‹ Élémens d'histoire naturelle médicale (volume 3)Chapitre 151 sur 187 · SOIXANTE-DIX-SEPTIÈME FAMILLE · texte numérisé non relu

SOIXANTE-DIX-SEPTIÈME FAMILLE

CAPPARIDÉES. — CAPPARIDEM,

Herbes ou arbrisseaux à feuilles alternes, simples et avec des stipules , ou composées et sans stipules ; calice de quatre sépales; corolle de quatre pétales souvent irréguliers. Staminés ordinairement en grand nombre, rarement quatre ou six seulement; ovaire souvent stipité, uniloculaire, multi-ovulé; style simple ou divisé, terminé par un stigmate partagé en autant de lobes qu'il y a de divisions au slyle. Le fruit est alongé, charnu, bacciforme ou siliqueux, à une seule loge renfermant des graines souvent réuiformes , qui contiennent un embryon recourbé, immédiatement recouvert par le tégument propre. Ces graines sont attachées à des trophospermes pariétaux , dont le nombre varie suivant les genres. Celte famille a les plus grands rapports avec les Crucifères , surtout par le genre cleome , qui a pour fruit une véritable silique. Mais elle en diffère par ses étamines généralement en grand nombre , et jamais tétradynames , et par son fruit , qui est souvent charnu et bacciforme.

CAPRIER. — CAPPARIS. L. J,

Calice de quatre sépales caducs. Corolle de quatre pétales grands et inégaux , les deux inférieurs concaves et comme bossus à la base. Étamines très nombreuses et saillantes. Ovaire longuement stipité. Le style est très court : le fruit est une espèce de baie stipitée , obtuse et charnue , renfermant un grand nombre de graines éparses dans la pulpe. Arbrisseaux sarmenteux , ayant les feuilles simples, souvent accompagnées de deux stipules épineuses.

Câprier éhneux. Capparis spinosa.-L Sp. 720. Blackw. t. 417. Parties usitées : les boutons de fleurs , la racine.

Le câprier est un arbuste sarmenteux, débile, dont les tiges sont sous-frutescentes, étalées, cylindriques, rameuses, glabres j les rameaux effilés, glabres et herbacés. Ils portent des feuilles alternes^ articulées, cordiformes , arrondies, tantôt obtuses, tantôt acuminées, vertes, molles, offrant quelques poils courts sur leurs deux faces , très entières , portées sur un oétioie de deux à trois lignes, pubescent. Deux stipules épiiîeuses, subulées, aiguës, recourbées, existent à la base de chaque pétiole. Les fleurs sont très grandes, solitaires, axillaires ; le pédoncule est cylindrique , dressé , de deux à trois pouces de hauteur. Leur calice est irrégulier, composé de quatre sépales inégaux, disposés en croix, tous concaves, en forme de nacelle; l'inférieur est le plus grand et le plus concave 3 il est comme gibbeux • le supérieur est un peu moins grand ; les deux latéraux sont semblables et un peu plus petits. La corolle est irregulière, formée de quatre pétales inégaux , plus grands que les sépales avec lesquels ils alternent : les deux supérieurs sont dressés , arrondis, à bords déchiquetés, onguiculés à leur base ; les deux inférieurs , un peu plus grands , sont très irréguliers. Ils sont d'abord onguiculés et épais , présentent un appendice en forme de corne , au devant duquel est une fossette assez grande, verte et couverte de poils fins et soyeux; ces deux pétales sont accolés par leur bord interne , de manière que les deux fossettes sont reçues dans la concavité du sépale inférieur. Les étamines sont très nombreuses , environ soixante à quatre-vingt , très longues , hypo^ynes , attachées à un petit tubercule , sur lequel sont insérés successivement les sépales, la corolle , les étamines et le pistil. Ces étamines sont les unes ascendantes, les autres descendantes, plus courtes. Le pistil est porté sur un pédicule de la longueur des étamines. L^ovaire est ovoïde, alongé, uniloculaire , multiovulé ; les ovules irrégulièrement disséminés dans la pulpe ; le style est court; le stigmate capitulé , à huit dents fort courtes et conniventes. Le fruit est piriforme, charnu, renfermant un grand

im'l'OCASïANfeBS^

nombre de graines nichées dans la pulpe. Le cAprier est commun en Provence; on le trouve dans les vieilles murailles , les fentes de rochers. II fleurit pendant tout l'iHé ; on le cultive avec soin dans plusieurs contrées méridionales.

Propriétés et usages. La racine est la seule partie usitée en médecine; on n'emploie que son écorce ou partie externe, qui est légèremenl amère, un peu âcre et acerbe. Elle est diurétique : on la comptait autrefois au nombre de cinq racines apérilives mineures. Elle est peu employée maintenant.

Mais la partie la plus recherchée du cûprier , celle pour laquelle on le cultive en grand dans beaucoup de cantons de la Provence, ce sont les jeunes boulons de ses fleurs, qui, conflts dans le vinaigre, sont connus sous le nom de câpres. Elles sont stimulantes et antiscorbutiques. On les emploie comme condiment et assaisonnement.

Propriétés médicales et usages des Capparidécs,

On trouve dans les plantes de cette famille un principe volatil âcre , stimulant , assez analogue à celui que l'on observe dans les plantes Crucifères , dont les Capparidées se rapprochent beaucoup par les caractères botaniques. De là on doit pressentir qu'il y aura entre ces deux familles de l'analogie sous le rapport des propriétés médicales. Ainsi la racine de câprier est excitante etdiurétique, comme celle de beaucoup de crucifères : les boutons confits, et désignés sous le nom de câpres , sont antiscorbutiques , à la manière de toutes les Crucifères.

SOIXAME-DIX-HUJTIÈME FAMILLE.

HIPPOCASTANÉES. — HIPPOCASTANE^.

Le calice est monosépale, tubuleux, à cinq lobes obtus et inégaux. La corolle se compose de quatre pétales souvent inégaux, onguiculés à leur base, insérés^ ainsi que les étamines, à un disque hypogyne et circulaire. Celles-ci, généralement au nombre de sept , sont inégales , déclinées , c'est à dire toutes portées vers la partie inférieure de la fleur. Le pistil est simple. L'ovaire est plus ou moins globuleux, à trois loges,

qui conliennenl. chacune deux ovules allacliés à l'angle interne, et dont l'un est dressé, tandis que l'autre est renversé. Le style est toujours simple, terminé par un stigmate à peine trilobé. Le fruit est une capsule à une, deux ou trois loges, suivant qu'une ou deux des cloisons de l'ovaire ont avorté, s'ouvrant en trois valves : elle contient d'une à quatre et même cinq graines, recouvertes d'un tégument brun et luisant, marqué d'une grande tache blanchâtre ( qui est le hile ), et renfermant un embryon dont les deux cotylédons sont extrêmement gros , soudés ensemble, et dont la radicule est conique , alongée et recourbée.

Cette famille se compose du genre ^sculus de Linné , ou Hippo cas tannin de Tournefort, et peut-être du Trigonia^ qui avait été placé parmi les Malpighiacées. Ce sont des arbres ou des arbrisseaux d'un port élégant ou majestueux , ayant les feuilles opposées, sans stipules, et digiléesj les fleurs disposées en grappes ou en thyrses.

Le genre jEscuIus avait d'abord été placé dans la famille des Acérinées ou des Erables. Il en diffère par ses fleurs hermaphrodites, par son style simple, et la forme de son fruit, qui; dans les Erables, est une samare à deux ailes et à deux loges. Une seule espèce du genre érable mérite quelque attention. C'est l'érable à sucre ( Acer saccharinum. L. ), originaire de l'Amérique septentrionale, et dont on retire, par des incisions pratiquées à son tronCj une matière syrupeuse , qui cristallise et forme du sucre.

HIPPOCASTANE. — MSCULUS. L. J.

Calice tubuleux, à cinq lobes arrondis ; corolle de quatre pétales irréguliers; sept étamines déclinées; capsule coriace ^ à trois loges ( dont une ou deux avortent quelquefois ) , et qui contiennent chacune une ou deux grosses graines brunes , luisantes. Arbres ou arbrisseaux à feuilles opposées et digitées.

HiPPOCASTA-NE COMMUN, ^sculus hîppocastauum. L. Sp. 488. Nom vulgaire : marronier d'Inde. Partie usitée : Vécorce. Cet arbre, qui est originaire de l'Inde , est certainement le plus beau des arbres exotiques que la culture soit parvenue

HIPPOCASTANÉES. 8ol

h naturaliser dans nos climats. Il élève son Ironc majestueux à une hauteur considérable , et se divise en une multitude de branches et de rameaux ; son écorce est fendillée et brunâtre ; ses feuilles, opposées, sont portées sur de très longs pétioles , renflés et articulés à leur base , portant à leur sommet sept grandes folioles digitées^ obovales , acuminées , rétrécies inférieurement et doublement dentées. Les fleurs sont blanches , marquées d'une tache rouge , formant une grappe dressée, qui termine chaque ramification. Elles répandent une odeur suavej leur calice est tubuleux, à cinq lobes obtus et ciliés les quatre pétales sont inégaux , onguiculés à leur base, qui est dressée, tandis que leur lame est étalée , un peu onduleuse et ciliée. Les sept étamines, plus longues que la corolle, sont déclinées; l'ovaire est couvert de petites pointes. Le fruit est une grosse capsule coriace^ globuleuse, hérissée de petits piquans, contenant d'une quatre graines, diversement configurées, et s'ouvrant en trois valves inégales.

Ce bel arbre, qui fait l'ornement de nos jardins et de nos promenades^épanouit ses fleurs au connr.enceraent de mai, et mûrit ses fruits en septembre.

Propriétés et usages. L'écorce dn marronier d'Inde a nuo. saveur astringente et un peu amère. Elle contient beaucoup de tannin. MM. Pelletier et Caventou y ont trouvé les principes suivans : 1° une huile grasse verdâtre ^ 2° une matière résineuse, de couleur brunâtre; 3" une matière colorante ronge ; 4° une matière colorante jaune, peu amère; 5° du tannin; 6° de la gomme; 7" de la fibre lign; use ; 8° une petite quantité d'un acide libre. Plusieurs auteurs ont pensé qu'elle pourrait remplacer le quinquina dans le traitement des fièvres intermittentes ; mais les essais tentés à cet égard n'ont pas entièrement justifié cette assertion. Cependant elle ne manque pas d'une certaine action tonique, et sa décoction peut, dans plusieurs circonstances, être employée avec assez d'avantage.

Quant à ses graines, elles sont presque entièrement formées d'amidon, auquel âe joint un principe amer et très désagréable; on peut cependant les en priver totalement, et alors on pourrait les employer à la nourriture de l'homme ^ ainsi que Par-

Ôba BOTANIQOK.

mentier l'a indiqué. Les chevaux, les chèvres , es vaches , les bœufs et les moutons en sont très friands. Ordinairement on les privé de leur tégument , on les fend et on les laisse macérer dans uné lessive alcaline avant dé les leur donner. Par ce procédé , elles perdent une grande partie de leur amertume.

SOlXANTE-blX-NEUVIÈME FAMILLE.

HYPÊRIGllVÉES. — HYPERICINEM.

Les Hypéricinées sont des plantes herbacées, des arbustes , ou même des arbres, ayant les feuilles opposées, sans stipules, souvent parsemées de petites vésicules transparentes; leurs fleurs sonten général jaunes ou rougeâtres, disposées à la partie supérieure des ramifications de la tige. Leur calice est monosépale, persistant, à quatre ou cinq divisions profondes. Leur corolle se compose de quatre, ou plus souvent de cinq pétales étalés et hypogynes, ainsi que les étamines. Celles-ci sont nombreuses; leurs filamens sont généralement soudés par leur partie inférieure en plusieurs faisceaux distincts. Leurs anthères sont globuleuses ou cordiformes, vacillantes au sommet du filet qui est grêle. L'ovaire est libre, à trois ou cinq loges , qui contiennent un grand nombre d'ovules attachés à leur angle interne. Le nombre des styles et des stigmates est le même que celui des loges de l'ovaire. Le fruit est une capsule à trois ou cinq loges polyspermes, s'ouvrant en trois ou cinq valves, dont les bords rentrans constituent les cloisons. Les graines sont fort petites, et contiennent un embryon dressé, dépourvu d'endosperme.

MILLEPERTUIS. - HYPERICUM. L. J.

Calice à cinq divisions égales ; corolle de cinq pétales étalés. Etamines nombreiises^ réunies par la base de leurs filets en trois ou cinq faisceaux. Styles au nombre de trois à cinq. Capsulé s'ouvrant eii Irois oii cinq valves , et offrant un égal nombre de logés. Plantes herbacées 6u sous- frutescentes , ayant . les feuilles opposées , simples , marquées de points translucides (1).

(1) C'est de cette particularité que ce genre a tiré son nom de millepèituis.

HYPÉhlClNiïES.

Millepertuis ordinaire. Hypericuin perforaium. L, Sp. 1105. Blackw. t. IV.

Racine vivace, donnant naissance à des tiges dressées, lameuses, glabres, cylindriques, avec deux lignes longitudinales saillantes • rameaux opposés , formant une sorte de cyme à la partie supérieure. Feuilles opposées, sessiles, elliptiques, entières, à nervures longitudinales, d'un vert foncé en dessus, d'un verl glauque en dessous, offrant, quand on les regarde entre l'œil et la lumière , un grand nombre de points transparens , qui sont autant de petites glandes. Fleurs jaunes et terminales, disposées en une espèce de cyme à la pai'tie supérieure de Ja tige. Calice monosépale, persistant, partagé presque jusqu'à sa base en cinq lanières étalées, lancéolées , aiguës. Corolle de cinq pétales étalés , ovales , obtus , sessiles , souvent glanduleux sur les bords. Etamines nombreuses , hypogynes, saillantes. Filets réunis par la base en trois faisceaux. Anthères très petites, globuleuses, didymes. Ovaire libre, ovoïde, un peu alongé, à trois loges, qui renferment chacune un ^rand nombre d'ovules, attachés sans or'dre à l'angle inlerue. Trois styles divergens naissent du sommet de l'ovaire; ils sprit subulés , glabres, terminés chacun par un stigmate très petit, à peine distinct. Le fruit est une capsule globuleuse, à trois loges polyspermes , et s'ouvrant naturellement en trois valves. Cette plante est fort commune dans les bois et sur les pelouses. Elle fleurit en juillet. IL

Propriétés et usages. Le millepertuis , lorsqu'on le froisse entre les doigts, répand une odeur aromatique et résineuse. Sa saveur est légèrement âcre. Il contient, d'après Buchner : résine rouge, tannin, gomme, extractif, apothème, acide malique. On en faisait autrefois un usage très fréquent , comme d'un médicament excitant et anthelmintique. Il jouissait auss d'une grande réputation dans le traitement des plaies, à l'époque où l'usage des vulnéraires était en vogue. L'huile dans laquelle on a fait macérer les feuilles et les fleurs de millepertuis passait pour un remède souverain très propre à favoriser la cicatrisation des plaies simples et des ulcères. Quelques auteurs

ont même employé cette plante dans le traitement des Hèvres graves et de plusieurs autres maladies fort différentes. Mais l'abandon dans lequel elle est tombée de nos jours parle peu en faveur de son efficacité.

Il en est de même de la toute-saine ou Androsême , Hypericum androsœmum L. , qui se distingue du millepertius par son fruit charnu et bacciforme. Elle jouissait autrefois d'une très grande réputation dans le traitement d'une foule de maladies, ainsi que l'annonce le nom de toute-saine, sous lequel elle est vulgairement désignée. Mais elle est aujourd'hui presque complètement inusitée.

Propriétés médicales et usages des Hypéricinées.

L'odeur aromatique et résineuse dont nous avons signalé l'existence dans le millepertuis commun existe également dans le plus grand nombre des autres espèces de ce genre. Elle paraît due à une résine qui communique à l'alcool et aux huiles, dans lesquels elle se dissout, une couleur rouge plus ou moins intense. A ce principe résineux se trouve jointe en général une matière gommeuse plus ou moins abondante. Quelques Hypéricinées sont lactescentes, et le suc qu'elles contiennent a beaucoup d'analogie avec celui qui existe dans la plupart des Guttifères, et rappelle les propriétés âcres et purgatives de ce dernier. C'est ainsi que plusieurs hypericum d'Amérique, tels que \eshypericum bacciferum, hypericum cayennense, etc., fournissent un suc qui se solidifie et offre une telle ressemblance avec la gomme gutte, qu'on le connaît vulgairement sous le nom de gomme gutte d'Amérique.

On peut donc dire qu'en général les Hypéricinées sont aromatiques, résineuses, et que le suc qu'elles renferment est quelquefois purgatif.

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