‹ Élémens d'histoire naturelle médicale (volume 3)Chapitre 49 sur 187 · DEUXIÈME SECTION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME SECTION

CUPRESS1NËE8. Fruit, un cône globuleux , fleurs femelles dressées.

GENÉVRIER. - JUNIPERVS. L. Rich. Conif., t. 5, 6.

Les fleurs sont monoïques ou dioïques ; les fleurs mâles forment de petits chatons ovoïdes, dont les écailles en forme de clou portent à leur face inférieure des anthères globuleuses sessiles ; les fleurs femelles sont réunies au nombre de trois dans une espèce d'involucre charnu , globuleux , tridenté à son sommet. Le fruit est globuleux, charnu (c'est l'involucre qui s est accru ) ^ renfermant trois petits noyaux triangulaires qui sont les véritables fruits.

Genévrier commun. Juniperus communis. L. Sp. 1470. Blackw.,

Arbrisseau ordinairement dressé, rarement étalé et couché, rameux , diffus , pouvant acquérir une hauteur de douze à quinze pieds. Ses feuilles sont verticillées , ternées , linéaires, très aiguës , piquantes , longues de six à huit lignes, glauques à leur face inférieure.

Les fleurs sont dioïques , disposées en petits chatons axillaires et solitaires ; les fruits sont charnus , noirs, de la grosseur d'un pois , renfermant dans leur intérieur deux ou trois petits osselets triangulaires.

Le genévrier croit sur les coteaux pierreux et stériles.

Propriétés et usages. Les fruits du genévrier, connus sous le nom de baies de genièvre, ont une saveur amère, chaude et térébinthacée. C'est la seule partie de cet arbrisseau dont on fasse usage en médecine. On les emploie comme toniques et stimulans. Quand l'estomac est dans un état de débilité qui en ralentit les fonctions ; quand la sécrétion de l'urine , la menstruation , sont diminuées ou supprimées à cause de l'état de faiblesse des reins , de la vessie et de l'utérus , les baies de genièvre peuvent être avantageusement employées comme stomachiques , diurétiques ou emménagogues.

On prépare avec ces fruits une infusion aqueuse ou vineuse , après en avoir concassé une demi-once, que l'on met dans une livre de liquide. Uexirait est une préparation fort énergique , dont la dose est d'un scrupule à un demi-gros.

Ils contiennent de l'huile essentielle, de la cire, de la résine, une matière extractive , du sucre , de la gomme ; des sels de chaux et de potasse. Aussi , dans certains pays du nord de l'Europe , on distille les baies de genièvre avec de l'eau-de-vie , qui prend une saveur et une odeur aromatiques très fortes. Cette liqueur porte le nom d'eau-de-vie de genièvre.

Genévrier sxbitse. Juniperus sabina. L. Sp. 1472, Bull., t. 139. Nom vulgaire : sabine. Partie usitde : les rameaux.

Cet arbrisseau s'élève , comme le précédent , à une hauteur

CONIFÉRÉES. 1^7

(le douze à quinze pieds. Ses feuilles sont extrêmement petites, squammiformes , dressées , rapprochées , imbriquées sur la tige , opposées , ovales , aiguës, non épineuses. Les fleurs sont dioïques. Les chatons sont portés sur de petits pédoncules recourbés et écailleux- Les fruits sont pisiformes , un peu ovoiides , charnus , d'un bleu noirâtre ; ils ne renferment qu'un ou deux petits noyaux.

Ce genévrier n'est pas rare dans les endroits secs et pierreux des provinces méridionales de la France.

Propriétés et usages. Les feuilles de la sabine ont une saveur âcre et amère , une odeur forte , aromatique et térébinlhacée 3 elles contiennent beaucoup de résine et d'huile volatile. On les administre ordinairement en poudre. Elles agissent avec une extrême énergie , et déterminent , lorsque la dose en est un peu élevée , tous les symptômes des médicamens irritans, c'est à dire une ardeur incommode dans l'estomac , des coliques violentes , des déjections alvines mélangées de sang , l'accélération du pouls, l'augmentation de la chaleur animale , etc. Quelques auteurs recommandent l'usage de la sabine pour combattre les vers qui s'amassent dans le canal intestinal. Mais c'est particulièrement comme exerçant une action stimulante spéciale sur l'utérus que la sabine a joui d'une plus grande réputation. Donnée à la dose de deux à six grains , elle active et favorise le travail de la menstruation. Mais administrée à des doses plus fortes, elle occasionne des accidens extrêmement graves, tels que l'inflammation et l'ulcération des intestins , l'inflammation de l'utérus , et par suite l'avortement et l'expulsion du produit de la conception.

On ne doit donc administrer ce remède qu'avec les plus grandes précautions, et à des doses qui permettent de n'en pas craindre les redoutables effets.

Genévrier de Lycie. Juniperus lycin. L. Cette espèce croît en Barbarie et dans les provinces méridionales de l'Europe. Linné , Èroussonet , et un grand nombre d'autres auteurs , pensent que l'oliban ou l'encens, que l'on employait dès la plus haute antiquité pour briller dans les temples et les églises, découle de cet arbrisseau. Cependant ce fait n'est pas tout à fait 3,

17^ BOTANTQCE.

hors de doute , el plusieurs naturalistes pensent , avec plus de fondement peut-être , que l'encens est produit par une espèce du genre Aniyris, de la famille des Térébintliacées. D'un autre côté, il paraît certain, d'après les recherches du docteurWallich, que l'encens qui vient de l'Inde est produit par un arbre de la famille des Térébinlhacées qu'il a nommé boswdia serrata. Nous en donnerons la description à sa famille.

L'encens d'Afrique ou d'Arabie est en larmes plus ou moins volumineuses, jaunâires, inégalement ovoïdes, opaques, fragiles et à cassure analogue à celle de la cire. Elles se ramollissent facilement sous la dent , et offrent une saveur aromatique assez agréable ; leur odeur est celle de la résine de pin. A ces lar-mes se trouvent mélangées des masses plus volumineuses , rougeâtres et comme marbrées , d'une odeur et d'une saveur plus marquées que celles de la forme précédente.

L'encens est peu employé en médecine. Cependant il entre encore dans quelques vieilles formules comme la thériaque, le baume de Fioraventi et plusieurs emplâtres.

C'est une autre espèce de ce genre, le Juniperus oxycedrus L. , qu'on trouve communément dans les provinces méridionales de l'Europe, qui fournit par la distillation de son bois l'huile empyreuœatique connue sous le nom d'huile de cade. C'est un liquide oléagineux ^ brunâtre , d'une odeur forte analogue à celle du goudron, et d'une saveur âcre. On l'emploie quelquefois eh friction sur l'abdomen comme vermifuge. Elle est surtout usitée dans la médecine vétérinaire.

La matière résineuse connue soùs le nom de Sanâaraque est produite par un arbre de cette tribu , le calUiris quadrivalvis Rich. Conif., p. 141, t. 8 et 18, ou thuya drticulala Desf., qui croit en Barbarie. Cette résine est sous la forme de larmes inégales, ovoïdes, blanchâtres, fragiles, brillantes, d'une odeur faible, d'une saveur résineuse. Elle entre dans la composition de plusieurs vernis. Piéduite en poudre, on l'applique sur le papier dont on a gratté la surface , afin de suppléer à la colle qu'on a enlevée.

coNiFÉaiES. 179

TROISIÈME SECtlOP(.

TAXINÉES. Fruit simple, fleurs femelles soHlâires.

IF. — TAXUS. L. Juss. Rich. Conif. t. 2.

Fleurs dioïques; les mâles en chatons très petits, solitaires à' l'aisselle des feuilles supérieures, enveloppés inférieurement (ï'écaifles imbriquées, composés de six à quatorze fleurs formées d'une écaille discoïde, peltée, portant sous ce disque trois à huit anthères membraneuses, également attachées au pivOt central. Les flsurs femelles sont terminales, solitaires, étroitement embrassées par des écailles imbriquées ; leur calice est resserré à sa partie supérieure en un petit col très court. L'ovaire paraît dépourvu de style et de stigmate.

L'écaille la plus intérieure de l'involucre prend un grand accroissement, devient épaisse, charnue, et forme une sorte de cupule monophylle qui enveloppe le fruit de toutes part,.

If commun. Taxus baccata. L. Sp. Rich. Conif. t 2.

Arbre de moyenne taille, très rameux, portant des feuilles éparses, presque sessiles, linéaires, planes et aiguës, dirigées des deux côlés des rameaux et tendant à s'étaler dans le môme plan. Les fleurs sont dioïques; les cbalons mâles fort petits, solitaires et sessiles à l'aisselle des feuilles supérieures. Ils sont ovoïdes, environnés à leur base d'écaillés obtuses et imbriquées. Chaque chaton, lorsqu'on enlève les écailles inférieures, est tout à fait globuleux et courtement pédortculé. Il se compose de six à quatorze petits corps discoïdes , jaunâtres , dont chacun est une fleur mâle. Les chatons femelles sont également solitaires, un peu plus petits et plus alongés que les mâles. Ils sont également formés à leur partie inférieure d'écaiiles imbriquées qui embrassent étroitement une seule fleur terminale. La plus intérieure de ces écailles est monophylle, et en forme de godet; après la fécondation, elle prend un accroissement considérable,-

l8o BOTANIQUE.

s'alonge, devient épaisse, charnue, d'une belle couleur rouge de cerise, et enveloppe le fruit sans y adhérer par aucun point de sa surface interne, si ce n'est par sa base. L'if croit dans les pays montueux. Il est commun dans le Jura, en Savoie, etc. Il aime mieux les lieux froids et ombragés. Il fleurit à Paris en mars et en avril. Ses fruits sont mûrs en septembre.

Propriétés et usages. JJïi est un de ces arbres auxquels les anciens ont attribué, un peu gratuitement sans doute, des propriétés fort délétères, que les observations des modernes sont loin d'avoir toutes confirmées. C'est ainsi, disait-on, que son ombre était mortelle pour le voyageur assez imprudent pour s'y laisser surprendre par le sommeil. Je puis assurer m'étre souvent reposé des heures entières sous des ifs, dans les différentes excursions que j'ai faites dans les provinces raéridionales de la France, sans en avoir éprouvé d'autre accident qu'une légère douleur de tête qui cessait peu de temps après; encore cette douleur très passagère ne se montra-t-elle pas toujours. Ses baies, qui ont également passé pour être narcotiques, sont très visqueuses elles ont une saveur sucrée et agréable. Les enfans les mangent en abondance sans en être indisposés. Il faut rejeter le fruit que le tégument charnu environne, car il a une saveur amère et désagréable. Les feuilles de l'if, et l'extrait qu'on prépare avec elles, ont déterminé quelquefois un léger narcotisme à la dose d'environ un gros. Ils ne sont plus employés. Quant au bois de l'if, il est d'une belle couleur rouge veiné. C'est un des plus durables de nos bois indigènes. On en fait des poutres et des planches qui sont d'un fort bon usage.

Propriétés et usages des Conifères.

Si l'on fait attention au nombre et à l'importance des produits fournis par les arbres de la famille des Conifères, on conviendra qu'elle est un des groupes les plus inléressans du règne végétal. Le tronc de ces arbres majestueux, qui acquièrent dans quelques espèces une hauteur des plus considérables est employé avec le plus grand avantage dans les constructions civiles et navales. Le pin rouge ( pifius rubra ) , désigné sous le nom

SALICINJÉES. l8l

vulgaire de pin de Riga, fournit des bois de mâture extrêmement recherchés. L'écorce d'un grand nombre de Conifères peut être employée,, comme celle de nos chênes, au tannage et à la préparation des cuirs.

Les différentes substances résineuses retirées des pins, des sapins et des genévriers, sont également importantes pour l'usage pharmaceutique et pour les arts industriels. Leur extrême analogie , leur ressemblance parfaite , est une preuve évidente de l'affinité puissante qui unit entre eux les genres de la famille des Conifères, affinité que l'on remarque également dans l'organisation et la structure singulière des différens organes de ces végétaux.

VINGT-CINQUIÈMÈ FAMILLE.

SALICINÉES. — SJLICINEjE.

Les fleurs sont dioïques et forment des chatons globuleux ou alongés : les fleurs mâles se composent d'une écaille de forme variable, sur laquelle sont implantées les étamines, dont le nombre varie d'une à vingt-quatre. Le plus souvent on observe à la base des étamines une, petite écaille glanduleuse , quelquefois creuse et en forme de calice. Dans les fleurs femelles on trouve également une écaille , à la base interne de laquelle est placé un pistil fusiforme, uniloculaire, renfermant plusieurs ovules attachés à deux trophospermes pariétaux qui occupent surtout le fond de la loge. Le style est très court , surmonté de deux stigmates, profondément bipartis. Quelquefois le pistil est environné dans sa moitié inférieure par une sorte de calice cupuliforme tronqué. Le fruit est une petite capsule ovoïde terminée en pointe à son sommet, s'ouvrant en deux valves, dont les bords rentrans simulent quelquefois une capsule biloculaire. Les graines, qui sont fort petites, sont environnées de longs poils soyeux.

Les Salicinées sont de grands arbres, des arbrisseaux ou plus rarement de petits arbustes rampans, qui se plaisent pour l'ordinaire dans les lieux humides, sur le bord des ruisseaux et dans les prairies, dont ils font l'ornement. Les fleurs parais-

iSa BOTAIUIQOK.

sent ordinairement avant que leurs feuilles commencent à se développer. Celles-ci sont alternes, accompagnées de stipules. Leur bois jest généralement blanc, tendre et peu compacte. Les Salicinées sont les végétaux que l'on multiplie le plus facilement de bouture. II suffît d'enfoncer dans la terre une branche de saule ou de peuplier, pour former un nouvel individu,

SAULE. — SJLLX. L. J.

Fleurs dioïques disposées en chatons écailleux : chaque fleu^ mâle se compose d'une à cinq étamines attachées à la base d'une écaille, qu'accompagne une petite languette tronquée. Les fleurs femelles offrent un ovaire fusiforme pédicellé, surmonté d'un Fiyle très court et de deux stigmates profondément bifides. Le fruit est une capsule uniloculaire, s'ouvrant en deux valves longitudinales, et renfermant plusieurs graines recouvertes de longues soies fines et nacrées.

Saule blanc. Salix alba. L. Sp 1449. Blackw. , t. 327. Partie usitée : l'écorce.

C'est un arbre de vingt-cinq à trente pieds d'élévation , qui se divise supérieurement en rameaux redressés dont l'écorce est lisse et d'un vert tendre. Mais le plus souvent on l'élête , et il forme alors une sorte de souche, dont la partie centrale se détruit et se creuse , et qui est couronnée par un bouquet de branches , qui partent toutes du sommet. Ses feuilles sont alongées , lancéolées, aiguës, dentées en scie sur leurs bords. Leur face supérieure est glabre , tandis que l'inférieure est couverte de poils blancs , soyeux et couchés. Les chatons se développent en même temps que les feuilles , ce qui n'a pas lieu également pour toutes les autres espèces de ce genre, dont quelques unes , le marceau {salix caprœa L.) j par exemple . fleurissent et commencent à fructifier avant que leur» feuilles se déploient. Les fleurs mâles ont chacune deux étamines. Les fleurs femelles ont l'ovaire courtement pédicellé. La capsule est

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alongéc, renflée à sa baso, terminée en pointe à sa partie supérieure : elle est glabre.

Le saule blanc est fréquent le long des ruisseaux , dans les prés et les bois humides. Il fleurit au commencement du printemps.

Propriétés et usages. L'écorce récoltée sur les jeunes branches de ce saule , ainsi que celle de presque toutes les autres espèces du même genre ^ est douée d'une amertume et d'une astringence très marquées. Aussi plusieurs auteurs , enfre autres Haller, Allioni, etc., ont parlé de ses propriétés fébrifuges, et ont cherché à remplacer le quinquina avec les écorces du saule blanc, du màrceau et de quelques autres espèces. On les administre ordinairement en poudre ou en décoction. Leur extrait et leur teinture sont moins fréquemment employés.

L'écorce de saule est un médicament assez énergique , et qui pourrait remplacer avec avantage le quinquina dans lès temps où cette écorce exotique est rare et d'un prix très élevé. C'est en effet un de nos toniques indigènes les plus efficaces , qui détermine dans l'économie animale des changemens très notables ; aussi l'a-t-on employé , et souvent avec succès, dans tontes les maladies qui réclament l'usage des toniques et du quinquina en particulier. Un grand nombre d'observations ont constaté l'efficacité' de l'écorce de saule dans le traitement des fièvres intermittentes. Sa dose est la môme que celle de la poudre de quinquina, c'est à dire d'une demi-once à une once et au delà, selon les diverses circonstances.

L'écorce de saule blanc a été plusieurs fois analysée. Ainsi, M. Euclmer, en Allemagne, MM. Fontana et Rigatelli , en Italie , y ont constaté l'existence d^un principe amer particulier , analogue aux alcaloïdes , et auquel ils ont donné le nom de salicine. Plus récemment , M. Leroux , pharmacien à Vitryle-Français, est parvenu à isoler encore plus complètement le principe actif de l'écorce de saul blanc, qu'il nomme aussi salicine, c'est le salix hélix dont il a analysé l'écorce , et oii il a trouvé la salicine. Pour l'obtenir, on fait bouillir pendant trois quarts d'heure trois livres d'écorce de saule séchée et pulvéri- «iée , dans quinze livres d'eau , chargée de quatre onces de spus-

carbonate de potasse ; on passe et l'on ajoute a cette décoction refroidie deux livres de sous-ac(^tate de plomb liquide; on laisse déposer, on filtre et on traite d'abord par l'acide sulfurique ; puis , au moyen d'un courant d'acide hydro-sulfurique , on achève de précipiter le plomb. Alors on sature l'excès d'acide par le carbonate de chaux ; on filtre de nouveau , on concentre la liqueur, on la sature jusqu'à neutralisation par l'acide sulfurique étendu, on décolore par le charbon animal , et l'on filtre bouillant; on fait ensuite cristalliser. Ainsi préparée, la salicine est en morceaux formés de cristaux soyeux et nacrés très fins, d'une saveur extrêmement amère; elle est fort soluble dans l'eau et dans l'alcool , insoluble dans l'éther.

Il est extrêmement douteux que la salicine soit un alcali végétal , ainsi que MM. Gay-Lussac et Leroux l'ont démontré. En effet , son pouvoir neutralisant , s'il n'est pas nul , est du moins excessivement faible , et elle ne contient pas d'azote , élément qui existe toujours dans les autres bases alcalines végétales.

Plus récemment M. Braconnot a constaté l'existence de la salicine dans plusieurs autres espèces de saules, et entre autres les salix fissa, amygdalinaci grœca. Il l'a de même trouvée dans le Tremble {Fopulus tremuld) , espèce qui appartient à la même fimUle.

Cependant la salicine parait être le principe actif de l'écorce de saule. Déjà quelques essais l'avaient fait penser à M. Magendie et à M. le professeur Pollini , de Padoue. Plus récemment, M. le docteur Gérardin , dans une lettre communiquée à l'Académie royale de Médecine (séance du l^'^ décembre 1829 ), dit avoir employé avec succès , dans deux cas de fièvre interraittente , le sulfate de salicine , c'est à dire la solution de la salicine dans l'acide sulfurique étendu. M. Miguel ( Gazette méd. , t. 1 , n° 1 ) rapporte huit cas de guérison de fièvres intermittentes de divers types par l'emploi de la salicine. Ce médicament s'administre de la même manière que le sulfate de quinine à la dose de vingt à trente grains , que l'on fait ordinairement prendre dans une potion gommeuse. Cette dose peut être ensuite augmentée et portée jusqu'à cinquante grains sans

SÀLICINÉES. l85

crainte d'accident. Selon M. le docteur Miguel, à quelque dose qu'on l'ait administrée , il n'a pas donné lieu à ces chaleurs d'estomac, que produisent souvent quelques grains de sulfate de quinine. Cette action moins excitante la devra faire préférer pour les sujets faibles dont l'estomac est irrité. Ajoutez à cet avantage celui d'être d'un prix beaucoup moins élevé : considération importante pour certains malades.

M. Andral a également reconnu , par de nombreux essais , l'efficacité fébrifuge de la salicine. Ce médecin la donne à la dose de vingt à vingt-cinq grains , et quelquefois même huit à douze grains ont suffi. Dans la Gazette médicale du. iO aoùtiSSS, on trouve consignées plusieurs observations où ce médicament a parfaitement réussi.

Plusieurs médecins de l'Hôtel-Dieu ont employé la salicine , souvent avec succès; mais cette année on l'a vue presque constamment échouer contre les fièvres intermittentes du printemps.

Dans ces dernières années , on a fait , dans les hôpitaux militaires , beaucoup d'essais avec la salicine employée comme fébrifuge, et Ton peut résumer de la manière suivante les résultats obtenus :

1" La salicine jouit de propriétés anli-périodiques j 2" son efficacité est en raison inverse de la durée des fièvres ; 3° quand ses propriétés fébrifuges ne se sont pas réalisées après la quatrième dose , il convient d'en cesser l'emploi , car c'est qu'elle doit être inefficace ; 4° dans les intermittentes du type tierce , elle guérit neuf fois sur dix : dans celles du type quotidien , cinq fois et demie sur dix ; 5° la quantité nécessaire pour la guérison d une fièvre intermittente est deux ou trois fois plus forte que celle du sulfate de quinine ; 6° on ne doit jamais opposer la salicine aux inlej'mitlentes pernicieuses , dont le deuxième ou le troisième accès peut être mortel ; 7° elle n'a jamais été vomie après l'ingestion ; elle n'a jamais augmenté la diarrhée , ni exaspéré la sensibilité de l'estomac : on doit donc l'employer de préférence au sulfate de quinine dans les intermittentes compliquées d'irritation gastrique ou intestinale ; 8" enfin , elle a puru ralentir d'une manière notable la circulation pendant

l'apyrexie, quand elle n'avail pas encore supprimé les accès; et durant la convalescence, lorsque les accès avaient cessé , le pouls est fréquemment descendu à trente pulsations par minute.

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