VINGT-QUATRIÈME FAMILLE
CONIFÉRÉES. — CONIFERjE (t).
Celte famille doit être comptée parmi celles dont tous les genres offrent une analogie, une ressemblance frappante, non seulement dans leurs caractères extérieurs et leur port, mais encore dans la structure des parties qui composent leurs fleurs et leurs fruits. Son nom est tiré de la forme du fruit, qui est un cône dans la plupart des genres. Les fleurs sont unîsexuées, monoïques ou dioïquesj les mâles sont ordinairement disposées en chatons. Les étamines, dont le nombre varie , sont tantôt sessiles, tantôt portées sur des filets distincts ou soudés j elles sont placées à la base ou à la face inférieure des écailles, qui forment les chatons. Les anthères sont uniloculaires : les fleurs femelles forment ordinairement des chatons ovoïdes ou globuleux, dont les écailles sont grandes et imbriquées^ dans l'aisselle de chacune de ces écailles, on trouve une, deux ou plusieurs fleurs femelles : d'autres fois ces fleurs sont réunies dans une sorte d'involucre qui devient charnu, comme dans l'if, le genévrier, etc. Les fleurs se composent d'un ovaire conique, quelquefois à demi adhérent, qui se change en un akène
(I) Consultez pour cette famille le beau travail de mon père sur les Conifères et leg Cycadées. Paris, 182G, in-folio ayec 29 planches. Chez Renouard, rue de Tournon.
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ovoïde ou anguleux, ou en une samare surmontée d'une aile plus ou moins grande. L'amande est formée par un endosperme cliarnu, quelquefois oléagineux, renfermant un embryon à deux ou à un grand nombre de cotylédons, dont la radicule est intimement soudée avec l'endosperme, ce qui avait engagé mon père à créer pour cette famille et celle des Cycadées, qui doit en être rapprochée, le nom de Synorhizes.
Les Conifères sont en général des arbres d'une haute stature; plus rarement ce sont des arbrisseaux ou des arbustes. Leurs feuilles sont généralement étroites et subulées , tantôt solitaires, tantôt géminées ou en faisceaux. Les feuilles, qui presque toujours sont persistantes, leur ont fait donner le nom A^arbres verts. Il suinte de toutes les parties de ces végétaux des résines de différente nature, qui leur donnent une odeur aromatique et térébinlhacée.
PREMIÈRE SECTION
ABIËTINËES OU CONIFÈRES VRAIES. Fruits en cône ècailleux ; fleurs
femelles renversées.
PIN. — PINVS. Juss. Rich. Conif. t. 11-12.
Fleurs monoïques; les mâles en chatons ècailleux, ovoïdes , Fameux, dont les écailles portent deux anthères appliquées sur toute leur face inférieure ; les femelles également en chatons ècailleux, simples, dont les écailles portent à leur base interne deux fleurs femelles renversées : le fruit est un cône formé d'écaillés imbriquées, épaisses, anguleuses et ombiliquées au sommet.
Les feuilles sont subulées, et sortent plusieurs ensemble d'une même gaine.
Pin pignon. Pinus pinea. L. Sp. 1419. Duham. éd. 2, t. 73. Noms vulgaires : pin 'pinier, pin de pierre, pin cultivé, pin d'Italie. Cette belle espèce est facile à reconnaître par son poi t et la forme générale qu'elle affecte. Lorsqu'elle est parvenue à un
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certain âge, elle présente la forme d'un vaste parasol; c'est à dire que son Ironc est simple, divisé à sa partie supérieure en un grand nombre de branches, qui constituent une belle téle bombée : ses feuilles sont géminées dans la môn^e gaîne, subulées, étroites, longues de cinq à six pouces. Les chatons de fleurs mAles sont réunis plusieurs ensemble, et forment une espèce de grappe dressée, d'une couleur jaune de soufre ; ils sont situés vers la partie supérieure des ramifications de la tige. Les chatons femelles, placés au dessous des précédens, sont ordinairement réunis deux ou trois ensemble. A l'époque de leur maturité, ils constituent des cônes ovoïdes, obtus, de la grosseur des deux poings. Leurs écailles, très rapprochées les unes des autres, anguleuses et fort renflées à le ir sommet , donnent attache, à leur base interne, à deux fruits ovoïdes, durs, surmontés d'une aile membraneuse qui s'en détache de bonne heure. Ils sont noirâtres extérieurement, et renferment une graine ou amande blanche et chai'nue. Ces fruits ne sont bien mûrs que deux années après que les fleurs femelles , auxquelles ils ont succédé, ont été fécondées. L'extrémité cotylédonaire de l'embryon renfermé dans ces graines est le plus ordinairement partagée en dix cotylédons.
Le pin pignon croît dans les provinces méridionales et maritimes de la France. Il est extrêmement commun dans l'Italie méridionale, et c'est lui qui donne un aspect tout particulier à la végétation des magnifiques villa des environs de Rome.
Proprié/és et usages. Ce sont les fruits de cet arbre qui sont connus et désignés sous le nom de pignons doux. L'amande qu'ils renferment sous leur péricarpe, qui est dur, osseux et noirâtre, est charnue, d'un goût agréable , ass»;z analogue à celui de la noisette, mais avec une légère saveu de térébcTi- Ihine. Fréquemment employées autrefois par les nédecins, on en fait peu usage aujourd'hui. Cependant elles p< ivent servir l faire dos émulsions qui sont adoucissantes, et qui jouissent des mêmes propriétés que celles que l'on prépare avec les amandes douces. Dans les provinces méridionales de la France, et surtout en Italie, on en fait une grande consommation. En effet, elles sont assez nourrissantes, et les enfans les recherchent
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avec avidité. Les confiseurs préparent avec elles des dragées et des pralines qui sont fort agréables.
Cet arbre fournit, comme le suivant, différentes substances résineuses dont nous parlerons en traitant du pin maritime.
Pin maritime. Pinus maritima. Lamarck, Fl. fr. 2, p. 210. Nom vulgaire : pin de Bordeaux.
Son tronc est élevé, rameux ; ses rameaux sont étalés, recouverts, quand ils sont jeunes, d'une écorce lisse, d'un gris rougeâtre : ses feuilles sortent par paires d'une même gaîne ; elles sont lisses, d'une couleur verte foncée, longues de cinq à six pouces ; elles offrent à leur base une écaille dont le sommet est réfléchi. Les cônes sont ovoïdes, alongés et comme pyramidaux, portés sur des pédoncules courts, souvent opposés deux à deux. Le sommet des écailles, qui est renflé, se termine par une sorte de pointe ou de crochet, plus ou moins alongée. Les amandes renfermées entre les écailles sont moins grosses , moins dures que dans l'espèce précédente. Leur saveur est loin d'être aussi douce. Elles ont un goût lérébinthacé fort désagréable.
Le pin maritime croît en abondance dans les provinces méridionales de la France. Il est commun sur les bords de la Méditerranée. On le trouve également dans les Pyrénées et les landes des environs de Bayonne et de Bordeaux.
Propriétés et usages. C'est cette espèce, ainsi que le pin sau- Tage [pinus sylvestris L. ), qui est si commun dans toutes les parties montueuses de la France, et qui se distingue par ses feuilles géminées d'un vert glauque, et par ses cônes pendans, qui produisent les matières résineuses connues sous les noms de térébenthine de Bordeaux, d'huile de térébenthine, de colophone, goudron, etc., si utilement employées dans la médecine, les arts et les constructions navales. Nous allons en peu de mots faire connaître chacune de ces substances.
1° La TÉRÉBENTHINE DE PIN, OU de Bordeaux. Elle s'obtient en pratiquant à la base du tronc des arbres forts et vigoureux de larges entailles qui n'enlèvent qu'une partie de l'écorce. La matière résineuse est reçue dans des vases ou des trous prati-
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qués au pied de l'arbre que l'on a entaillé. Suivant Unverdorben , la térébenthine de Bordeaux ne contient que 12 p. 0/0 d'huile volatile j elle ne renferme pas d'abiétine. La térébenthine est liquide, épaisse, visqueuse, d'une couleur jaune claire. Sa saveur est âcre et araère, son odeur est forte et pénétrante. On emploie peu la térébenthine à l'intérieur, quoiqu'elle ait été vantée par plusieurs médecins comme un remède efficace contre la phthisie pulmonaire. C'est surtout la térébenthine du mélèze, ou térébenthine de Venise, qu'on emploie à l'intérieur. Celle du pin et du sapin sont surtout usitées dans les arts. La première sert à la préparation d^un grand nombre de médicamens externes, tels que des baumes, des onguens, des emplâtres, etc.
La térébenthine est un médicament essentiellement stimulant, dont on fait assez souvent usage dans les catarrhes chroniques. C'est ainsi qu'on l'emploie fréquemment et avec assez de succès dans les catarrhes pulmonaires, les gonorrhées et les diarrhées chroniques, lorsque tous les symptômes de l'irritation locale ont entièrement cessé.
2° La térébenthine que l'on laisse se sécher sur les entailles faites aux pins se recueille en hiver, et porte dans le commerce le nom de galipot ou résine de pin. On purifie cette substance en la liquéfiant par la chaleur, et en la faisant passer à travers un lit de paille. Elle porte alors les noms de poix de Bourgogne, de poix blanche ou poix jaune. Appliquée sur la peau, la poix de Bourgogne y détermine une légère rubéfaction. On l'a quelquefois employée avec avantage dans certaines douleurs rhumatismales. Elle sert également à préparer plusieurs emplâtres. Cependant la véritable poix blanche ou poix de Bougogne est retirée de Vabies excelsa.
La térébenthine dépose quelquefois spontanément, d'autres fois par l'addition de l'acide hydrochlorique gazeux, une substance blanche cristalline, connue sous le nom de camphre de la térébenthine.
3» L'huile ou essence de térébenthine est le produit de la distillation (le la térébenthine, qui en contient environ le quart de son poids. Elle est très limpide, Huide, d'une odeur et d'une
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saveur analogues à celles de la térébenthine, mais plus fortes et plus pénétrantes. Aussi agit-elle avec plus d'énergie et de promptitude que cette substance. Plusieurs praticiens l'ont administrée avec un grand succès contre le tœnia ou ver solitaire. Pour produire d'heureux résultats, elle doit être donnée à des doses très considérables, telles qu'une, deux, et môme trois onces. Elle occasionne alors de légères coliques et des déjections alvines extrêmement copieuses, qui entraînent avec elles l'animal qu'on avait eu l'intention d'expulser. M. Kennedy a récemment publié plusieurs observations qui confirment son efficacité comme vermifuge. Ce médicament n'élant pas décomposé par l'estomac, passe avec toutes ses propriétés dans le canal digestif, et fait infailliblement périr les vers qui s'y trouvent rassemblés. Il est utile d'aider l'action de l'essence de térébenthine par l'administration d'un purgatif, tel que le mercure doux, la résine de jalap, et surtout l'huile de tiglium.
L'huile essentielle de térébenthine s'administre en suspension dans un véhicule aromatique et sucré. C'est un médicament extrêmement désagréable, et plusieurs personnes ne peuvent le supporter. On peut alors l'administrer en lavement. Il réussit aussi très bien de cette manière. (Voyez Arch. gèn. de Méd., 3, p. 608.)
M. le docteur Pommer [Journ. Hujland. Mai 1825) a aussi constaté les bons effets de l'huile de térébenthine contre le tœnia. Ce médicament , vanté naguère par les Anglais, fut employé il y a plus de cinquante ans par les médecins suédois, et plus récemment par le professeur Osann. M. le docteur Pommer assure qu'il en a éprouvé l'efficacité dans une foule de cas où tous les autres anthelmintiques avaient échoué, sans qu'il ait jamais observé d'effets fâcheux ou de récidive chez les individus auxquels il avait administré ce médicament. Il le donnait à la dose d'une à deux onces divisées par cuillerées à bouche de demi-heure en demi-heure, (y oyez Arch. gcnér. de méd., lom. 9, p. 427.)
On a, dans ces derniers temps , vanté les effets de l'essence de térébenthine, à la dose d'un à deux gros, dans une des maladies les plus redoutables qui afiligcnl l'espèce humaine, dans
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l'épi lepsie. C'est surtout en Angleterre que l'on en fait plus spécialement usage dans cette circonstance.
Enfin on a eu souvent occasion de se louer de ce médicament administré à la dose d'un à deux gros, dans la névralgie sciatique, le tic douloureux de la face, et elle a produit la guérison dans des cas où tous les autres moyens avaient été employés sans succès. M. le docteur Martinet a publié en 1823 un excellent mémoire dans lequel il rapporte un très grand nombre d'observations où ce médicament a pleinement réussi. M. Martinet recommande l'emploi de plusieurs préparations. Ainsi on peut faire un électuaire en prenant deux gros d'essence de térébenthine et quatre onces de miel rosat. On donne trois cuillerées à bouche de ce mélange tous les jours. On peut aussi faire un looch de la manière suivante ;
Jaune d'œuf n° j.
Essence de térébenthine. . . 5 iij.
Sirop de menthe | ij.
— de fleurs d'oranger. . .) ^ .
- d'éther j ^«^J-
Teinture de Castoréum 1 1?.
On prend par jour trois cuillerées à bouche de ce looch.
On peut consulter encore les observations rapportées dans les Archives générales de médecine, 4, p. 400 5 22, p. 403, etc.
Enfin on lit dans le London nied. and physical Journal, décembre 1822, une observation du docteur Hutchinson , dans laquelle un individu atteint de tétanos, survenu à la suite d'attacjues d'épilepsie, a été guéri par l'usage de l'huile de térébenthine donnée à la dose d'une demi-once jtrise de demi-heure en demi-heure dans une tasse d'eau de gruau. (Voyez Archives générales de médecine, 1, p. 27G.)
4" La coLOPHONE ou colophane [colophonia) est le résidu de la distillation de la térébenthine. Elle porte encore les noms à'arcanson et de brai sec. Héduite <în poudre, on l'emploie au pansement des plaies, à la suite des opérations de chirurgie. On en charge les bourdonnets de charpie avec lesquels on recouvre la plaie. Elle détermine un resserrement des vaisseaux
capillaires et arrête l'effusion du sang qui a lieu par les petits vaisseaux.
6° Enfin la poix noire (pix nigra) et le goudron {picea) se préparent par la combustion du tronc et des branches des différentes espèces de pin et de sapin. La première est plus pure que le second. Ils sont l'un et l'autre d'un grand usage dans les arts, et surtout dans la marine. On emploie le goudron pour préserver les cordages et les bâlimens de l'action que l'eau exercerait sur eux sans cette précaution.
L'eau de goudron {aqua picea) se prépare en faisant macérer pendant plusieurs jours quatre onces de goudron dans quatre livres d'eau de fontaine,- on agite le mélange de temps en temps, puis on décante la liqueur. Cette eau, qui contient un peu d'huile volatile, d'huile empyreumatique et d'acide acétique, est d'une couleur fauve, d'une saveur âcre et résineuse, et d'une odeur forte. Elle est excitante, et s'emploie particulièrement dans les affections cutanées chroniques. Quelques auteurs l'ont préconisée contre la phthisie , l'asthme , le scorbut, etc. Sa dose est d'environ une livre coupée avec du lait ou une tisane analogue. Dans ces derniers temps , on l'a aussi beaucoup recommandée dans les catarrhes chroniques de la vessie.
SAPIN. — ABIES. Tournef. Rich. Conif., t. 15.
Ce genre, fort rapproché du précédent, s'en distingue particulièrement par ses chatons mâles axillaires simples et par les écailles de ses cônes, qui sont planes, minces, et non renflées à leur sommet. Le port de ces deux genres est également fort différent : les sapins ont en général une forme pyramidale 3 leurs rameaux sont étalés horizontalement, tandis que fréquemment les pins forment une tête plus ou moins touffue.
Sapin commun. Abies pectinata. DC. Fl. fr. 3, p. 276. Pinus
picea. L. Sp. 1420.
Noms vulgaires : sapin, sapin argenté. Troduit : térébenthine de
Strasbourg.
Cet arbre acquiert une hauteur de plus de cent pieds. Son
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tronc est nu dans sa partie inférieure, terminé supérieurement par une tête pyramidale, formée de rameaux étalés et même pendans. Ses feuilles sont linéaires, étroites, planes, d'un vert glauque à leur face inférieure, disposées sur deux rangées latérales. Les cônes^ qui sont cylindriques, très alongés , sont dressés. Leurs écailles sont terminées par une longue pointe sétacée.
Le sapin croît naturellement en Europe dans presque toutes les chaînes de montagnes. Il est extrêmement commun en Auvergne, dans les Vosges, etc. Il se plaît de préférence dans les lieux pierreux, froids et découverts.
Propriétés et usages. On retire du sapin les mêmes substances résineuses que des pins maritime et sauvage. Ainsi il fournit une térébenthine connue sous le nom vulgaire de térébenthine de Strasbourg, Soumise à la distillation , on en retire également de l'essence de térébenthine et de la colophone , qui jouissent absolument des mêmes propriétés que celles qu'on obtient des pins. Elle est composée, suivant l'analyse de Caillot, d'huile volatile, 335 ^ d'acide succinique et matière extractive, 0,85; d'acides pinique et sylvique, 46,39; de résine indifférente, 6,20; d'abiétine, 10,85 ; perte, 221.
On fait assez souvent usage en médecine des bourgeons de sapin , que l'on fait macérer dans du vin ou de la bière. On a vanté leur efficacité dans les affections scorbutiques.
C'est d'une autre espèce de ce genre, originaire de l'Amérique septentrionale, que l'on retire la térébenthine du Canada vulgairement désignée sous le nom de baume du Canada ou faux baume de Giléad.
MÉLÈZE. - LARIX. Tournef. Rich. Conif., t. 15.
Ce genre, d'abord réuni au pin, puis au sapin, diffère de ces «ieux genres par ses cônes latéraux et non terminaux, et par
se T"'' ^'^'^"^"^ particulier des pins par
ses chatons mâles, simples et non réunis en grappes , par les
st s £ P^^"^^ P^^-"^-^ 1- écailles de
MÉLÈZE ORDINAIRE. Larix eiiropœa. DC. Fl. fr. 3 , p. 277. Pinuslarix. L. Sp. 1420. Abies larix. Lam. 111., t. 785., f. 2. Rich. Conif., t. 13.
Produits : térébenthine de Venise , manne de Briançon.
Le mélèze est un grand arbre , dont le tronc droit et cylindrique peut atteindre jusqu'à soixante-dix à quatre-vingts pieds d'élévation. Son bois est rouge et compacte. Ses feuilles sortent par faisceaux de bourgeons écailleux et globuleux^ elles deviennent alternes par l'alongement du jeune rameau renfermé dans chaque bourgeon ; elles sont linéaires , pointues, assez molles , et tombent de bonne heure (caractère remarquable qui ne s'observe parmi les Conifères que dans ce seul genre). Les chatons mâles sont à peu près globuleux , simples , environnés à leur base d'écaillés imbriquées, ciliées sur leurs bords ; ils sont composés d'un très grand nombre d'étamines biloculaires que l'on peut considérer comme autant de fleurs mâles, formées de deux anthères uniloculaires. Les chatons femelles sont ovoïdes, entourés de jeunes feuilles; ils se composent d'écaillés imbriquées d'un rouge pourpre , offrant une longue pointe. Ses cônes sont latéraux , ovoïdes alongés, formés d'écaillés arrondies , très obtuses.
Le mélèze croît dans les parties élevées des Alpes , auprès des glaciers. On le cultive dans les jardins d'ornement.
Propriétés et usages. Le bois du mélèze , surtout celui des vieux troncs , est rougeâtre et veiné. Quoique léger, il est extrêmement durable , aussi l'emploie-t-on avec avantage à la construction des édifices. L'écorce des jeunes branches est astringente , et l'on s'en sert pour le tannage des cuirs dans certaines parties des Alpes.
C'est de l'écorce du mélèze que suinte la résine liquide connue sous le nom de térébenthine de Venise ou de Briancon. Pour faciliter cet écoulèment, on pratique au tronc des trous et des entailles plus ou moins profondes , surtout dans la partie inférieure. Elle est liquide , assez limpide quand elle est bien pure, d'une odeur forte et peu agréable , d'une saveur amère , âcre et très chaude. On la recueille principalement dans les
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Alpes , aux environs de Briançon. Elle jouit des mêmes propriétés que les autres espèces de térébenthine et s'emploie aux mêmes usages. Mais c'est de cette espèce que l'on se sert particulièrement pour l'usage interne. Voyez à l'article Pin maritime^ où nous avons indiqué les propriétés de la térébenthine en général. La térébenthine de Venise contient , suivant Unserdorben , de 18 à 25 p. 100 d'huile volatile.
Le mélèze fournit^ encore un autre produit, connu sous le nom vulgaire de manne de Briançon. C'est une matière blanchâtre, d'une saveur fade et sucrée, qui exsude de ses feuilles, et surtout de ses jeunes rameaux, pendant les jours secs et chauds de l'été. Elle constitue des petits grains blanchâtres que l'on recueille et qu'on réunit en masse. Elle est purgative , mais fort peu employée.
Le mélèze donne aussi la gomme d'Orenbourg , qui vient des forêts de l'Oural. Pallas prétend que c'est après les vastes inS cendies qui dévorent parfois des forêts entières , que par l'effet de la chaleur on voit suinter des tronçons des mélèzes cette matière gommeuse. Elle est assez analogue à la gomme arabique , translucide , rougeâtre , et sert aux habitans de colle et d'aliment.