SOIXANTE-DIXIÈME FAMILLE
J{EmmVLACÈES. - RANUJVCULACEJE.
Celte famille , fort nombreuse en espèces , est très facile à reconnaître , soit par le port des végétaux qui la composent , se it par la grande analogie de leurs caractères d'organisation. Leur calice est polysépale , presque toujours coloré et corollifornan, rarement persistant ; leur corolle manque quelquefois , ou se compose de cinq ou d'un plus grand nombre de pétales plan és ou creux et irréguliers 3 les étamines sont ordinairement tx'ès nombreuses, insérées, ainsi que la corolle , au dessous des pistils. Ceux-ci sont tantôt réunis en forme de tète au centre de la fleur, à une seule loge , contenant une seule graine • tantôt solitaires ou groupés , et quelquefois soudés ensemble , présentant chacun une seule loge et plusieurs graines. Le style est toujours latéral. Le stigmate est finement glanduleux, occupant le sommet du sillon que l'on remarque à la face interne du style ; rarement il est sessile. Les fruits sont ou de petits akènes comprimés, disposés en, capitules , ou bien des capsules (1) agrégées , distinctes ou soudées . quelquefois solitaires, uniloeulaires , polyspermes, s'ouvrant par leur bord ou face interne. Les graines ont leur embryon renfermé dans la base d'un endospcrme charnu ou corné. Les Renonculacées sont le plus souvent des plantes herbacées, rarement sous-frutescentes, ayant la racine composée de fibres ou de tubercules quelquefois fascicules, les feuilles alternes (opposées dans le seul genre Clématite), simples ou composées , les fleurs généralement grandes et d'une belle couleur. On peut diviser celte famille en deux sections très naturelles , suivant que ses genres ont jiGur fruit un akène monosperme ou une capsule polysperme.
(1) Le seul genre Actœa [irésentc une baie polyspermc.
BOlAiMQDE.
PREMIÈRE SECTION
Fruit «niloculaire et monosperme, renonciilées. 1"» Fleurs munies d'un calice et d'une corolle. RENONCULE. - RANUNCULUS. L. J.
Calice de cinq sépales caducs 3 corolle de cinq pétales réguliers, planes, munis, près de leur base interne, d'un petit appendice laminé, ou simplement d'une fossette glandulifère (1) ; étamines nombreuses. Akènes comprimés, réunis en tête, terminés par une pointe courte. Plantes herbacées, à fleurs jaunes ou blanches , ayant les feuilles plus ou moins profondément divisées ; rarement simples.
Renoncule bulbeuse. Ranunculus biMosus. L. Sp. 776.
Bull. t. 27.
Racine composée de fibres alongées , rameuses , surmontée d'un renflement bulbiforme , arrondi , charnu , qui occupe la base de la tige. Celle-ci est dressée , rameuse , velue , haute d'un pied ou plus , cylindrique , sillonnée longitudinalement dans la partie supérieure de ses jeunes rameaux. Les feuilles radicales sont pétiolées , à pétiole velu , très dilaté et membraneux à sa partie inférieure , qui recouvre et se confond avec le tubercule charnu. Ces feuilles sont velues , triparties ; chaque division est elle-même partagée en trois lobes cunéiformes, tribolés et dentés. La division du milieu est souvent pétiolée. Les fleurs sont jaunes, assez grandes,, solitaires à l'extrémité de chaque division de la tige , qui est cannelée et leur sert de pédoncule. Leur calice est poilu, formé de cinq sépales lancéolés, aigus, brusquement réfléchis sur le pédoncule. Les pétales sont ovales, arrondis , très obtus, luisans et comme vernissés sur leur face interne. Les fruits sont comprimés, lisses et glabres. Cette espèce est très commune dans les bois, les prés, les lieux humides. Elle fleurit depuis le printemps jusqu'à l'automne. %
(1) Ce dernier caractère s'observe dans toutes les espèces à fleurs blanches.
RF-NONCULACBES, ^SS
Renoncule acre. RanimcuUnf acris, L. Sp. 779. Orfil. Med.
lég. t. 3.
Nom vulgaire : grenouillette, bouton d'or. Dans celte espèce , la racine est formée de longues fibres blanches , presque simples , surmontée d'une touffe de feuilles radicales , dont les pétioles sont membraneux à leur base ^ légèrement velus. Ces feuilles sont profondément divisées en trois ou cinq lobes digités, aigus , incisés et dentés. Ceux des feuilles de la tige sont lancéolés, entiers. La tige est dressée, simple dans sa partie inférieure, divisée supérieurement en rameaux grêles, cylindriques , non striés , portant les fleurs. Celles-ci sont jaunes, terminant les ramifications de la tige. Leur calice est poilu, étalé. Les pétales sont subcordiformes , un peu émarginés à leur sommet. Les fruits sont assez gros , lisses, terminés par une petite pointe courte et peu recourbée. Elle est fort commune dans les bois et les lieux un peu humides. On en cultive dans nos jardins une belle variété à fleurs doubles , qui porte le nom de bouton d'or.
ReiNONcule scélérate. Ranunculus sceleratus. L. Sp. 776.
La renoncule scélérale , ou des marais , est une plante annuelle, dont la lige est dressée, épaisse, cylindrique, striée, très rameuse. Ses feuilles radicales sont glabres, pétiolées, orbiculaires , à trois ou cinq lobes subcunéiformes, obtus, incisés, il dents arrondies et obtuses. Les feuilles caulinaires sont sessiles , lancéolées , irrégulièrement incisées sur leurs bords ; les supérieures sont tout à fait entières. Les fleurs sont jaunes , fort nombreuses, et assez petites. Les fruits, extrêmement petits et nombreux, forment un capitule ovoïde, qui s'alonge après la floraison. Ces fruits sont subréniformes, lisses et glabres. Cette espèce croît sur le bord des étangs et des marais , où elle est extrêmement commune.
Renoncule flammule. Ranunculu fl ammula. L. Sp. 772.
Bull. t. 15.
Nom vulgaire : petite doucette.
Sa racine est fibreuse , fasciculée : sa lige est pleine, un peu
couchée , et même quelquefois traçante à sa partie inférieure , redressée supérieurement. Elle est cylindrique, rameuse, légèrement pubescente , haute d'environ un pied. Ses feuilles sont lancéolées, aiguës, très rélrécies à leur base , et formant un pétiole îilongé, membraneux et amplexicaule. Elles sont en outre glabres , légèrement denticulées sur les bords. Les fleurs sont jaunes, solitaires et terminales au sommet de chaque rameau. Les sépales sont caducs, ovales, obtus , un peu velus en dehors. Les pétales sont d'un jaune brillant à leur face interne, obovales , entiers , presque cunéiformes. Les fruits sont glabres et lisses. On trouve cette espèce sur le bord des mares et des ruisseaux. ^ <
Propriétés et usages des Renoncules. Les quatre espèces que nous venons de décrire, et plusieurs autres du môme genre, telles que les Ranunculus reptans , Ranunc. auriconius , Ranunc. thora^ Ranunc. arvensis^ eic, sont remarquables par leur extrême âcreté. Leurs fruits, encore verts, paraissent être la partie où cotte âcreté est le plus intense. Elle dépend d'un principe extrêmement volatil qui se détruit en grande partie , ou même en totalité , par la dessiccation , ou l'ébullition dans l'eau. Ainsi ces plantes, qui fraîches seraient extrêmement nuisibles aux troupeaux, peuvent leur servir de nourriture lorsqu'elles ont été desséchées. M. Bosson en a retiré un principe cristallin volatil qui est analf)gue avec Vanénionine que nrms étudierons plus loin.
Si l'on applique sur une partie quelconque du corps les feuilles fraîches et pilées de la renoncule âcre , ou de quelque autre espèce analogue , il s'y manifeste bientôt une phlosose plus ou moins vive, suivie de phlyctènes ; en un mot , il se foirrae un véritable vésicatoire. On peut donc recourir à ces plantes et les employeer comme vésicantes , lorsque l'on manque de cantharides , ou que l'on craint l'action irritante de celles-ci sur les organes urinaires. Introduit à Tintérieur , le suc ou l'extrait de renoncule ûcre détermine une inflammation très intense des organes de la digestion ; et si la dose a été un peu considérable , c'est un véritable poison âcre, bientôt suivi desaccidens les plus graves , et de la mort. ( Voyez Orfîla ,
RENONCULACEES.
Toxicol. gén. et Leçons de Médecine légale.) On s'est quelquefois servi des feuilles des renoncules fraîches pour appliquer sur les articulations tuméfiées et douloureuses par suite de la goutte ; d'autres les ont placées sur le poignet pour arrêter le cours d'une fièvre intermittente : mais ces différens moyens sont assez rarement employés aujourd'hui.
La F1CA.IRE, Ranuncuius flcaria L. Sp. 774, Bull. t. 48, que l'on nomme aussi petite chélidoine, se distingue par ses feuilles radicales pétiolées , entières, cordiformes ; ses fleurs jaunes et grandes . dont le calice est (ormé de trois sépales , et la corolle de sept à dix pétales. Elle est moins âcre que les espèces qui précèdent. Ses feuilles sont employées comme herhe potagère dans quelques parties de la France , mais sa racine est ôcre et amère. On l'a recommandée dans les scrofules, le scorbut et plusieurs autres maladies. Peu usitée de nos jours.
2" Fleurs n'ayant qu'un calice sans corolle.