TRENTE-UNIÈME FAMILLE
MYRISTICÉES. - MYRISTIGE/E. Brown.
Les plantes qui constituent celte famillej nouvelle étaient d'abord réunies aux Laurinées ; mais elles en dif férent par les caractères suivans : leurs fleurs sont complètement unixesuées, tandis que dans les Lauriers on trouve toujours le second sexe
MYniSTIOBES. y^'J
à l'état rudimenlaire : le calice ne présente que trois divisions; les étamines , dont le nombre varie de quatre à douze , sont soudées à la fois par les filets et par les anthères, qui s'ouvrent longitudinalement ; l'ovaire est surmonté d'un style et de deux stigmates , Tovule qu'il renferme est dressé ; dans sa maturité la graine est recouverte par un arille charnu , ordinairement découpé.
Pour peu que l'on compare ces caractères avec ceux que nous venons de donner des Laurinées, il sera facile d'en saisir les différences.
MUSCADIER. — MYRISTICA. L.
Fleurs dioïques; calice à trois divisions profondes; fleurs mâles conteuant de trois à douze étamines soudées, dont les anthères s'ouvrent longitudinalement. Fleurs femelles : ovaire libre, renfermant un seul ovule dressé, surmonté de deux styles. Le fruit est une sorte de baie ou de drupe ^ qui contient une seule graine recouverte d'un arille découpé en plusieurs lanières étroites.
Muscadier aromatique. Myristica moschata. Lamk. dict.
Noms pharmaceutiques : nux moschata^ macis. Nom vulgaire : noix muscade. Partie usitée : la graine et son arille.
C'est un arbre d'environ trente pieds de haut^ très touffu et ressemblant à un oranger. Il porte des feuilles alternes, ovales, lancéolées, entières, acuminées, à nervures latérales régulières, longues de deux à trois pouces, larges d'environ un pouce et demi, courtement pétiolées, coriaces, d'un vert foncé en dessus, blanchâtres en dessous. Fleurs dioïques disposées en faisceaux solitaires aux aisselles des feuilles ; chaque faisceau , très courtement pédonculé, se compose d'environ quatre à six fleurs portées sur des pédicelles grêles, deux ou trois fois plus longs qu'elles. Fleurs mâles : calice campanulé, urcéolé, à trois divisions ovales, aiguës, pubescentes. Douze étamines, rarement neuf, symphysandres, c'est à dire réunies en une colonne creuse, par les filets et les anthères ; celles-ci sont dressées et à
deux loges. Les fleurs femelles ont le calice conformé de la même manière; un ovaire ovoïde, libre, uniloculaire, uniovulé; deux styles très courts, terminés chacun par un stigmate petit et capitulé. Le fruit est une drupe pyriforme, à peu prés de la grosseur du poing, renfermant une graine grosse , ovoïde , solide, revêtue dans presque toute son étendue par un arille découpé en lanières étroites et inégales, de couleur de chair, connu sous le nom de macis. Au dessous de cet arille est une sorte de coque fragile, qui recouvre immédiatement l'amande ou la muscade proprement dite.
Le muscadier croît naturellement aux Moluques, et particulièrement aux lies de Benda, d'où l'on tire une énorme quantité de muscades. Il a été transporté à l'Ile-de-France en 1770 et 1772 par M. Poivre. On le cultive aussi depuis long-temps à Cayenne et dans les Antilles.
Propriétés et usages. La muscade est la graine de l'arbre que nous venons de décrire. Elle est ovoïde, de la grosseur d'une petite noix, dure, d'une couleur brune, marbrée intérieurement. M. Bonastre a publié {Journ. pharm. 9, p. 281) l'analyse suivante de la noix muscade :
Matière grasse, blanche et insoluble (stéarine). . 120
— — colorée soluble (élaïne) 38
Huile volatile 30
Acide • . . 4
Fécule 12
Gomme ou naturelle ou formée 6
Bésidu ligneux. . 270
Perte. 20
La muscade est bien plus employée comme aromate que comme médicament. Quant au macis , c'^st l'arille ou membrane charnue et frangée qui recouvre la graine j il a une saveur aromatique, piquante, fort agréable. Ces deux parties contiennent deux sortes d'huiles : l'une fixe et grasse ; l'autre volatile. Dans les lieux où l'on récolte les muscades, on en retire par
MTRISTICEES.
l'expression une huile connue sous le nom (Vhuile de muscade, et qui est un mélange des deux espèces que nous venons d'indiquer. Elle participe par conséquent des propriétés des huiles grc '-es et des huiles volatiles.
( îi doit à M. Henri une analyse du macis , qui contient, d'aprèi ses recherches ;
1" Une petite quantité d'huile volatile; 2° une assez grande quantité d'huile fixe odorante, jaune, soluble dans l'éther, insoiuijle dans l'alcool bouillant; 3" une quantité à peu près égale d'une autre huile fixe, odorante , colorée en rouge, soluble dan:; l'éther et l'alcool ; '° une matière gommeuse particulière, ayant des propriétés a nalogues à l'amidine et à la gomme, entrant pour au moins un tiers dans la composition du macis ; 5° une très petite quantité de ligneux. {Journal de pharmacie, juin 1824.)
Le macis et la muscade sont deux médicamens éminemment sfimulans. On les emploie non seulement comme aromates , mais aussi dans un grand nombre de préparations pharmaceutiques.
Plusieurs autres espèces du même genre sont également employées , parce que leurs propriétés sont à peu près les mêmes que celles du muscadier aromatique. Tels sont le muscadier du Brésil , que mon savant ami M. le professeur Martius , de Munich , a fait coiinaître sous le nom de myristica ofjicinaiis , et qui , s'il était amélioré par la culture , pourrait produire une graine qui rivaliserait avec celle des Moluques ; myrislica malabarica de Lamarck , connu sous les noms de muscadier mâle ou sauvage. Ses fruits sont plus gros que ceux de l'espèce des Moluques , et la saveur de sa graine est peu agréable. L'espèce de muscade désignée sous le nom de muscade mâle est produite , selon quelques auteurs , par le myrislica tomenlosa.
TRKNTE-DEUXIÈME FAMILLE.
URïiCÉES. — VRTICE^.
Les Urticées ont rarement les fleurs hermaphrodites ; elles sont le plus souvent monoïques ou dioïques : le calice est tantôt monosépale, profondément divisé ; tantôt il est formé de sépales distincts. Fresque toujours il est persistant , et accompagne le fruit. Dans les fleurs mâles , on trouve quatre ou cinq étamines alternes avec les divisions du calice , quelquefois opposées. Les fleurs femelles présentent un ovaire libre , uniloculaire , monosperme , ordinairement surmonté de deux stigmates ; cet ovaire devient une samare , une petite drupe ou un akène quelquefois accompagné du calice , qui est devenu charnu et succulent. Les fleurs femelles forment des épis globuleux, ou sont implantées sur la paroi interne d'un réceptacle pyriforme ou évasé , qui devient ordinairement charnu. Les graines sont dépourvues d'endosperme ; leur embryon est tantôt droit; tantôt recourbé , ou renversé. Les Urticées renferment des arbres à tronc ligneux , comme les mûriers , les figuiers , les ormes, etc., des arbrisseaux et des plantes herbacées 5 leurs feuilles sont alternes , accompagnées de stipules.
On peut diviser les genres de cette famille , dont nous avons à traiter ici , en quatre groupes , suivant la structure de leur fruit.
1° ARTOCARi'ÉES (1), OU Urticées à fruits charnus. A. Fleurs réunies dans un rcceptacle charnu.