j elle est assez nourrissante et laxalive : les gens du peuple et les enfans en mangent une très grande quantité dans les contrées où cet arbre est commun. En Egypte , on en retire une sorte de sirop dans lequel on confit d'autres fruits.

2° C'est du Moringa oleijera ou Giiilandina moringa de Linné , arbre des Indes orientales , remarquable par son fruit triangulaîre, s'ouvrant en trois valves, que l'on retire 1' huile DE BEN. Cette huile grasse jouit de la propriété de ne pas rancir, et de se charger avec facilité de l'arôme des fleurs. Au bout d'un temps plus ou moins long, elle se sépare en deux parties : l'une plus épaisse , facilement congelable ; l'autre qui reste toujours fluide. Cette dernière est très employée dans les arts.

3° La Résine animée est produite par V Hynienœa courbaril L., grand arbre qui croit au Brésil , aux Antilles et à la Nouvelle-Espagne. Cette substance est généralement assez rare dans le commerce, où l'on vend sous ce nom plusieurs matières résineuses fort différentes les unes des autres. Elle est ordinairement en larmes ou en morceaux irréguliers, jaunâtres , recouverts d'une sorte de poussière grise , à cassure brillante, d'une odeur très aromatique. Elle n'est plus usitée en médecine^ mais elle sert à la préparation des vernis.

4° Deux espèces du genre Cœsalpinia fournissent les bois de teinture connus sous les noms de bois du Brésil ou de Fernambouc et de bois de sapan. Le premier, que l'on appelle aussi biésillet des Antilles , est produit par le Cœsalpinia echinata , originaire de l'Amérique méridionale. On l'apporte en Europe dépouillé de son aubier. Il est rouge, compacte , presque inodore et insipide^ il est très employé dans la teinture. Le second^ ou brésillet des Indes, provient du Cœsalpinia sapan , qui habite les grandes Indes : il est peu usité en Europe.

TROISIÈME TRIBU

MIM0SÉË8.

Calice double; l'extérieur à cinq dents; l'intérieur plus grand, monosépale (1), régulier et tubuleux. Pas de corolle. Etamines en nombre variable , monadelphes.

Fleurs généralement petites , disposées en épis ou en têtes globuleuses. Végétaux herbacés ou ligneux, ayant en général les feuilles décomposées.

ACACIE, — ACACIA. Willd.

Fleurs ordinairement polygames : les mâles ont un calice à cinq dents ou à cinq lobes plus ou moins profonds ; des étamines très nombreuses et monadelphes. Les fleurs hermaphrodites ont de plus un pistil, qui devient une gousse plus ou moins comprimée , quelquefois étranglée de distance en distance, et qui s'ouvre en deux valves. Arbres ou arbrisseaux, souvent armés d'épines ou d'aiguillons, ayant les feuilles décomposées (2).

(1) La manière dont nous traçons ici le caractère des Mimeuses diffère de celle dont la plupart des auteurs décrivent l'organisation de ce groupe. En effet , on considère généralement ces végétaux comme pourvus d'un calice à cinq dents et d'une corolle monopétale régulière et tubuleuse. Cependant nous sommes loin de partager cette opinion , qui attribuerait aux Mimeuses des caractères trop en opposition avec ceux des autres Légumineuses , ayant toutes la corolle polypétale. Nous pensons qu'il est beaucoup plus rationnel de regarder le prétendu calice comme un calicule,et la prétendue corolle comme le véritable calice. Dans cette manière d'envisager les Mimeuses , ces plantes seraient dépourvues de corolle, comme cela s'observe dans beaucoup d'autres genres de la famille des Légumineuses , tels , par exemple , que les Copnifera , Ceratonia, etc. Cette opinion nous parait d'autant plus fondée, que, dans plusieurs espèces, le calicule n'existe pas, ou consiste seulement dans une simple bractée latérale, comme, par exemple, dans la Sensitive, Mimosa pudica L.

(1) Dans les espèces très nombreuses qui croissent à la Nouvelle-Hollande, les feuilles paraissent simples; mais ces prétendues feuilles ne sont que des pétioles élargis et foliacés , dont la véritable feuille s'est déi^ehée. On leur a donné le nom de phyllodes.

lli&ODMINSDSES.

ACACIE VÉRITABLE. Acacia •era. Willd. Sp. 4. 1085. Mimosa nilotica. L. Sp. 1506. Blackw. t. 377.

Noms pharmaceutiques : gummi arabicum, succus acaciœ. Parties usitées : la gomme arabique , le suc d'acacia.

Arbre de trente à quarante pieds d'élévation , ayant les rameaux cylindriques, glabres, rougeâtres, les feuilles alternes , bipinnées ; les pinnules, au nombre de dix, sont opposées, ordinairement composées de vingt paires de très petites foliole» alongées , obtuses , entières , portant une petite glande à leur base. II en existe une autre entre chaque paire de pinnules. Le pétiole et ses divisions sont légèrement poilues. A la base du premier , on trouve deux aiguillons simples, très aigus , blanchâtres , qui ne sont autre chose que les deux stipules persistantes, accrues et lignifiées. Les fleurs sont jaunes , petites, et forment des capitules globuleux, pédonculés, réunis plusieurs ensemble à Faisselle des feuilles. Leurcalicule est glabre et à cinq dents, deux fois plus court que le calice, qui esttubuleux, également quinquédenté. Les étamines sont extrêmement nombreuses, deux fois plus longues que le calice ; elles sont monadelphes par leur partie inférieure. Le pédoncule commun, qui a environ un pouce de longueur , est articulé vers son milieu , où il offre deux petites bractées. Les gousses sont longues de trois à quatre pouces, planes , glabres , formées de cinq à huit pièces arrondies, séparées par des étranglemens étroits. Chacune de ces pièces contient une graine.

Cet arbre élégant croît sur les bords du Nil ; il est très commun dans la haute Egypte. =.i . >

De la gomme arabique. Elle découle spontanément de l'arbre dont nous venons de tracer la description. Elle est en morceaux peu volumineux, irrégulièrement arrondis, transparente, incolore ou légèrement jaunâtre , soluble en totalité dans l'eau chaude, d'une saveur douce et agréable. Elle rend l'eau beaucoup moins visqueuse que la gomme adragante. Cette substance doit être considérée à la fois et comme un aliment et comme un médicament. En effet, les Arabes et les Égyptiens s'en nourrissent dans leurs courses à travew ]e0 d<^ert-'S et Ie«

«Oa ■OTA.NIQUB.

sables brûlans de leuf pays. Comme médicament, la goram« arabique est adoucissante; elle calme l'irritation de nos organes et fait cesser les accidens que cette irritation occasionne. Elle est la base de cette foule de préparations pharmaceutiques désignées sous les noms de pâtes, tablettes^ pastilles béchujues, pectorales^ telles que les pâles de guimauve, de jujubes , etc. Une tisane faite avec une demi-once ou avec une once de gomme arabique en poudre, dissoute dans une pinte d'eau, est une des boissons les plus convenables dans l'inflammation des organes respiratoires ou digestifs : dans les toux irès opiniâtres, les malades se trouvent bien de faire fondre dans leur bouche de petits morceaux de gomme arabique très pure. On l'emploie fréquemment dans la composition des looch», des potions^ elle facilite la miscibililé des huiles fixes avec les liquides aqueux, et sert aussi à donner du lien aux masses pilulaires.

/ La gomme arabique est formée en presque totalité d'une gomme soluble, l'arabine, d'un acide, et de phosphate de chaux.

Du suc d' acacia. C'est avec les fruits de l'acacie du Nil que l'on prépare cette substance. On les recueille lorsqu'ils sont encore verts ; on en exprime le suc, que l'on fait épaissir à une douce chaleur jusqu'à la consistance d'extrait. On en fait des masses de quatre à huit onces, que l'on enveloppe dans des morceaux de vessie : dans cet état , le suc d'acacia est solide , d'un brun rougeâtre, inodore , très styptique. Il est soluble eu grande partie dans l'eau , et parait composé d'un acide libre, de tannin , de mucilage et d'un sel calcaire.

Ce médicament est aujourd'hui fort rare dans le commerce, où on lui substitue souvent le suc du prunellier. { Foy. dans la famille des RosacéeSi ) Il est astringent et tonique. On l'employait surtout autrefois pour combattre la diarrhée chronique, les diverses hémorrhagies passives, etc. ; mais à présent cette substance est à peu près abandonnée.'

On trouve depuis quelque temps dans le commerce , sous îés noms de Labiad ou Bablad, les gousses de V Acacia vera. On les emploie au tannage des cuirs et à la teinture en noir.

LÉCUMINrtl.sE.'i.

AcACiE VEREK. Acaciu ve/'ck. Flor. Sénég. l.p. 245. t. 56. Mimosa senegalensis. Lamk. Dict. 1, p. 19. P.irtie usitée : /a gomme du Sénégal.

C'est un arbre de taille médiocre, dont la lige est grisâtre et armée de piquans recourbés, et généralement au nombre de trois à la base des feuilles dont ils représentent les stipules. Lea feuilles sont bipinnées^ les pinnules, au nombre de trois à cinq paires, sont composées de folioles linéaires obtuses, d'une teinte grise cendrée; elles sont au nombre de dix à vingt paires sur un même pétiole commun , dont le sommet et la base portent une glande sessile. Les fleurs sont d'un jaune pâle, disposées en épis cylindriques, plus longs que les feuilles. Les fruits sont très alongés, planes, terminés en pointe à leurs deux extrémités.

Cette espèce croît abondamment sur la rive droite du fleuve Sénégal , sur les limites du grand désert du Sahara. On la trouve aussi dans d'autres parties de la Sénégambie. Les habitans du pays la désignent sous le nom vulgaire de verek.

Proprù'tés et usages. Cet arbre est un de ceux qui fournissent la gomme du Sénégal. Adanson l'avait décrit sou« le nom de vere/' dans la grande Encyclopédie. Plus lard Lamarck en donna une nouvelle description en lui imposant le nom de Mimosa senegalensis. Il crut que cette espèce était la même que V Acacia senegal Aq Umné ^ qui , au contraire , est identique, comme l'ont fait voir MM. Perrotlet et Guillemin ( FL. Sénég. ^ 1 , p. 246), avec V Acacia albida de Delile , qui croit en Egypte et au Sénégal. Dans le même ouvrage, MM. Perrottet et Guillemin ont appelé Acacia Adansonii une autre espèce qui croit aussi au Sénégal et qui fournirait la gomme rouge du Sénégal , tandis que Vcàcia verek donne une gomme incolore et presque identique avec la gomme arabique.

La gomme du Sénégal tire son nom de la contrée de l'Afrique où on la récolte en plus grande quantité , pour l'importer en Europe. Elle diffère à peine de la gomme arabique, et se trouve plus abondamment dans le commerce que cette dernière. Elle est en général en morceaux plus volumineux, plus

7®4 BOTÀNÏQUM.

arrondis, tantôt d'une teinte brune très claire, ce qui constitue la gomme rouge du Sénégal ; tantôt incolores et formant la gomme blanche. Sa saveur est moins fade que celle de la gomme arabique. Les droguistes en distinguent plusieurs variétés ou sortes, qui tiennent à sa teinte ou à sa solubilité plus ou moins complète dans l'eau , qui paraît dépendre en grande partie de la quantité de sel calcaire insoluble qu'elles contiennent. Du reste , les propriétés chimiques et médicales , et les usages de la gomme du Sénégal , sont absolument les mêmes que ceux de la gomme arabique.

AcACiE AU CACHOU. Acacia catechu. Wild. Sp. 4. p. 1079.

Mimosa catechu. L. Suppl. 439. Roxbg. Corom. 2. p. 40.

HojOB pharmaceutixiues : catechu , sive terra japonica. Partie usitée :

le cachou.

Ce grand et bel arbre croît dans les Indes orientales. Ses rameaux cylindriques sont chargés de grandes feuilles bipinnées, composées chacune d'environ douze paires de feuilles pinnées , qui elles-mêmes sont formées d'un nombre très considérable de paires de folioles lancéolées , aiguës , entières , couvertes sur leurs deux faces de poils blanchâtres , que Ton remarque aussi sur les pétioles. Entre chaque paire de folioles , et à la base du pétiole commun , on trouve une glande déprimée. Les aiguillons sont au nombre de deux , comprimés et un peu recourbés. Les fleurs constituent des épis cylindriques , longs d'un à deux pouces , portés sur des pédoncules axillaires , et réunis , au nombre de deux à trois, à l'aisselle des feuilles supérieures. Les fruits sont planes , alongés , longs de trois à quatre pouces , et contiennent de cinq à six graines.

Propriétés et usages du cachou. On a pendant long-temps ignoré l'origine et la nature du cachou , ainsi que l'indique le nom de terra japonica , soxxs lequel il était désigné. On sait aujourd'hui que c'est un extrait préparé avec les fruits verts et la partie centrale du bois d'une espèce d'acacie qui croît : aux grandes Inde» , et particulièrement au Bengale. Cependant ;

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