‹ Élémens d'histoire naturelle médicale (volume 3)Chapitre 82 sur 187 · SOLANÉES · texte numérisé non relu

SOLANÉES

Introduit dans l'cslorDac, il l'irrite , et donne lieu à desvomissemens ou à des déjections alvines plus ou moins copieuses. S'il est administré à forte dose , il peut occasionner les accidens les plus graves ; en un mot , agir comme tous les autres poisons narcotico-àcres. Aussi a-t-on tout à fait abandonné l'usage intérieur des feuilles de tabac. On ne l'emploie plus aujourd'hui que pour préparer des lavemens irritans, que l'on administre dans rapoplt-xieetTasphyxie. Cependant, même de celte manière, l'administration du tabac n'est pas sans danger. On a TU des accidens graves et même la mort survenir à la suite de lavemens préparés avec le tabac, (Voy. Journ. de chim. rnéd. Janvier et décembre 1827.) Le docteur Graves , de Dublin , recommande l'application de compresses trempées dans le décoctum de tabac et appliquées sur le ventre , dans la colique des peintres. Ce procédé , qui est suivi à l'hôpital de Dublin, est bien préférable aux lavemens de tabac, qui sont souvent suivis d'accidens funestes. Dans l'asphyxie, surtout lorsqu'elle est occasionnée par submersion, on insuffle par des procédé* divers la fumée de tabacdans les voies aériennes. Cette fumée, par l'irritation qu'elle y occasionne, détermine les contractions du diaphragme^ et tend à rétablir la respiration.

Le docteur Anderson a publié récemment quelques observations qui prouvent l'utilité du tabac dans le traitement du tétanos Iraumatique. Il dit avoir réussi chez deux femmes attaquées de cette redoutable maladie. Il pense que le tabac de la Trinité, quoique moins âcre que celui de Virginie, lui est néanmoins préférable. Il l'emploie à l'état frais en fomentations sur la gorge et les parties du cou, en cataplasmes appliqués sur la plaie à l'occasion de laquelle le tétanos est survenu ; en lavemens , en bains généraux prolongés assez long-temps pour provoquer des nausées. Ce remède est accompagné des autres médicamens jugés utiles pour aider son action ou combattre les complications de la maladie.

STRAMOINE. — DATURA. L. J.

Calice lubuleux , renflé à sa base , à cinq angles , à cinq dents profondes; caduc, à l'exception de sa partie la plus inférieure , qui persiste et se renverse en dehors. Corolle très grande , infundibuliforme ; tube à cinq angles ; limbe offrant cinq plis , qui se terminent supérieurement par cinq lobes très aigus. Cinq étamines incluses. Stigmate bilobé. Capsule à quatre loges , communiquant deux à deux par leur sommet : à quatre valves. Graines très nombreuses , réniformes , chagrinées , noires. Les stramoines sont tantôt des herbes annuelles , des arbustes , ou même des arbrisseaux. Elles sont remaï quables par la grandeur de leurs fleurs.

Stramoine pomme épineuse. Datura Stramoniiim. L, Sp. 255. Bull., t. 13. Orf. Méd. lég., t. 8.

La pomme épineuse est une grande plante annuelle , dont la tige est herbacée, cylindrique, un peu pubescente à sa partie supérieure, très rameuse, haute de deux à quatre pieds et plus , dichotome. Ses feuilles sont grandes , ovales , pétiolées , aiguës , sinuées et anguleuses, un peu pubescentes. Les fleurs, blanches ou violacées, sont très grandes , extra -axillaires, solitaires , dressées, portées sur un court pédoncule pubescent. Leur calice est tubuleux , alongé , un peu renflé à sa partie inférieure , marqué de cinq côtes très saillantes qui aboutissent supérieurement à cinq dents inégales , aiguës il est caduc : sa partie la plus inférieure est la seule qui persiste avec le fruit. La corolle est plus grande que le calice , ayant environ trois pouces de hauteur, infundibuliforme, tube à cinq angles assez marqués 3 limbe alongé, plus long que le culice , évasé, plissé longitudinalement , se terminant à sa partie supérieure en cinq lobes plissés, très acuminés. Étamines incluses, insérées au haut du tube de la corolle. Ovaire presque pyramidal ^ couvert de petites pointes , à quatre lobes ; ovules nombreux , attachés à quatre trophospermes saillans, partant de la cloison moyenne. Style cylindrique de la longueur des étamines , glabre , élargi à id, partie supérieure. Stigmate en fer à cheval , étroit , glan-

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(lulenx , marqué tl'iin léger sillon sur loule sa face supérieure. Le fruit est une capsule ovoïde , presque pyramidale , offrant les restes du calice à sa partie inférieure , chargée de piquans très aigus , à quatre loges incomplètes , communiquant entre elles deux à deux , s'ouvrant également en quatre valves. Les graines sont brunâtres, réniformes et à surface chagrinée.

La pomme épineuse est fort commune dans les lieux incultes , auprès des habitations. Elle fleurit en juin et juillet.

Propriétés et usages. M. Brande a trouvé dans les graines du stramonium une substance particulière, blanche , cristalline, à laquelle il a donné le nom de daturine. Elle y est combinée avec l'acide malique. Elle est presque insoluble dans l'alcool froid , très soluble dans l'alcool bouillant. La daturine a été obtenue à l'élat de pureté par Simes, il l'a extraite des feuilles et des semences du datura stramonium. Elle se présente sous la forme de cristaux blancs; elle possède une saveur amère , puis âcre ; elle est volatile , soluble dans l'eau , Talcool et l'élher; elle dilate la pupille et est très vénéneuse. Les feuilles de la pomme épineuse répandent une odeur nauséabonde et vireuse j leur saveur est âcre et araère. Nous pourrions répéter pour celte plante ce que nous venons de dire précédemment des propriétés délétères de la jusquiame et de la belladone , e^ ajoutant que la pomme épineuse les possède au plus haut dégré : aussi ce végétal doit-il être également placé parmi les poisons narcotico-âcres. De même aussi que ces deux autres végétaux , la pomme épineuse a été introduite dans la matière médicale. C'est Stœrk qui le premier a constaté , par sa propre expérience , les effets de ce végétal sur l'économie animale. Son mode d'action et par conséquent ses propriétés médicales sont trop analogues à ceux de la belladone et de la jusquianie , pour qu'on ne l'ait pas employé dans les mômes circonstances. C'est surtout contre les maladies du système nerveux , les spasmes, les convulsions , etc., que certains auteurs prétendent avoir employé ce médicament avec succès. Mais cependant on y a rarement recours aujourd'hui. L'extrait est la préparation dont on fait usage. Sa dose doit être d'abord très petite. Ainsi on commencera par en administer un à deux

grains dans les vingt-qualre heures, el l'on ira graduellement en augmenlanl.

Les graines de la pomme épineuse paraissent être une des parties dans lesquelles les propriétés sont encore plus actives. Pendant long-temps les voleurs en ont fait un coupable usage pour arriver plus facilement à leurs fins. Ils mettaient de la poudre de ces graines dans le vin des personnes qu'ils voulaient voler, et profitaient du sommeil profond dans lequel cette poudre les plongeait , pour accomplir leurs funestes projets.

L'action de la pomme épineuse, quoique fort analogue à celle de la belladone , est cependant plus énergique. Elle porte une action irritante sur le cerveau , et cause un délire furieux. C'est un poison narcotico-âcre très actif et très dangereux.

Remarquons ici que la plupart des cas où l'on recommande la jusquiame , la bclladonne et la pomme épineuse, sont en général ceux où l'emploi de l'opium est également indiqué. Ce dernier médicament étant beaucoup mieux connu dans son mode d'action , le médecin prudent devra toujours , autant que possible , lui accorder la préférence.

Propriétés médicales des Solanécs.

Les plantes de la famille des Solanées offrent des caractères botaniques assez uniformes et une anomalie assez grande dans les propriétés médicales et le mode d'action des différens végétaux qui la composent. On peut dire en général des Solanées, considérées collectivement, qu'elles sont toutes plus ou moins dangereuses; que la plupart sont des poisons narcollco-âcres des plus violens , telles que la belladone , la mandragore , la pomme épineuse, la jusquiamC; le tabac, et quelques autres, tandis qu'il en est un certain nombre qui sont alimentaires et adoucissantes j telles sont quelques espèces de morelles ou Solamim.

Étudiées d'organe à organe, les plantes de cette famille présentent quelque anomalie sous le rapport de leurs qualités et des phénomènes auxquels elles donnent naissance. Les racines sont en général vénéneuses : c'est en elles que paraissent résider les propriétés les plus actives et les plus dangereuses, dans

SOtiANKES.

la mandragore, la belladone , la jusquiame, tandis que les tubercules radicaux de la pomme de terre {Solanum tuberosum) et des Solanum montanum et Solanum Fenezuelœ, sont des amas de fécule amylacée presque à l'état de pureté.

Les feuilles sont en général très àcres, très narcotiques, comme le prouvent celles de la jusquiame, du tabac, de la slramoine, de la belladone, etc. Cependant on mange dans quelques provinces les feuilles de la morelle noire sans qu'il en résulte le moindre accident.

Si des feuilles nous passons aux fruits , nous trouverons des différences non moins tranchées. Si l'on mange habituellement et sans inconvénient les fruits de melongène, de tomate, d'alkékenge, de capsicum^ etc., ceux de belladone, de mandragore, de pomme épineuse, etc., sont des poisons violens, que l'art, secondé par l'expérience, est parvenu à s'approprier, et emploie avec avantage dans le traitement de certaines affections.

En résumé, la famille des Solanées renferme des plantes en général suspectes et dangereuses. L'on ne peut faire, sans la plus scrupuleuse attention, la substitution d'une espèce d'un genre à un autre genre.

La propriété dominante des végétaux de celte famille est leur action stupéfiante, qui les rend propres à agir sur le système nerveux, surtout dans les affections spasmodiques, telles que la manie, la paralysie ei la coqueluche, etc. Ce principe narcotique est ordinairement joint à un principe âcre : aussi la plupart des Solanées, telles que la jusquiame, la stramoine, le tabac, la mandragore, la belladone , sont de véritables poisons narcotico-âcres.

Enfin, certaines parties de quelques espèces sont alimentaires, telles que les fruits de la morelle aubergine , de la tomate, des capsicum, des alkékenges, les feuilles de la morelle noire, et les tubercules souterrains de la pomme de terre.

BOTANIQIjK.

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