‹ Élémens d'histoire naturelle médicale (volume 3)Chapitre 59 sur 187 · I.A.DKINÉES · texte numérisé non relu

I.A.DKINÉES

queuse gastro-intestinale 3 dans ce cas, le pouls reprend sa force et sa vitesse; la chaleur animale devient plus vive , la peau se colore, etc.

Cette variation dans le mode d'action du camphre a du faire varier sur les circonstances où son emploi peut être avantageux. Ainsi , quelques auteurs , comptant principalement sur ses effets sédatifs , l'administrent dans les fièvres et les inflammations^ d'autres , au contraire , le considérant comme un remède éminemment excitant, l'emploient dans des circonstances opposées. Le camphre agit principalement sur le système nerveux : lorsqu'on le donne à petites doses , il calme les mouvemens ataxiques , fait cesser les convulsions ; en un mot, agit à la manière des médicamens sédatifs. Un grand nombre de praticiens le recommandent dans l'hystérie, la chorée et l'épilepsie ; mais il s'en faut bien qu'il réussisse toujours dans ces maladies. C'est avec plus d'avantage qu'on l'emploie dans certains cas de manie , dépendant de l'hystérie. M. le docteur Esquirol s'en est souvent servi avec succès.

Ce médicament , appliqué à l'extérieur sous forme de liniment ou d'embrocations , est généralement fort avantageux dans les douleurs rhumatismales et dans les accès de goutte.

Un assez grand nombre de faits tendent à prouver l'action que le camphre exerce sur la sécrétion du lait. Il la ralentit d'une manière évidente, et finit môme par la tarir entièrement, soit qu'on en frictionne les mamelles , soit qu'on l'administre sous forme de lavemens. Aussi s'en sert-on avantageusement dans les engorgemens des mamelles connus sous le nom de poil. On l'emploie également dans l'érysipèle , où il agit par sa grande volatilité , qui détermine une sensation agréable de fraîcheur.

Le camphre doit être proscrit dans tous les cas où une irritation vive ou latente a son siège dans l'estomac ou les intestins. Il est donc extrêmement important d'étudier avec soin l'élat de ces parties avant d'en faire usage dans les fièvres diliî.s ataxiques et adynaniiques. M. le professeur Halle a remarque que , uni au nitre , le camphre donné à doses réfractées on li e deux accès de fièvre intermiilcnte , prévient le retour du prc-

BOTANIQUB.

mier stade, et qu'il agit par conséquent comme antipériodique, L'expérience a souvent constaté les bons effets du camphre dans les irritations des organes de la génération et de la sécrétion de l'urine, surtout dans celles qui résultent de l'usage des cantharides.

Le camphre s'administre tantôt en poudre , tantôt en suspension dans un liquide quelconque. Sa dose varie suivant les effets que l'on veut produire, l'âge du malade, et surtout l'état des organes avec lesquels pn le met en contact. Sa solution alcoolique, connue sous le nom ^'eau-de-vie camphrée^ est très souvent employée à l'extérieur. Uni à l'huile , il forme des linimens dont on fait iin fréquent usage.

Le laurier camphrier n'est pas le seul végétal qui fournisse du camphre ; ce principe existe encore non seulement dans quelques autres espèces de lauriers, comme le cannellier, etc., mais encore dans plusieurs autres plantes , telles que le shorea ro^z^^/a^ décrit par Roxburg , et qui produit le camphre le plus pur et le plus estimé, et qu'on connaît sous le nom de camphre de Bornéo. Il n'est pas répandu dans le commerce j les plaates de la famille des Labiées en contiennent également une certaine quantité dans leur huile essentielle.

Quant au camphre dit de Sumatra , il est fourni , selon le docteur Colebrooke , par le Dryobalcnos camphora, ax'bre encore fort mal connu , et qui pourrait bien être le même que le shorefl.

Outre les quatre espèces de lauriers, dont nous venons de donner la description détaillée, plusieurs autres fournissent encore des produits qui figurent dans le catalogue des médicamens empruntés au règne végétal ; tels sont :

Le Laurier A feuilles longues, Laurus malabathrum Lam., originaire de l'Inde , et que l'on a confondu aussi avec le cannellier de Geylan. Ce sont ses feuilles qui sont appelées , dans les anciennes pharmacopées , mali hathruni onfoUum Induni. Elles sont aromatiques et excitante . D'après les recherches de M. IXées d'Esenbeck , c'est aussi à oette espèce qu'on doit r.ipporter l'écorce connue sous les noms de cassia lignea ou cannelle du Malabar. Elle est moins aromatique et moins estimée

que la vraie cannelle, et sa saveur légèrement amère et comme mucilagineuse est beaucoup moins agréable. Elle fait partie de plusieurs préparations pharmaceutiques très compliquées.

Le Laurier culilawan , Laurus cidilaban L. Mant. , qui se trouve aux îles Moluques, à Amboine, etc., et dont l'écorce, désignée par Ruraph sous le nom de cortex caryophylLoides , porte dans le commerce celui de cannelle giroflée. Elle est très aromatique , et les Javanais l'emploient comme aromate.

Le Laurier BENJOIN, Laurus benzoin L. Sp. 530, qui croît dans l'Amérique septentrionale , et que l'on a regardé à tort, pendant long-temps , comme produisant le benjoin.

Le Laurier pichurim, Laurus picJmrim, dont les fruits sont appelés fèves de pechurim ou pichurim. Ce fruit, qui n'est point employé en Europe , a été analysé par M. Bonastre. [Journ. Pharni. 9, p. 1.)

Le Laurier avocatier, Laurus persea L. Sp. 529 , indigène du continent de l'Amérique australe. Son fruit , gros comme le poing , est charnu. Sa saveur a quelque analogie avec celle de Tartichaut et de la noisette. On le mange en abondance en Amérique.

On rapporte encore , mais probablement à tort , à la famille des Laurinées :

Le Raventsara , Agatophylluni aromaticum Sonnerat. — • Evodia Raventsara Gaertn. C'est un grand et bel arbre qui croît à Madagascar. Ses fruits sont des espèces de noix globuleuses de la grosseur du pouce, brunes , à quatre et six loges. Elles répandent une odeur aromatique très forte , mais aussi très agréable , qui ressemble à celle des clous de gérofle -, de là le nom de noix de gérofle sous lequel elles sont connues. C'est un excellent aromate , mais inusité en France.

Propriétés médicales et usages des Laurinées.

Il est peu de familles dans tout le règne végétal qui présentent une uniformité plus grande dans leurs propriétés, et dont les produits soient plus intéressans que celle des Laurinées. Quelle analogie n'observe-t-on pas dans toutes les parties des

végétaux qui forment ce groupe ! Une huile volatile et aromatique s'y trouve répandue en abondance, et leur donne cette odeur suave, quelquefois forte et pénétrante, cette saveur chaude , âcre , que nous observons dans la cannelle, le sassafras , les baies de laurier , les feuilles de malabathrum , les fèves de pichurim , en un mot dans tous les organes de ces végétaux.

Le péricarpe charnu de quelques Laurinées, de même que celui de l'olivier, contient une huile gi-asse, abondante. C'est un fait digne d'être noté, parce qu'il est assez rare j l'huile grasse étant en général contenue dans les graines.

Le camphre n'existe pas seulement dans une seule espèce du genre laurier; mais le cannellier et quelques autres en contiennent aussi, quoiqu'en moins grande quantité. Ce n'est pas seulement dans le Laurus cinnamomum que Técorce est aromatique^ suave, piquante, mais plusieurs autres lauriers fournissent également une cannelle moins estimée, il est vrai, mais qui cependant n'est pas entièrement dénuée des propriétés excitantes que nous observons dans la cannelle de Ceylan j en sorte que l'on peut dire d'une manière générale, que dans la famille des Laurinées , toutes les parties sont plus ou moins aromatiques, et doivent être considérées comme des médicamens excitans.

Cependant une seule espèce semble faire exception à l'uniformité de ces propriétés, c'est le Laurus caustica de Molina, qui croît au Chili. Selon ce naturaliste, il contient un suc verdâti'e, dont le principe âcre et en même temps volatil détermine une éruption huileuse sur les parties nues du corps, chez les individus qui s'endorment à son ombre.

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