‹ Élémens d'histoire naturelle médicale (volume 3)Chapitre 155 sur 187 · THÉ. — THE A, L. J · texte numérisé non relu

THÉ. — THE A, L. J

Calice à cinq divisions profondes et arrondies,- corolle de cinq à neuf pétales sessiles, rarement en plus grand nombre; étamines très nombreuses. Capsule à trois coques, contenant chacune une ou deux graines , et s'ouvrant par leur partie su- 3. 52

^ » " fiOTANlQUH.

périeure. Arbrisseaux toujours verts, ayant les feuilles alternes et les fleurs axillaires.

Thé de la. Chine. Thea ùnensis. Nob.

Thea hohea. L. Sp.

Thea viridis. L. Sp.

Arbrisseau pouvant acquérir, lorsqu'il est abandonné à luimême, une hauteur de vingt-cinq à trente pieds, mais qui dans l'état de culture en dépasse rarement cinq à six. Il porte des feuilles alternes , courtement pétiolées, très glabres, ovales, alongées , un peu acuminées au sommet , longues d'environ deux à trois pouces , larges d'un pouce , raides et coriaces, légèrement dentées en scie sur leurs bords , un peu luisantes et d'un vert foncé. Celles des jeunes pousses sont tendres et un peu pubescentes. Ses fleurs sont blanches , axillaires, et agglomérées au nombre de trois à quatre à l'aisselle des feuilles j elles sont portées sur des pédoncules glabres, épaissis au sommet, et longs de quatre à cinq lignes. Le calice est très court , à cinq divisions ovales , arrondies , obtuses , se recouvrant latéralement ; il est persistant. La corolle est beaucoup plus grande que le calice, formée de cinq, six ou d'un plus grand nombre de pétales un peu inégaux, arrondis, très concaves, souvent échancrés à leur sommet , étalés. Les étamines sont extrêmement nombreuses (environ une centaine) , un peu plus courtes que la corolle, réunies et rapprochées vers le centre de la fleur, insérées au pourtoui«de la base de l'ovaire ; les filets sont subulés, grêles et blancs j les anthères sont arrondies, didymes^ les deux loges sont écartées l'une de l'autre à leur base et s'ouvrent par un sillon longitudinal. L'ovaire est arrondi , comme à trois côtes, libre, à base élargie, hérissé de poils rudes et redressés • il est triloculaire, et chaque loge renferme deux ovules attachés à l'axe central. Le style est simple dans sa moitié inférieure , triparti supérieurement et glabre; chacune de ses divisions est terminée par un stigmate à peine distinct. Le fruit est une capsule à trois coques arrondies, quelquefois à deux ou môme à une seule coque, contenant chacune une ou rarement

TIIÉACÉES. 8i«^

deux graines, et s'onvranl par une fente qui se forme à leur partie supérieure.

Linné et la plupart des anciens botanistes ont distingué deux espèces du genre thé, savoir : le thé bou, tliea hohea, quia six pétales à sa corolle, et le thé vert , thea viridis , qui en a neuf. Mais cette distinction, uniquement fondée sur le nombre des pétales, n'a point été adoptée par plusieurs modernes , qui regardent ces deux espèces, et même les trois mentionnées par Loureiro dans sa Flore de la Cochinchine, comme de simples variétés produites par suite d'une longue culture.

L'arbre à thé est originaire des contrées orientales de l'Asie. II croît naturellement en Chine, au Japon et dans d'autres pays voisins, où il est aussi l'objet d'une culture extrêmement soignée. Tantôt on le plante sur la bordure des champs. Plus souvent on en forme des espèces de quinquonces sur le penchant des coteaux. Ce n'est guère qu'au bout de trois à quatre ans que l'on commence à recueillir les feuilles sur les jeunes pieds de thé, et cette récolte cesse lorsque ces arbrisseaux ont atteint huit à dix ans. On les recèp^s alors de la base , et c'est sur les jeunes pousses développées de leur souche que l'on recommence |a récolte des feuilles.

En Chine et au Japon , cette récolte a lieu deux fois dans l'année, au printemps et vers le mois de septembre. Les feuilles de la première cueillette forment un thé plus fin et plus estimé. Voici le mode de préparation qu'on leur fait subir.

On plonge ces feuilles dans l'eau bouillante, et on les y laisse seulement pendant une demi-minute. On les retire , on les égoutle, on les jette sur dtis poêles de fer, grand s et plates, qui sont placées au dessus d'un fourneau. Ces espèces de poêles doivent être assez chaudes pour que la main de l'ouvrier en endure la chaleur avec peine. Les feuilles doivent être continuellement remuées. Lorsqu'on juge qu'elles ont été assez chauffées, on les enlève et les étend sur de grandes tables recouvfrtes de nattes. D'autres s'occupent alors de les rouler avec la paume de la main , tandis qu'un ouvrier cherche à les refroidir en agitant l'air avec de grands éventails. Cette opération

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doit être continuée jusqu'à ce que les feuilles soient complètement refroidies sous la main de celui qui les roule.

Ce premier temps a pour objet de blanchir les feuilles et de les priver du suc âcre et vireux qu'elles contiennent. Cette opération du grillage sur les plaques de fer doit être répétée deux ou trois fois, en ayant soin de les chauffer de moins en moins, et de rouler les feuilles avec plus de soin. Pour quelques espèces de thés fort estimées, chaque feuille doit être roulée isolément.

Lorsque le thé ainsi préparé a été parfaitement séché, avant de le renfermer dans des boîtes ou des caisses , on l'aromatise avec différentes plantes odoriférantes. La connaissance de ces végétaux a long-temps été un secret pour les Européens. Mais on sait aujourd'hui que les Chinois emploient pour cet usage les fleurs de Volea Jragrans, du camelLia sasanqua, arbrisseau de la même famille que le thé, et peut-être celles de la rose à odeur de thé , que nous avons naturalisée dans nos jardins depuis quelques années.

Le nombre des variétés ou sortes de thés du commerce est extrêmement considérable. Elles dépendent , en général , de l'état plus ou moins avancé de développement où l'on a cueilli les feuilles, du soin avec lequel elles ont été blanchies et roulées, et surtout de leur grillage plus ou moins long-temps prolongé. Nous allons faire connaître ces variétés principales, et surtout celles qui méritent la préférence.

On peut diviser les espèces de thés en deux sections, les thés verts et les thés noirs. Les premiers ont une couleur verte ou grisâtre. Ils sont plus âcres, plus aromatiques que les seconds, dont la couleur est plus ou moins brune ,* et qui sont généralement plus doux et donnent une infusion d'une couleur plus foncée.

Parmi les thés verts nous distinguerons :

1° Le thé hajswen. C'est une des meilleures sortes , celle dont on fait le plus d'usage en France. Il est d'une teinte vertebleuâtre. Ses feuilles sont grandes, roulées dans le sens de leur largeur. Son odeur est agréable et sa saveur astringente.

2" Le thé perlé, ainsi nommé parce que ses feuilles sont plus

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roulées sur elles-mêmes, et offrent une forme plus globuleuse. Il est composé de feuilles plusjeunes et plus minces que le thé haysvven. Son odeur est plus agréable et sa couleur plus brune. Celle forme arrondie des grains du thé perlé provient de ce que les feuilles , après avoir été roulées dans le sens de leur longueur, sont repliées sur elles-mêmes dans leur largeur.

3" Le thé poudre à canon est choisi parmi les deux sortes précédentes, et se compose des feuilles les plus petites et les plus exactement roulées sur elles-mêmes, de manière à avoir quelque ressemblance, pour la grosseur, avec la poudre à canon. Celte espèce est fort agréable , recherchée , et d'un prix élevé.

4° Le thé schulang ou tèhulan est rare dans le commerce. Il a tous les caractères du thé hayswen ; mais son odeur est infiniment plus suave et plus développée.

Au nombre des thés noirs , nous mentionnerons :

1° Le thé saoulchon ou souchon. Il est d'un brun noirâtre , d'une odeur et d'une saveur plus faibles que les thés verts en général ; formé de jeunes feuilles lâchement roulées dans le sens de leur longueur. En général , on mélange pour l'usage ordinaire un tiers de thé souchon avec deux tiers de thé vert. L'infusion est plus colorée et moins âcre.

2° Le thé pe^ao ou pe/eo diffère peu du précédent. Sa couleur et sa saveur sont les mêmes. Son odeur est plus suave. Il paraît formé de feuilles plus jeunes et recouvertes d'un duvet plus abondant. On y trouve quelquefois, ainsi que dans la variété précédente, de petits fragmens déjeunes branches.

loutes les espèces de thés doivent être soigneusement conservées à l'abri du contact de l'air et de la lumière. Pour cela, on doit les placer dans des boîtes de bois ou de plomb , ou mieux encore dans des vases de porcelaine herméliqueraent fermés , et que l'on ne doit jamais laisser débouchés.

L'analyse chimique du thé a été faite, il y a plusieurs années, par Cadet de Gassicojirt, qui en a retiré, par le moyen de la distillation , une eau astringente sans aucune trace d'huile volatile , un extrait amer et styptique , composé d'acide gallique et de tannin.

Saa BOTA-NIQUE.

Pendant long-temps on a attribué la couleur verte de certaines espèces de thés aux plaques de cuivre sur lesquelles on les fait sécher; mais l'analyse chimique a prouvé le peu de fondement de celle assertion.

Propriétés et usages. En 1827, M. Oudry découvrit dans le thé un principe particulier qu'il nomma théine. Ce principe , étudié pins récemment par le docteur Gunter, offre les caractères suivans : Il cristallise en conglomérations incolores, sans odeur ni saveurj chauffé dans une cuiller de platine, il se fond et répand des vapeurs blanches , faiblement aromatiques. A une chaleur plus forte, il se décompose. Il est soluble dans l'eau, surtout quand on élève sa température ; il se dissout également dans l'alcool et l'éther. Avec l'acide sulfurique, la théine forme un sel acide et un sel neutre , tous deux plus solubles dans l'alcool que dans l'eau. On obtient la théine en traitant l'extrait alcoolique de thé d'abord par l'eau qui en sépare les parties solubles. On dissout le résidu résineux qui contient la théine dans l'alcool, on verse dedans de l'acétate de plomb basique, on enlève par l'hydrogène sulfuré l'excès de plomb, et la liqueur soumise à l'évaporation donne des aiguilles incolores qui sont de la théine {Rèpert. de chimie. , n° 3. Août 1837).

En considérant combien l'usage du thé est répandu dans presque toutes les parties de l'Europe, on s'étonnera que l'introduction de celte substance, devenue, en quelque sorte , de première nécessité pour cerlains peuples, ne remonte pas au delà du dix-septième siècle. Ce sont les Hollandais , le seul peuple de l'Europe auquel les portes de la Chine et du Japon étaient ouvertes , qui, les premiers, firent connaître aux Européens les usages et les propriétés du thé, et qui ont ainsi rendu l'Europe tributaire de la Chine pour une somme qui aujourd'hui excède cent vingt-cinq millions de francs par année.

IN'ous ne répéterons point ici les éloges qui ont été prodigués au ihé , ni tous les inconvéniens et tous les maux dont on a accusé son usage d'être la source. C'est auprès des peuples qui en font habituellement usage , et pour lesquels celte boisson est devenue un véritable besoin , qu'il faut recueillir les faits propres à éclairer cette question. Or, les Anglais, les HoUan-

THÉACBKS. «^aS

dais, les Belges, les Danois, les Suédois, les Russes ^ les Anglo-Américains , sont loin de considérer le thé comme une boisson dangereuse. Chez la plupart de ces peuples elle a un avantage hygiénique incontestable. Yivant dans un pays couvert pendant une partie de l'année de brôuiîlards , au milieu d'une atmosphère froide et humide, le thé, par la légère excitation qu'il développe , et surtout par la quantité d'eau chaude qu'il introduit dans l'estomac, entretient le corps dans un état de diaphorèse indispensable au libre exercice des fonctions et à l'entretien de la santé.

L'usage de cette boisson commence depuis plusieurs années à se répandre plus généralement en France. Il est rare , dans les classes aisées de la société , qu'une soirée d'hiver se passe sans prendre le thé. Cette boisson a le grand avantage de favoriser la digestion. Aussi est-ce toujours quelque temps après le repas que l'on en fait usage, et son administration est, comme chacun sait, un remède vulgaire contre les mauvaises digestions.

L'usage habituel du thé , surtout lorsqu'on le boit très fort , ne convient qu'aux personnes d'un tempérament mou et lymphatique; mais les hommes d'une constitution sèche et nerveuse , les femmes faibles et excitables doivent s'en abstenir, ou en corriger la trop grande activité en y mélangeant une quantité suffisante de lait.

Comme substance médicamenteuse , l'usage du thé est bien moins étendu. Comme toutes les autres substances stimulantes, il active et développe les différentes fonctions. La digestion est plus prompte, plus facile, le cours du sang plus rapide, l'exhalation cutanée plus abondante , et les facultés intellectuelles plus développées.

C'est surtout pour favoriser la digestion, le cours des urines et celui des sueurs, que les médecins prescrivent quelquefois l'usage d'une infusion de demi-gros à un gros de thé dans une pinte d'eau bouillante. Quelques auteurs ont môme prétendu que l'usage habituel de celte boisson empêchait les calculs urinaires de se former dans la vessie , ou du moins favorisait singulièrement l'évacuation des petits graviers qui s'y développent

SI fréquemment ; mais la première de ces assertions n'est malheureusement pas aussi vraie qu'on l'a prétendu.

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