QUATRE-VINGT-UNIÈME FAMILLE
AURANTIACÉES. — AURANTIACEM.
Cette belle famille , dont l'oranger et le citronnier nous offrent des modèles , se compose d'arbres ou d'arbrisseaux élégans , conservant en tout temps leur feuillage toujours vert , et croissant dans les régions chaudes de l'ancien et du nouveau continent. Leurs feuilles sont alternes, simples ou composées, remplies de petites glandes vésiculeuses , qui semblent autant de points transparens, lorsqu'on les regarde entre l'œil et la lumière. Dans l'état sauvage, on trouve souvent à la base des feuilles ou au sommet des rameaux des aiguillons ou des
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épines. Les fleurs, ordinairement blanches ou purpurines, sont groupées aux aisselles des feuilles ou au sommet, des ramifications de la tige, et embaument l'air d'un parfum délicieux. Leur calice monosépale est plus ou moins profondément divi;sé en quatre ou cinq lobes. Les pétales , au nombre de quatre ou cinq , sont élargis à leur base et insérés , ainsi que les étamines , au pourtour d'un disque hypogyne. Cellesci , au nombre de dix, ou plus nombreuses , ont leurs filets libres ou soudés en plusieurs faisceaux et polyadelphes. L'ovau-e est simple, ordinairement à plusieurs loges, contenant un, deux ou plusieurs ovulesj il est surmonté d'un style et d'un stigmate simples. Le fruit est une baie à plusieurs loges et à plusieurs graines. Celles-ci renferment un embryon droit privé d'endosperme. Cette famille se distingue des Guttifères par ses feuilles alternes, ponctuées 5 par son écorce non laiteuse , par son fruit dont l'enveloppe externe ou épicarpe n'est point dure ni coriace , et par plusieurs autres caractères.
ORANGER. — CITRTJS, L. J.
Calice étalé , persistant , denté ; corolle de quatre à cinq pétales sessiles et sans onglet; étamines nombreuses, ayant les filets réunis en plusieurs faisceaux. Ovaire à plusieurs loges , contenant chacune un grand nombre d'ovules attachés à l'angle interne; style épais et cylindrique, stigmate simple et déprimé. Baie globuleuse ou alongée, recouverte d'une écorce épaisse et rugueuse , dont l'intérieur , qui est celluleux et charnu , peut se partager en autant de parties , séparées par des cloisons membraneuses , qu'il y a de loges à l'ovaire.
Sous la dénomination générale d'orangers , ce genre comprend cette foule innombrable d'arbres odoriférans qu'on appelle orangers , limoniers , cédratiers , limettiers , pompetviousiers, etc., etc. La culture a exercé une telle influence sur les espèces primitives de ce genre , et en a tellement multiplié les variétés , qu'on y a établi huit races principales , que l'on peut considérer, eu quelque sorte, comme les souches de toutes les variétés cultivées en grand. Ces huit races ont été nommées cl caractérisées de la manière suivante, par MM. Risso
BOTANIQOB.
et Poiteau , dans le magnifique ouvrage qu'ils viennent de publier sous le titre d'Histoire naturelle des Orangers.
V OftAiyGEflS A FRU]ITS DOUX, ^(iraritia.
Leurs feuilles sontovales, alongées, aiguës, quelquefois légèrement dentées, pétiolées, à pétiole plus ou moins ailé et arliculé avec la feuille. Leurs fleurs sont blanches, leurs fruits multilocu laires, arrondis ou ovoïd(\s, rarement terminés à leur sommel par une petite pointe ou un mamelon, d'un jaune d'or, légèrement lavé de rouge , et dont l'écorce a les vésicules convexes. La pulpe renfermée dans ces fruits est abondante , aqueuse, sucrée, douce, agréable et légèrement aigrelette. A celte première division appartiennent toutes les variétés dont nous mangeons les fruits sous les noms d'oranges de Malte . de Portugal , des Acores , etc.
2" BIGARADIERS. Bigaradiœ.
Les bigaradiers , Qu orangers à fruit acide et amer^ s'élèvent généralement moins haut que l'oranger à fruit doux; leurs feuilles sont plus grandes et plus larges ; leurs fleurs , également plus grançles fît plus odorantes , sont préférées dans les officines pour en extraire l'huile essentielle et l'eau distillée. Le fruit , appelé bigarad,e, a le yplume et la forme de l'pran^ç douce j mais son éçorce est ordinairement plus raboteuse^ çll^ devient d'un jaune plus rougeâtre. Sa pulpe est acide et mêlép d'amertume, ce qui emjiêche de l'employer, si ce n'est pqur assaisonner les viande^ et le poisson. Les variétés; rapportées à cette secprjde secti(^n sqnt fiécjuemment cyitivé,es p^j* jps |leiiristes de Paris. - ' • «
^° BERGAMOTTIBRS. BergçimitB.
Cette petite tribu se compese de végétaux qui ont les rameaux nus ou garnis de petites épines , les feuilles oblongues, aiguës ou obtuses , portées sur des pétioles ailés ou simplement marginés ; leurs fleurs sont petites, blanches, d'une odeur particulière et très suave. Les fruits sont piriformes ou déprimés , lisses ou toruleux, d'un jaune pâle, à vésicules concaves, à pulpe légèrement acide et d'un arôme très agréable. Les fleurs
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du Bergaraotier ordinaire, Citrus hergamia vulgaris, sont fort recherchées pour leur odeur excellente. Il en est de même aussi de l'écorce de leurs fruits que l'on distille pour en retirer l'huile essentielle.
4° Ll'tiETTlERS. Limettœ.
Les Limeltiers , dit M. Risso , ont le port et les feuilles du limonier : leurs fleurs sont blauches , d'une odeur douce et particulière ; le fruit , plus ou moins gros , suivant les variétés , est d'un jaune pâle , ovoïde ou arrondi f et terminé par un mamelon. Les vésicules d'huile essentielle de son écorce sont concaves. Sa pulpe contient une eau douceâtre , fade ou légèrement amère.
5<* POMPELMOUSES. pnmpelmosei .
Les Pompelmouses sont quelquefois épineux , et quelques uns d'entre eux ont les jeunes pousses pubescentes; ils ont des feuilles épaisses, très grandes, portées sur des pétioles munis d'ailes assez dilatées. Leurs fleurs sont blanches et les plus grandes de tout le genre. Leurs fruits sont d'une grosseur surprenante , globuleux ou piriformeSjà écorce lisse , et ayant les vésicules d'huile essentielle planes ou convexes ; la chair épaisse, spongieuse , la pulpe verdâtre , peu aqueuse , et d'une saveur douce et peu sapide.
6° LUMIES. Lumiœ.
Cette section comprend tous les orangers qui ont le port et les caractères des limoniers , les fleurs rouges en dehors, mais dont la pulpe est doucç , plus ou moins sucrée, au lieu d'ôtre acide.
7° LIMONIERS. Limonia.
Les Limoniers sont les arbres que l'on appelle ; par suite d'un usage assez bizarre , citronniers à Paris , tandis qu'on les nomme Limoniers dans le reste de l'Europe , et que c'est avec leur fruit que l'on prépare la Limonade et le sirop de Unions. Ces arbres ont leurs rameaux effilés , flexibles , quelquefois épineux , surtout dans l'étal sauvage ; leurs feuilles sont ovales
et oblongues, dentées, d'un vert jaunâtre, articulées sur un pétiole dépourvu d'ailes. Leurs fleurs sont de grandeur moyenne, roses en dehors. Le fruit, d'un jaune clair, est ovoïde, terminé par un mamelon conique, plus ou moins long. Son écorce est tantôt lisse, tantôt rugueuse , ayant les vésicules d'huile essentielle concaves. Sa pulpe est abondante , abreuvée d'un suc d'une acidité très agréable. Le nombre des variétés rapportées à cette section est extrêmement considérable. Toutes se font remarquer par leur acidité franche. Ces arbres , sur les bôrds de la Méditerranée , où on les cultive en abondance , offrent l'aspect le plus agréable. Ils sont , pendant toute l'année , chargés de fleurs et de fruits.
8» CÉDRATIERS. Cedrœ.
Ils se distinguent des Limoniers par leurs rameaux plus courts et plus raides , leurs feuilles plus étroites , leurs fruits plus gros et plus verruqueux , et leur pulpe moins acide. A cette dernière section appartiennent les énormes fruits connus sous le nom de poncires, et qu'on nous envoie confits dans le sucre , des différens points de l'Italie.
Telles sont les huit races principales , ou espèces , auxquelles on peut rapporter les variétés sans nombre que l'on cultive particulièrement en Italie, Nous devons ajouter qu'assez fréquemment les pépins ou graines avortent dans plusieurs de ces variétés , dont les fruits , dans quelques unes , offrent les formes les plus bizarres et les plus anomales. Nous allons maintenant tracer la description et l'histoire des deux espèces les plus intéressantes , et que nous connaissons sous les noms d'oranger proprement dit , et de limonier ou citronnier.
Oranger ordinaire. Citrus aurantium. L. Sp. 1100. Blackw.
Parties usitées : les feuilles, les fleurs, les fruits.
Bel arbre toujours vert , à tronc lisse , cylindrique , ramifié souvent dès sa base. Originaire de la Chine, des îles de la mer des Indes, et de celles qui sont éparses au milieu de l'océan Pacifique , il est aujourd'hui cultivé en grand dans les provin-
AURANTIACÉES.
ces méridionales de la France , surtout aux environs d'Hycres et de Toulon. Ses feuilles sont alternes, unifoliées, ovales, subacuminées , entières , glabres et luisantes des deux côtés , offrant , quand on les examine entre l'œil et la lumière, des petits points transparens, qui sont autant de vésicules remplies d'une huile volatile d'une odeur agréable. Ces feuilles sont articulées sur un pétiole long d'environ un pouce, ailé sur ses bords et comme obcordé. Les fleurs sont blanches, grandes , disposées en bouquets pauciflores à l'extrémité des rameaux, et exhalent une odeur des plus suaves , et que chacun connaît. Leur calice est extrêmement court et plane, à cinq dents larges et aiguës. La corolle est pentapétale , subcampanulée. Les pétales sont elliptiques , alongés , obtus , sessiles , un peu épais et légèrement charnus , présentant un grand nombre de glandes vésiculeuses, transparentes. Les élamines , au nombre d'environ vingt , moitié plus courtes que la corolle , sont dressées , rapprochées latéralement les unes contre les autres , et constituent un tube évasé vers son sommet. Elles sont insérées au pourtour d'un disque hypogyne, saillant, en forme de bourrelet, au dessous de l'ovaire. Les filets sont blancs, un peu comprimés, souvent réunis et soudés deux ou trois ensemble , dans presque toute leur longueur. Les anthères sont introrses, cordiformes, aiguës attachées par leur base au sommet du filet. Le pistil est central à peu près de la longueur des étamines. L'ovaire , ovoïde presque globuleux , à huit, neuf ou dix loges, renfermant chacune quatre ou six ovules attachés vers l'axe. Le style est très gros, cylindrique , terminé par un stigmate épais , jaunâtre globuleux, un peu concave, capitulé à son sommet. Le fruit porte le nom d'orange.ll est arrondi, un peu déprimé. Sa pulpe est douce, sucrée et légèrement aigrelette. Les oranges les plus estimées sont celles qui viennent de Malte et du Portugal
Propriétés et usages. L'oranger est une ressource précieuse pour la thérapeutique. Ses feuilles servent, en infusion au nombre de cinq à six dans une chopine d'eau bouillante à faire une boisson légèrement diaphorétique et antispasmodique. On préparc avec les fleurs une eau distillée, très fréquemment employée dans les potions calmantes et antispasmodiques. On
8l4 llÛTl.NlQlîfi.
la donne à la dose d'une à trois onces. Elle est aussi connue sous le nom de naphe.
Ses fruits, ou les oranges, sont également très usités. Leur écorce desséchée a une saveur amère et aromatique. Elle est excitante et entre dans une foule de préparations officinales; on en fait un sirop très usité, à la dose d'une à deux onces, dans les potions toniques. Leur pulpe, qui est légèrement acide et sucrée, sert à préparer des orangeades, sortes de boissons plus douces et moins acides que les limonades faites avec le jus de citron. Elles sont rafraîchissantes, et conviennent dans les inflamm«itions légères des organes de la digestion. On fait aussi avec le suc d'oranges clarifié un sirop très agréable . rafraîchissant, mais qui a l'inconvénient de s'altérer avec facilité. Etendu d'eau, ce sirop forme une boisson avec laquelle on peut remplacer l'orangeade, dans la saison où l'on ne peut se procurer des oranges fraîches.
On emploie fréquemment les oranges dans certaines maladies où il est important de ne pas introduire une quantité marquée de liquide dans les organes de la digestion, comme, par exemple, dans le cas d'engouement ou d'étranglement d'une hernie. Un quartier d'orange, dont le malade exprime le suc, suffît pour étancher la soif, en rafraîchissant l'intérieur de la bouche.
,j L'écorce extérieure du fruit de l'oranger est épaisse, et contient dans des vésicules particulières une très grande quantité d'huile volatile. On fait sécher ces écorces coupées par quartiers, et leur infusion est quelquefois employée comme stimulante. C'est avec cette écorce que l'on prépare le sirop d'écorces d'oranges très usité comme tonique et stimulant.
Nous n'avons pas besoin de rappeler combien les parfumeurs et les confiseurs savent tirer parti des fleurs et du fruit de l'oranger, qui contribuent à la fois à remédier à nos besoins et à satisfaire nos jouissances. C'est avec l'écorce d'oranges que l'on prépare la liqueur de table connue sous le nom de curaçao.
ACRANTIACÊlis.
Limonier ordinaire. Citrus medica. L. Sp. 1100, Blackw.
Nom vulgaire : citronnier.
Le limonier croît naturellement dans les contrées de l'Inde situées au-delà du Gange. Il a été transporté dans l'Asie mineure et l'Europe méridionale par les califes qui, du fond de l'Asie, étendirent leurs conquêtes jusqu'au pied des Pyrénées. Cet arbre est plus élancé que l'oranger. Sa tige est droite, garnie de nombreuses ramifications anguleuses, souvent violacées, portant des épines, surtout dans l'état sauvage. Les feuilles sont ovales, oblongues, acuminées, dentées, d'un vert jaunâtre, et portées sur des pétioles articulés, sans ailes sur leurs parties latérales. Les fleurs sont nombreuses , de grandeur moyenne, souvent disposées en grappes, lavées de rougeviolet en dehors. Leur calice est court, presque plane et à cinq dents. Leurs pétales, au nombre de cinq, sont sessiles, et leurs étamines sont souvent libres et non soudées en faisceaux par leurs filets. Les fruits sont ovoïdes, d'un jaune clair, ayant la peau plus ou moins fine, suivant les variétés. Ils se terminent supérieurement pat* un mamelon conique, La pulpé qu'ils renferment est pleine d'un suc acidulé et agréable.
Propriétés et usages. Le fruit du limonier est presque la seule partie dont on fasse usage en thérapeutique. Sa saveur acide, qui est due à la présence de l'acide citrique, rend ce fruit rafraîchissant par excellence. Exprimé dans une pinte d'eau, le suc d'un limon ou citron forme une boisson tempérante extrêmement agréable, nommée limonade^ et dont l'usage est très répandu^, surtôut pendant les chaleurs de l'été. La limonade convient dans tes irritations gastriques peu intenses, ainsi que nous l'avons dit précédemment pour le suc de l'orange. Quelquefois on prépare la limonade en versant une pinte d'eau bouillante sur un limon coupé par tranches ; c'est ce que l'on nommé la limonade cuite. On prépare âussi avec le suc que l'on en exprime un sirop connu sous le nom de sirop de limons, également fort en usage dans les mêmes circonstances que la limonade. Quant à l'huile essentielle de limon et de ber-
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gamotte, que l'on retire par la distillation de l'écorcc de leurs fruits, elle est extrêmement excitante, et s'administre à la dose de quelques gouttes dans une potion tonique.
Propriétés médicales et usages des Aurantiacées.
Tous les organes, dans les végétaux qui composent la famille des Aurantiacées ou Ilespéridées, sont parsemés d'une multitude de petites glandes vésiculeuses, remplies d'une huile volatile d'une odeur suave et pénétrante. On les trouve dans l'épaisseur des feuilles et du calice, dans le parenchyme des pétales, et dans l'enveloppe épaisse et jaunâtre qui revêt le fruit à l'extérieur. C'est ce principe volatil qui fait de ces végétaux des arbres éminemment odoriférans, et qui leur donne l'action stimulante que leurs diverses parties exercent sur l'économie animale.
Cette action est la même pour tous les végétaux de cette famille. Ce ne sont pas seulement les feuilles de l'oranger qui ont une saveur amère et aromatique ses Heurs qui ont un arôme si délicieux, l'écorce extérieure de ses fruits , qui est amère, un peu âcre et aromatique^ mais les feuilles, les fleurs et l'enveloppe du fruit darvs les autres Hespéridées possèdent des propriétés absolument semblables, et affectent nos organes de la même manière.
La famille des Aurantiacées offre encore un caractère frappant d'analogie dans la pulpe de son fruit, qui est toujours plus ou moins acide et rafraîchissante. Dans l'orange , où cette acidité est masquée par une saveur sucrée et par du mucilage , le suc exprimé de cette pulpe est susceptible de fermenter et de former une liqueur alcoolique, ou plutôt une sorte de vin qui , dans certaines contrées de l'Inde, est employée par les naturels du pays.