‹ Élémens d'histoire naturelle médicale (volume 3)Chapitre 47 sur 187 · VINGT-TROISIÈME FAMILLE · texte numérisé non relu

VINGT-TROISIÈME FAMILLE

CUPULIFÉRÉES. — CUPULIFERM.

Fleurs unisexuées, monoïques 5 fleurs mâles disposées en chatons alongés , formées de cinq à vingt étamines , portées sur une écaille diversement conformée 3 fleurs femelles environnées d'un involucre uniflore ou mulliflore , qui devient une cupule écailleuse , foliacée ou péricarpoïde ; de là le nom de Cupuli/ères donné aux genres de cette famille. Les fleurs femelles offrent un ovaire infère épais et charnu intérieurement , à deux ou trois loges , qui renferment chacune un ou deux ovules 3 il est couronné par les dents irrégulières du limbe calicinal et par deux ou trois stigmates quelquefois soudés à la base. Le fruit est toujours un gland, c'est à dire un fruit sec , monosperme par avortement , indéhiscent et enveloppé , en tout ou en partie, dans une cupule uniflore ou multiflore , tantôt écailleuse, tantôt foliacée, tantôt ayant la forme et l'apparence d'un péricarpe. Les feuilles sont simples, accompagnées à leur base de deux stipules caduques.

Cette famille est formée d'une partie des genres de la famille des Amentacées de Jussieu , distingués par la cupule de leur fruit et leur ovaire infère. Elle se compose entièrement d'arbres souvent fort élevés , portant des feuilles simples munies de stipules caduques à leur base.

1° Cupule écailleuse ou foliacée.

CHÊNE. — qUERCUS. L. J.

Fleurs monoïques. Les fleurs mâles disposées en longs chatons grêles^ composées chacune d'une écaille caliciforme plane, lobée , de six à huit étamines , insérées à son centre ; les femelles , formées d'un ovaire infère , à trois loges , qui contiennent chacune deux ovules , et de trois stigmates spathulés j elles sont environnées chacune d'un involucre uniflore composé d'un grand nombre de petites écailles imbriquées ; le fruit est un gland «ntouré à sa base d'une cupule écailleuse.

CUPUIilF^RÉBS.

Chêne COMMUN. Qu&'cus rohur. L. Sp. 1414. Nouv. Duhani. 7,

Noms vulgaires : chêne rouvre^ chêne mdle, etc.

Le chêne est le roi de nos forêts. Il l'emporte sur tous les autres arbres indigènes par la beauté de son port , la grosseur de son tronc , la dureté et la solidité de son bois. Ses feuilles sont alternes , courtement pétiolées , obovales , sinueuses , glabres et lisses en dessus , blanchâtres et pubescentes en dessous. A la base de leur pétiole on trouve deux stipules linéaires très étroites. Les fleurs femelles , au nombre de trois à quatre, sont sessiles et latérales sur un pédoncule axillaire , long de trois à quatre lignes. Les chatons mâles , situés au dessous des fleurs femelles sont filiformes , pendans : les fleurs y sont écartées les unes des autres , composées d'une écaille caliciforme , arondie , irrégulièrement lobée , laineuse en dehors , portant à on centre de six à huit étamines. Les glands sont ovoïdes, présentant à leur sommet une petite pointe mousse et enveloppés dans leur tiers inférieur d'une cupule , formée de petites écailles imbriquées , très courtes et très serrées.

Le chêne croît communément dans les forêts. Il fleurit en mai : ses fruits sont mûrs en septembre.

Propriétés et usages, L'écorce du chêne est fort remarquable par son extrême astringence, due à l'acide gallique et au tannin • qu'elle renferme en grande quantité. Aussi l'a-t-on désignée comme une des substances indigènes avec lesquelles on pourrait , dans des cas urgens , remplacer le quinquina. C'est en effet un de nos meilleurs astringens. Quand on l'emploie à l'intérieur , on l'administre en poudre , à la dose de deux à six gros , dose que l'on répète plusieurs fois , lorsque l'on veut arrêter les accès d'une fièvre intermittente. En faisant bouillir deux à quatre gros d'écorce de chêne concassée dans une pinte ■eau , on prépare des lotions ^ avec lesquelles on lave les plaies u les ulcères atoniques , que l'on peut également saupoudrer vec celte écorce réduite en poudre très fine. On faisait autrefois un très grand usage en médecine des

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glands et des cupules de chêne torréfiés et pulvérisés. Cette poudre est araère et astringente ; elle s'administrait à la dose d'un demi-gros à un gros dans la diarrhée, le diabètes, l'atrophie mésentérique des enfans , les hémorrhagies passives , etc. On peut aussi en préparer une infusion , que l'on donne comme celle des graines de café. Les glands de chêne contiennent , d'après Laewig : huile grasse, 43 ; résine, 52 ; gomme, 64 ; tannin, 90 ; extraclif amer, 52; amidon, 385 ; ligneux, 319, sels de potasse et de chaux.

C'est avec l'écorce de chêne concassée , qui dans cet état porte le nom de tan , que l'on tanne les différentes espèces de cuir. D'après M. Braconnot , l'écorce de chêne contient ; tannin , acide gallique , sucre incristallisable , pectine , tannâtes de chaux , de magnésie , de potasse.

Plusieurs autres espèces de chêne méritent encore de fixer notre attention , par quelques uns de leurs produits. On peut dire de toutes en général qu'elles jouissent des mêmes propriétés , car leur écorce offre la même composition. Parmi les autres espèces , nous mentionnerons ici :

Le Chêne - liège , Quercus suber L. , qui croît dans les provinces méridionales et maritimes de la France , en Espagne,etc. j et dont la partie externe de l'écorce fournit la substance connue sous le nom de liège.

rj; Cette matière , remarquable par sa légèreté, est peu employée en médecine. Elle sert à fabriquer plusieurs instrumens de chirurgie , et particulièrement des pessaires. Chomel vante l'usage du liège réduit en charbon et incorporé dans de J'axonge , contre les hémorrhoïdes très douloureuses.

On avait pensé que l'écorce qu'on nous apporte d'Amérique sôus le nom à'alcornoque était celle du liège , parce qu'elle a quelque ressemblance avec celle qu'on récolte sur les jeunes branches du quercus suber L. Mais il est facile de reconnaître que ces deux écorces ne peuvent appartenir au même végétal. Selon M. Poudeux , qui a résidé dans le pays où l'on récolte l'alcornoque , elle provient d'un arbre de la famille des Guttifères , mais dont le genre et l'espèce ne sont point encore déterminés, D'autres ont cru que c'était celle d'un arbre de la

cupulifériIes.

famîlle des Légumineuses, que MM. deHumboldt et Kunth ont nommé Bowdichia virgiUoides ; quelques uns enfin l'attribuent au genre Alcornea de Swartz , uniquement à cause de la ressemblance des noms. L'opinion qui attribue cette écorce au Bowdichia virgilioides paraît être la plus probable. Cet arbre est en effet connu sous le nom vulgaire d'alcornoco dans les régions voisines de l'embouchure de l'Orénoque , où il croît naturellement.

Le Chêne a galles, Quercus infectoria. Ollivier, Voy. en Orient, 1. 14 et 15. Cette espèce n'est qu'un arbrisseau tortueux qui croît en Orient. C'est sur elle que l'on recueille les noix de galle , excroissances charnues , dures , arrondies , raboteuses , de la grosseur d'une cerise , que la piqûre d'un petit insecte , du genre cynips , fait développer sur les pétioles des feuilles; elles lui servent de demeure pour y déposer ses œufs. Les noix de galle les plus estimées viennent d'Alep. C'est une substance éminemment astringente, dont cinq cents parties contiennent , d'après l'analyse de M. H. Davy, 185 parties de matières solubles^ savoir : tannin , 130 parties • acide gallique, uni à un peu d'extractif, 31 parties ; mucilage et matière rendue insoluble par l'évaporation, 12 parties; carbonate de chaux et matière saline , 12 parties. En épuisant la noix de galle par l'éther, M. Pelouze en a extrait le tannin à l'état de pureté. Il est incolore , inodore et incristallisable , il a les propriétés des acides et se combine aux bases ; sa saveur est très astringente , sans amertume ; c'est un médicament énergique qui doit être rangé en première ligne parmi les astringens. On l'administre depuis la dose d'un ou deux grains jusqu'à un gros. Les noix de galle sont peu ou point employées à l'intérieur. Leur décoction sert à faire des lotions et des injections astringentes.

C'est sur le Quercus coccifera L. , espèce qu'on trouve dans les provinces méridionales de la France , où elle forme un buisson très commun sur le bord des chemins et dans les lieux stériles , que vit et qu'on récolte l'espèce de cochenille connue sous le nom de kermès végétal ou graine d'écarlate. Voyez la première partie de cet ouvrage , article Cochenille , p. 315. Dans l'Amérique du Nord on retire du Quercitron {Quercus

I^<* BOTANIQnH,

tinctoria Michaux ) , un principe colorant jaune , très usité dans les arts pour teindre la soie , cte.

Les glands de chêne, d'une saveur âpre et désagréable dans les chênes de nos climats , à cause de la grande quantité de tannin qu'ils contiennent , ont une saveur douce et agréable dans quelques espèces , et entre autres dans le Quercus balLota Desfont., qu'on trouve en Barbarie et en Espagne, où ses fruits sont mangés par les habitans.

NOISETIER. - CORYLUS. L. J.

Fleurs monoïques : les mâles en chatons alongés écailleux ; chaque fleur composée d'une écaille trilobée sur laquelle sont insérées huit à dix étamines ; les fleurs femelles , au nombre de six à huit, forment de petits groupes entourés d'écaillés imbriquées ; elles se composent d'un ovaire globuleux à deux loges , renfermant chacune un ovule renversé, et de deux stigmates filiformes saillans. Le fruit est un gland osseux , enveloppé dans une cupule foliacée , irrégulièrement lobée.

Noisetier commun, Corylus avellana. L. Sp. 1417.

Noms vulgaires : noisetier, coudrier, avelinier, etc.

Arbrisseau touffu, s'élevant à environ douze ou quinze pieds. Ses feuilles sont courtement pétiolées , cordiformes , arrondies , acuminées au sommet , et doublement dentées en scie , couvertes de poils rudes et courts ; à leur base on trouve deux petites stipules écailleuses, qui tombent de très bonne heure. Les fleurs sont monoïques j les mâles forment des chatons écailleux , cylindriques, longs d'un à deux pouces , composés d'écailles spathulées, aiguës , trilobées , sur lesquelles sont insérées environ huit étamines , un peu barbues au sommet : les fleurs femelles sont réunies au nombre de six à huit , dans des espèces de bourgeons conoïdes , écailleux ; les stigmates , qui sont d'un rouge pourpre , sont la seule partie saillante au dessus de ces écailles. Chaque fleur est immédiatement environnée d'un involucre raonophylle très court, irrégulièrement découpé ; elles se composent d'un ovaire globuleux couronné

CUPUUFÉRÉBS. f6l

par le limbe du calice , qui offre quelques petites dents irrégulières : il est à deux loges , renfermant chacune un ovule pendant ; deux stigmates très longs, linéaires, d'un rouge pourpre, partent de son sommet. Le fruit est un gland osseux , enveloppé dans une cupule foliacée plus longue que lui.

Le noisetier est commun dans nos forêts , où il forme des buissons très épais. Il fleurit en janvier, février et mars. Ses fruits sont mûrs à la fin de juillet et en août.

Propriétés et usages. L'amande , ou graine , renfermée dans le péricarpe osseux , est la seule partie dont on fasse usage. Elle est douce , agréable , nourrissante , et contient environ la moitié de son poids d'une huile fixe et grasse. On peut en faire des émulsions adoucissantes.

2" Cupule péricarpoïde.

CHATAIGNIER. - CASTANEA. Tournef.

Fleurs monoïques : les mâles , en longs chatons , se composent d'un involucre calicinal campanulé, à six divisions , contenant douze à quinze étamines ; les femelles , réunies au nombre de trois à cinq dans un involucre écailleux et épineux , qui les cache jusqu'à leur sommet, sont situées à la base des chatons mâles ou à l'aisselle des feuilles supérieures : l'ovaire est rétréci à son sommet, couronné par les cinq petites dents du limbe calicinal ; il offre de trois à sept loges , qui contiennent chacune deux ovules , et se termine par autant de stigmates subulés , raides , qu'il offre de loges. Les glands sont renfermés dans l'involucre épineux qui les recouvre en totalité , et semble former le péricarpe.

Châtaignier commun. Castanea vulgaris. Lamarck. Dict. p. 708. Fagus castanea. L. Sp. 1416.

Le châtaignier est un arbre dont le tronc peut acquérir des dimensions très considérables. Ses feuilles sont lancéolées , aiguës, glabres et luisantes en dessous, bordées de dents très profondes : elles sont portées sur des pétioles assez courts -, ces feuilles , larges d'environ deux pouces , atteignent quelquefois 3* ill

102 BOTANIQOE.

une longuerr cle dix à douze pouces. Les chatons mâles sont fort longs , < ressés j ils naissent dans l'aisselle des feuilles supérieures, f t présentent souvent dans leur partie inférieure plusieurs flyars femelles : celles-ci, qui sont réunies trois à quatre enscn ble dans un involucre commun pyramidal, hérissé d'écaillés raides, présentent quelquefois plusieurs étamines avortées et rudimentaires , insérées au limbe de leur calice. Chaque ovaire offre de quatre à sept loges , renfermant chacune deux ovules insérés vers la partie moyenne de l'angle rentrant ; tandis que le fruit , à l'époque de sa maturité , n'offre jamais qu'une ou deux graines , toutes les autres ayant avorté. L'involucre , ou cupule épineuse qui enveloppe les fruits , se rompt irrégulièrement lors de la maturité des fruits; il simule un péricarpe dont les véritables fruits seraient les graines.

Le châtaignier est très commun dans nos forêts ; il fleurit en juin et juillet ; ses fruits sont murs en octobre.

Propriélés et usages. Les fruits du châtaignier, dépouillés de leur cupule épineuse , sont désignés sous les noms de châtaignes ou marrons. Ils sont très farineux ; quand ils sont cuits , leur saveur est légèrement sucrée et agréable. Ils se composent d'une très grande quantité de fécule , de gluten , qui a la plus grande analogie avec celui qu'on retire de la farine des Graminées , et d'un principe sucré. C'est un aliment sain dont on fait un grand usage dans plusieurs provinces de la France , telles que le Limousin , le Périgord , l'ile de Corse , etc.

HÊTRE. — FAGUS. Tournef.

Ce genre diffère du précédent par ses fleurs mâles en chatons globuleux , par sa cupule péricarpoïde , qui s'ouvre naturellement en quatre segmens , et ne contient que deux fruits.

HÊTRE DES FORÊTS. Fagus sylvutica. L. Sp. 1416. Nouv.

Duham. 2 , t. 24.

Noms vulgaires : foyard , fuyard yfaUy etc.

Grand et bel arbre dont les feuilles sont ovales , aiguës, un

CtTPHLIFKRéES. l6$^

peit plissées , vertes et luisantes à leur face supérieure , pubes-

centes inférieurement ; accompagnées à la base de leur pétiole, qui est court , de deux petites stipules écailleuses caduques. Les fleurs mâles forment des chatons ovoïdes alongés , d'un pouce de longueur, pédonculés et pendans; chaque fleur se compose d'une écaille caliciforme à six lobes , sur laquelle sont insérées environ huit étamines : les fleurs femelles sont situées à l'aisselle des feuilles supérieures ; elles sont réunies deux ensemble dans un involucre ou cupule épineuse , fendue en quatre parties supérieurement, et qui , à l'époque de la maturité , s'ouvre en quatre segmens, comme les valves d'un péricarpe. Le hêtre est un des plus beaux arbres de nos forêts. Il acquiert quelquefois une hauteur et un diamètre fort considérables. Il se plaît particulièrement dans les terrains secs et rocailleux , sur le penchant des collines. Il fleurit en mai , et fructifie en septembre.

Propriétés et usages. Ses fruits , qui sont triangulaires , de la grosseur d'une petite aveline , sont désignés sous le nom de faînes. L'amande qu'ils renferment est douce et agréable. Elle fournit par expression une huile grasse , fort avantageuse à cause de la facilité avec laquelle on peut la conserver plusieurs années sans rancir. Elle contient très peu de stéarine et se fige très difficilement. On l'emploie comme assaisonnement dans beaucoup de provinces de la France.

Propriétés médicales et usages des Cupuliférées ,

Cette famille est très naturelle sous le rapport des caractères botaniques des végétaux qui la composent. Aussi remarquerons-nous une grande analogie dans les propriétés médicales des plantes qui appartiennent à ce groupe. Ainsi, dans toutes, l'écorce est douée d'une amertume et surtout d'une astringence extrcime, c'est ce que l'on observe particulièrement dans les diverses espèces de chêne , oit ces propriétés jouissent de la plus grande énergie. Ces écorces sont employées pour le tannage des cuirs. Les fruits présentent une uniformité qui n'est pas moins frappante: les châtaignes , les faines, les avelines sont farineuses , d'une saveur douce et agréable , et plusieurs

l64 BOTANIQDH,

contiennent presque la moitié de leur poids d'une huile grasse , fort employée dans l'économie domestique et les arts. Il semblerait au premier coup d'œil que les fruits ou glands des chênes fissent une exception à celte analogie ; en effet , dans un grand nombre d'espèces, ces fruits sont âpres, amers et fort désagréables 5 mais plusieurs espèces servent à ramener le genre chêne à la règle de l'analogie et de l'uniformité des propriétés; car leurs fruits sont doux et aussi bons à manger que ceux des autres arbres de cette famille , comme on le remarque , par exemple, pour les glands du chêne-liège, du chêne-ilex, du ballota , et de quelques autres espèces.

La famille des Cupulifères ne contient point de végétaux vér néneux.

COtMF£Il££S.

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