QUATRE-VINGT-TROISIÈME FAMILLE
MÉLIACÉES. - MELIACEM.
Les Méliacées , qui toutes sont des végétaux exotiques , ont leur tige ligneuse , tantôt frutescente , tantôt arborescente , et ayant les ramifications ornées de feuilles alternes , simples ou composées , mais toujours dépourvu' S de stipules. Leur calice est monosépale, à quatre ou cinq divisions plus ou moins profondes. La corolle se compose de quatre ou cinq pétales sessiles , tantôt égaux entre eux, tantôt inégaux, quelquefois légèrement soudés par leur base, de man ère à représenter une corolle monopétale. Les étamines sont définies, quelquefois en même nombre que les pétales, d'autres fois en nombre double. Elles sont toujours soudées et monadelphes , tantôt par leur base seulement, de manière que la plus grande partie de leurs filets est libre; tantôt elles forment un long tube, qui enveloppe le pistil dans toute son étendue et présente les anthères à sa partie supérieure interne ou externe. Le pistil est libre , environné par un petit disque hypogyne annulaire, sous lequel sont insérés les pétales et les étamines. L'ovaire offre quatre ou cinq loges, suivant le nombre de ses pétales, et dans chaque loge existent deux ovules insérés à l'angle interne et superposés. Le style est toujours simple , et se termine par un stigmate simple ou à quatre ou cinq lobes faiblement exprimés. Le fruit est sec, très rarement charnu, à quatre ou cinq loges, contenant chacune une ou deux graines, et s'ouvrant en quatre ou cinq valves septifères sur le milieu de leur face interne. Les graines se composent en général d'un endosperme charnu, dans lequel est placé un petit embryon renversé Cette famille ne peut être confondue avec celles entre lesquelles elle est placée. Ainsi elle diffère des Aurantiacées et des Théacées par la présence d'un endosperme dans sa graine , et en particulier de la première par ses étamines définies et monadelphes, de la seconde par ses étamines peu nombreuses. Elle se distingue des
MÉLIACÉE9. SaS
Viniféres par ses étamines monadelphes , et le manque de stipules.
AZÉDARACH. — MELIA. L. J.
Calice très petit , étalé , à cinq lobesj corolle de cinq pétales étalés j étamines au nombre de dix , soudées et monadelphes, formant un long tube cylindrique , denté à son sommet , et portant les anthères à la base des dents que l'on remarque à son sommet. Style épais, simple, terminé par un stigmate petit et à cinq lobes rapprochés. Fruit charnu , contenant un noyau à cinq loges dispermes. Tige arborescente; feuilles composées.
AzÉDARACH COMMUN. Melia azedarach. L. Sp. 550.
Ce grand et bel arbre qui , de l'Inde et de la Perse sa patrie, a été successivement naturalisé en Orient , en Amérique , et jusque dans les provinces méridionales de la France , peut acquérir une très grande hauteur. Ses feuilles sont très grandes , alternes , bipinnées. Chaque pinnule , qui forme une feuille imparipinnée , se compose de cinq ou plus souvent de sept folioles opposées , lancéolées , très aiguës , dentées en scie sur leur bord, entièrement glabres. Les fleurs, de couleur violette, répandent une odeur suave , analogue à celle du lilas , et forment une grappe pédonculée ou une sorte de panicule dressée à l'aisselle des feuilles supérieures. Ces panicules sont plus courtes que les feuilles. Le calice est très petit , à cinq lobes obtus et légèrement pubescens. Les cinq pétales , beaucoup plus longs que le calice, sont étalés ou même un peu rabattus, obovales , alongés , obtus. Le tube staminal est dressé , un peu plus court que les pétales , renflé à sa base , d'une teinte violette plus foncée , offrant à son sommet vingt petites dents et dix anthères biloculaires , fixées à la base interne de ces dents. L'ovaire est globuleux , surmonté d'un style épais , de la hauteur du tube staminal, et terminé par un stigmate fort petit , k cinq lobes dressés et rapprochés. Le fruit est une drupe charnue , ovoïde , de la grosseur d'une cerise , contenant un noyau alongé , à cinq côtes et à cinq loges.
On voit assez fréquemment cet arbre dans nos jardins d'agrément. Cependant il est sensible au froid. Ses fleurs s'épanouissent pendaht une partie de la telle isaisbh.
Propriétés et usages. La racine d'azédarach a une saveur amère et nauséabonde. Dans l'Amérique septentrionale, où cet arbre est aujourd'hui fort abondant, on emploie fréquemment sa racine comme antbelmintique. Les docteurs Barton et Valentin ont signalé les heureux résultats de son administration dans cette circonstance. Mais cependant ce médicament est à peu près inusité en France.
Quant aux fruits de l'azédarach , leur saveur est fade et nauséabonde. On pense généralement qu'ils sont délétères. M. Turpin, au contraire, assure qu'en ayant donné en très grand nombre à des chiens, ils n'en ont éprouvé aucun dérangement. Il paraît même que, dans les deux Carolines, les enfans mangent ces fruits sans en être incommodés.
Dans l'Inde, on relire de la pulpe de ces fruits, et de ceux d'une autre espèce nommée MelLa azedirachta. L., une huile grasse, employée à divers usages économiques, et particulièrement pour les lampes.
WINTÉRANIE. — WINTERANIA. L. J.
Calice à- trois lobes très obtus, corolle de cinq pétales. Dix étamines monadelphes formant un tube, sur les parois externes duquel sont insérées dix anthères cordiformes, biloculaires. Style terminé par un stigmate à trois lobes. Baie contenant une, deux ou trois graines.
Tige ligneuse, feuilles simples.
WiNtÉRÀNiE CAivNELtË ÎLÀivcHÈ. Wmterània caàeU'd. L. Sp. 636.
Cdhella nlba. Murrai.
Nom ph.irinaceutique : caneUa alba. Noms vulgaires : cannelle blanche, fausse ccorce de tVinter. Partie usitée : récbrce.
Cet arbre peut s'éiever à line hauteur de vingt à trente pieds. Ses ramifications sont couvertes d'une écorce grisâtre, presque blanche, et portent des feuilles alternes, simples, presque sessiles, obovales, obtuses, entières, rétrécies en pointe à leur
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partie inférieure , d'un vert clair, entièrement glabres et luisantes à leur face supérieure. Ses fleurs forment des espèces de grappes terminales. Leur calice est concave, à trois divisions très larges et très obtuses, se recouvrant un peu par leur partie latérale. Leur corolle se compose de pétales élargis à leur base, un peu épais. Les étamines sont au nombre de dix, entièrement monadelphes. Leurs filets forment un tube ouvert et rétréci dans sa partie supérieure , qui est entière et non dentée, portant les dix anthères appliquées sur les deux tiers supérieurs de sa face externe. Ces anthères sont alongées, cordiformes. à deux loges, immédiatement contiguës par leurs parties latérales. L'ovaire est ovoïde, alongé, à trois loges. Le style est épais ei court, et se termine par un stigmate légèrement trilobé. Le fruit est une baie globuleuse, contenant une, deux ou trois graines noires et luisantes. Cet arbre croît naturellement à la Jamaïque et dans d'autres îles du golfe du Mexique.
Propriétés et usages. Après avoir enlevé l'écorce des jeunes rameaux avec un instrument de fer, on la fait sécher à l'ombre. Celte écorce est en plaques roulées, de cinq à six pouces de longueur, de deux à trois lignes d'épaisseur, d'une couleur grise-blanchâtre, légèrement rosée, d'une saveur amère, âcre et aromatique. Analysée par M. Henry, elle ne lui a présenté ni tannin, ni sulfate de potasse, ni oxide de fer, caractères qui la distinguent chimiquement de l'écorce de Winter, avec laquelle on la confond souvent dans le commerce. De là le nom Ae fausse écorce de ff^inter, qui lui a été donné par Cartheuser. L'écorce de cannelle blanche est, en général, d'une couleur pâle et d'un tissu plus lâche que la véritable écorce de Winter. Comme elle, c'est un médicament tonique et stimulant assez énergique, mais cependant peu employé. On lui préfère, en général, la cannelle de la Chine, comme infiniment plus active et plus suave. Dans les Antilles , on emploie communément la cannelle blanche comme condiment.
Quelques auteurs prétendent que la résine alouchi découle naturellement de cet arbre, assertion qui est loin d'être prouvée.
Propriétés médicales et usages des MéLiucées.
On connaît peu les propriétés médicales des plantes qui forment la famille des Méliacées. A en juger par celles qui nous sont mieux connues , ces propriétés offrent peu d'analogie. Ainsi, tandis que l'écorce de la cannelle blanche est aromatique et stimulante, celle de l'azédarach est nauséeuse, et celle du Swielenia febrifuga amère ét fébrifuge. On a d'abord rapporté à cette famille le Cusparia febrifuga , qui fournit l'écorce d'ângusture vraie; mais cet arbre est beaucoup mieux placé dans la famille des Rutacées, où nous en traiterons prochainement.
Le bois d'acajou , si recherché en Europe pour les ouvrages d'ébénislerie^ est celui d'un arbre de cette famille, originaire des Indes occidentales , et qui porte le nom de Swietenia Mahagoni.