‹ Élémens d'histoire naturelle médicale (volume 3)Chapitre 36 sur 187 · SCILLE. — SCILLA. L. J · texte numérisé non relu

SCILLE. — SCILLA. L. J

Calice pétaloïde formé de six sépales étalés, un peu réunis par la base; étamines à filets simples, }tyle terminé par un stigmate légèrement trilobé. Racine bulbifère, bulbes à tuniques.

SciLLG OFFICINALE. SciUa marîtima. L. Sp. 440. Blackw. t. 691.

Red. Lil. t. 116.

Nom pharmaceutique : scillœ vel squillœ radix. Partie usitde : les

écailles du bulbe.

Le bulbe de la scille est ovoïde, arrondi, de la grosseur des deux poings, formé intérieurement de tuniques charnues et blanches, recouvert extérieurement de membranes minces d'une couleur brune foncée. Les feuilles sont radicales, lisses, luisantes, d'un vert foncé, ovales, lancéolées, aiguës, un peu onduleuses. La hampe, qui pousse toujours avant les fouilles, est droite, élancéC;, simple, haute de deux à trois pieds, couverte dans sa moitié supérieure de fleurs blanches, pédonculées, formant un long épi terminal j chaque fleur est accompagnée d'une bractée linéaire aiguë, à peu près de la longueur du pé-

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doncule. Le calice est pétaloïcle, à six divisions très profondes, presque étalées. Les étamines, à peu près de la longueur du calice, sont insérées à sa base interne; les filets sont planes et subulées. L'ovaire est surmonté d'un style simple, que termine un stigmate très petit, obscurément trilobé. La capsule est trigone, à trois loges, et s'ouvre en trois valves.

La scille officinale ou maritime croît sur les bords sablonneux de l'Océan et de la Méditerranée. Je l'ai cueillie aux environs de Grasse, de Nice, et sur les plages maritimes de la Sicile , oii elle est excessivement commune. Elle fleurit en août. If.

Propriétés et usages. On n'emploie que les écailles du bulbe, lorsqu'elles ont été préalablement desséchées; on rejette les plus extérieures, qui sont sèches, et les plus intérieures, qui sont presque inertes. Leur couleur est rosée. On les désigne alors communément sous le nom de squammes de scille. Leur saveur est âcre et amère, leur odeur est presque nulle. M. Vogel a trouvé dans ces écailles, 1° un principe particulier très amer, soluble dans l'eau et dans l'alcool, qui paraît être le principe actif, et auquel il a donné le nom de scillitine ; 2° de la gomme 5 3° du tannin; 4° du citrate de chaux; 5° de la matière sucrée; 6° de la fibre ligneuse; V enfin un principe âcre qu'il n'a pu isoler.

Selon M. Tilloy , pharmacien k Dijon, la scillitine de M. Vogel n'est qu'un mélange de sucre incristallisable, et de deux matières, l'une excessivement âcre, et l'autre très amère. M. Planche avait également trouvé dutartrate de chaux dans les squammes de la scille. La scille fraîche contient un principe âcre et vésicant, mais très volatil, car il n'existe plus dans son eau distillée, ainsi que Vogel l'a expérimenté sur lui-même, en buvant jusqu'à six onc<^s de cette eau distillée.

La scille est un médicament indigène des plus précieux. Son amertume et surtout son principe âcre indiquent sa place parmi le» médicamens toniques et stimulans. Elle porte spécialement son action sur deux organes en particulier, savoir : les poumons et les reins. Aussi l'emploie-t-on surtout comme expectorante et diurétique. Mais^ pour être efficace , elle ne doit

tl4 »OTANIQU^.

être administrée que quand les organes avec lesquels elle est mise en contact ont besoin d'être excités; dans le cas contraire, elle aggraverait les accidens. Ainsi, dans les catarrhes pulmonaires chroniques, surtout chez les vieillards, la scille facilite l'expeclo ration. De môme on ne devra la mettre en usage, comme diurétique, que dans les leucophlegmaties, les hydropisies passives, etc.

On peut aussi préparer un extrait de scille en écrasant les squammes fraîches , filtrant et faisant évaporer jusqu'à consistance convenable. Cet extrait a toutes les propriétés de la plante, et peut être employé dans les mêmes circonstances. On administre la scille en poudre, sous la forme de pilules ou de bols, depuis deux jusqu'à douze grains ; le vin, le vinaigre et l'oximel scillitiques sont les préparations les plus usitées.

Dans ces derniers temps, M. le docteur Coudray a publié {Bull, de thérap.) des observations qui tendent à établir que la teinture de scille et celle de digitale appliquées à l'extérieur ont opéré la résorption du liquide amassé dans la tunique vaginale et les articulations. C'est, du reste, un moyen qui peut être essayé sans inconvéniens.

ALOÈS. — ALOE. L. J.

Calice cylindracé, à six divisions profondes, six étamines attachées à la base du calice, style court, terminé par un stigmate trilobé. Les aloès sont des plantes à racines vivaces et fibreuses, à feuilles très épaisses et succulentes, et dont les fleurs sont disposées en épi.

Aloés perfolié. Aloe perfoliata. Lamk. Dict. I. p. 88.

Noms ptiarmaceutiques : ^^oe socotrina , Jl. hepaiica, Al. cahallina. Partie usitée : le suc épaissi.

Sa racine est fibreuse. Ses feuilles, rassemblées en rosette à la base de la tige, sont épaisses, charnues, alongées , aiguës , longues de huit à dix pouces, larges de trois à quatre, dentelées sur les bords j elles sont amplexicaules, et d'une couleur verte glauque, parsemées de quelques verrues blanchâtres et épipeuses. La hampe est haute d'environ deux pieds , recouverte

LILIACSXS.

d'écaillés dressées, aiguës; les fleurs sont rouges, pendantes à l'époque de la floraison, dressées avant leur épanouissement, et forment un épi alongé. Ces fleurs sont tubuleuses; les élamines sont un peu plus longues que le calice ; la capsule est ovoïde, alongée, à trois loges, marquée de trois sillons longitudinaux.

Cette plante , originaire d'Afrique, a ensuite été transportée en Amérique et en Asie, où elle réussit parfaitement. ^

Aloès en épi. Aloe spicata. L. Suppl. 205.

Celte espèce, très rapprochée de la précédente, a également ses fleurs en épi; mais elles sont campanulées et non tubuleuses; les feuilles sont planes, moins épaisses et dentées. Elle est, du reste, fort mal connue, quant à ses autres caractères botaniques. Elle croît au cap de Bonne -Espérance. 71,

Propriétés médicales et usages. Ce sont ces deux plantes, et probablement quelques autres espèces voisines du même genre, qui fournissent le médicament connu sous le nom d'a/oè^. C'est une substance extracto-résineuse, solide, en masses plus ou moins considérables. Elle offre trois variétés principales , qui portent les noms à.^ aloès sucotrin , alocs hépatique et aloes cabalUn.

1° h'alocs sucotrin ou socotrîn, ainsi nommé parce qu'autrefois on le tirait de l'île de Socotora, située à l'entrée de la mer Rouge , est la plus pure de ces trois variétés. Il vient du cap de Bonne-Espérance et de la Jamaïque. Il est en masses , d'un brun foncé, d'une odeur aromatique et agréable , d'une saveur amère; sa cassure est résineuse et brillante; sa poudre est d'un beau jaune doré. MM. Bouillon-Lagrange et Vogel l'ont trouvé composé d'extraclif, 68; de résine, 32 part. I! se dissout en partie dans l'eau froide', et en totalité dans l'eau bouillante. A celte espèce paraît appartenir Va/oes lucide, répandu depuis quelques années dans le commerce, et qui est la sorte la plus pure. Selon M. Braconot, l'aloès serait un principe pariiculier que ce chimiste propose' de nommer principe amer résineux.

2° Valois hépatique , ainsi nommé à cause de sa couleur

n6 BOTANIQUE.

rouge foncée , assez analogue à celle du foie, contient quelques malièi'es étrangères. Il est moins pur, et formé d'extractif 52 , de résine 42 , et de matière albumineuse 6; son odeur est forte , assez désagréable , sa saveur amère , sa poudre d'un jaune rougeâlre. Il nVst solublc en totalité ni dans l'eau froide, ni dans l'eau bouillante.

3° Enfin, Valois caùallin, le moins estimé , le plus impur, employé seulement dans la médecine vétérinaire , est presque noir, et contient , outre les principes des deux autres variétés, du sable et une grande quantité de matières étrangères.

L'aloès est un médicament tonique , dont l'action se porte spécialement sur les organes de la digestion : donné à petites doses, il stimule l'estomac, et facilite la digestion. Si cette dose est portée à huit ou dix grains , cette action s'étend aux intestins , et paraît en quelque sorte se concenter vers leur partie inférieure ; l'aloès est alors un purgatif tonique.

Si l'on continue quelque temps l'usage de l'aloès , il détermine vers le rectum une fluxion sanguine,- les vaisseaux hémorrhoïdaux se gonflent, se distendent, et le rectum devient le siège d'une irritation intense. Les praticiens mettent à profit ce mode d'action de l'aloès , et l'administrent souvent pour produire une révulsion chez les sujets menacés de congestion cérébrale. On le donne également comme emménagogue , dans l'aménorrhée; mais il est plus sage de n'y point avoir recours dans cette maladie.

Les préparations dans lesquelles entre l'aloès sont trop nombreuses pour pouvoir les rapporter ici. Sa dose est de deux à quatre grains , comme tonique ; de six à douze grains , comme purgatif.

Son usage , trop long-temps prolongé , surtout lorsqu'on l'administre à des doses élevées , peut occasionner à la longue des accidens graves.

Propriétés et usages des LUlacées.

Si nous en exceptons le genre aloès , ce sont principalement les bulbes de celte famille qui contiennent les principes les plus actifs : ainsi ceux de l'ail , de l'ognon , de la scille ,

NYAIPHIÎACÉES. 1 1 7

sont les organes que la matière médicale ou l'économie domestique réclament. Mais dans les aloès , au contraire, ce sont les feuilles qui recèlent les principes vérilablemeni médicamenteux. Cependant, si l'on réfléchit un instant que les bulbes ne sont que des bourgeons dont les feuilles ne se sont pas développées , et sont restées à l'état d'écaillés , on verra alors l'analogie parfaite qui existe entre les feuilles de l'aloès et les bulbes des autres Liliacées, et cette anomalie apparente disparaîtra entièrement.

Deux principes se rencontrent surtout dans les bulbes des Liliacées, savoir : l'amidon, et une substance amère à laquelle se joint quelquefois un autre principe âcre et volatil. Lorsque la première de ces substances est prédominante , ces bulbes peuvent servir d'aliment, comme on le remarque , par exemple , dans l'ognon , le poireau , l'ail, etc. Si, au contraire, le principe amer est très abondant, ils agissent alors, et sont employés comme médicamens. C'est ce qui a lieu pour la scille et les aloès , qui produisent des effets sinon parfaitement semblables, au moins très analogues • en sorte que la loi de l'analogie est conservée dans cette famille sous le rapport de ses propriétés médicales.

Le principe âcre qui existe dans plusieurs Liliacées peut en rendre l'usage dangereux. Cependant aucune des plantes de celte famille n'est véritablement vénéneuse.

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