QUATRE-VINGT-QUATRIÈME FAMILLE
VINIFÈRES. - FINIFERjE.
Celte famille , composée d'un très petit nombre de genres , a la vigne pour type. Elle est formée de végétaux sarmenteux , s'enlaçant autour des corps voisins par la torsion de leur tige , s'y maintenant par le moyen des cirrhes ou vrilles dont elle est munie. Les feuilles sont alternes, simples ou digitées, accompagnées de deux stipules à leur base. Les vrilles sont toujours opposées aux feuilles , et sont généralement rameuses et tordues en spirales. Les fleurs sont petites, verdâtres , disposées en grappes opposées aux feuilles. Leur calice est extrêmement court , sinueux ; leur corolle est formée de quatre à six pétales sessiles, quelquefois soudés par leur partie supérieure , de manière que la corolle s'enlève d'une seule pièce , en formant une sorte de petit capuchon. Les étamines sont opposées aiix pétales. L'ovaire est accompagné d'un disque hypogyne et annulaire, sinueux et comme lobé sur son bord libre. Cet èvaire est à deux loges, contenant chacune deux ovules dressés. Le style est court et épais , terminé par un stigmate peu
VINIFÈUES. 829
distinct, légèrement bilobé. Le fruit est une baie ovoïde ou globuleuse, contenant d'une à quatre graines. Celles-ci se composent d'un tégument épais , dur et coriace , d'un endosperme cartilagineux, qui renferme à sa partie inférieure un embryon dressé. Cette famille est extrêmement distincte par le port tout particulier des végétaux qui la composent. On ne peut la confondre ni avec les Méliacées , qui ont les étamines moaadelphes en nombre double des pétales et qui sont dépourvues de stipules; ni avec les Géraniacées , qui ont l'ovaire à cinq loges , dix étamines , dont cinq avortent quelquefois , et un fruit sec composé de trois à cinq coques monospermes.
yigne: ^ riTis. l. j.
Calice très court et sinueux , ou légèrement denté ) corolle de cinq pétales adhérens par leur partie supérieure , et s'enlevant comme une sorte de coiffe. Cinq étamines opposées aux pétales. Style très court ou nul. Baie à deux loges, contenant chacune deux graines dressées , dont une avorte assez souvent. Arbustes sarmenteux ayant les feuilles alternes 3 les vrilles et les grappes de fleurs opposées aux feuilles.
Vigne cultivée. Vitis vinifera. L.Sp. 293, Black, t. l'55.
Arbrisseau sarmenteux , qui peut acquérir une hauteur considérable en s'enroulant autour des arbres voisins , et dont l'écorce est fibreuse et peu adhérente au bois. Feuilles alternes, pétiolées, échancrées à la base , presque arrondies, à cinq lobes aigus, doublement dentés, velus ou tomenteux à leur face inférieure. Pétiole cylindrique, strié, renflé à sa base. Vrilles tournées en spirale, rameuses, opposées aux feuilles , servant à élever et à fixer les rameaux aux corps environnans. Fleurs très petites , verdâtres , disposées en grappes opposées aux feuilles. Calice monosépale très petit, étalé^ cupuliforme et persistant, à limbe un peu sinueux. Corolle de cinq pétales verts , libres par leur partie inférieure , réunis et soudés supérieurement, soulevés d'une seule pièce en forme de petite cloche par les étamines. Celles-ci sont au nombre de cinq, opposées aux pétales , attachées à la base de l'ovaire. Filets grêles et su-
BOTA.NIQTJE,
bulés ; anthères cordiformes, biloculaires , jaunes, attachées par le milieu du dos. Pistil pirifomio, un peu plus court que les étamines. Ovaire libre, ovoïde, acuminé à son sommet, à deux loges , contenant chacune deux ovules dressés. Le stigmate est presque sessile , capitulé, un peu bilobé. Autour de l'ovaire on trouve un disque annulaire. Le fruit, que l'on appelle raisin, est une baie à une ou deux loges, et renferme d'une à quatre graines.
Dans notre climat , cet arbuste fleurit au mois de juin , et quelquefois même de juillet, et ses fruits sont parfaitement mûrs en septembre et octobre.
La vigne est originaire de l'Asie , d'oii elle passa successivement en Grèce et en Italie. Ce furent les Phéniciens , à ce que l'on croit généralement, qui la transportèrent dans les Gaules, à l'époque où ils vinrent établir leur colonie sur les bords de la Méditerranée , aux environs de Marseille. Aujourd'hui la vigne est cultivée dans toutes les contrées tempérées de l'Europe. On en rencontre beaucoup de pieds à l'état sauvage dans les haies et sur les rochers de plusieurs provinces de la France. Elle porte généralement dans cet état le nom de Lambrousque. Le nombre des variétés de vignes cultivées en grand est extrêmement considérable. Qn sait que les raisins sont tantôt d'un vert jaunâtre , tantôt d'un rouge violet , plus ou moins foncé. La grosseur des grains varie également beaucoup. Ainsi, dans quelques variétés, ils acquièrent le volume du pouce, et dans d'autres ne dépassent pas la grosseur d'un pois. Dans le raisin de Corinthe, toutes les graines avortent.
Propriétés et usages. Quel sujet inépuisable que la vigne , si nous voulions entrer ici dans des détails étendus sur les produits variés qu'elle fournit aux arts , à la thérapeutique et à l'économie domestique. Mais forcé de nous circonscrire dans des limites étroites , nous ne dirons que quelques mots de chacune de ses utiles productions.
Lorsqu'au retour du printemps on retranche de la vigne ses rameaux inutiles , on voit s'écouler en abondance , des plaies qui en résultent, des gouttelettes d'un liquide aqueux, tout à fait incolore , d'une saveur à peine aigrelette. C'est la sève ,
VINIFÈRF.S.
qui déjà s'était mise en mouvement. La médecine populaire emploie fréquemment ce liquide dans les ophthalmies chroniques. On l'a même regardé comme diurétique, incisif, etc. Analysé par M. Deyeux, il s'est montré composé d'une matière végélo-animale , d'acide acétique et d'acétate de chaux. C'est un remède à peu près inerte, qui ne mérite pas d'être employé.
Les feuilles de la vigne ont une saveur âpre et astringente. Elles sont fort recherchées par les animaux herbivores. Quelques auteurs en ont recommandé l'usage dans le traitement de la diarrhée , et en général des catarrhes chroniques.
Avant leur parfaite maturité, les grains de raisin ont une saveur astringente. Le suc que l'on en extrait est fort acide. Sous le nom de verjus, on l'emploie pour assaisonner les viandes ou certains légumes. Mais c'est à l'époque où les raisins sont parfaitement mûrs qu'ils forment un des fruits les plus agréables et les plus savoureux. La pulpe qu'ils renferment est extrêmement succulente, douce et sucrée. Ils sont rafraîchissans , légèrement laxatifs , surtout lorsqu'on en mange beaucoup à la fois. On a vu leur usage long-temps continué amener des changemens favorables dans certaines maladies chroniques, telles que des engorgemens des viscères abdominaux , dans les dartres ou d'autres affectiôns cutanées , dans la phlhisie , la fièvre hectique , etc.
Les raisins secs ne sont pas moins utiles ni d'un goût moins agréable. Ils sont généralement plus sucrés. On les prépare en les faisant sécher au four, après les avoir trempés dans une lessive alcaline. Les plus estimés sont ceux qui viennent de la Syrie, des îles de la Grèce et des contrées méridionales de l'Europe. On les sert fréquemment sur nos tables, surtout pendant l'hiver, et la médecine les compte , avec les figues, les dattes, les jujubes, parmi les fruits adoucissans et Z>echiques.
Le suc que l'on extrait par expression des raisins frais et bien mûrs porte le nom de moiït. C'est un liquide épais, un peu trouble, d'une saveur douce et très sucrée. Il est fort nourrissant. On peut l'employer comme le miel pour édulcorer plu-
sieurs préparations. Il sert également à préparer des gelées , des confitures , etc.
Le vin est, sans coniredit, le principe le plus intéressant que fournisse la vigne. Tout Ir monde sait qu'on le prépare en soumettant le raisin à la fermeuiation. Dans les premiers jours de cette opération il a d'abord une saveur très sucrée; mais petit à petit cette saveur sucrée diminue, à mesure que la fermentation s'opère, parce que la plus grande partie du sucre se change en alcool. Le vin préparé avec du raisin noir , dont on a laissé l'enveloppe dans la cuve où il a bouilli , a une teinte violacée plus ou moins intense , et forme le vin rouge. Le vin blanc, au contraire, se fait avec du raisin blanc, ou bien du raisin noir, que l'on a privé de son enveloppe pendant la fermentation.
Il est peu de substances qui offrent autant de variations que le vin. Quelle énorme différence n'existe-t-il pas , pour la saveur, enire les vins spiritueux qu'on recueille dans les îles de la GrècCj l'Espagne, l'Italie, et ceux des coteaux de la Champagne ou des bords du Rhin ! Les premiers sont alcooliques, spiritueux, excitans et sucrés j les autres sont aigrelets et rafraichissans. Ces différences de saveur, d'arôme et de qualité , se font également remarquer dans les vins recueillis en des lieux voisins les uns des autres. Elles tiennent non pas à des variétés spécifiques entre les arbustes qui les fournissent, mais à la différence dans leur exposition, dans la nature du terrain qui les nourrit , et dans les soins apportés à la fabrication de cette liqueur.
Cependant ces différences, si appréciables au goût, échappent fréquemment à l'analyse chimique. Les seules que l'on observe dans les diverses espèces de vins tiennent à la proportion variable de leurs principes constituans , et non à la présence de nouveaux élémens.
Tous les vins sont formés d'eau , d'alcool , dont la quantité varie de 9 à 26 parties sur cent, suivant les espèces et les qualités; de mucilage et d'une matière végéto-animale; d'un principe colorant bleu , passant au rouge par son mélange avec les acides (ce principe n'existe que dans les vins rouges) ; d'acide
VINIFERES. 833
acétique, de lartrale acide de potasse , de tarlrale de chaux, d'hydrochlorate de soude, de sulfate de potasse, d'un atome de tannin, etc.
On peut diviser les vins en trois classes, savoir : 1° les vins spiritueux^ 2° les vins âpres j 3" et les vins acidulés.
i" Les vins spiritueux sont ceux qui se font remarquer par la grande proportion d'alcool qu'ils renferment. Leur saveur est chaude et spiritueuse. On peut les subdiviser en trois sections , savoir : les vins spiritueux sucrés ; ce sont ceux que l'on n'a pas laissé fermenter assez long-temps pour que tous les principes sucrés se convertissent en alcool. Tels sont les vins de Frontignan , de Lunel , de Malvoisie, etc. Les vins spiritueux cuits ne différent des précédens que parce que la fermentation a été arrêtée par le moyen du calorique; en sorte que ces vins sont aussi plus ou moins sucrés : tels sont les vins de Grenache, d'Alicante , et en général la plupart des vins d'Espagne. Enûn , les vins spiritueux et secs sont ceux dont tout le sucre a été converti en alcool , comme les vins de Madère , de Xérès , etc.
En général , les vins contiennent d'autant plus d'alcool qu'on les récolte dans des pays plus méridionaux. Les vins spiritueux sont plus excitans que tous les autres, surtout ceux qui sont secs.
2° Parmi les vins âpres nous comprenons les vins de Bor deaux, de Bourgogne, des bords du Rhône, etc. Ils contiennent moins d'alcool que les précédons^ Leur saveur est plus ou moins âpre , surtout lorsqu'ils ne ,spnt poijQt encore faits. Ils sont essentiellement toniques.
.3° Quant aux vins aigrelets, i's sont ordinairement blancs, et leur saveur est plus ou moins acidulé. Ils sont mousseux, lorsqu'ils ont été mis en bouteilles avant que la fermentation soit achevée. L'acide carbonique, qui continue à se fot-mer, se combine avec le vin , et tend à se dégager avec rapidité quand on enlève l'obstacle qui s'opposait à son expansion : tels sont surtout les vins de Champagne. On peut rendre mousseux toute espèce de vin blanc , en y ajoutant une certaine quantité de sucre lorsqu'on le met en bouteilles. Parmi les vins aio^relets 3. 53 "
0*4' BÔTÀMQttli'.
non mousseux, nous citerons surtout les vins du Rhin. Us sont en général plus ou moins diurétiques.
Nous ne parlerons point des usages du vin comme boisson diélétiqué oii médicàtnenteuse. Nous n'agiterons pas de nouveau la question oiseuse de savoir si la connaissancé de cette liqueur fut plus funeste qu'utile à respece humaine. Nous dirons simplement que l'usage modéré du vin , surtout lorsqu'il est vieux' et de bonne qualité, ranime les forces épuisées, développé les facultés inlellectiielles, rend l'homme plus gai et plus conGarit, tandis qlie son abus le jette dans une exaltation, bientôt suivie d'une sorte de stupeur, d'hébétement des facultés des sens et dé l'esprit, et le plonge dans un état voisin du coma et d'apoplexie. Si des poètes et des artistes célèbres ont puisé dans cette liqueur les inspirations heureuses de leur génie , un plus grand nombre y ont éteint le flambeau créateur que la nature s'était plu à allumer eh eux.
Gommé médicament, le vin doit être placé à la téte des toniques. Mais pour qu'il produise d'heureux effets, il doit être administré à des individus qui n'en font pas habituellement usage. On doit alors choisir l'espèce et la qualité du vin, suivant l'effet qu'on veut prdduire, et se rappeler que les vins spiritueux sont e^citans et diffusibles j les rouges et âpres toniques, et les vins blancs et acidulés diurétiques. On doit choisir, autant que possible, des vins vieux et de bonne qualité pour l'usage médical.
On rend^l'es^vIni^'mMrcimenteux par l'addition de substkiiceà plus Ou moins activés. Ils se préparent de deux manières principales, savoir ; en faisant macérer directement les substances dans le vin , ou'eti' lés' faisant digérer dans l'alcool, que l'on ajoute ensuite à cé lS<iùide. Ce dernier procédé, que l'on doit à Parmentier, est surtout préférable lorsqu'on veut préparer les vins médicamenteux" én pèlite quantité et extemporanément. Préparés de cette manière, ils se conservent plus facilement, et sont moins sujets à s'altérer.
Enfin c'est avec le vin que l'on forme l'alcool et le vinaigre. Par la distillation, on obtient l'alcool ou eau-de-vie, qui, outre l'eau qu'elle renferme, contient aiassi plusieurs substances
ciRANIACÉES.
étrangères. A combien d'usages n'est pas employé ce nouveau produit de la vigne? Dans l'art pharmaceutique, l'alcool est le dissolvant d'une foule de substances inattaquables par l'eau , telles que les résines, les baumes, les huiles essentielles, le camphre, les gommes-résines, etc. 11 sert à la préparation des teintures, des éthers, etc. Dans l'économie domestique, il est le menstrue des résines avec lesquelles on prépare les vernis; il est employé à préparer les ratafias et toutes les liqueurs de table.
Si l'on abandonne le vin au contact de l'air, la fermentationacéteuse s'en empare et il se change en miaigre. Ce nouveau liquide diff^îre du vin par sa composition et son mode d'action sur l'économie animale. Il sert à une foule d'usages dans les arts et l'économie domestique , et forme la base d'un grand nombre de préparations pharmaceutiques. Rectifié et privé des substances étrangères qu'il renferme, il forme l'acide acétique ou vinaigre radical.
C'est avec le tartre qui se dépose sur les parois des barriques que l'on prépare le tartrate acide de potasse , l'acide tartrique, et tous les médicamens dans la composition desquels ils entrent.
Enfin les pépins du raisin contiennent une grande quantité d'une huile grasse et douce, que l'on en extrait dans quelques parties de l'Italie, où elle est employée pour l'éclairage. Elle donne une lumière très vive et brûle sans fumée. Cent livres de pépins peuvent fournir de dix à seize livres d'huile, suivant les variétés de raisin (voy. Journ. chim. rriéd., t. 3, p. 66), On voit que c'est un produit important, et qui mérite de fixer l'attention des propriétaires dans les pays vignobles, puisqu'en général on perd ces pépins de raisin.
QUATRE-VINGT-CliNQUlÈME FAMILLE.
GÉRANIACÉES. - GERANIACEM,
Les genres qui composent la famille des Géraniacées ont entre eux la plus grande analogie dans leurs formes extérieures et leur organisation interne. Ce sont, en général, des végétaux herbacés, rarement sous-frutescens, portant d^s feuilles simples
OU composées, alternes ou plus communément opposées, avec deux stipules entre chaque paire de feuilles. Les fleurs sont souvent grandes et d'une couleur très éclatante , et offrent différens modes d'inflorescence. Le plus souvent elles sont axillaires. Chaque fleur présente un calice monosépale, souvent persistant, à cinq divisions très profondes, quelquefois un peu irrégulier, et prolongé à sa base en un éperon creux, plus ou moins long. La corolle, qui est formée de cinq pétales, est tantôt régulière, tantôt irrégulière. Le nombre des étamines varie de cinq à dix. Leurs filets sont quelquefois tous libres et distincts 5 d'autres fois ils sont soudés et monadelphes par leur base 3 tantôt les filets sont tous anlhérifères, tantôt un certain nombre sont nus et dépourvus d'anthères. Ainsi, dans le genre Géranium proprement dit, les filets des dix étamines sont munis de leur anthère ; trois sont nus, et sept anthérifères dans le genre Pelargonium; et enfin on en trouve cinq qui sont stériles, et cinq qui sont terminés par une anthère, dans toutes les espèces du genre Erodiuni. L'ovaire est tout à fait libre, à trois ou cinq côtes très saillantes, présentant un égal nombre de loges, dàns chacune desquelles un , deux ou un plus grand nombre d'ovules sont attachés vers l'angle interne. Le style est long,- simple, et terminé par trois ou cinq stigmates linéaires et divergens. Le fruit se compose de trois ou cinq coques uniloculaires, indéhiscentes, contenant une ou plusieurs graines , et réunies par un axe central. A Tépoque de la parfaite maturité, ces coques se détachent et se séparent les unes des autres, entraînant quelquefois avec elles une partie de leur axe central et du style, qui forme à leur sommet une pointe plus ou moins longue. Les graines contiennent un embryon renversé qui est dépourvu d'endosperme.
Cette petite famille est extrêmement distincte, et par son port, et par ses caractères. Elle se distingue des Yinifères par ses feuilles opposées, l'absence des vrilles, son stigmate multiple , son fruit sec, et ses graines dépourvues d'endosperme; des Malvacées par ses feuilles généralement opposées, ses étamines toujours définies, son embryon , dont les deux cotylédons ne sont pas roulés ; etc.
GÉRANIACÉES.
§ I. Géraniées.
GÉRANION. — GERANIUM. !.. i.
Calice persistant, à cinq divisions profondes; corolle de cinq pétales égaux ou inégaux; dix étaraines monadelphes par la base, libres dans leurs deux tiers supérieurs, ayant assez souvent trois ou cinq de leurs anthères qui avortent. Fruit à cinq coques monospermes, réunies sur un axe central , et se détachant de la base vers le sommet.
Plantes herbacées ou sous -frutescentes , ayant les feuilles opposées munies de stipules, les fleurs axillaires.
Ainsi caractérisé , le genre Géranion est un des plus nombreux en espèces dans tout le règne végétal. Aussi les auteurs modernes l'ont-ils divisé en trois genres , que l'on peut , à la rigueur, ne considérer que comme de simples sections d'un même genre. Toutes les espèces qui ont le calice et la corolle réguliers , leurs dix étaraines fertiles et anthérifères , constituent le genre Géranium proprement dit. Les espèces en sont toutes herbacées, assez nombreuses. Le genre Erodium comprend toutes les espèces dont la corolle est régulière, mais qui ont cinq de leurs filets dépourvus d'anthères. Elles sont herbacées et peu nombreuses. Enfin on a formé le genre Pelargoniuni du grand nombre d'espèces , souvent sous-frutescentes , qui ont la corolle plus ou moins irrégulière , et trois de leurs étaraines privées d'anthères. Tous les Pe/rt/ go/zm/w sont exotiques, et la plupart originaires du cap de Bonne-Espérance. C'est à ce genre qu'appartieniieni les grandes et belles espèces que l'on cultive dans les orang-ries, telles que pelargonium zonale , pelargoniuni roseurn , pelargonium Jbrmosum , etc. Aucune des espèces de ce dernit^r groupe n'est employée en médecine.
l" Corolle régulièit , dix étamines anthe'rifères. geramum,
Géranion a Robert. Géranium Roberdanum. L. Sp. 955.
Noms vulgaires : herbe à Robert, herbe à l'esquinancie. Partie usit(<e
toute la plante.
Sa racine est vivace et donne naissance à des liges dressées ,
rameuses, dichotomes , géniculées et articulées, renflées à chaque articulation , poilues, cylindriques et rougcâlres. Les feuilles sont opposées, pétiolées, profondément partagées en trois folioles pinnatifides , à segmens ovales , incisés , à dents arrondies et mucronées. Ces feuilles sont rougeâtres et un peu poilues. Les stipules sont très petites , aiguës et foliacées. Les fleurs sont rouges, géminées, portées sur des pédoncules axillaires plus longs que les feuilles, et bifurqués à leur sommet. Le calice est tubuleux, renflé à sa base , composé de cinq sépales ovales, lancéolés, mucronésau sommet, offrant deux ou trois côtes .saillantes. La corolle est formée de cinq pétales obovales , arrondis , obtus, entiers, longuement onguiculés à la base , deux fois plus longs que le calice. Les élamines sont au nombre de dix , toutes anthérifères et fertiles. Le fruit est globuleiix , à cinq côtes et à ciriq coques à sa base , à surface chagrinée et un peu velue, surmonté par un appendice pyramidal , pentagone et glabre , terminé par une pointe plus ou moins longue.
Cette plante croit très abondamment le long des murailles, dans les décombres et les lieux incultes. 1^
Propriétés et usages. L'herbe à Robert exhale une odeur forte et très désagréable. Sa saveur est manifestement astringente. On faisait autrefois un plus fréquent usage de cette plante que maintenant. Sa décoction était employée sous forme de gargarisme, dans le traitement des affections des amygdales, c[i> voile du palais et du gosier. Quelques auteurs ont prescrit le suc que l'on en exprime , dans les calculs de la vessie, et même contre les hémorrhagies. Mais cette plante est à peu prés inusitée aujourd'hui dans toutes ces circonstances. La médecine populaire en fait seule usage.
Plusieurs autres espèces de ce genre ont été jadis employées dans les mêmes circonstances , tels sont les Géranium gruinum, ou bec de grue, Géranium sanguineuni, Géranium pra- (etise , etc.
2' Cinq des HIets sont privés d'anthère. EROUIllM. JEuoDiON MUSQUÉ- Erodiuni moschatiun. Wild. Sp. 3. ,p. 631. Géranium moschatum. L. Sp. 951
Celte petite plante est annuelle qu quelquefois bisannuelle. Sa tige est étalée , rameuse , diffuse , herbacée , velue , coudée, cylindrique. Les feuilles sont opposées , imparipinnées , pétiolées, velues, à folioles alternes, ovales, obtuses , incisées et dentées ; la foliole terminale plus grande et tripartite. A la base de chaque paire de feuilles sont trois stipules scarieuses, très minces, obtuses, deux d'un .côté, une seule de l'autre. Les fleurs sont petites , violacées, redressées, disposées au nombre de huit à dix en sertule ou ombelle simple, portée sur un pédoncule commun, axillaire , dressé , velu, quelquefois un peu plus long que les feuilles; chaque fleur est supportée par un pédicelle horizontal, redressé seulement à son sommet. Le calice est pentasépale , pçrsistant , étalé ; les sépales soAt ovales , lancéolés , acuminés , concaves , glabres ejn dessys , velus e^; striés en dessous. La corolle est pentapétale ; les pétales sont de la longueur des sépales , elliptiques, entiers, ofctiis , terminés inférieurement par un onglet court. Ils sont très caducs. Les étamines sont au nombre de cinq, dressées contre le pistil^ leurs filets sont grêles , et alternent avec cinq écailles minces , larges , plus courtes , souvent fendues , qui sont cinq étamines avortées. Les anthères sont violettes , d.idymes , arrondies , attachées par le milieu du dos. En dehors et à la base des cinq étamines fertiles , sont cinq petites glandes vertes , qui constituent une sorte de disque extérieur. Le pistil est tje Ja hauteur des étamines j l'ovaire globuleux, à cinq côtes saiUaptes, couvertes de soies blanchâtres , à cinq loges, renfermant chacune un seul ovulcj le style gros et pyramidal, à cinq fiaces, terminé à son sommet par cinq stigmates linéaires, recourbés en dehors à leur partie supérieure. Le fruit est formé d'un axe central , prismatique, très alongé^ aigu, qui est le style persistant et développé , à la base duquel sont cinq coques ou akènes , terminés supérieurement par une arête longue , grêle , velue en
dedans , qui s'attache au sommet de l'axe. Ces coques sont velues en dehors. Cette espèce croît dans plusieurs provinces de la France, en Languedoc , en Bretagne , en Picardie, etc. Elle fleurit en mai.
Propriétés et usages. Cette plante réj^and une odeur de musc très prononcée. Son infusion théiforme est légèrement excitante et antispasmodique. On l'employait autrefois comme diaphorétique. Mais aujourd'hui son usage est à peu près abandonné.
§ II. Tropéolées .
CAPUCINE. — TROPOEOLUM. L. J.
Calice monosépale, éperonné à sa base , à cinq divisions profondes; corolle de cinq pétales , dont trois sont ciliés sur les bords ; huit étamines libres. Style terminé par trois stigmates. Fruit à trois coques monospermes et indéhiscentes.
Les feuilles sont alternes , dépourvues de stipules , et les fleurs sont axillaires.
Capucine ordinaire. Tropœoluni majus. L. Sp. 490.
Plante annuelle dans nos climats , dont la tige très rameuse est couchée , glauque , légèrement pubescente vers ses extrémités, longue d'un à deux pieds. Les feuilles sont éparses, sans stipules j longuement pétiolées , peltées , orbiculaires , un peu anguleuses ; leurs nervures partent en rayonnant du point d'insertion du pétiole , qui est un peu latéral ; la face supérieure est glabre, d'un vert foncé ; l'inférieure est légèrement pubescente et d'un vert clair. Les fleurs sont très grandes, d'un rouge de feu très éclatant j elles sont portées sur des pédoncules axillaires , cylindriques , glabres , longs de quatre à six pouces. Le calice est irrégulier, coloré , monosépale , à cinq divisions profondes , ovales , lancéolées , aiguës ; les trois supérieures sont plus larges , et se prolongent en arrière du point d'attache ert un éperon alongé , grêle j creux , pointu, plus long que les divisions du calice. La corolle est pentapétale , irrégulière : les deux pétales supérieurs sont obovales , obtus, rétrécis in-
GÉRANT ACÉES. ^^4^
sensiblement en onglet à leur base ; les trois inférieurs , plus longs, ovales, arrondis, entiers, sont portés sur des onglets très étroits, ayant presque la môme longueur que le pétale lui-même , qui est frangé et comme cilié sur ses bords à sa partie inférieure ; ces pétales sont attachés sur le calice , les deux supérieurs au dessus de l'ouverture de l'éperon , les trois inférieurs autour du pistil. Les étamines , au nombre de huit, sont courtes , déclinées vers la partie inférieure de la fleur. L'ovaire est comme globuleux, à trois côtes très saillantes et arrondies , striées longitudinalement , à trois loges qui renferment chacune un seul ovule. Le style est dressé , triangulaire , triode à son sommet • chaque division porte un stigmate très petit , à peine distinct. Le pistil paraît être formé de trois pistils réunis et soudés du côté interne. Le fruit est un triakène : chacun des trois akènes , convexe d'un côté et recouvert de côtes irrégulières , offre deux faces planes du côté interne. La capucine est originaire du Pérou , où elle est vivace : on la cultive en France dans tous les jardins. Elle fleurit pendant la plus grande partie de l'été , et y est annuelle.
Propriétés et usages. Les différentes parties de cette plante ont une odeur vive et piquante, une saveur chaude , analogue en tout à celle des plantes Crucifères , à côté desquelles elle vient se ranger par ses propriétés stimulantes , qui la rendent très efficace dans le seorbut , les scrophules , etc. Ses fruits et ses fleurs, confits dans le vinaigre , servent d'assaisonnement. L'usage de cette plante n'est pas aussi répandu qu'il mérilterait de l'être. C'est un stimulant extrêmement énergique , et qui peut être comparé aux meilleurs antiscorbutiques produits par la famille des Crucifères.
§ in. Oxalidées.