‹ Élémens d'histoire naturelle médicale (volume 3)Chapitre 141 sur 187 · SOIXANTE-ONZIÈME FAMILLE · texte numérisé non relu

SOIXANTE-ONZIÈME FAMILLE

MAGNOLIACÉES. ~- MAGNOLIACEM.

Les végétaux qui composent la famille des Magnoliacées sont ou des arbres ou des arbrisseaux élégans , ornés de feuilles alternes , d'abord enveloppées dans deux grandes stipules foliacées. Leurs fleurs , qui sont quelquefois extrêmement grandes et répandent une odeur des plus suaves , ont un calice caduc , formé de trois à six sépales ; une corolle de trois ou d'un grand nombre de pétales disposés sur plusieurs rangées. Leurs étamines sont fort nombreuses , ayant les anthères alongées et adnées sur les parties latérales des filets. Les pistils sont tantôt rapprochés et un peu unis par leur côté interne , plus souvent disposés en une sorte d'épi plus ou moins alongé. Chacun d'eux offre un ovaire à une seule loge contenant un ou plusieurs

MAGNOLIACÉCS. 7^3

ovules, et se termine à son sommet par un style et un stigmate simples. Los fruits varient beaucoup. Ce sont tantôt des espèces décapsules agrégées, s'ouvrant en deux valves ou par une simple fente: tantôt des fruits minces, planes et indéhiscens. Dans quelques genres, ces fruits sont légèrement charnus. Leurs graines, qui sont attachées à l'angle interne de chaque loge , d'où elles pendent quelquefois suspendues à un long podosperme, se composent d'un embryon dressé , placé dans la partie inférieure d'un endosperme charnu.

TULIPiER. — LYRWDENDRON.L. Juss.

Calice de trois sépales caducs; corolle de six pétales plus longs , dressés en forme de cloche; anthères alongées; ovaires nombreux et imbriqués. Fruits agrégés, minces, comprimés, uniloculaires , dispermes , formant une espèce de cône imbri.jué.

Tulipier ordiinaire. Lijrioclendton tulipifera. L. Sp. 755. Duham. éd. nouv. 3. l, 18.

Bel arbre très élevé, d'un port élégant, originaire des forêts de l'Amérique du nord. Son tronc est cylindrique; son épiderme est grisâtre , peu fendillé. Ses feuilles sont alternes , péliolées; leur pétiole est glabre , un peu canaliculé, renflé à sa base et articulé ; le lin)be est irrégulier, quadrilatère, tronqué au sommet , à quatre lobes aigus , d'un vert peu foncé en dessus, presque blanchâtres en dessous. Deux stipules foliacées, très grandes, sessiles, ovales , obtuses, entières, glauques, enveloppent la feuille avant son expansion. Ses floirs sont très grandes, jaunes, un peu pédonculées, solitaires à l'extrémité des rameaux. Le calice se compose de trois grands sépales étalés , ovales, obtus, un peu concnves. jaunâtres, légèrement glauques et veinés. La corolle est formée de six pétales dressés , de la même grandeur et de la môme forran que le calice , alternes avec It's sépales, un peu recourbés en dehors à leur partie supérieure, jaune- verdâlre , avec une grande tache irrégulière, couleur de feu , à leur partie moyenne Les étamines, au nombre de vingt ou environ, sont dressées , un peu plus courtes que la corolle , hypogynes; les filets sont un peu planes, élar- 3. 48

gis au sommet , se prolongeant derrière l'anthère, dont ils réunissent les loges, et formant une petite pointe au de-^sus d'elle ; les anthères sont linéaires , plus longues que les filets , extrorses, à deux loges, s'ouvrant par un sillon longitudinal. Les pistils sont rassemblés au centre de la (leur, forment un cône alongé , à peu près de la môme longueur que les étamines , et se changent en autant de fruits planes et imbriqués , qui restent indéhiscens.

Propriétés et usages. L'écorcede ce bel arbre, qui est aujourd'hui naturalisé dans tous nos jardins, a une saveur trèsamère, et manque entièrement de tannin et d'acide gallique. Elle jouit d'une action tonique très évidente. Dans rAmériqucseptentrionale on l'emploie avec succès au traitement des fièvres intermittentes. Celte écorce peut être administrée en poudre, depuis une demi-once jusqu'à une once, ou mieux encore en décoction. Nous avons fait ici mention de cet arbre , quoiqu'il soit à peine usité en France. Mais comme il y est naturalisé et assez commun , on pourrait tenter de nouveaux essais , pour s'assurer de son efficacité.

Il en est de même de plusieurs espèces du genre Magnolia , etsurtoutdu Magnolia glaiica, également originaire de l'Amérique septentrionale, et que nous cultivons dans nos jardins. Son écorce , à laquelle on a long-temps , et à tort , rapporté la véritable Angusture (1), a une saveur amère, relevée d'un goût aromatique , analogue à celui du sassafras et du calamus aromaticus. C'est un excellent tonique aromatique, fort en usage dansl'Amériqueseptentrionale. Selon le docteur Bigelow, on l'emploie avec le plus grand succès dans le traitement du rhumatisme chronique. Les fièvres intermittentes cèdent aussi à son emploi. Ce médicament mériterait d'être employé en France.

DRYMIS. — DRYMIS. Forst. Juss.

Caliceàdeux ou trois divisions profondes ; corolle de deux ou trois pétales (quelquefois plus nombreux"). Éiamines nom- Ci ) L'angusture est l'écorce du cusparia febrifuga, de la famille de» Ilutacées,

MAGNOLIACBEd.

breuses, ayant les filets épaissis h leur sommet, qui porte une anihère a deux loges écarlées. Ovaires au nombre de quatre à huit, se changeant en autant de petites baies polyspermes. Arbres ou arbrisseaux aromatiques toujours verts et glabres.

0RYMIS DE WiNTER. Drjmis Winteri. Forst. Wintera aromatica. Murr. App. med. 4. p. 557.

Nom pharmaceutique : cortex }-Finleri. Nom vulgaire : e'corce de Winter. Partie usitée : Vécorce.

Cet arbre varie beaucoup dans ses proportions , et ne s'élève quelquefois qu'à une hauteur de six à huit pieds, tandis que quelques individus peuvent atteindre jusqu'à quarante pieds. Ses feuilles sont alternes , pétiolées, ovales, alongées, obtuses, un peu coriaces et entièrement glabres, vertes en dessus , blanchâtres et glauques inférieurement : on trouveà leur base deux stipules foliacées et caduques. Les fleurs sont assezpetites, tantôt solitaires , plus souvent réunies au nombre de trois à quatre au sommet d'un pédoncule commun, ayant environ un pouce de longueur, simple ou divisé en autant de pédicelles qu'il y a de fleurs. Ces p(?dicelles partent tous du même point, et sont articulés. Le calice se compose de deux à trois sépales caducs, ainsi que les pétales, qui sont au nombre de six. On trouve, au centre de chaque fle.ur, de quatre à six pistils, qui se changent en autant de petites baies globuleuses et glabres, de la grosseur d'un petit pois. Cet arbre croît sur les coteaux escarpés du détroit de Magellan. J'en ai tracé la description d'api ès un échantillon rapporté de ces contrées par l'infatigable Commerson.

Propriétés et usages. L'écorce de Winter, que l'on confond presque toujours avec la cannelle blanche, écorce d'un arbre de la famille des Méliacées, qui porte les noms de TVinterona canella ou Canella alba , est en plaques roulées , d'environ un pied de longueur, épaisses de deux à trois lignes , d'un gris rougeâlrp ou couleur de chair, quelquefois brun foncé; sa cassure est compacte et rougeâtre; sa saveur Acre , aromatique et poivrée. F^ile contient, d'après M. Hn^nry, de la résine , une huile volatile, du tannin, une matière colorante et quel-

ques sels : la cannelle blanche, au contraire, est dépourvue de tannin. Cette écorce, qui a été découverte par Winter,en 1577 est tonique et stimulante. Cet auteur l'a d'abord employée avec succès, pendant son voyage, pour combattre les symptômes de scorbut que présentait l'équipage du vaisseau commandé par Drake. Il en obtint de grands succès, et les fit connaître à son arrivée en Angleterre. D'autres auteurs ont depuis fait usage de ce médicament. Ses propriétés sont les mêmes que celles de la cannelle, mais moins énergiques. On l'emploie bien rarement.

L'écorce des autres espèces de ce genre a la même saveur, et peut être employée aux mêmes usages. C'est ainsi qu'au Brésil on se sert de l'écorce du Drymis granatensis, que l'on désigne sous les noms vulgaires de casca d'anta, ou écorce de tapir. Celte écorce a une saveur aromatique et comme poivrée. Dans les diverses provinces du Brésil où croît cet arbre, les habitans emploient son écorce comme tonique et stimulante.

BADIANE. — ILLICimi. L. J.

Son calice est formé de cinq ou six sépales écailleux et inégaux; sa corolle, d'un grand nombre de pétales étroits, disposés sur plusieurs rangs ; ses étamines , au nombre de vingt à trente^ sont courtes 3 les anthères appliquées à la face interne des filets; le fruit est formé de huit, douze, ou d'un plus grand nombre de coques monospermes , soudées par la base , s'ouvrant par la paitie supérieure, et disposées en étoiles. Ce sont des arbies aromatiques, à feuilles alternes.

Badiane Ams étoile. Illicium anisatum. L. Sp. 664. Lam. Illust. t. 493. f. 2.

Nom pharmaceutique : anisum stellatum. Partie usitée : les fruits.

C'est un arbre toujours vert, qui croît en Chine et au Japon, et qui, par son port et son feuillage, a beaucoup de ressemblance avec notre laurier d'Apollon (^laurus nobilts). Ses feuilles sont alternes, ou rassemblées en bouquets à la partie supérieure des rameaux; elles sont courtement pétiolées, elliptiques, alongées, aiguës au sommet, très entières sur leurs bords, longues

MAGNOLIACÉES. J^J

d environ trois à quatre pouces , larges d'un i)0uce à un pouce et demi ; à la base de ces feuilles , et un peu au dessous d'elles, on trouve sur les jeunes rameaux des stipules foliacées, lancéolées, blanchâtres, très caduques. Les fleurs sont solitaires, longuement pédonculées, et situées'dans l'aisselle des feuilles supi^rieures. Ces fleurs sont jaunâtreSj et se composent d'un calice caduc, formé de cinq à six folioles inégales, squammiformes , dont les plus intérieures sont colorées etpétaloïdes , d'une corolle polypétale : les pétales sont très nombreux, disposés sur plusieurs rangs; ils sont lancéolés , aigus ; les plus intérieurs sont plus étroits. Les étamines, au nombre d'environ vingtcinq à trente , sont étalées et réfléchies en dehors; leurs filets sont épais, courts, un peu planes. L'anthère, qui est biloculaire^ est située sur la face antérieure et à la partie supérieure du filet, dont elle est peu distincte. Les pistils, ordinairement au uombre de huit , sont disposés en étoile , et serrés latéralement les uns contre les autres au centre de la fleur. Chacun d'eux a un ovaire comprimé , uniloculaire et uniovulé ; il se termine supérieurement par un style court et partant de son côté externe j le stigmate est situé à la partie supérieure du style, sur la face interne duquel il forme un sillon longitudinal. Le fruit est étoilé , composé de huit coques ovoïdes , aiguës, monospermes, soudées ensemble parla base, s'ouvrant longitudinalement par leur face supérieure.

Propriétés et usages. Toutes les parties de cet arbre répandent une odeur aromatique très suave , qui paraît surtout se concentrer dans le fruit, qui est la seule partie employée en Europe. On le connaît sous le nom de badiane ou d'anis étoilé. L'anis étoilé a une saveur sucrée, âcre et aromatique , qui a beaucoup d'analogie avec celle de l'anis et du fenouil. On le donne en poudre, en infusion théiforme, ou l'on administre son eau distillée. C'est un médicament puissamment stimulant. On prépare avec ses fruits des liqueurs de table très agréables. L'auisette de Bordeaux doit, dit-on , son parlum délicieux aux fruits de la badiane. La badiane est composée, suivant Meisner, de ; huile volatile, huile grasse verte, résine insipide, tannin, matière extractive, gomme, acide benzoïque, sels.

BOTANTIQUR,

Propriétés médicales et usages des Magnoliacées.

Les Magnoliacées sont remarquables non seulement par l'élégance de leur feuillage, la grandeur et le par fum délicieux de leurs fleurs, mais elles méritt^nt aussi notre attention par leurs propr étés médicales. Deux principes se montrent dans presque toutes leurs pariies. L'un est aromatique, plus ci moins âcre etstiuiulantj l'autre, moins fréquent, est d'une grande amertume. Le premier existe surtout dans l'écorce des Drymis. dans les fruits et i'écorce des Illicium, connus sous les noinsd'anis étoilé ou de badiane , que les Chinois brûlent dans leurs temples , et que nous employons comme médicaraens et comme aromates. Le second est plus abondant dans l'écorce des Magnolia et des Tulipiers , qui sont aussi un peu aromatiques, et qui, dans l'Amérique septentrionale, servent de succédanés au quinquina dans le traitement des fièvres intermittentes.

Leurs fleurs sont fort odorantes, et quelquefois extrêmement suaves C'est avec celles du Ma gnoUa Plurnieri L., ou Talauma de Jussieu , que l'on aromatise les liqueurs de la Martinique, et qu'on leur donne ce parfum exquis que nous n'avons pas encore pu imiter.

On voit, d'après ce court exposé, que toutes les Magnoliacées sont aromatiques, toniques ou stimulantes, et qu'elles offrent, sous ce rapport, une très grande uniformité.

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