‹ Élémens d'histoire naturelle médicale (volume 3)Chapitre 140 sur 187 · L. Sp · texte numérisé non relu

L. Sp

Nom pharmaceutique : staphisagria. Partie usitée : les graines.

La staphisaigre offre une lige dressée, rameuse, cylindrique, très velue, d'un vert mêlé de pourpre, haute d'environ deux pieds; des feuilles alternes, pétiolées 5 les inférieures orbiculaires, échancrées en cœur à la base, divisées en cinq, sept ou neuf lobes profonds , ovales, lancéolés, aigus , entiers , ou offrant (quelques incisions latérales, d'un vert foncé et presque glabres en dessus , d'un vert pâle et velues en dessous. Ses fleurs sont d'une couleur terne et gris de lin, disposées en épi lâche à l'extrémité des ramifications de la tige j chaque fleur est portée sur un pédoncule assez court, velu, offrant trois bractées linéaires, velues, courtes, à sa partie inférieure. Les cinq sépales sont velus en dehors et verdâtres : l'éperon est court et recourbé en dessous. Les quatre pétales sont distincts et glabres. Les deux supérieurs sont ovales, alpngés, obtus, rapprochés, prolongés en éperon à leur partie inférieure : les deux pétales inférieurs sont onguiculés , à limbe irrégulièrement arrondi et denticulé. Le fruit se compose de trois capsules rapprochées, cotonneuses, ovoïdes, alongées , tei'minées en pointe à leur sommet. Les graines sont grisâtres, irrégulièrement triangulaires, comprimées, d'une saveur à la fois très amère et très âcre. La staphisaigre est originaire de l'Europe méridionale. Elle croît en Portugal, en Provence, etc. Elle est cultivée dans beaucoup de provinces.

Propriétés et usages. L'extrême âcreté des graines de staphisaigre en forme un poison violent pour l'homme et les animaux, lorsqu'elle est introduite dans l'estomac. MM. Lassaigne et Feneiille en ont retiré un principe amer brun, une huile volatile et une huile grasse, de l'albumine, et une matière animalisée, du raucoso-sucré , t t une substance alcaline nouvelle , qu'ils ont nommée dclphinc , et qui est combinée

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dans la slaphisaigre avec l'acide malique à l'état de surmalate , un principe amer jaune et quelques sels minéraux. La delphine a des propriétés fort analogues à celles de la véralrinc. Elle a été expérimentée avec soin par le docteur Turnbull. Si l'on mâche quelques particules de staphisaigre, on éprouve un sentiment de cuisson dans la bouche et une plus abondante sécrétion de salive. Quelques auteurs l'ont ainsi recommandée, d'après Dioscoride, contre l'odontalgie. Maison doit à juste titre en redouter l'usage interne, et aujourd'hui on n'emploie plus cette plante qu'à l'extérieur, pour détruire la vermine. On incorpore la poudre dans de l'axonge, et l'on en forme une pommade que l'on étend sur la téte. Quelquefois on fait macérer les graines de staphisaigre dans le vinaigre, et c'est de ce dernier dont on se sert. M. Orfila pense que la partie la plus active de cette substance est celle qui est soluble dans l'eau.

Dauphinelle consoude. DcLphiniuni consolida. L. Sp. 748. Nom vulgaire : pied d'alouette.

Tige dressée, cylindrique, très légèrement pubescente, rameuse, à rameaux divariqués , haute d'un pied et demi à deux pieds. Feuilles sessiles , découpées en segmens linéaires, écartés, bifurqués au sommet. Fleurs bleues, pédonculées, formant des épis lâches et pauciflores à la partie supérieure des rameaux; pédoncules raides , longs d'environ un pouce , offrant deux petites bractées alternes. Les cinq sépales sont un peu inégaux. Le supérieur se prolonge en éperon creux à sa base. Les quatre pétales sont réunis et soudés en un seul qui occupe la partie supérieure de la fleur, et se prolonge postérieurement en un éperon plein, qui s'enfonce dans celui du calice. Le fruit est une seule capsule un peu velue. Le pied d'alouette est extiémement commun dans les moissons aux environs de Paris.

Proprièlcs et usages. Les fleurs du pied d'alouette ont une saveur amère. Leur eau distillée était autrefois employée pour faire des collyres résolutifs. D'autres fois on formait avec ces fleurs bouillies dans de l'eau de roses dus. cataplasmes dcsii-

nés à étr appliqués sur les yeux affectés d'ophthalmie. Quelques auteurs les ont mèmé crues propres à expulser les calculs de la vessie , à exciter le cours des menstrues, etc. Mais aujourd'hui leur usage et celui des graines, qui jouissent à peu près des mêmes propriétés que celles de la staphisaigre, est tout à fait abandonné.

ACONIT. — ACONITVM. L. J.

Cal ice pétai oïde , formé de cinq sépales inégaux , l'un supérieur plus grand et en forme de casque. Corolle de cinq pétales , dont trois inférieurs très petits ou avortés , et deux supérieurs en forme de capuchon , longuement pédicellés , renfermés dans l'intérieur du sépale supérieur. Étamincs nombreuses. Capsules au nombre de trois ou de cinq. Plantes herbacées , vivaces , ayant les feuilles découpées , les fleurs violettes ou jaunes , disposées en épis ou en panicules.

Aconit napel. Aconitum napellus. L. Sp. 751. Orfila, Méd. lég.

Noms vulgaires : tue-loup, napel, coqueluchon, etc. Parties usitées : les racines et les feuilles.

Sa racine est vivace, pivotante , napiforrae, alongée, noirâtre j sa tige dressée, simple, haute de trois à quatre pieds, cylindrique , glabre. Les feuilles sont alternes , pétiolées , partagées jusqu'à la base en cinq ou sept lobes alongés , subcunéiformes, profondément incisés et découpés en lanières étroites et aiguës. Les fleurs sont bleues , grandes , un peu pédonculées, disposées en un épi alongé, assez serré, à la partie supérieure de la tige. Leur calice est pétaloïde, irrégulier, formé de cinq sépales inégaux : un supérieur plus grande en forme de capuchon, dressé, convexe en dessus, concave en dessous ; deux latéraux planes , inégalement arrondis , poilus en dedans ; deux inférieurs un peu plus petits, ovales, entiers, également poilus à leur face interne. La corolle est formée de deux pétales irréguliers , longuement onguiculés et canaliculés, terminés supérieurement par une espèce de petit capuchon creux j obtus et recourbé à son sommet, offrant antérieure-

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ment h son ouverture une petite languette roulée en dessus. Ces deux pétales sont dressés et cachés sous le sépale supérieur. Les étamines, au nombre d'environ trente, sont d'inégale grandeur, beaucoup plus courtes que le calice. Les filets sont planes à leur partie inférieure , subulés à leur partie supérieure j les plus externes sont recourbés en dehors -, ils sont appliqués et serrés les uns contre les autres, et portent des anthères cordiformes, obtuses. Les pistils sont au nombre de trois , au centre des étamines , amincis en pointe au sommet. L'ovaire , qui en forme la plus grande partie , est à une seule loge , renfermant environ une vingtaine d'ovules disposés sur deux rangées longitudinales , et attachés du côté externe. Le fruit est formé de trois capsules alongées , qui s'ouvrent par une suture longitudinale pratiquée du côté externe. L'aconit napel croît dans les pâturages élevés des montagnes , dans le Jura , la Suisse, etc. Il fleurit dans les mois de mai et de juin.

Propriétés et usages. L'aconit contient : albumine , cire verte , extrait brun amer , acides acétique et malique , gomme , aconitine. Celte dernière substance a été découverte par Brandes , examinée ensuite par Geiger, Hesse et Berthemot. Le docteur TurnbuU l'a employée alternativement avec la vératrine et la delphine dans plusieurs maladies de l'œil et de l'oreille ; c'est un poison très énergique. L'aconit napel est , de toutes les plantes de la famille des Renonculacées, celle qui paraît jouir des propriétés les plus vénéneuses. En effet, toutes ses parties , mais surtout ses feuilles et sa racine , sont d'une extrême âcreté. Mises en contact avec la langue , elles y excitent un sentiment douloureux de cuisson et une sécrétion plus considérable dans les glandes salivaires. Le grand nombre d'accidens occasionnés par la racine de l'aconit , l'usage où l'on est dans les pays de montagnes de la mélanger à la viande avec laquelle on forme des appâts pour faire périr les loups et autres animaux carnassiers , indiquent suffisamment son action délétère. M. Orfila a tiré d'un grand nombre d'expériences tentées par lui , pour connaître les effets du napel , les conclusions suivantes : Le suc des feuilles, introduit dans l'estomac, le rectum ou le tissu cellulaire , détermine des accidens graves , suivis

(l'une mort prompte. La racine agit encore avec plus de force. L'extrait aqueux, préparé avec le suc exprimé des feuilles fraîches, et surtout l'extrait alcoolique , jouissent des mêmes propriétés vénéneuses. Ces diverses préparations sont absorbées , agissent sur le système nerveux , et en particulier sur le cerveau , en déterminant une sorte d'aliénation mentale ; en outre , elles exercent une irritation locale dans les organes sur lesquels elles ont été appliquées.

Storck fut le premier qui , parmi les modernes , chercha à introduire l'aconit dans la thérapeutique. Il tenta sur lui-même ses premiers essais , et n'obtint pour résultat constant qu'une augmentation de vitesse dans le cours du sang, et par ."uite dans la perspiration cutanée. Dès-lors il administra ce nouveau médicament dans le rhumatisme , la goutte et la syphilis chroniques , où l'emploi des sudoriGques est en général avantageux.. D'autres , ayant remarqué l'excitation exercée par le napel sur le système nerveux, l'ont prescrit dans la paralysie, surtout celle qui se manifeste à la suite de l'apoplexie } quelques uns en ont fait usage contre les fièvres intermittentes, l'épilepsie, etc. Cependant une foule d'expériences faites à l'hôpital de la Charité par M. le professeur Fouquier, avec la sagacilé qui dislingue cet habile praticien , n'ont pas amené des résultats aussi avantageux. Le seul effet sensible remarqué dans ces essais, qui ont été fort variés, c'est l'augmentation évidente de la sécrétion urinaire. Mais M. Fouquier n'a reconnu au napel , ni à aucune de ses préparations , l'action stupéfiante qui leur avait éié attribuée par plusieurs auteurs. C'est contre les hydropisies passives que le professeur que nous venons de citer pense que l'aconit peut avoir d'heureux résultats.

On peut administrer les feuilles d'aconit réduites en poudre, ou mieux encore l'extrait préparé avec le suc exprimé des feuilles fraîches, lentement évaporé. Il est nécessaire de commencer par des doses très faibles , que l'on augmentera graduellement. Ainsi , l'on donnera d'abord un à deux grains de l'extrait , ou quatre à huit grains de la poudre des feuilles, en augmentant successivement.

i;,Les autres espèces du genre Aconit paraissent posséder les

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mêmes propri«nt^ que le napel. Ainsi , VJcomtum anthora L., Aconiluni cammarum L., etc., qui croissent aussi dans les Alpes, sont géucralenieiit vénéneuses.

M. le docteur Pallas a publié une analyse chimique d'une autre espèce de ce genre connue sous le nom de lue-loup, aconitum lycoctonum L. [Journ. chim. mécL. 1, p. 195). Mais celte analyse, de même que celle qui avait été faite du napel par 31. Steinacher, ne nous a rien appris sur la nature du principe àcre de ces végétaux. M. Brande, au contraire, dit avoir extrait des aconits une matière suî generis, qu'il nomme aconitine. Elle est sous la forme d'écaillés transparentes, jaunâtres, inodores, ayant une saveur très amèrc^ solubles dans l'eau froide, très peu solubles dans l'alcool froid, mais se dissolvant facilement dans l'alcool bouillant. On ignore son action sur l'économie animale.

Propriétés médicales et usages des Renonculacées.

On peut réduire h peu de mots le résumé des propriétés générales qui distinguent les plantes de la famille des Renonculacées. Toutes, en effet, sont plus ou moins âcres et vénéneuses. Cette âcreté, qui existe dans presque toutes les pâ«rties de ces végétaux, paraît dé{»endre d'un principe fugace et volatil , qui se détruit facilement par l'effet de l'eau bouillante, ou même simplement par la dessiccation. Aussi la plupart les Renonculacées, qui , lorsqu'elles sont fraîches , sont vénéneuses pour l'homme et les animaux, perdent-elles leurs propriétés délétères par la dessiccation ou l'ébullition. Administré à l'intérieur, le suc ou l'extrait des Renonculacées peut, qtiand il est donné à haute dose, occasionner les symptômes les plus graves, et même la mort : aussi ces végétaux sont-ils placés parmi les poisons âcres. Appliquées sur la peau, les feuilles des renoncules, des clématites, etc. , en déterminent la rubéfaction; et si l'on en prolonge l'application pendant quelque temps, il s'y forme des vésicules et des ulcères plus ou moins profonds. C'est ainsi que dans beaucoup de circonstances l'on peut substituer les feuilles des renoncules, et surtout de la renoncule Acre, de la renoncule bulbeuse, de la renoncule scélérate, et de plusieurs

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autres espèces, à la poudre de cantharides, pour éviter l'action irritante que ces dernières déterminent dans les organes urinaires.

Le principe âcre est encore plus développé dans la racine de ces végétaux que dans leurs feuilles, ainsi qu'on le remarque pour les aconits. Cependant', comme il se détruit facilement, soit par la chaleur, soit par son exposition long-temps prolongée à l'air, quelques Renonculacées peuvent être employées comme alimens lorsqu'elles ont été bouillies dans l'eau. Nous citerons ici les jeunes pousses de la clématite blanche, que l'on mange dans le Piémont, les feuilles de la ficaire, et même de quelques renoncules, telles que les Ranunculus auricomus, Ranunculus lanuginosus , etc.

Leurs graines possèdent aussi une saveur âcre et plus ou moins amère, q)ii paraît résider dans leur tégument, et nullement dans leur amande, qui souvent est douce et oléagineuse. Elles sont ordinairement employées contre la vermine ou contre les vers, comme on le voit surtout pour la slaphysaigre.

Nous croyons inutile d'entrer dans de plus grands détails sur les Renonculacées , pour faire voir l'extrême analogie qu'elles présentent entre leurs caractères d'organisation et leurs propriétés médicales.

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