VINGTIÈME FAMILLE
ORCHIDÉES. — ORCHIDEM.
Les plantes de cette famille présentent un port tellement remarquable, une structure si extraordinaire dans les différentes parties de leurs fleurs, qu'elles constituent une des familles les plus naturelles du règne végétal. Leur calice est coloré, pétaloïde, à six divisions, dont trois extérieures, ordinairement uniformes j trois intérieures, dont deux supérieures souvent plus petites, et une inférieure plus grande, d'une forme bizarre, colorée de différentes manières, à laquelle on a donné le nom particulier de labelle ou tablier. Ce calice se termine souvent à sa base par un cornet creux, plus ou moins long, qui porte le nom d'éperon. Une seule étamine occupe le centre de la fleur. Son filet est soudé avec le style et le stigmate, de manière à n'en pas être distinct. Cette étamine , ordinairement à deux loges, renferme le pollen, qui tombe en une ou plusieurs masses de même forme que les loges. L'ovaire est infère, il contient un très grand nombre d'ovules attachés à trois trophosperraes pariétaux. Le stigmate est situé au dessous de l'étamine^ à la face antérieure du support commun. Le fruit est une capsule uniloculaire, trivalve.
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Les Orchidées ont une racine qui présente quelquefois deux tubercules charnus, arrondis, entiers ou découpés et palmés; quelquefois celte racine est fibreuse j leurs feuilles sont alternes, embrassantes. Ces plantes sont terrestres ou parasites ; et dans les régions intertropicales un grand nombre d'espèces croissent sur le tronc des arbres, et donnent à la végétation de ces climats un caractère tout particulier.
ORCHIS. — ORCHIS. Swartz.
Calice pélaloîde, double ; les trois divisions extérieures à peu près égaies, connivenles ou écartées; labelle entier ou divisé, portant à sa base un éperon creux plus ou moins long; pollen tombant en deux masses granuleuses distinctes.
Orchis MALE. Orchis mascula. L. Sp. 1333.
Nom pharmaceutique : radix salep, vel salep. Noms Tulgaires : salep^ testicules de chien , satirion. Partie usitée : les tubercules.
Les deux tubercules que l'on remarque à la base de la tige sont ovoïdes, alongés, blancs, charnus, surmontés de fibres grêles, cylindriques, simples, qui constituent la vraie racine. La tige, haute d'environ un pied, est cylindrique, glabre, simple, terminée par un épi assez serré de fleurs purpurines. Les feuilles sont ovales, alongées, luisantes, glabres, assez souvent maculées de taches d'un pourpre noirâtre. Les fleurs sont assez c randes, purpurines, et constituent un épi ovoï ie, long d'enron trois pouces; elles sont situées à l'aisselle de bractées ncéolées, quelquefois colorées; l'éperon est à peu près de la longueur de l'ovaire, qui est tordu en spirale ; le labelle est à trois divisions crénelées; celle du milieu, plus longue, est bibée. Cette plante croît dans les bois et les pâturages. Elle lieurit en avril. ^
Propriétés et usages. Les tubercules charnus de cette espèce, '■X de celles qui en offrent de très développés, contiennent Ijt-aucoup de gomme et de fécule amylacée. C'est avec les tubercules d'espèces analogues que les Orientaux préparent le salep^ médicament à la fois nourrissant et analeptique. Celui que l'on lait en France avec nos espèces indigènes peut remplacer en-
l44 BOïANIQUK.
tiôrement celui que l'on tire d'Orient. On lave ces tubercules, on les fait tremper dans l'eau bouillante , on les fait sécher, et on les réduit en poudre. Lo salep sert à faire des gelées, soit avec le bouillon, soit avec l'eau ou le lait aromatisé. Dans les temps de disette, la récolte de ces tubercules pourrait présenter de très grandes ressources, qui ne seraient point à négliger pour la nouiTÎture de la classe pauvre , les orchis à racine tuberculeuse étant extrêmement communs dans beaucoup de localités. Le salep est composé, d'après l'analyse de M. Caventou, de beaucoup de bassorine, un peu d'amidon , un peu de gomme soluble, de sel marin, du phosphate de chaux.
VANILLE. — VANILLA. Swarlz.
Le calice est articulé avec l'ovaire ^ ses segmens tombent après la floraison • cinq des folioles sont étalées, ouvertes ; le labelle est soudé au gynostème ou support de l'anthère, il est sans éperon -, l'anthère est terminale et operculée ; le pollen est en masses granuleuses ; le fruit est très alongé, rempli d'une pulpe charnue.
Toutes les vanilles sont des arbrisseaux grimpans et parasites , originaires des contrées tropicales de l'Amérique.
Vanille officinale. Vanilla aromatica. Swartz. Epidendrum
vanilla, L.
Nom pharmaceutique : vanillœ siliqua. Partie usitée : les fruits.
Sous-arbrisseau sarmenteux s'élevant à des hauteurs considérables, en grimpant et s'accrochant au tronc des arbres, au moyen de fibres radicales plus ou moins alongées. Ses feuilles sont alternes , sessiles , épaisses , charnues , un peu coriaces , lisses, luisantes, légèrement ondulées sur leurs bords. Ses fleurs sont grandes, formant des espèces de bouquets composés de cinq à six fleurs purpurines et odorantes. Les cinq divisions supérieures du calice sont lancéolées, un peu ondulées; le labelle est obovale , creusé en gouttière , un peu sinueux sur ses bords.
Le fruit est long de cinq à six pouces, presque cylindrique,
ORCHIDÉES, ï45
brunâtre, rempli dans son intérieur d'une pulpe très odorante et fort agréable.
La vanille croît dans différentes provinces de l'Amérique méridionale. On la cultive dans un grand nombre de nos colonies. M. Ch. Morren , professeur de botanique à Liège , est parvenu, par le moyen de la fécondation artificielle, à faire fructifier la Vanille , cultivée dans les serres du jardin de cette ville. Il a ainsi obtenu en grand nombre des fruits qui , par leur saveur, la suavité de leur arôme, rappellent tout à fait ceux que nous tirons d'Amérique. La vanille peut donc être cultivée en Europe , comme l'ananas et les autres plantes exotiques qui exigent beaucoup de chaleur. (jConipt. rend, de Vlnst,^ 16 avril 1838.)
Propriétés et usages. L'odeur suave de la vanille la rend un des aromates les plus agréables et les plus recherchés. On sait que c'est avec la pulpe contenue dans son fruit que l'on communique au chocolat cette odeur aromatique «£ui le rend à la fois plus agréable et d'une digestion plus facile. La vanille, en effet, excite les forces digestives de l'estomac par sa qualité stimulante. On vante beaucoup les vertus aphrodisiaques de la pulpe de vanille. On l'a mise pendant long-temps en usage comme eraménagogue, antispasmodique, etc. Mais aujourd'hui elle n'est guère usitée que comme aromate.
Propriétés médicales et usages des Orchidées. La vanille ne devant son odeur aromatique, sa saveur agréable et sa vertu stimulante qu'à la pulpe renfermée dans l'intérieur de son fruit, et cette pulpe n'existant point dans les autres genres de la famille, on ne doit pas s'étonner de la voir former une sorte d'exception parmi les autres Orchidées, dont un petit nombre d'autres espèces possèdent cette propriété. Mais, en revanche, une analogie frappante existe dans un autre organe dé ces plantes, dans leurs tubercules souterrains. En effet, dans toutes les espèces où ils sont très développés et charnus , ils sont entièrement formés de fécule et peuvent servir à la préparation du salep. Les feuilles , dans quelques espèces , acquièrent par la dessiccation une odeur aromatique et agréable.
l46 BOTANIQUE.
C'est ce que l'on remarque dans celles de Yangrœcum fragrans, connues sous les noms de fahani ou de thé de l'île de Bourbon [Journ. chini» mèd., 3, p. 180).
Il n'y a point de plantes vénéneuses parmi les Orchidées.
AAIfTOLOGRlBSS.
PLANTES DICOTYLEDONEES.
1» APÉTÀLÉES.
QUATRIÈME CLASSE."] APÉTALIE-STIIIPHTSOGYNIE.
A. Fleurs non disposées tn chatons.
VINGt-UNIÈME FAMILLE.
AKISTOLOCHIÉES. — AMSTOLOCHIJE.
L'ovaire est infère; le calice est monosépale, tubuleujf ^ souvent irrégulier et déjelé en languette , soudé par sa base avec l'ovaire ; les étamines, au nombre de six ou de douze, sont libres et distinctes, ou soudées ensemble et faisant corps avec le style et le stigmate : le style , quand il est libre, est simple et terminé par un stigmate à six lobes. Le fruit est une capsule le plus souvent à six loges , qui contiennent chacune plusieurs graines , attachées à leur angle interne.
Les Aristolochiées sont pour l'ordinaire des plantes herbacées vivaces, ou des arbustes sarmenteux et grimpans. Leurs feuilles sont alternes et sans stipules; leurs fleurs souvent très grandes et offrant des formes extrêmement anomales.
1' Étamines libres et distinctes.
ASARET. - AS ARUM. L. J.
Calice à six angles, partagé jusqu'à son milieu en trois divisions rapprochées; dix ou douze étamines libres incluses; style à six angles arrondis, terminé par un stigmate à six lobes; capsule à six loges.
AsARET d'Europe. Asarum europœum. L. Sp. 633. Bull. Herb.
Nom phai-maceutique : azari radix etfolia. Noms vulgaires : cabaret, oreille d'homme, rondelle, etc. Partie usitée : la racine, les feuilles.
Sa racine est liori2ontale, brune, de la grosseur d'une plume à écrire, donnant naissance à un grand nombre de radicelles alongées, grêles. Les tiges qui s'en élèvent sont à peine longues d'un pouce, et terminées par deux feuilles portées chacune sur un pétiole long de trois à quatre pouces : ces feuilles sont réniformes, entières, un peu échancrées au sommet, d'un vert assez foncé et luisantes. Les fleurs sont solitaires, d'un pourpre brunâtre; elles sortent chacune de l'aisselle des deux feuilles. Le pédoncule qui les porte est long de cinq à six lignes et recourbé. Dans chaque fleur il y a douze, rarement dix étamines, alternativement plus longues et plus courtes. L'asaret croît dans les lieux ombragés, sous les bois, aux environs de Paris. Ses fleurs paraissent en avril et en mai. 1^
On doit à MM. Lassaigne et FeneuUe la connaissance des principes constituans de cette racine. Ils en ont retiré les matériaux suivans : 1° une huile volatile concrète; 2° une huile grasse très âcre; 3° une matière jaune analogue à la cytisine , dans laquelle paraissent résider les propriétés de Tasarum ; 4° de la fécule; 5° du muqueux ; 6° de l'albumine; ?• de l'acide citrique; 8° du citrate acide et du malate de chaux; 9° un acétate, un sel à base ammoniacale, et des sels minéraux. {Bull, pharm., 6, p. 565.)
Propriétés et usages. La racine et les feuilles sont les parties
ARISTOLOCHIÉES. l^Q
que l'on met en usaga , la première surtout. Elle a une saveur amère, âcre et piquante, une odeur désagréable et nauséabonde : on les emploie les unes et les autres pour déterminer le vomissement. L'asaret doit en effet être compté parmi les médicamens puissamment émétiques : la dose est de quarante à cinquante grains en infusion dans huit onces d'eau. Il faut avoir soin de remarquer que le vinaigre ou la dessiccation détruisent presque entièrement la propriété émétique des racines d'asaret. On doit donc les administrer fraîches. L'asaret est aussi un puissant sternutatoire; il fait la base de la poudre de Saint- Ange, que les pharmaciens administrent peut-être avec trop d'imprudence aux personnes tourmentées de céphalalgie. Ces qualités actives décèlent un principe âcre très abondant dans l'asaret.
Des propriétés analogues se retrouvent dans les autres espèces du même genre, et spécialement dans Vasarurn canadense^ dont on fait usage dans l'Amérique du nord.
2" Étamines soudées avec le style et le stigmate. ( Gynandrie. L.)
ARISTOLOCHE. - ARISTOLOCHIA. L. J.
Cal ice tubuleux à sa base 3 limbe irrégulièrement conformé soit en oreille d'âne, soit en corne d'abondance 3 six étamines soudées et confondues au centre de la fleur avec le style et le stigmate; capsule obovoïde à six côtes et à six loges polyspermes.
Aristoloche serpentaire. Aristolochia serpentaria. Villd.
Sp. 4, p. 159.
Nom pharmaceutique : serpentaria virginiana. Nom vulgaire : serpentaire de Firginie. Partie employée : la racine.
Dans cette plante la racine est rampante, vivace , composée d'un grand nombre de fibres blanchâtres , alongées , grêles , touffues, un peu rameuses, répandant une odeur aromatique, forte et camphrée. La tige est grêle, haute de huit à dix pouces,
l5o BOTJLNIQ0E.
presque simple et pabescente. Les feuilles sont alternes, pétiolées, cordiformes , aiguës, entières, légèrement ciliées sur leurs bords, un peu pubescentes. Les fleurs sont petites, d'un rouge brunâtre ; pédonculées, situées à la partie la plus inférieure de la tige , elles semblent en quelque sorte sortir de terre. L'ovaire est globuleux et couvert de poils laineux; le calice est alongé et irrégulièrement campanulé. La capsule est presque globuleuse, déprimée, à six côtes saillantes. Cette plante croît dans les lieux montueux, dans la Caroline, la Virginie, etc. Elle fleurit pendant les mois de juin et de juillet. ^ Propriétés médicales et usages. D'après l'analyse de M. Chevalier [Journ. de pharm. 6, p. 565), la racine de serpentaire contient : 1° une huile volatile; 2° une matière jaune amère, soluble dans l'eau et dans l'alcool; 3° une matière résineuse; 4° de la gomme ; 5° de l'amidon ; 6° de l'albumine; V divers sels.
C'est la racine seule qui est employée. Celle qu'on trouve dans le commerce se compose d'une petite souche, d'où partent un très grand nombre de fibrilles grisâtres menues, et souvent aussi on y trouve la base des petites tiges qui naissaient de ces racines. Son odeur aromatique, qui a beaucoup d'analogie avec le camphre, sa saveur chaude et comme térébinthacée , indiquent en elle un médicament énergique. Aussi l'emploie-t-on fréquemment dans les fièvres dites ataxiques et adynamiques, et en général dans les maladies où l'usage des stimulans est indiqué. La serpentaire de Virginie s'administre principalement en poudre, à la dose d'un à deux scrupules; en infusion dans l'eau ou le vin, à la dose de deux à quatre gros pour deux livres de liquide.
On trouve quelquefois dans le commerce une autre sorte de serpentaire de Virginie, sur laquelle M. Guibourt a donné de très bons renseignemens [Obs. de pharm. , p. 19). Ses filamens sont plus gros, moins nombreux, d'un blanc jaunâtre, d'une odeur et d'une saveur beaucoup moins marquées. M. Guibourt la nomme serpentaire de p^irginie Jausse ou bâtarde. Ella paraît moins efficace.
ARISTOLOCHIÉES.
Aristoloche ronde. Aristolochia rotunda. L. Sp. 1364. Blackw.