Partie usitée : la racine
L'aristoloche ronde offre une racine arrondie, tuberculiforrae, vivace, charnue, à peu près de la grosseur d'une noix.
Sa tige est dressée, peu rameuse, glabre, quadrangulaire, haute d'environ un pied.
Ses feuilles sont alternes, sessiles, cordiformes, obtuses," entières, ayant les nervures très saillantes à leur face inférieure.
Les fleurs sont solitaires aux aisselles des feuilles supérieures, dressées, courtement pédonculées. Leur ovaire est infère; à six côtes saillantes et à six loges.
Le calice est monosépale irrégulier. Il est tubuleux inférieurement, d'abord globuleux au dessus de l'ovaire, puis rétréci et alongé; il s'évase à sa partie supérieure ; son limbe est déjeté d'un seul côté et comme ligulé, obtus et un peu échancré à son sommetj en un mot, ce calice ressemble beaucoup à un demifleuron. Le tube offre six nervures longitudinales saillantes, qui se prolongent aussi sur le limbe.
Les étamines, au nombre de six, sont soudées et confondues avec le style et le stigmate , et forment une masse arrondie au fond de la fleur. Sur les côtés, on voit les six anthères, composées chacune de deux loges; le corps charnu présente supérieurement six mamelons saillans, verdâtres, glanduleux, qui sont autant de stigmates qui se prolongent inférieurement en une lame mince, recouvrant en partie les anthères.
Le fruit est une capsule ovoïde, obtuse, à six angles arrondis.
Cette espèce est commune dans les champs, les vignes du midi de la France. Je Tai recueillie aux environs d'Avignon. ^
Propriétés et usages. Le nom d'aristoloche, donné par les anciens aux plantes de ce genre, annonce qu'ils les regardaient comme propres à augmenter le flux menstruel. En effet, les racines de l'aristoloche longue et ronde ont une odeur aromatique peu agréable, une saveur légèrement âcre, qui décèlent en elles la propriété d'agir comme toniques et stimulantes.
l52 BOTANIQUE.
Aussi les racines de ces deux plantes étaient-elles autrefois fort employées non seulement pour activer l'écoulement des règles, mais aussi pour combattre les fièvres intermittentes, les différentes espèces de catarrhes chroniques, et une foule d'autres affections très différentes. Aujourd'hui on ne les emploie que rarement.
L'Aristoloche longue. A. longa. L. Sp. 1364, qui croit également dans les provinces méridionales de la France, et qui diffère de la précédente par sa racine fusiforme alongée , ses feuilles réniformes, très obtuses, et pétiolées, jouit absolument des mêmes propriétés, et était employée aux mêmes usages.
On peut en dire autant de I'Aristoloche clématite {aristolochia clematitis L.), si fréquente aux environs de Paris ; mais elle est fort peu employée. Cependant on en a beaucoup vanté l'usage contre la goutte, et elle faisait partie du fameux remède de Portland, qui a joui long-temps d'une haute réputation. D'après quelques essais tentés par le professeur Orfîla, la racine d'aristoloche clématite possède une âcreté fort remarquable, et même il a fait périr des chiens en leur faisant prendre environ une once de cette racine. On doit donc l'administrer avec précaution.
Le genre aristoloche est extrêmement nombreux en espèces, qui croissent dans toutes les contrées chaudes du globe. La racine de toutes ces espèces jouit des mêmes propriétés : elle est âere, excitante, et l'on en fait usage dans toutes les circonstances qui peuvent réclamer l'emploi des stimulans. Au Brésil on emploie fréquemment comme stimulante, sous le nom de milhomens, la racine de V Aristolochia ringens de Swartz. Nous croyons inutile de citer ici toutes les espèces exotiques que l'on emploie, aucune d'elles n'étant usitée en Europe.
Propriétés médicales et usages des Aristolochiées.
La partie la plus active des plantes de cette famille est la racine. En effet, dans presque toutes ces plantes, mais plus particulièrement dans plusieurs espèces du geure aristoloche, cet organe a une saveur amère, aromatique et quelquefois un peu âcre. Cette Acreté même prédomine dans la racine d'asaret,
JtJGLANDÉES. l53
qui est éinétique, tandis que les autres sont généralement stimulantes.
Les fruits de l'hypociste {cytinus hypocistis), plante parasite rapportée h cette famille, mais dont on a formé récemment une famille distincte sous le nom de Cytinées, sont astriugens. On en obtient un extrait qui jouit de propriétés toniques. Mais ce médicament n'est plus employé à présent, si ce n'est dans le midi de la France. Il est un des ingrédiens de la thériaque. Il n'y a point de plantes vénéneuses parmi les Aristolochiées.
B. Fleurs mâles disposées en chatons, VINGT-DEUXIÈME FAMILLE.
JUGLA.NDÉES. — JUGLANDEM.
Celte famille, qui a pour type le genre Noyer ou Juglans de Linné, présente les caractères suivans : les fleurs sont unisexuées, monoïques; les fleurs mâles disposées en chatons, les fleurs femelles solitaires ou réunies au sommet des jeunes rameaux. Chacune de ces dernières offre un ovaire infère, à une seule loge qui contient un seul ovule dressé ; cet ovaire est couronné par le limbe du calice, qui est double, et par deux stig- |mates très épais. Le fruit est une drupe presque sèche, ou noix, dont l'endocarpe s'ouvre en deux valves égales.
Cette, famille a beaucoup de rapport, d'une part, avec les iTérébinthacées, dont le genre Juglans faisait autrefois partie; [mais elle en diffère par son ovaire infère, et ses fleurs mâles 5n chatons; d'autre part, elle se rapproche beaucoup de la suivante (Cupuliférées), mais s'en distingue par son fruit, qui est me noix à une seule loge^ à une seule graine; par ses feuilles )mposées, sans stipule, et par le manque de cupule.
m^m.— JUGLANS. L. J.
Les fleurs sont monoïques; les mâles, en chatons alongés, se somposent de cinq à six écailles soudées ensemble, sur lesluelles sont attachées de douze à vingt étamines; les femelles sont solitaires ou réunies à l'extrémité des rameaux ; elles sont formées d'un calice double, adhérent avec l'ovaire, qui est in^
l54 BOTANIQUE.
fère, et dont le limbe offre quatre divisions; cet oVàîre, qui est uniloculaire et raonosperme, est surmonté par deux stigmates épais divergens. Le fruit est une drupe sèche, que l'on désigne sous le nom de noix.
NoYjLR ORDINAIRE. Juglaiis regia. L. Sp. 1415. Blackw. t. 247.
Le noyer est un grand et bel arbre , originaire de la Perse , pouvant s'élever jusqu'à environ 60 pieds. Il est abondamment cultivé dans toutes les provinces de la France. Ses feuilles sont alternes, articulées, pinnées, ordinairement composées de sept à neuf folioles ovales, entières, acurainées au sommet, presque sessiles. Les chatons de fleurs mâles sont longs d'environ trois à quatre pouces^ pendans, situés à la partie supérieure des jeunes branches de l'année précédente. Les anthères, au nombre de douze à dix-huit dans chaque fleur, sont presque sessiles et sans filamens. Les fleurs femelles sont rassemblées au nombre de deux ou trois à l'extrémité des jeunes pousses ; chacune d'elles est entourée de quelques folioles étroites subulées 3 le calice est globuleux à sa base , qui est soudée avec l'ovaire infère ; le limbe est double ; l'extérieur très court et denticulé ; l'intérieur plus long est à quatre divisions inégales, aiguës ; l'ovaire est globuleux, renferme un seul ovule dressé , et se termine par deux stigmates obtus, divergens, épais, courts, glanduleux sur leur face interne. Le fruit est une noix ou drupe sèche, ovoïde, arrondie, verte, glabre, marquée d'un sillon longitudinal j son endocarpe osseux, ou noyau^ s'ouvre en deux valves. L'amande est blanche, irrégulièrement lobée et comme cérébriforme.
Propriétés et usages. Le noyer est un arbre fort utile. En effet, presque toutes ses. parties sont employées dans les arts, l'économie domestique ou la thérapeutique. Ainsi son bois et ses racines sont recherchées pour les ouvrages d'ébénisterie ; il est très dur et susceptible d'un poli très fin. L'écorce sert à la teinture en noir; ses fruits sont à la fois mis en usage comme aliment et comme médicament; et ses feuilles sont quelquefois employées pour faire des lotions stimulantes et résolutives.
JUGZiANDÉES.
La partie charnue du péricarpe de la noix est communément désignée sous le nom \de brou. Elle a une odeur forte et aromatique, une saveur amère et piquante. C'est une substance stimulante, mais fort peu employée, surtout à l'intérieur. On prépare avec elle, en la faisant macérer dans l'alcool, une liqueur de table que l'on regarde comme un excellent stomachique. Le brou de noix a été analysé par M. Braconnotj. il contient de l'amidon, delà chlorophylle, une matière âcre, amère , de l'acide malique, du tannin, de l'acide citrique, des sels.
Selon le professeur Pfak de Kiel, le brou de noix contient une quantité considérable d'un tannin parfaitement semblable à celui des noix de galle, mais tout à fait privé d'acide gallique ; une matière résineuse particulière, qui offre l'odeur et la saveur propres au brou de noix.
Les amandes du noyer renferment une très grande quantité d'une huile grasse , fort employée dans certaines provinces de la France , et dont les peintres font aussi un usage très fréquent. Elle se rancit facilement , et demande , pour cette raison , à être préparée en petite quantité, afin qu'elle n'ait pas le temps de s'altérer. Dans beaucoup de provinces de la France elle est presque la seule dont on fasse usage , et y remplace l'huile d'olive.
Comme toutes les parties du noyer, surtout ses feuilles , sont fort odorantes , on a prétendu que son émanation était dangereuse , et même qu'elle pouvait être funeste aux individus qui y restaient long-temps exposés. Ces assertions sont exagérées. L'odeur forte que ses feuilles répandent , surtout pendant les ardeurs du soleil , peut donner quelque douleur de tête aux personnes qui la respirent pendant long-temps ; mais elle n'a point les qualités délétères que plusieurs auteurs lui attribuent.
Le brou de noix et les feuilles du noyer contiennent une assez grande quantité de tannin et d'acide gallique, pour que quelques auteurs en aient recommandé l'usage pour le tannage des cuirs.