SOLA.NEES
lieux j offrant six ou huit divisions linéaires, aiguës. Corolle rotacée , un peu plissée j divisions presque triangulaires, aiguës, en nombre égal à celui des divisions calicinales. Elamines au noml)re de six à huit dans les individus cultivés. Les fruits sont obovoïdes ^ alongés , très obtus et comme tronqués au sommet. Leur couleur est blanche ou violette et marbrée. Cette plante est originaire de l'Amérique méridionale. On la cultive surtout dans le raidi de la France.
Usages. Les habitans des provinces méridionales de la France font une grande consommation des fruits de l'aubergine , qu'ils mangent apprêtés de différentes manières. Ces fruits ont une saveur douce et agréable.
MoRELLE NOIRE. Solanum nigrum. L. Sp. 266. Bull. t. 67.
Cette petite plante est annuelle , et croît en abondance dans les champs et les jardins. Sa tige , d'environ un pied de hauteur, est rameuse , pubescente , ainsi que les feuilles , qui sont éparses , pétiolées, presque triangulaires et inégalement lobées. Les fleurs sont blanches , et forment des espèces de petits bouquets composés d'environ six à huit fleurs. Les fruits qui leur succèdent sont des petites baies pisiformes, d'abord vertes , puis devenant presque noires à l'époque de leur maturité,
Propriéiés et usages. La morelle noire est regardée comme suspecte par beaucoup d'auteurs, qui attribuent à ses fruits des qualités extrêmement délétères. M. Desfosses , pharmacien à Besançon , ayant analysé le suc retiré de ses baies, y a constaté l'existence d'un principe alcalin nouveau , combiné avec un excès d'acide malique, et que ce chimiste a nommé solaninc» Cet alcali organique , qui existe aussi dans les tiges de la douceamère, paraît, d'après les expériences de l'auteur , être la partie active de ces végétaux. Cependant on mange dans beaucoup de contrées les f. uilles de la morelle noire bouillies dans l'eau , à la manière des épinards. Ainsi aux îles de France et de Bourbon , et même dans les Antilles , on en fait une énorme consommation. Quant à ses fruits , plusieurs auteurs assurent qu'ils sont très vénéneux, et cependant on les mange en abondance dans quelques pays , et entre autres en Ukraine. M. le docteur
-•'Jt) BOTANIQUE.
Dunnl , de Montpellier, à qui l'on doit une excellente monographie des solanum, a prouvé , par un grand nombre d'expériences , que ces fruits ne sont vénéneux ni pour l'homme ni pour aucune autre espèce d'animaux.
MoRELLE TOMATE. Solatium lycopersLCum. L. Sp. Noms vulgaires : tomate , pomme d'amour.
Racine annuelle; tige herbacée , charnue , rameuse , cylindrique, couverte de poils rudes, haute d'un à deux pieds. Feuilles alternes , interrompues , pennées. Les folioles les plus grandes sont régulièrement ovales, cordiformes, aiguës, un peu sinueuses à la base, pubescentes, d'un vert foncé en dessus , plus claires en dessous ; les petites folioles sont inégales et irréguliéres. Fleurs jaunes , disposées en grappes axillaires; pédoncules couverts depoils rudes, très rapprochés les uns contre les autres. Ces fleurs ne sont jamais simples; elles ont toujours un certain nombre de parties sur-ajoulées ainsi le calice est à six ou huit divisions très profondes , linéaires , aiguës , velues. La corolle est rotacée, un peu campaniforme ses divisions sont ovales , aiguës , en nombre égal à celles du calice. Le tube est très court. Les étamlnes sont au nombre de six à huit, insérées au sommet du tube de la corolle ; les filets sont très courts ; les anthères sont lancéolées, terminées en pointe, rapprochées et comme soudées ensemble par les côtés, de manière à former une sorte de cône. Elles sont à deux loges, qui s'ouvrent en dedans du cône par toute la longueur de leur sillon. Le fruit est une baie rouge , irrégulièrement lobée. La tomate est originaire du Brésil ; on la cultive dans les jardins.
A l'exemple de Tournefort, M. Dunal a rétabli pour cette plante le genre Lycopersicuni , distinct des morelles par ses étamines et les divisions du calice et de la corolle plus nombreuses , et par ses anthères , qui s'ouvrent longitudinalement.
Propriétés et usages. Toute la plante a une odeur très pénétrante j désagréable; ce sont les fruits seulement dont on fait usage , particulièrement dans les provinces méridionales de la France, où on les connaît sous le nom de pommes d'amour. Leur saveur est un peu aigrelette; on en fait
SOLANEBS.
des sauces , ou bien on les fait cuire apprêtées de différentes manières.
COQUERET. — P^F^^Z:/^. L. J.
Calice urcéolé, vésiculeux , quinquéfîde, persistant, renflé après la floraison, et renfermant le fruit. Corolle rolacée, limbe quinquéfîde, anthères alongées, rapprochées. Style court, terminé par un stigmate capitulé. La baie est cérasiforme, renfermée dans l'intérieur du calice, qui est très renflé : elle est biloculaire , et contient des graines réniformes , attachées à deuxtrophospermes insérés à la cloison.
CoQUERET ALKÉKENGE. Phijsalis alkekeugi. L, Sp. 262.
Blackw. t. 161.
Plante annuelle , dont la tige est herbacée , haute d'environ un pied , un peu rameuse , velue. Les feuilles sont géminées et péliolées, ovales, aiguës, sinueuses sur les bords. Les fleurs sont blanchâtres, solitaires, extra-axillairesj leur pédoncule est court et recourbé. Le calice est urcéolé , renflé , quinquéfîde , velu. La corolle est en roue; son tube court , son limbe étalé, à cinq divisions ovales^ aiguës. Les étamines, au nombre de cinq, sont courtes et conniventes au centre de la fleur. L'ovaire est ovoïde , glabre, à deux loges j le style est court , et terminé par un stigmate très petit, convexe. Le fruit est une baie rouge de la grosseur d'une petite cerise; elle est enveloppée et entièrement cachée dans l'intérieur du calice, qui s'est accru et qui est devenu vésiculeux et rougeâtre. L'alkékenge croît dans les champs cultivés , les bois. Elle fleurit en juin et juillet.
Propriétés niédicales et usages. Les baies d'alkékengc sont aigrelettes^ d'un goût assez agréable. Elles sont légèrement diurétiques , mais fort peu usîLées. Elles ne sont nullement vénéneuses.
BOTANIQtjB.
2» Fruit capsulaire.
JUSQUIAME. IIYOSCIAMUS. L. J.
Calîce tubuleux, subcampaniforme , quinquéfide. Corolle infmidibuliforme ; limbe oblique, à cinq lobes obtus et inégaux. Cinq étamines déclinées; stigmate capitulé simple. Le fruit est une pyxide , c'est à dire une capsule alongée , un peu ventrue à sa base , biloculaire , s'ouvrant borizontalement en deux valves superposées, enveloppée parle calice, dont les dents la dépassent. Les graines sont subréniformes , tuberculeuses. Les jusquiames sont des plantes annuelles, velues et visqueuses , à fleurs disposées en une sorte d'épi unilatéral.
JusQUiAME NOIRE. Hyosciamus niger. L. Sp. 257. Bull. t. 98.
Orf. Méd. lég., t. 4.
Nom pharmaceutique : hyosciamus. Parties usitées : les feuilles et les
graines.
Racine annuelle ; tige haute de dix-buit pouces à deux pieds^ cylindrique, recourbée en arc, rameuse à sa partie supérieure, couverte de poils longs et visqueux; feuilles alternes, éparses et quelquefois opposées sur le même pied; elles sont grandes , ovales, aiguës, sessiles, profondément sinueuses sur les bords, molles , velues et visqueuses. Les fleurs , presque sessiles , tournées d'un seul côté, et disposées en longs épis , sont d'un jaune sale et veinées de lignes pourpre. Le calice est à cinq dents écartées et aiguës , visqueux. La corolle est infundibuliforme : son tube est cylindrique, plus étroit que le calice ; son limbe est oblique et à cinq divisions inégales et obtuses. Le fruit est une pyxide, c'est à dire une capsule s'ouvrant à son sommet par une sorte de calotte ou d'operculCjCl renfermé dans l'intérieur du calice qui persiste. La jusquiame noire est très commune sur le bord des chemins et dans les lieux incultes.
Propriétés et usages. L'aspect de la jusquiame noire et son odeur nauséabonde sufflraient seuls pour en faire soupçonner les propriétés délétères: ses feuilles d'un vert terne, hérissées
SOLÀNBCS.
de poils visqueux; ses fleurs d'un jaune sale, parcourues de lignes rougeAtres , sont autant d'indices de ses mauvaises qualités. En effet , comme la belladone, la jusquiame noire est un poison narcolico-âcre, dont on combat les accidens par l'usage de l'i^mélique, et ensuite par les boissons acidulés. On emploie moins fréquemment la jusquiame que la belladone , quoique cependant leur mode d'action soit à peu près analogue. C'est principalement en l'administrant contre les affections du système nerveux que l'on en a plus souvent retiré quelque avantage : ainsi , dens le tic douloureux de la face , les névralgies sciatiques, la paralysie, plusieurs auteurs ont célébré ses bons effets. Cependant les praticiens modernes la prescrivent moins souvent, et surtout avec moins de confiance. C'est ordinairement sous forme d'extrait qu'on administre la jusquiame à la dose d'un à deux grains, dose que l'on augmente graduellement, à mesure que le malade s'y habitue.
M. Brande a découvert dans la jusquiame une substance alcaline nouvelle qu'il a nommée Hyosciamine; elle est en longs prismes,- et , combinée avec les acides sulfurique et nitrique , elle forme des sels très caractérisés.
La jusquiame blanche [hyosciamus albiis L. Sp. 257, Bull, t. 99), et la jusquiame jaune ( Ajom'amu^ <3jf/'efi5) , qui croissent dans le midi de la France, jouissent des mêmes propriétés; la première surtout est substituée dans plusieurs préparations à la jusquiame noire.
M. le professeur Fouquier a tenté un grand nombre d'expériences avec la jusquiame noire et la jusquiame blanche, dont les principaux résultats sont consignés dans les Archives générales de médecine (mars 1823)3 de ces essais il résulte que les jusquiames sont un médicament peu actif, bien qu'exerçant une certaine action sur le cerveau et le système nerveux en général. Ainsi , quoique, dans le plus grand nombre des auteurs de thérapeutique , on considère ces plantes comme essentiellement vénéneuses , même à de faibles doses, M. Fouquier les a prescrites à des doses énormes (deux cent cinquante grains de leur extrait en vingt-quatre heures) , sans qu'on ait pu observer aucune action spéciale et curative.
BorANlQHZ.
TABAC. - mCOTlANA. L. J.
Calice urcéolé, -ventru, quinquéfide^ corolle infundibuliforme, régulière^ tube plus long que le calice 3 limbe ouvert, plane, à cinq divisions égales; stigmate capitulé, légèrement bilobé 3 capsule ovoïde , bivalve : chaque valve , emportant avec elle la moitié de la cloison , est bifide à son sommet. Les graines très petites , irrégulièrement arrondies et rugueuses.
Les tabacs sont des plantes herbacées, presque toutes originaires du Nouveau-Monde , dont les fleurs sont paniculées, ou rarement disposées en épi.
Tabac ordinaire. Nicoliana tabacum. L. Sp. 258. Buîl. t. 285.
Nom pharmaceutique : nicoliana. Noms vulgaires ; tabac, petun, herbe à la reine, herbe à tous maux.
Le tabac présente une racine annuelle, d'où s'élève une tige dressée, rameuse, cylindrique, de deux à quatre pieds , pubescente et visqueuse. Les feuilles sont alternes , très grandes, ovales, aiguës , rétrécies à la base , sessiles , pubescentes et légèrement visqueuses sur les deux faces , exhalant , ainsi que les autres parties de la plante , une odeur vireuse très désagréable; elles sont longues d'un pied, larges de trois à quatre pouces. Les fleurs sont grandes, roses , disposées en une sorte de panicule aux extrémités des rameaux. Le calice est tubuleux , ventru , quinquéfide , à divisions aiguës au sommet. La corolle est infundibuliforme, pubescente en dehors. Son tube est cylindrique, deux fois plus long que le calice, évasé à son sommet. Le limbe est étalé , comme éloilé, à cinq divisions peu profondes , larges et aiguës. Les étamines sont au nombre de cinq, de la longueur du tube, insérées vers le milieu de sa hauteur. Les filets sont subulés , velus à leur partie inférieure. Les anthères sont ovoïdes , obtuses , bifides inférieurement , à deux loges opposées, s'ouvrant par un sillon longitudinal. Le pistil se compose d'un ovaire ovoïde , aigu, tronqué à sa base, appliqué sur un disque hypogyne jaune , peu distinct , sinon par sa couleur, de la partie inférieure de l'ovaire. Celui-ci est
à deux loges , renfermant chacune un très grand nombre de petits ovules , recouvrant toute la surface de deux trophospermes très saillans, convexes, attachés vers l'axe par un pddicule étroit. Le style est ù peu près de la longueur des étamines j il est glabre et cylindrique, un peu élargi vers son sommet, qui supporte un stigmate aplati, convexe, légèrement bilobé. Le fruit est une capsule ovoïde , un peu pointue , s'ouvraut naturellement en deux valves.
Cette plante nous a été apportée du Nouveau-Monde par les Espagnols , vers le milieu du seizième siècle. Elle ne fut introduite en France , sous le règne de Charles IX, que vers 1560 et 1565 , époque où Nicot , ambassadeur de France à Lisbonne, en rapporta à Catherine de Médicis. Delà les noms de nicotiane et d'herbe à la reine sous lesquels le tabac fut d'abord connu. C'est de ce moment seulement que date l'introduction du tabac en France , d'où il s'est ensuite répandu dans les autres contrées septentrionales de l'Europe. Mais ce n'est qu'après avoir rencontré beaucoup d'obstacles et de résistance que l'usage du tabac devint une habitude populaire. En 1604 , Jacques l^^ , roi d'Angleterre, écrivit un livre contre l'usage du tabac. Les jésuites y répondirent par une apologie brillante de cette nouvelle importation. Le pape Urbain YIII , en 1624, le proscrivit par une bulle spéciale, et menaça d'excommunier tous ceux qui feraient usage du tabac dans les églises. Cette proscription s'étendit chez presque tous les peuples de l'Europe , de la Perse et de la Turquie, où l'on menaça de couper le nez à ceux qui en feraient usage. Mais plus tard le gouvernement français fut le premier qui sentit le parti qu'il pouvait tirer de cet engouement général. Il permit l'usage du tabac, mais en le frappant d'un impôt considérable, qu'on a maintenu jusqu'à présent. Aujourd'hui la régie des tabacs rapporte une somme de 45 millions par année au gouvernement français.
Propriéiés u,y^7g^e5. Le professeur Vauquelin a retiré des feuilles de tabac qu'il a soumises à l'analyse : 1° une grande quantité d'albumine j 2° une matière rouge soluble dans l'eau et l'alcool; 3° un principe âcre , volatil, incolore, légèrement
soluble dans l'eau , très soluble dans l'alcool, que l'on a nommé nicolianine ; 4° de la résine verte, de l'acide acétique, des sels , du ligneux [BuU. pharm. 1, p. 418). MM. Posselt et Reiinann ont isolé le principe actif du tabac et lui ont donné le nom de nicotine. Ce principe âcre et volatil est bien réellement de nature alcaline, ainsi que l'ont récemment constaté MM. Henry fils et Boutron-Cbarlard. Il peut se combiner avec les acides, les saturer et former des sels. Ce principe est combiné dans le tabac avec un acide végétal. La préparation qu'on fait subir au tabac, en développant de l'ammoniaque, met en liberté la nicotine, qui alors est volatile et donne plus de montant au tabac. La nicotine est excessivement vénéneuse. Tout le monde connaît les usages auxquels l'on emploie le tabac, soit réduit en poudre, soit coupé en fragmens plus considérables. L'habitude que s'en sont faite certaines personnes est devenue pour elles un besoin factice , dont elles ne peuvent supporter la privation. A l'époque où ce végétal fut apporté en Europe, le merveilleux, attaché à tout ce qui est nouveau , fit trouver dans le tabac un remède universel, une sorte de panacée propre à guérir toutes les maladies. D'autres, au contraire , ne virent en lui qu'un moyen dangereux, dont on devait interdire l'usage.
Les feuilles fraîches de tabac ont une odeur vireuse et désagréable ; mais lorsqu'elles ont subi un commencement de fermentation , leur odeur est forte , piquante et très agréable pour les personnes qui y sont accoutumées. Ainsi préparées, les feuilles de tabac sont d'une extrême âcreté , et en même temps stupéfiantes. Quand on les mâche pendant quelque temps, ou qu'on en introduit la fumée dans la bouche, elles augmentent d'une manière très marquée la sécrétion de la salive. Le tabac agit encore de la même manière , lorsqu'on l'inspire par les fosses nasales; la membrane pituitaire devient le siège d'une sécrétion plus abondante. Mais dans ces différens cas , le tabac produit, chez les individus qui n'en font pas habituellement usage , des effets qui tiennent à son action narcotique sur l'encéphale. De làlesétourdissemens, la céphalalgie, la somnolence, les nausées auxquelles sont en proie ceux qui font pour la première fois usage de ce végétal.