CROTON. - CROTON. L. J
Les fleurs sont monoïques ou dioïques : leur calice est double : l'extérieur a cinq divisions foliacées ; l'intérieur a cinq divisions pétaloïdes , manquant quelquefois. Dans les fleurs mâles, on trouve de douze à vingt étamines et cinq glandes fixées au centre,- dans les fleurs femelles , l'ovaire est à trois côtes, surmonté de trois styles bifides. Le fruit est une capsule tricoque , contenant trois graines.
Ce genre diffère du précédent par son calice double, et par ses étamines plus nombreuses.
Les espèces en sont tantôt herbacées , tantôt sous-frutescentes.
Croton cascarille. Croton cascarilla. L. Sp. 1424.
Noms pharmaceutiques : cascarilla, cortex eleutheranus. Noms vulgaires : quinquina aromatique, faux quinquina^ chacrille. Partie usitée : Vécorce.
Arbrisseau s'élevant à peine à cinq ou six pieds au dessus du sol j sa tige est ligneuse , cylindrique, divisée en rameaux nombreux, recouverts d'une écorce d'un gris cendré; les jeunes
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branches, ainsi que la surface supérieure des feuilles, sont parsemées de petites écailles fiirfuracées , en forme d'étoiles , d'un blanc jaunâtre. Les feuilles sont alternes, portées sur des pétioles assez courts; elles sont lancéolées, entières, aiguës, un peu ondulées sur leurs bords, longues d'environ deux pouces , larges à peine de quatre à six lignes. Les fleurs sont verdâlres , peu apparentes, monoïques , et constituent, à la partie supérieure des rameaux, des épis alongés, dont la base se compose de fleurs femelles , et la moitié supérieure des fleurs mâles. Celles-ci ont un calice à dix segmeiis , dont cinq intérieurs sont plus minces et comme pétaloïdes, et environ douze ou quinze étamines insérées sur le calice et soudées par la base de leurs filets. Les fleurs femelles présentent un calice semblable à celui des fleurs mâles , un ovaire à trois côtes et à trois loges, et trois styles bifides, dont chaque division donne attache à un petit stigmate.
La cascarille est originaire du Nouveau-Monde. Elle croît naturellement au Pérou , au Paraguay , aux îles Lucayes et de Baharaa : on la trouve également en abondance à Saint- Domingue.
* Propriétés et usages. Il n'est pas encore bien certain que les différentes écorces que l'on trouve dans le commerce sous le nom de cascarille, soient toutes fournies par la même espèce botanique. Il est même plus probable que sous le même nom on nous envoie l'écorce de plusieurs espèces voisines les unes des autres. Quoi qu'il en soit, l'écorce de cascarille nous est transmise en Europe sous la forme de fragmens longs de trois à quatre pouces , épais d'une ligne , à bords roulés ; sa surface extérieure est d'un gris blanchâlre , souvent parsemée de petits lichens ; sa face interne est fauve ; sa cassure est compacte et résineuse. Elle possède une odeur aromatique assez agréable , une saveur un peuâcre, chaude, amère et aromatique. Elle renferme beaucoup de résine , et fournit à la distillation une huile volatile verte et d'une odeur suave.
Ce médicament détermine tous les phénomènes des substances toniques et stimulantes. Aussi plusieurs médecins le comparent ils au quinquina pour son efficacité dans le traite-
EUPlIORBIAcérS. a^î
ment des fièvres intermittentes et de la diarrhée ; mais aujourd'hui on en fait assez rarement usige, parce que l'expérience n'a pas toujours confirmé ses propriétés fébrifuges. Néanmoins la cascarille est un médicament actif. Ordinairement on l'associe au quinquina , auquel elle communique une odeur et une saveur plus aromatiques , et dont elle augmente l'efficacité. La cascarille s'administre en poudre , dont la quantité varie beaucoup^ suivant les effets que l'on veut produire. La teinture et l'extrait se donnent à la dose de trente à quarante grains. Ces préparations sont moins employées que la poudre. Quelques auteurs de pharmacologie, surtout en Angleterre , prétendent que la cascarille est produite par une autre espèce de ce genre, le Croton Eiutheria de Swartz. Mais non seulement ces deux espèces appartiennent au même genre , mais elles sont tellement rapprochées l'une de l'autre , que leur distinction est fort difficile.
Croton tiglion. Croton tiglium. L. Sp. 1426. Partie usitée : huile, retirée des graines.
Ai'bre de moyenne grandeur, ou même arbrisseau médiocre, portant des feuilles alternes, pétiolées , ovales, acuminées , dentées dans leur contour, glabres. Les fleurs sont disposées en épis à l'extrémité des rameaux. Les fleurs mâles occupent la partie supérieure des épis ; les femelles sont placées au dessous; les fruits qui succèdent à ces fleurs femelles sont ovoïdes ; de la grosseur d'une aveline , marqués de trois côtes arrondies et glabres. Ils sont à trois loges contenant chacune une graine ovoïde alongée , un peu anguleuses , obtuses aux deux extrémités.
Ce végétal croît dans les différentes parties de l'Inde , au Malabar, à Ceylan, etc. Il est figuré dans Rumphius [Herbar, amh., 4, p. 98, t. 42) sous le nom de granum inoluccanuiji , et dans Rheede {Jlort. malab.,2, p. Cl, t. 33) sous celui de cadcL avanacu.
Propriétés et usages. Toutes les parties de ce végétal sont éminemment purgatives, son bois, et particulièrement l'huilo renfermée dans ses graines , que l'on désigne sous les noms de
aja BOTANIQUE.
grains de tilly ou petits pignons d'Inde. Celte huile , que l'on extrait par expression , est ou jaune ou rougeâtre , d'une odeur désagréable , d'une saveur âcre et brûlante. Elle se fige facilement par un froid de quatre à cinq degrés. Par l'évaporation , celte huile peut se cristalliser, et suivant M. Nimmo, elle contient 55 parties d'huile fixe et environ 45 parties du principe âcre. Ce dernier principe a été désigné sous le nom de Ugline par M. le docteur Pâris. Les semences de croton tiglium ont été analysées d'abord par MM. Pelletier et Caventou qui y ont découvert un acide volatil très âcre , puis par Brandes j elles contiennent ; acide crotonique , huile brunâtre , résine , matière graisseuse blanche , matière brunâtre , matière gélatineuse , crotononine , gomme , albumine végétale.
L'huile de tiglium est d'une âcreté excessive ; une parcelle mise sur la langue y détermine une violente cuisson et une salivation abondante. Donnée à l'intérieur à la dose de quelques gouttes , elle agirait comme un véritable poison âcre très énergique. Aussi ne peut-elle être usitée en médecine que lorsqu'on a masqué ou affaibli son excessive âcreté. Burman est le premier qui ait fait connaître en Europe les propriétés purgatives de cette huile. Bien que quelques auteurs comme Ferrein et d'autres en aient parlé après lui , ce médicament avait été tout à fait perdu de vue, lorsqu'il y a quelques années le docteur Conwel, médecin de la Compagnie des Indes à Madras, rappela l'attention des praticiens sur cet énergique moyen , et en introduisit l'usage en Angleterre. En 1824, il vint soutenir à la Faculté de médecine de Paris une thèse sur l'emploi de l'huile de croton tiglium. C'est depuis cette époque que l'on a fait à Paris quelques essais avec cette huile.
Elle peut convenir dans une foule de cas , mais surtout lorsqu'il n'y a pas d'irritation portée sur le canal digestif. Ainsi , dans l'apoplexie , dans certaines constipations opiniâtres, etc., on peut avoir recours à l'emploi de ce médicament. La dose est depuis un quart ou une demi-goutte jusqu'à une goutte ou une goutte et demie. On peut l'administrer eu l'étendant dans une certaine quantité d'huile grasse , de sirop ou d'un vin généreux.
KUi'HonnrAC3îr.s. 2^3
Maisnousdevons dire ici qu'aujourd'hui ce mcMicamenlestpou employt', soit;"» cause de sa trop grande ftcreté. qui peut en rendre l'usage dangereux , soit parce que rarement on l'a pur dans les officines, et >urtoul parce que l'huile d'épurge, médicament indigène , beaucoup moins ârre et sans odeur ni saveur, possède à une dose égaleoient très petite les mêmes propriétés.
C'est sur une espèce du genre Croton (le Croion lacci/erum), et quelques autres plantes de la famille des Euphorbiacées , que l'on recueille dans l'Inde la matière résineuse connue sous le nom de Inque. Cette résine exsude à la suite de la piqûre qu'une espèce d'insecte fait aux jeunes branches pour y déposer ses œufs. La laque n'est plus employée en médecine. Elle entre dans la fabrication de quelques vernis et de la cire à cacheter.
On cultive, près de Montpellier, le Croton tinctorium pour en obtenir le tournesol, que l'on trouve sous deux formes dans le commerce. Mais le toui nesol en drapeau seulement est fabriqué en France. Il se prép.ire en imbibant à plusieurs reprises des linges du suc de cette plante, et les exposant ensuite à la vapeur de l'urine putréfiée. Son principal usage est pour colorer extérieurement les fromages de Hollande , et pour teindre en bleu le papier à sucre.
A l'égard du tournesol en pains, on sait positivement aujourd'hui que les Hollandais ne se servent pas du Croton tincto' riuni, mais le fabriquent avec le roccella tinctoria, espèce de lichen , dont nous avons parlé précédemment , qu'ils pulvérisent et mêlent avec de la mauvaise potasse, de l'urine putréfiée, et de la craie pour lui servir de laque et eu augmenter le poids. La teinture de tournesol est un des réactifs le plus sensibles pour découvrir la présence des acides libres ; ceux-ci ramènent
au rouge la couleur de tournesol , laquelle n'était bleue que
par sa combinaison avec les alcalis.
BUIS. — BUXUS. L. J.
Fleurs unisexuées , monoïques : dans les fleurs mâles, calic* quadriparli , quatre étamines saillantes attachées au dessous 3. i8
d'un tubercule discoïde qui occupe le centre de la fleur : dans les fleurs femelles , calice composé de six écailles disposées sur deux rangs ; ovaire globuleux , surmonté de trois styles écartés , creusés d'un sillon glanduleux sur leur face interne. Le fruit est une capsule globuleuse à trois cornes écartées , à trois loges contenant chacune deux graines.
Toutes les espèces sont des arbres ou des arbustes à feuilles persistantes et opposées.
Buis ordinaire. Buxus sempervivens.'h. Sp. 1394. Parties usitées : le bois et la racine.
Arbrisseau de dix à quinze pieds de haut, d'un bois dur, serré , jaune , ayant l'écorce peu distincte des couches ligneuses. Feuilles opposées, ovales, obtuses, lisses et d'un vert foncé supérieurement j face inférieure plus claire , un peu concave. Ces feuilles , longues d'environ un pouce, sont coriaces, persistantes , toujours vertes. Fleurs rassemblées vers la partie supérieure des rameaux , dans les aisselles des feuilles , en petits groupes très serrés et rapprochés. Ces espèces de capitules se composent de fleurs mâles et de fleurs femelles entremêlées, toutes également sessiles. Au centre d'un capitule d'environ douze fleurs, il n'y en a qu'une seule femelle. Fleurs mâles : calice squammiforme à quatre ou six divisions profondes j les intérieures arrondies , subcordiformes ; les extérieures ovales , coriaces j quatre élamines saillantes , attachées sous le pistil qui est stérile , filet cylindrique , dressé , anthère biloculaire terminale, obcordiforme. Fleurs femelles comme triangulaires , à angles arrondis ; calice à peu près semblable à celui de la fleur mâle j un ovaire libre, à trois loges, contenant chacune deux ovules. Cet ovaire est terminé par trois styles épais, triangulaires , divergens , à l'extrémité desquels se trouvent trois hligmates disciformes , recourbés , un peu concaves , apparens , surtout sur la face interne , oîi ils se terminent en pointe. Le fruit est une capsule globuleuse, tricorne.
Propriétés et usages. Toutes les parties du buis , mais principalement ses feuilles , répandent une odeur désagréable et
BUPHORBIACÉES.
comme vireuse. Leur saveur est amère et nauséabonde. M. Fauré , de Bordeaux , a adressé à la Société de pharmacie de Paris , dans la séance du 9 décembre 1829, un Mémoire sur l'analyse de ce végétal. Entre autres substances , il prétend y avoir trouvé un principe alcaloïde, cristallin, qu'il nomme buxine. Elle existe dans toutes les parties de la plante ; sa couleur est rougcàire, mais on peut, à l'aide du charbon, la rendre presque blanche ; sa saveur est amère , elle provoque l'éternument^ elle est peu soluble dans l'élher, soluble dans l'alcool , insoluble dans les alcalis , ramenant au bleu le papier de tournesol rougi ; elle neutralise les acides , et fournit des sels incrihtallisables qui sont précipités par les acides ; le précipité est blanc et gélatineux. Seize onces d'écorce de buis ont fourni seize grains de buxine.
La décoction des feuilles de buis est légèrement laxative; mais c'est surtout celle du bois et de la racine réduite en poudre grossière, par le moyen de la râpe, dont on a vanté l'action, sudorifique dans le traitement de la syphilis constitutionnelle et du rhumatisme chronique. Ce médicament indigène paraît avoir au moins autant d'activité que le gayac, que nous sommes forcés d'aller emprunter au Nouveau-Monde. La dose de la râpure de buis est d'une à deux onces pour deux livres d'eau , que l'on fait réduire d'un tiers. On lui jassocie généralement les autres végétaux sudorifiques, tels que le sassafras, la salsepareille, etc. En Allemagne, on employait autrefois très fréquemment la teinture alcoolique de buis, que l'on considérait comme un très bon fébrifuge r mais aujourd'hui elle est peu usitée. On accuse fréquemment les brasseurs de remplacer] le houblon par les feuilles de buis dans la préparation de la bière. Celle fraudera plus d'un inconvénient, à ^cause de l'amertume moins franche du buis, et du principe laxatif qu'il contient.
RICIN. — RICINUS. L. J.
Fleurs monoïques disposées en grappes : les fleurs mâles , qui en occupent la partie inférieure, se composent d'un calice à cinq divisions très profonde:.., et d'un très grand nombre
(rélamines, dont les filets sont soudds par la base en plusieurs faisceaux distincts. Les fleurs femelles en garnissent la partie supérieure; leur calice est à trois ou cinq divisions caduques j l'ovaire est à trois loges monospermes, surmonté d'un style très court, et de trois stigmates bifides et linéaires. La capsule est tricoquc.
'1 ouïes les espèces sont herbacées ou ligneuses; leurs feuilles sont alternes, pétiolées, peltées, et le plus souvent palmées.
Ricin ordinaire. Ricinus communis. L. Sp. i430.
Noms pharmaceutiques : ricini s. pulmœ christi, s. catapuciœ majorlu oleum. Nom vulgaire: fe palma christi. P&rlitusiLéc : l'huile grasse reiirée des graines.
Ce végétal, originaire de l'Inde et de l'Afrique, forme dans ces contrées un arbre, dont le tronc ligneux s'élève quelque* fois à trente et à quarante pieds. En Europe, au contraire, il n'est plus qu'annuel et herbacé. Cependant j'ai eu occasion, au mois de septembre 1818, de trouver aux environs de Ville- Franche, près de Nice, sur les bords de la mer, un petit bois entièrement formé de ricins en arbres. La description que je donne ici du ricin est faite d'après les individus annuels que l'on cultive dans nos jardins. La lige est dressée , haute de quatre à six pieds , rameuse, cylindrique, fi^tllleuse , glabre , glauque et purpuresceute. Les feuilles sont alternes, portées sur des pétioles longs, cylindriques et creux. Elles sont peltées, palmées, à sept ou neuf lobes ovales, lancéolés, aigus, doublement serrés, glabres et verts des deux côtés. Chacune d'elles est accompagnée à sa base d'une stipule caduque, opposée à la feuille, presque amplexicaule, ovale et membraneuse. Les fleurs sont monoïques , réunies sur une même grappe extra-axillaire , comme pyramidale, garnie de fleurs femelles dans sa moitié supérieure, et de fleurs mâles inférieurement. Les fleurs mâles et femelles sont pédonculées, et le pédoncule est articulé vers le milieu de sa longueur. Les fleurs mâles se composent d'un calice à cinq divisions concaves, ovales, aiguës et réfléchies. Les étamines sont extrêmement nombreuses, polyadelphes, c'est à dire que les filets sont réunis et forment des faisceaux
EUPHORBIACIÎES. 3^7
grêles, rameux h leur partie supérieure, et portant des anthères très petites, presque didymes, une seule loge, s'buvrant circulairement. Point de rudiment d'organes (emelles, I os fleurs femelles ont aussi un calice à cinq divisions étroites et lancéolées, caduques, quelquefois soudées ensemble par leurs bords. L'ovaire est libre, globuleux, à trois côtes chargées de tubercules charnus terminés par une pointe excessivement fine et acérée : il est à trois loges uniovulées. Le style est excessivement court et porte trois stigmates alongés, linéaires, très glanduleux, bifides dans leur moitié supérieure.
Le fruit est une capsule globuleuse à trois côtes saillantes . arrondies, glauques, et chargées d'épines.
Propriété'! et usages. L'huile grasse que l'on retire des graines de cette plante est la seule partie dont on fasse usage. On prépare l'huile de ricin, soit par le moyen de l'expri^ssion , soit par l'eau bouillante. Par ce dernier procédé^ l'huile perd une partie de son ûcreté et est moins sujette à donner des coliques ; c'est alors un purgatif assez doux, et que l'on emploie très fréquemment dans les différentes coliques, la hernie étranglée, et surtout dans le traitement des ascarides. Mais lorsqu'elle a été préparée au moyen d'une forte pression , elle est d'une âcreié et d'une violence extraordinaires, et peut occasionner les accidens les plus' graves. On peut la rendre plus douce en la faisant légèrement bouillir; la chaleur dissipe le principe âcre, qui paraît très volatil. Quelques auteurs pensent môme qu'on peut l'en priver entièrement et la rendre propre à l'usage (le la table, en la lavant à plusieurs reprises dans de l'eau aiguisée avec de l'acide sulfurique.
Celle huile a été analysée récemment par MM. Lecanu çt Bussy, dans un travail qu'ils ont présenté à la section de pharmacie de l'Académie royale de médecine, dans la séance du 16 septembre 1826 : soumise à la distillation, elle a donné des produits bien diflérens, des huiles formées d'oléine et de margarine. Ces produits sont : 1" un résidu solide d'une matière spongieuse jaunâtre, qui représente les deux tiers de l'huile employée 3 2" une huile volatile, incolore, très odorante et pénétrante , cristallisable par le refroidissement j 3" deux acides
nouveaux, le ricinique et l'olêo-ricinique ou élaiodique, tous deux d'une excessive âcreté, presque concrets, forniant avec la magnésie et l'oxide de plomb des sels très solubles dans l'alcool. Ces actions se forment aussi dans l'huile de ricin par |a réaction des alcalis; mais dans ce cas il se produit un autre acide solide, fusible à 130°, appelé stéaro-ricinique, qu'ils ont ensuite nommé inargaritique , et dont lesEf^ ls sont moins solubles dans l'alcool que ceux des acides précédens 3 les auteurs pensent que l'âcreté de l'huile de ricin est due aux acides ricinique et oléo-ricinique, et non à aucune matière particulière. L'huile de ricin , indépendamment de sa grande viscosité, possède une propriété qui la distingue de toutes les autres huiles grasses, c'est d'être facilement soluble à froid dans l'alcool. Aussi se sert-on avec succès de celui-ci pour reconnaître si elle a été étendue d'une certaine quantité d'une autre huile fixe. Elle doit être limpide, incolore, sans odeur et d'une saveur fade peu marquée^ elle purge alors à la dose d'une once à une once et demie, administrée dans un véhicule approprié.
L'huile de ricin ne se rencontre pas malheureusement toujours aussi pure dans les officines. Tantôt elle est rougeâtre , tantôt elle a une odeur nauséabonde très désagréable , et le plus souvent sa saveur est d'une extrême âcreté. Ce sont autant de défauts qui tiennent à sa mauvaise préparation ou à sa vétusté. La couleur rouge des unes vient de ce que, pour les obtenir en plus grande quantité , on fait chauffer les graines de ricin jusqu'à la torréfaction^ telle est ceWe A\\.q à'Amèrique, qui, dit-on , est plus purgative. L'âcreté est due à un principe volatil existant dans l'endosperme , et surtout dans l'embryon de la graine de ricin , et qui se dissout dans l'huile. On le fait dissiper à l'aide d'une chaleur modérée, et Thulle qui en est ainsi privée est connue sous le nom d'huile douce de ricin.
L'amande des semences de ricin contient une telle quantité de principe volatil âcre , qu'il a suffi de quelques unes pour produire des superpurgations très violentes aux personnes qui en avaient mangé.
TS^ous aurions pu décrire encore plusieurs autres plantes intéressantes de la. famille des Euphorbiacées , si nous n'avioni
EUtHORBlACÉES.
p*s craint d'augmenter de beaucoup le volume de cet ouvrage. ]\ous nous contenterons donc de les mentionner ici. Ainsi c'est une espèce de piiyll.vnthe [PhyLlanthu.i embUca)^ dont les fruits sont connus dans les officines sous le nom de MiroboLans emblics , et qu'on employait autrefois comme purgatifs.
Le Caoutchouc ou résine élastique est produit par le suc coagulé d'un grand arbre de cette famille , originaire d'Amérique , et qu'Aublet a nommé Hes'ea guiannensis. Si l'on entaille le tronc de cet arbre , il en sort en abondance un suc blanc et laiteux , qui en se solidifiant constitue le caoutchouc. Pour le façonner et lui donner les formes de bouteilles sous lesquelles on le trouve communément dans le commerce , on applique sur des moules d'argile faits en relief plusieurs couches de suc liquide , que l'on fait sécher en les exposant à un grand feu^ quand on leur a donné une épaisseur convenable ^ on brise ces moules ou on les délaie dans l'eau. M. Faraday a fait l'analyse du suc de caoutchouc récent , et il l'a trouvé composé des matériaux suivans :
Eau, acide, etc 563,7
Caoutchouc pur 317,0
Substance colorante azotée , amère.. . . 70,0
Mat. soluble dans l'eau et l'alcool .... 29,0
Mat. albumineuse 19,0
Cire 1,3
Le caoutchouc se sépare spontanément et presque complètement pur , en étendant le suc d'eau j il vient surnager le liquide : on le lave à plusieurs reprises , et on le recueille sur un filtre j ce principe est blanc, presque diaphane, très élastique.
Le caoutchouc est une matière fort utile. Tout le monde connaît les usages auxquels on l'emploie pour enlever les traces du crayon de mine de plomb ; on s'est servi de son inaltérabilité par l'eau pour rendre les étoffes imperméables à ce liquide. Onenfabriquedes sondes, des bougies, des pessaires, etc.
^fiO BOTANIQUE.
En(în , dans ces derniers temps , MM. Ratlier et Guibal , par des procédés fort ingénieux, sont parvenus à filer le caoutchouc et à en faire des tissus d'une élasticité remarquable.
L'Anda du Brésil , Anda Gomesii Adr. de Jus.^ grand arbre originaire des forêts du Brésil, offre des graines de la grosseur d'une châtaigne , d'une saveur agréable , mais qui néanmoins purgent très bien. On les emploie fréquemment dans les diverses provinces du Brésil.
Propriétés médicales et usages des Eupliorbiacèes.
Nous retrouvons dans les propriétés médicales des plantes de la famille des Eupliorbiacèes , considérées d'une manière générale , la même analogie que nous avons précédemment observée dans leurs caractères botaniques. Toutes ces plantes sont essentiellement âcres , caustiques et vénéneuses. Elles doivent leurs propriétés délétères au suc la'teux dont nous avons signalé l'existence dans la plupart des espèces que nous avons décrites. Ainsi dans le Mancenillier {Hippomane mancenilla]^ toutes les parties en sont tellement imprégnées, que l'ombrage seul de cet arbre est fatal au voyageur qui s'y repose^ ses fruits, qui sont charnus et d'un aspect agréable, sont d'autant plus à redouter , que leur saveur , d'abord assez fade , n'avertit point du danger que l'on court en le mangeant (l). Ce suc laiteux, qui paraît être formé dV.xtractif et de résine, pris intérieurement à petites doses , irrite les organes de la digestion avec lesquels on le met en contact , et agit dans quelques espèces comme émétique , par exemple dans les ra^c'mes de VEuphorbia Ipecacuanha , E. Gerardiana, E. Cyparissias L. , etc.; et dans d'autres comme un violent purgatif drastique , ainsi qu'on le remarque pour le suc d'Euphorbe. Ce suc laiteux n'est pas moins irritant , lorsqu'il est appliqué à la surface de la peau ; il en détermine l'inflammation. Aussi doit-on éviter de porter la main au visage et sur les autres parties du corps où la peau est fine , et non habituellement
(j) royez pour les effets délétères du mancenillier te mémoire de MM. Orflia et Oliivier. {Journ. chim. méd., l, p. 343.)
EUPHORBIACRES. a8l
recouverte par les vètemens , lorsqu'on a cueilli quelque espèce d'Euphorbe.
Xes propriétés purgatives que nous venons de signaler dans les K.uphorbes se retrouvent également dans leurs graines. Mais il est important de remarquer ici, d'après l'observation de M. de Jussieu, que cette âcreté n'existe que dans l'embryon, et que l'endosperme charnu qui le revêt en totalité contient au contraire une grande quantité d'huile grasse et douce. Ainsi dans le ricin, les pignons d'Inde, les graines d'épurge, l'action purgative réside presque exclusivement dans leur embryon.
Le principe délétère des Euphorbiacées est très volatil et disparaît assez facilement par la chaleur, en sorte que, lorsqu'on est parvenu à en priver les parties qui le conli»^nnent , elles perdent leur action délétère. C'est ainsi que la racine de manioc, qui, fraiche , est un vrai poison, devient, après quelques préparations fort simples , un aliment très salubre. Nous devons signaler comme une sorte d'anomalie l'odeur aromatique et agréable que l'on ri^marque dans quelques espèces de Croton , et spécialement dans la cascarille, et la saveur fade et aqueuse des espèces du genre mercuriale. Enfin « c'est un arbre de celte famille , VHtvea guiannemis d'Aublet, qui fournit le Caoutchouc on Résine élastique employé à la fabrication de plusieurs inslrumens de chirurgie , tels que des sondes, des bougies, des pessaires, etc. Mais cette matière existe aussi dans plusieurs autres Euphorbiacées, et môme dans quelques espèces de figuiers, d'Apocynées , etc.
PLANTES DÏCOTYLEDONÉES.