TRENTIÈME FAMILLE
LAURINÉES. - LAURINEJE.
Les Laurinées sont ordinairement des arbres ou arbrisseaux d'un port élégant , ornés en tout temps de feuilles lisses et luisantes. Leur calice est monosépale, à six, plus rarement à quatre divisions, plus ou moins profondes. Les étamines sont périgvniques; leur nombre varie de six à neuf, et même quelquefois au delà ; leurs filets présentent souvent à leur base deux petits appendices pédicellés et glanduleux, et leurs anthères , qui sont biloculaires, s'ouvrent au moyen de petits panneaux ou opercules , qui s'enlèvent de la base vers le sommet. L'ovaire est libre , à une seule loge, contenant un ovule pendant j le style et le stigmate sont simples. Le fruit est une sorte de drupe , dont la base est environnée par le calice , qui est persistant. Il renferme une seule graine , dont l'embryon , dépourvu d'endosperme , est renversé; ses deux cotylédons sont très épais. Les feuilles des Laurinées sont communément alternes , plus rarement opposées; elles sont coriaces , luisantes, souvent persistantes. Les fleurs , presque toujours imparfaitement unisexuées, sont tantôt monoïques , tantôt dioïques , disposées en ombelles ou en panicules.
LAURIER. - LAURUS. L. J.
Fleurs unisexuées ou hermaphrodites; calice à quatre ou à six divisions plus ou moins profondes ; étamines de six à douze , ayant les filets appendiculés à la base; anthères biloculaires s'ouvrant par des panneaux, qui s'enlèvent de la base vers le sommet; ovaire ovoïde; stigmate un peu creusé en gouttière drupe enveloppée à sa base par le calice persistant.
Laurier ordinaire. Laurus nobilis. L. Sp. 529. Blackw. t. 175; Nom pharmaceutique : Inuri folia, baccœ. Noms vulgaires : le laurier d'^pnllon,oa laurier franc. Parties usitées : les feuilles et les fruits.
Arbre très élégant, toujours vert, ayant quelquefois vingtcinq ou trente pieds de haut, dioïque coraraeun grand nombre
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d'autres espèces de son genre. Tige dressée, rameuse. Feuilles alternes, ovales , lancéolées , aiguës, courlement pétiolées, sinueuses sur les bords, fermes et luisantes , d'un vert assez vif en dessus , plus terne à la face inférieure , ayant une seule nervure longitudinale, et plusieurs latérales qui sont transversales. Fleurs mâles axillaires , disposées par petits faisceaux de deux à quatre , portées sur un pédoncule commwn court. Chaque faisceau a un involucre de quatre bractées squammiformes , concaves , obtuses, brunes et caduques; deux extérieures sont plus petites: chaque involucre renferme cinq fleurs courtement pédicellées , à pédicelles légèrement pubescens; calice monosépale à quatre divisions profondes , obtuses , étalées, concaves 3 deux extérieures opposées, plus ovales, un peu plus petites. Douze élamines à peu près de la longueur du calice,- quatre lui sont opposées, quatre sont alternes, et quatre plus intérieures ; elles sont toutes à peu près égales , et un peu confluentes par leur base au fond du calice. Les filets sont un peu comprimés. Les quatre plus intérieures offrent à leur base deux appendices latéraux, claviformes^ stipités, jaunâtres et glanduleux. Anthères introrses à deux loges , réunies par un connectif qui garnit toute leur face externe , et forme au dessus d'elles un petit appendice ; les loges sont oblongues , et s'ouvrent par toute leur paroi antérieure , qui se roule de la base au sommet. Le pollen est sous forme de grains globuleux jaunâtres demi-transparens. Ces fleurs ne renferment pas de vestiges de pistil. Fleurs femelles disposées également par petits capitules pédonculés, involucrés, renfermant ordinairement cinq fleurs , petites , sessiles , serrées, et à peu près de la longueur des écailles de l'involucre; calice turbiné, à quatre divisions, d'abord conniventes et comme campanulées, puis étalées , obovales , concaves. Tube court et solide. Les étamires sont remplacées par quatre appendices alternes avec les divisions du calice, entourant le pistil , et comme trilobées. L'ovaire est ovoïde , uniloculaire, uniovulé ; le style est épais, court, recourbé , creusé d'un côté par un sillon longitudinal. Le stigmate est très petit, glanduleux, paraissant être l'expansion du sillon du style. Le fruit est une drupe ovoïde de la
XAUniNBKS.
grosseur d'une pelile cerise, l(îo;èrement charnue , renfermant une amande grosse, blanchûlre, entourée d'un test assez solide.
Le laurier d'Apollon est originaire des contrées méridionales de l'Europe et de l'Asie mineure. Il croit parfaitement en pleine terre dans le midi et l'ouest delà France, où il fleurit vers les mois de mai etjuin.
Propriétés et usages. Les feuilles et les fruits du laurier ont une odeur aromatique agréable, une saveur amère et piquante. Ces feuilles répandent, lorsqu'on les brûle , une fumée d'une odeur suave : on ne les emploie plus guère maintenant que pour aromatiser certains alimens , et particulièrement les viandes. Quant aux fruits ou baies de laurier , leur péricarpe contient une assez grande quantité d'une huile volatile très odorante qui les rend un médicament puissamment excitant, tandis que leur amande fournit par expression une huile grasse que l'on emploie quelquefois pour pratiquer des embrocations sur différentes parties du corps. Elle est verdâtre , d'une consistance butyreuse , et son odeur offre faiblement celle des feuilles de laurier. Mais la plus grande partie de l'huile de laurier des officines est falsifiée par les droguistes ; ce n'est autre chose que de la graisse de porc colorée en vert par de l'indigo et du curcuma , et rendue aromatique par la macération des feuilles de laurier et de sabine grossièrement réduites en pulpe. C'est ce dernier onguent dont on fait un usage considérable dans la médecine vétérinaire.
D'après les recherches de M. Bonastre , les baies de laurier contiennent :
1" De l'huile volatile , environ un onzième de son poids ; 2" une matière cristalline particulière, qu'il a nommée laurine^ en même quantité que l'huile volatile -, 3° à peu près la neuvième partie d'une huile grasse, de couleur verte j 4° de la stéarine ; 5° plus du quart en poids de fécule ; 6° un sixième d'extrait gommeuTc ; 7° plusieurs autres substances moins importantes.
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Laurier cannellier. Laums cinnamomum. L.Sp. 528. Blackw.,
tab. 354.
Noms pharmaceutiques : cinnamomi cortex, cannelle. Partie usitée :
l'écorce.
Son ironc s'élève , dans un bon terrain , jusqu'à vingt-cinq et trente pieds j il a quelquefois dix-huit pouces de diamètre. Son écorce extérieure est grisâtre en doihors et rougeâtre en dedans. Les feuilîes sont irrégulièrement opposées, courten entpétiolées , à pétiole canaliculé; elles sont ovales lancéolées entières, longues de quatre à cinq pouces, larges d'environ deux pouces, coriaces, lisses et vertes en dessus, glauques, cendrées en dessous , entières , à trois nervures longitudinales , partant de leur base ; rarement il y en a cinq; offrant un grand nombre de veines transversales. Les fleurs sont jaunâtres , disposées en une sorte de panicule lâche et axillaire. Le calice est pubescent, à six divisions profondes, ovales, obtuses dans les fleurs mâles et dans les fleurs femelles ; le tube est court , turbiné. Les fleurs mâles ont neuf étamines , disposées sur plusieurs rangs , de la couleur du calice. Les fleurs femelles pré- .sentent un ovaire libre , ovoïde , terminé par un style épais , au sommet duquel se trouve un stigmate capitulé. Le fruit est une drupe ovoïde, ayant la forme d'un petit gland , entourée à sa base par le calice. Elle a cinq à six lignes de longueur, est violetle, et renferme une pulpe verdâtre et un petit noyau dans lequel est une amande légèrement rougeâtre.
Le cannellier habite l'île de Ceylan , où on le cultive dans un espace d'environ quatorze lieues , qui s'étend entre Matua etNegarabo , et qu'on nomme Champ de cannelle. Sa culture est également introduite dans quelques parties du Nouveau- Monde , aux Antilles, à Gayenne, à l'Ile-de-France;, etc. M. Poivre assure qu'il existe à la Cochinchine une espèce de cannelle supérieure même à celle de Ceylan.
Le cannellier a aussi été introduit en Egypte. Je tiens de M. Boursault, dont tout Paris connaît les magniflques jardins, qu'il y a plusieurs années le pacha d'Égyple, Mehemed-Ali, lui
LAURINÉES.
fit acheter deux pieds de cannelliers, pour être transportés au Caire. Les deux pieds ont si bien réussi, que leurs fruits ont donné naissance à un grand nombre d'individus qui déjà forment d'assez vastes plantations, et que probablement ils pourront un jour enrichir ce pays par leurs produits.
Propriélés et usages. La cannelle est l'écorce de Farbre que nous venons de décrire, privée de son épiderme. On la recueille sur les jeunes rameaux âgés de trois ans, que l'on gratte légèrement pour en enlever Fépiderme, et que l'en détache du bois, après l'avoir fendue suivant sa longueur. Elle est en morceaux minces et roulés, d'une couleur roussâtre particulière , d'une odeur aromatique ^ d'une saveur sucrée, âcre, aromatique, agréable, mais qui a de l'analogie, lorsqu'elle est exaltée, avec celle des punaises. On distingue dans le commerce quatre sortes principales de cannelle, désignées sous les noms de cannelle de Ceylan, cannelle de la Chine, canneLe de Cayenne et cannelle mate.
1° La cannelle de Ceylan est sans contredit la plus estimée. On donne ce nom à toutes les écorces minces , fines et comme papyracées. Elles sont emboîtées les unes dana les autres , de manière à former des espèces de tuyaux. Leur couleur est d'un fauve clair j leur saveur chaude, aromatir[ue, un peu piquante et sucrée, et leur odeur très agréable.
2" La cannelle de la Chine vient également de Ceylan, de Sumatra et de la Cochinchine ; mais il est très probable qu'autrefois on la tirait du pays dont elle a emprunté le nom. Elle est en morceaux plus épais, moins longs que la cannelle de Ceylan. Sa couleur est d'un fauve rougeâtre; son odeur et sa saveur sont plus fortes, plus piquantes, mais moins agréables; quand on la mâche, elle a un goût de punaises. Jusqu'en ces derniers temps on avait cru que la cannelle de Chine était, comme la cannelle de Ceylan^ produite par le laurus cinnamoîuuni L. Cependant il était difficile de concevoir que deux écorces qui diffèrent autant l'une de l'autre fussent produites par le môme arbre. La dissertation publiée par M. Nées d'Esenbeck a levé tous les doutes à cet égard. Il a prouvé que la cannelle de Chine était l'écorce du laurus cassia, espèce très
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voisine, mais néanmoins différente du vrai cannellier, et qui croît à Java, à Sumatra et en Cochinchine. Celte opinion a été partagée par M. Guibourt.
3" On appelle cannelle de Cayenne celle que l'on récolte, dans cette partie de l'Amérique méridionale, sur le véritable cannellier qui y a été transporté et naturalisé depuis fort long-temps. Celte cannelle offre absolument les mêmes caractères que celle de l'Inde, et lorsqu'elle n'a pas été recueillie sur des branches Irop grosses, elle ne le cède en rien, ni pour l'aspect, ni pour les qualités, aux cannelles de Ceylan de premier choix.
4" Enfin la cannelle mate est l'écorce récoltée sur le tronc ou les grosses branches. Elle est en morceaux épais de deux à trois lignes, à peine roulés, d'une couleur pâle^ son odeur et sa saveur sont très faibles .- cette espèce ne doit pas être employée.
Vauquelin a trouvé dans la cannelle de Ceylan une huile volatile très âcre et. très active, une grande proportion de tannin, une matière colorante et azotée, un acide pnrticulier, du mucilage et de la fécule. [Journ. pharm. 3, p. 433.)
L'essence de cannelle a été étudiée dans ces derniers temps par MM. Dumas et Péligot : exposée à l'air , elle en absorbe l'oxigène et se transforme en eau et en acide cynnamique; les corps oxidans ou le chlorure de chaux la convertissent en acide benzoïque.
M. Leschenault de La Tour, dont on a lu, en avril 1822, à l'Académie des sciences, une note sur la culture du cannellier,' prétend que les racines et les grosses tiges de cet arbre fournissent, par la distillation , une grande quantité de camphre. C'est , au veste , une conûrmation de ce qu'avaient avancé Rhéede et Jacquin.
La cannelle est très excitante. Elle doit cette propriété à l'huile volatile qu'elle contient, de sorte que la cannelle la plus riche en ce principe (qu'elle perd avec le temps) est celle qu'il convient le mieux d'employer. Sous ce rapport, la cannelle de Ceylan doit être préférée , tant à cause de sa qualité que de la suavité de son principe odorant. On administre souvent la poudre à la dose de quelques grains, pour favoriser la diges-
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tion, lorsque l'esloniac a besoin d'être stimulé, et dans ce cas on lui associe quelquefois la gentiane ou la rhubarbe. La teinture alcoolique de cannelle est, après la poudre, la préparation qui possède au degré le p'us éminent les propriétés médicales de cette écorce.
L'eau distillée de cannelle est aussi un médicament qui ne manque pas d'énergie. On la fait entrer à la dose d'une once dans les potions excitantes. L'infusion de demi-once de cannelle concassée, dans deux livres d'eau bouillante, forme une tisane agréable qui est diaphorélique et diurétique.
A Ceylan, on prépare, en distillant les fragmens d'écorces ou les sortes inférieures, une huile volatile d'un blanc jaunâtre , qui est extrêmement estimée et d'un prix fort élevé. On l'emploie pour aromatiser certaines poudres. La cannelle entre dans une foule de préparations officinales , telles que le laudanum de Sydenham, l'elixir de Garus, le baume de Fioraventi, l'eau de Cologne , etc.
Laurier sassafras. Laurus sassafras. L. Sp. 530.
Noms pharmaceutiques : sassafras Ugnuin, sassafras radix. Parties usitées : la racine, le bois et l'écorcc.
Grand arbre qui acquiert quelquefois jusqu'à 30 et 40 pieds d'élévation, ayant en fleurs le port d'un érable. Feuilles alternes, pétiolées, grandes, pubescentes, caduques, d'une figure très variée, tantôt ovales, presque obtuses, atténuées vers la base, entières, mixtinerves, d'autres fois bi-trilobées, presque cordiformes, à deux ou trois nervures longitudinales. Elles sont vertes en dessus et blanches en dessous. Les rameaux qui supportent les feuilles sont également pubescens. Les fleurs sont dioïques, jaunâtres, partant par petites panicules du centre d'un bourgeon qui renferme également les feuilles. Fleurs mâles : calice à six divisions profondes, pubescentes en dehors, étalées, oblongues, obtuses, rétrécies à leur base. Le fond du calice est garni de poils. Neuf étamines dressées, à peu près de la longueur du calice; six opposées aux divisions du calice 3 trois intérieures un peu plus grandes et d'une forme différente^ stériles et offrant à leur base deux appendices globuleux, sli-
pités. Les six fertiles ont un filet subulé, un peu canaliculé en dedans, poilu à la base. Les anthères sont continues au filet, comprimées, comme quadrilatères, paraissant à quatre loges, deux supérieures et intérieures plus petites, deux inférieures et extérieures plus grandes, s'ouvrant par leur paroi antérieure, réunies postérieurement par un conneclif assez épais. Le pistil est imparfait et stérile, de la longueur des étamines. L'ovaire est très alongé. Fleurs femelles : calice comme dans la fleur mâle ; six étamines avortées, opposées aux divisions du calice , deux fois plus courtes que lui; filets courts j anthères cordiformes, ne s'ouvrant pas; ovaire oblong, ovoïde, surmonté d'un style continu avec lui, canaliculé d'un côté, s'élargissant pour former le stigmate, qui est glanduleux et légèrement concave. Le fruit est une drupe de couleur violette , et de la grosseur d'un pois, entourée par le calice.
Le sassafras , originaire de l'Amérique septentrionale , peut se cultiver en pleine terre sous le climat de Paris.
Propriétés et usages. C'est principalement la racine de cet arbre, et surtout son écorce, qu'on emploie. Le commerce nous l'apporte en morceaux de la grosseur du bras , brunâtres et comme ferrugineux à l'extérieur , d'une saveur et d'une odeur aromatiques , plus développées dans Técorce que dans le bois. On fait également usage de l'écorce des jeunes branches. Elle est comme spongieuse , épaisse d'environ deux lignes , avec ou sans son épider^ue. Elle est rougeâlre , d'une saveur aromatique et piquante. On trouve aussi dans le commerça des rameaux de cet arbre toutes ces parties paraissent jouir à peu près des mômes propriétés. Cependant on préfère l'écorce.
La racine de assafras doit en grande partie ses propriétés à l'huile volatile qu'elle contient. Six livres de cette racine eu donnent environ une once et demie. Lorsqu'elle est récente, elle est presque incolore , et plus pesante que l'eau. Elle laisse déposer , avec le temps , un stéaroptène cristallisé en prismes à six pans.
Le sassafras est à juste titre placé parmi les médicamens sudorifîques , et , sous ce rapport , on l'emploie très fréquemment
lAURIN^ES. a3l
dans les affections syphilitiques constitutionnelles , le rhumatisme elles inflammations chroniques de la peau.
Il s'administre ordinairement en infusion 3 on l'emploie rarement stul; on l'unit aux autres végétaux sudorifiques , tels que le gaiac , la squine , la salsepareille, etc.
Laurier camphrier. Laurus camphora. L. Sp. 528 . Blackw,
Nom pharmaceutique : camphora. Partie usitée : le camphre.
Le laurier camphrier est un arbre assez élevé , ayant k peu près le port d'un tilleul ; il croît dans les lieux montueux des régions les plus orientales de l'Inde j et particulièrement au Japon. Son tronc est droit et simple inférieurement; ses feuilles sont alternes, ovales , arrondies , acuminées , entières , pétiolées ; le pétiole est canaliculé , plus court que les feuilles , qui sont coriaces , vertes et luisantes en dessus, glauques en dessous. Les fleurs , disposées en corymbes longuement pédoncules , sont d'abord renfermées dans des bourgeons écailleux, strobiliformes , axillaires , ovoïdes, composés d'écaillés scarieuses , rousses , pubescentes , obtuses , terminées par une petite pointe, et frangées sur leurs bords. Les fruits ressemblent à ceux du cannellier, mais ils sont un peu plus petits.
Propriétés et usages. Le camphre , qui est une huile volatile concrète , d'une nature particulière, existe en abondance dans toutes les parties de cet arbre. Pour l'en retirer , on place les branches et les racines , réduites e 1 fragmens , dans de grandes cucurbites de fer remplies d'eau , et surmontées de vastes chapiteaux. On chauffe modérément, et le camphre se sublime dans la paille dont on a garni l'intérieur des chapiteaux. Dans cet état , il est impur, en grains irréguliers , d'une couleur grise; on le transporte en Europe, où on le purifie avant de l'employer.
C'est surtout en Hollande que cette purification s'opère , eu mêlant le camphre avec de la chaux et le faisant sublimer dan > un appareil convenable. M. Clémandot , pharmacien à Paris, a consigné dans le Joam. depkarm., t. 3, p. 321, les détails de ce procédé inusité jus que alors en France.
Ce médicament entre souvent dans des préparations magistrales dont l'eau est le véhicule ; mais comme il n'y est que très peu soluble , on le rend miscible à cette eau , par l'intermède du jaune d'œuf ou du mucilage. Le camphre est une substance concrète , blanche , hyaline , cristallisable en prismes hexaèdres , d'une odeur très pénétrante. Semblable aux huiles volatiles dans sa composition , il jouit aussi des mêmes propriétés chimiques. Aiiisi , il se volatilise à l'air et disparaît sans résidu. Soumis à l'action du feu , il se fond d'abord , puis se change en une vapeur dont la tension et la densité sont peu considérables 5 il se dissout facilement dans l'alcool, les huiles et les gaz acides. L'eau le précipite de sa solution alcoolique , mais en retient elle-même une petite portion en suspension ; de sorte qu'on peut à la rigueur la considérer comme un dissolvant du camphre. On a remarqué qu'elle en dissolvait d'autant plus , qu'elle était plus saturée d'acide carbonique. Par l'acide nitrique , il se transforme en un acide particulier, que M. Bouillon- Lagrange a nommé camphorique.
Le camphre est un médicament extrêmement précieux et très énergique , dont il est fort difficile de déterminer le mode d'action d'une manière précise. Si on le donne k petite dose , comme de deux à quatre grains, il n'occasionne aucun changement notable 3 mais si la quantité en est portée subitement à un scrupule ou au delà , ses effets deviennent plus manifestes 3 il détermine dans l'œsophage et l'estomac un sentiment de chaleur et de picotement , qui se prolonge pendant plusieurs heures ; le pouls devient moins vif, plus petit et inégal , la respiration plus difficile , la face plus pâle ; le malade ressent des éblouissemens , des pandiculations, des vertiges , en un mot se trouve dans un état analogue à l'ivresse ; ces symptômes semblent dépendre d'une médication sédative plutôt qu'excitante. Mais bientôt il se montre d'autres phénomènes qui paraissent être le résultat de l'action immédiate des molécules du camphre.
Ce médicament détermine secondairement les effcls des suhstances stimulantes , surtout si l'individu qui en fait usage est fort, pléthorique, ou tourmenté d'une irritation de la mu-