‹ Élémens d'histoire naturelle médicale (volume 3)Chapitre 89 sur 187 · QUARANTE-HUITIÈME FAMILLE · texte numérisé non relu

QUARANTE-HUITIÈME FAMILLE

DIOSPYRÉES (1). — DIOSPYREM.

Les genres réunis par la plupart des auteurs dans cette famille n'ont point une égale affinité entre eux. Aussi est-il assez difficile de rapporter rigoureusement les Diospyrées à l'une des classes de notre méthode, du moins avec tous les genres que l'on y place généralement. En effet, le calice, qui est toujours monosépale , est tantôt entièrement libre , tantôt soudé par sa base , ou même en totalité , avec l'ovaire , qui dans ce cas est semi-infère ou infère ; le limbe présente quatre à six dents quelquefois inégales. La corolle est monopétale, donnant attache à des étamines dont le nombre est déterminé ou indéterminé; ces étamines ont les filets libres, ou soudéspar leur base en un ou en plusieurs faisceaux. L'ovaire est, comme nous l'avons dit , tantôt supère , tantôt infère ou seulement semi-infère ; il présente ordinairement quatre loges, et dans chacune d'elles deux ou quatre ovules dont les uns sont dressés , les autres

(I) Cette famille poite encore les noms A'Ébcnocées , parce qu'une des plantes qui y sont réunies produit le bois d'ébciie ,dc Plaqueminicrs ou de Guayacanées,

DiosPYniiis. 4^5

pendans. Le slyle, qui est simple , se termine au sommet par un stigmate ordinairement quadrilobé. Le fruit, tantôt nu, tantôt couronné par le limbe du calice , est sec ou charnu ; il offre quelquefois une seule loge (1) et une seule graine, par l'avortement constant des cloisons et des autres ovules; d'autres fois il est à trois ou quatre loges, qui contiennent cliacune une seule graine. L'embryon est alongé , renfermé dans l'intérieur d'un endospcrme un peu dur et comme corné.

Cette famille se compose de végétaux dont la tige est ligneuse et souvent arborescente; les feuilles alternes sont simples et dépourvues de stipules; les Heurs sont axillaires. Les Diospyrées se distinguent facilement des Apocynées par une foule de caraclères; tels que leur ovaire simple , à quatre loges , la sïruclure de leurs étamines, leurs feuilles alternes, etc.

STYRAX. - STYPxAX (2). L. J.

Calice un peu urcéolé, persistant , ayant de cinq à sept dents 3 corolle tubuleuse à sa base , limbe offrant de trois à cinq lobes profonds : étamines de six à seize, insérées au tube delà corolle; filets un peu soudés par leur base. Ovaire presque entièrement libre, à quatre loges, contenant chacune deux ovules, l'un dressé , l'autre pendant; style terminé par un stigmate quadrilobé. Le fruit est globuleux, sec , ordinairement à une seule loge , dont la paroi interne offre les restes des cloisons avortées, et qui contient d'une à quatre graines, tantôt insérées au fond , tantôt au sommet de la loge.

(1) Li famille des Diospyrées ou Ptaquemhiieis est, ii\iic les Cupulifères, les Jasminées et quelques autres, une des familles dans lesquelles l'avortcment presque constant de plusieurs des parties de l'ovaire masque et change le plus l'organisation primitive du fruit.

(2) Ce genre diffère à plusieurs égards des véritables Diospyrées, et, réuni à quelques autres, tels que Balesia, etc., il constitue une famille distincte qui porte le nom de Styracées.

«OTANIQUE.

Styrax OFFictNAL. Styrax officinaUX,. J. Sp.635.

Nom pharmaceutique : styrax calamita. Nom vulgaire: j/o/«:c ou styrax calamité. Partie employée : le baume qui s'en écoule.

Cet arbre, que l'on connaît vulgairement sous les noms f^aliboufter on d^'atigoufier , croît naturellement en Orient et dans le midi de l'Europe. On le trouve aussi dans les provinces méridionales de la France , et surtout en Provence , dans les lieux secs et rocailleux. Il s'élève d'ordinaire à une hauteur de quinze à vingt-cinq pieds , et se couronne de rameaux dont les feuilles sont alternes, ovales, entières , pétiolées, molles, pubescentes des deux côtés, mais surtout inférieureraent , où elles sont blanches et cotonneuses ^ les fleurs sont blanches, réunies , au nombre de trois à quatre , à l'extrémité des rameaux. Elles sont à peu près de même grandeur et de même forme que celles de l'oranger. Leur calice est court et presque cupuliforme^ la corolle est à cinq ou six lobes étroits et très profonds. Les étamines, variables en nombre de dix à seize, ont leurs filets monadt-lphes par leur base. Le fruit est globuleux, de la grosseur d'une cerise 3 son péricarpe est sec et tomenteux, à une seule loge, qui contient de deux à quatre graines j dont la forme est très variable.

Les anciens connaissaient celte matière balsamique , que de leur temps on tirait de la Syrie et de l'Asie mineure. Dioscoride et Pline disent que l'arbre qui la produit ressemble au cognassier. C'est d'après cette indication bien vague et d'après l'odeur suave de storax que répandent les diverses parties du styrax officinale L. , que l'on considère assez généralement cet arbre comme produisant le storax solide, ou styrax calamite, parce qu'autrefois on l'apportait renfermé dans des tiges de roseau [calamus). Cependant quelques auteurs pensent que le storax calamité fourni aujourd'hui par le commerce nous est apporté des îles de la Sonde.

11 y a encore une autre sorte de styrax qui est liquide et qui paraît être produit par le Liquidambar orientale, de la famille des r>étulacées [voy. p. 193).

Proiviclés cl mages du Storax. Les droguistes en distinguent

DIOSPYUÉES. 4^7

deux espèces, savoir : le Storax en larmes elle Storax en pains. Le premier, composé de petits grains transparens , est très pur, et paraît s'écoul^y naturellement de l'arbre ; le second est en niasses roug* Aires , résineuses, de la grosseur du poing. On l'obtient en pratiquant des incisions profondes au tronc de l'aliboufier. Le Storax jouit , comme tous les autres baumes , de propriétés slimulanles. Malgré les éloges qui lui ont été prodigues par Morton, les praticiens sont loin de le considérer comme un spécifique assuré contre la phlhisie pulmonaire ; et aujourd'hui on ne l'emploie guère qu'à l'extérieur , soit en fumigations, soit comme topique, M. Lhériliera publié {Jouni. chim. nicd., février 1833) quelques observations sur le traitement de la blénorrhée et de la leucorrhée par l'emploi de ce médicament. Il agit absolument comme la térébenthine de copahu , mais il inspire aux malades bien moins de dégoût. On l'emploie soit en bols , à la dose d'un demi gros fractionné par moitié le matin et le soir, soit sous la forme d'un sirop qu'on prend par cuillerées. Il entre dans plusieurs médicamens officinaux , entre autres dans la thériaque , le diascordiuœ , le mithridate , etc., etc.

Une autre espèce de ce genre , non moins intéressante , est celle qui fournit le berjoiin , et qui a été décrite par Dryander, sous le nom de Slyrax benzoe. C'est un arbre assez élevé , qui croit à Sumatra , à Java , et dans d'autres parties de l'Inde. Le benjoin, d'abord liquide, s'écoule naturellement de son écorce, ou à travers les incisions qu'on y pratique. On a long-temps ignoré l'origine de ce médicament , que les uns attribuaient à un laurier, les autres à un croton , Lamarck à un badamier, etc. Dans le commerce, on en distingue deux espèces, savoir : le benjoin aniifgdaloïde , qui est en masses solides , formées de larmes i)lanchâlres , réunies par une pâte presque brune ; et le bf njom cil sorte , moins pur que le précédent , et dont la cassure est uniforme et brunâtre.

Le benjoin amygdaloïde a une ca.ssure nette et brillante, une odeur suave aromatique et un peu acidulé; il se brise facilement et crie sous la dent. Il brûle en répandant une fumée épaisse et blanche lorsqu'on le projette &ur des charbons ar-

dens. Cette fumée est de l'acide benzoïque qui se sublime , et que l'on peut facilement recueillir en la recevant dans des vaisseaux froids. Cette substance balsamique est entièrement soluble dans l'alcool et l'éther. L'eau la précipite de ses solutions alcooliques , trouble la liqueur, et lui donne une teinte blanche et laiteuse. C'est par ce moyen qu'on prépare le lait virginal , cosmélique dont les dames font un grand usage dans leur toilette, parce qu'il a la réputation d'adoucir et de tendre la peau.

Le benjoin est un médicament stimulant, dont l'action est entièrement analogue à celle des autres substances résineuses et balsamiques. On l'emploie plus spécialement dans les inflammations chroniques des organes de la respiration, et surtout dans celles de leurs membranes muqueuses. C'est ordinairement en poudre et sous forme de bols ou de pilules que l'on fait usage du benjoin, à la dose d'un scrupule à un demi-gros. D'autres fois on fait respirer au malade la fumée blanche qui se dégage lors de la combustion du benjoin. On administre encore ce médicament sous la forme de teinture et de sirop.

JJacide benzoïque pur, que l'on nomme vulgairement fleurs de benjoin, se retire par sublimation du benjoin et des autres baumes qui en renferment aussi. Il est sous forme d'aiguilles fines, blanches et nacrées. Il n'est pas sensiblement odorant : sa saveur est âcre et piquante. Cet acide possède les mômes propriétés que les baumes dont on l'extrait. Il s'emploie dans les mêmes circonslanoes, mais à des doses plus faibles. Ainsi on eu administre la poudre depuis dix jusqu'à trente grains.

Les autres genres de la famille des Diospyrées n'ont rien de remarquable par leurs propriétés médicales. Les fruits, dans le genre plaqueminier {diospyros), sont des baies charnues, d'une saveur aigrelette assez agréable, et que l'on mange dans les pays où croissent les différentes espèces.

AQUirOLI.VCÉES.

QLAR\NTE-NELVn>ME FAMILLE.

AQUIFOLIACÉES. - AQUIFOLIACEJE.

Le calice est h quatre ou six divisions profondes, oliluses et imbriquées latéralement. La corolle est monopétaîe, très profondément divisée en segmens imbriqués et étalés. Les élaraines, alternes avec les divisions de la corolle, sont insérées à sa base. L'ovaire est libre, immédiatement appliqué au fond de la fleur, sans disque ; il est épais et offre de deux à six loges contenant chacune un seul ovule pendant de son sommet. Le stigmate est presque sessile, et divisé en autant de lobes qu'il y a de loges à l'ovaire. Le fruit est un nuculaine contenant de deux h six nucules monospermes et indéhiscens, dont la graine se compose d'un petit embryon placé dans un gros endosperme charnu.

Les Aquifoliacées sont des arbres, des arbustes à feuilles alternes ou opposées , coriaces , quelquefois épineuses sur les bords, ayant des fleurs axillaires diversement groupées.

Le genre Houx {Ilex), qui sert de type à cette famille, avait été placé dans la famille des Rhamnées, dont il diffère par sa corolle monopétale, son insertion hypogyne, la structure de son ovaire et plusieurs autres caractères.

HOUX. - ÏLEX. L. J.

Calice à quatre divisions dressées; corolle monopétaîe, profondément divisée en quatre lobes • quatre étamines alternes avec les lobes de la corolle. Ovaire a quatre loges raonospermes , surmonté de quatre stigmates épais et sessiles. Fruit charnu contenant quatre nucules.

Arbres ou arbrisseaux à feuilles alternes, souvent persistantes et épineuses sur les bords.

Houx ÉPINEUX. Ikx aquifoliuin. L, Sp. 181. Blackw. t. 205.

Le houx est un arbre toujours vert, dont le tronc, recouv(!ri d'nno écorce lisse et vcrdAlrc, peut s'élever h une vingfainc de j'icds, en donnant naissance à un grand nombre de

ramifications. Ses feuilles sontaîlernes, presque sessiles, ovales, ondulées sur leurs bords dont les dents se prolongent en pointes épineuses. Leur surface supérieure est lisse, luisante ot d'un beau vert. Dans les individus très gros et très vieux, il n'est pas rare de trouver les feuilles entières et sans dents. Les fleurs sont petites, blanches, polygames, groupées à laisselle des feuilles. Leur calice est |)elit, à quatre divisions dressées et un pou ciliées. La corolle est monopétale, rotacée, à quatre divisions très profondes, étalées, obtuses; les élamines sont dressées et alternes avec les divisions de la corolle. On trouve sur le même individu des fleurs unisexuées, mâles ou femelles, et des fleurs hermaphrodites. L'ovaire ((st globuleux, déprimé, à quatre loges uniovulées. Le fruit est globuleux, pisiforme, déprimé, ombiliqué à son sommet, contenant quatre nucules osseux.

Cet arbre est fort commun dans les bois et les haies.

Propriétés et usages. Les feuilles du houx ont une saveur amère et assez désagréable. Leur décoction ou leur extrait augmente la perspiration cutanée. M. le professeur Chomel a fait connaître à l'Académie royale de médecine (séance du 19 janvier 1830) les résultats des expériences qu'il a faites à l'hôpital de la Charité , avec les feuilles de houx employées comme fébrifuges. M. Chomel a traité trente-deux malatles atteints de fièvres intermittentes de différens types, et dans aucun cas, il n'a remarqué aucun effet avantageux produit; l'insuccès a été complet. Néanmoins M. le docteur Emmanuel Rousseau a publié sur ce sujet un travail intéressant dont il a présenté les principaux résultats à l'Académie royale de médecine. Ce médecin dit avoir employé la poudre de houx avec succès, dans un grand nombre de cas de fièvres intermittentes de tous les lypts. Cette diversité d'opinions doit faire croire que ce médicament est peu efficace et surtout peu constant dans ses résultats. Selon Dodoens, les fruits seraient purgatifs à la dose de dix à douze. L'écorce intérieure du houx sert à préparer la glu, employée par les oiseleurs pour prendre les oiseaux, mais que Chomel recommande d'appliquer sur les tumeurs arthritiques douloureuses.

ÎÎRICINÉES. 4H

Le genre Houx produit encore deux autres espèces dont nous devons dire ici quelques mots. L'une est le Tké du Pû" ragitay fourni par VItex maie ou mieux llex Paraguayensis ^ menlionné par M. Auguste de Sainl-Hilaire , dans la relation de son voyage au Brc^sil, et dont il a donné la description dans ses plantes remarquables de ce beau pays. C'est un arbre ou un arbrisseau à feuilles oblongues , cunéiformes, lancéolées, un peu obtuses, offrant sur leurs bords des dents éloignées. Cet arbre est cultivé avec soin au Paraguay, pour la récolle de ses feuilles, qui sont fort usitées en infusion. M. de Saint- Hilaire l'a aussi trouvé sur la côte de Curitiba au Brésil. Cependant les Brésiliens, qui font une très grande consommation de cttte espèce de thé comme boisson d'agrément , la vont toujours chercher au Paraguay. L'usage du înalè comme boisson est excessivement répandu dans toutes les provinces de la partie sud de l'Amérique méridionale j dans les provinces de Saint-Paul, de Rio Grande do Sul du Brésil, dans les républiques Argentine, de la Plata, etc., cette infusion se prépare dans des vases très petits, quelquefois des calebasses , et l'on se sert d'un tube ou chalumeau pour l'aspirer.

La seconde espèce est V Apalachine ; ce sont les feuilles de VIlex vomUoriuni d'Alton, qui croît aux Florides. Les naturels du pays en préparent, après les avoir grillées, une boisson excitante, qu'ils prennent pour s'animer au combat. On a remarqué qu'elles agissent comme le thé. Cependant elles sont inusitées en Europe.

CINQUAÎNTIÈME FAMILLE.

ÉRICINÉES. - ERICINE^.

Ericœ et Bhododendra. Juss.

Les Ericinées sont des arbres ou des arbustes d'une forme élégante et d'un aspect agréable, dont les feuilles sont alternes, op|io.sées ou verticillées : les fleurs ordinairement disposées en épis on en grappes. Le calice est monosépale, persistant, divisé en qnalrc ou cinq lobes j la corolle, monopctalc, régulière, est

4*^ BOTANIQUli.

souvent persistante^quinquéparlie, offrant des glandes ncctarifèresàsa base interne : les staminés, ordinairement au nombre de buit ou dix, sont insérées à la base de la corolle, qui est périgynique ; les anlht'îres sont biloculaires, souvent terminées à leur base ou à leur sommet par deux appendices subulés, et s'ouvrent ordinairement par un simple petit trou pratiqué à la partie supérieure, plus rarement à la base de chaque loge. L'ovaire est libre et supère, ordinairement à cinq loges pluriovulées j le style et le stigmate sont simples. Le fruit est ordinairement une capsule à cinq loges et à cinq valves, lesquelles emportent, en s'écartant, tantôt une partie des cloisons sur leur face interne, tantôt ont leurs bords rentrans pour former les cloisons. Cette capsule est ordinairement accompagnée du calice. Plus rarement le péricarpe est charnu. Les graines sont petites et leur embryon est dressé au centre d'un endosperme cbarnu.

Kous avons, à l'exemple de M. Desvaux et de la plupart des botanistes modernes, réuni les deux familles des Bruyères et des Rosages de M. de Jussieu, distinctes seulement par le mode de déhiscence de leurs fruits, qui, dans les premières, s'ouvrent au moyen de valves enlevant les cloisons sur leur face interne, tandis que dans les seconds les bords rentrans des valves forment les cloisons. Ce caractère assez important n'est cependant pas suffisant pour établir deux familles distinctes, d'autant plus que ces deux modifications se rencontrent quelquefois l'une et l'autre dans certaines espèces d'un même genre , comme on l'observe, par exemple, dans le genre Bruyère.

Nous avons retranché de cette famille les genres dont l'ovaire est infère, pour en former la nouvelle famille des Vacciniées, qui diffère aussi par son fruit, qui est toujours une baie , ce qui est plus rare dans les véritables Ericinées.

r Fruit charnu.

ARBOUSIER. — ARBUTUS. L. J.

Calice étalé, à cinq divisions profondes : corolle lubulcuse, souvent renflée, terminée supérieurement par cinq dénis rcflcchicS; dix élamiucs incluses , dont les anthères sont append.-

KBlClNiiKS.

ruines ; baies à cinq loges contenant un« ou plusieurs graines.

Les arbousiers sont des arbustes, des arbrisseaux ou même des arbres, dont l'écorce est peu adhérente et s'enlève avec facilité} leurs fleurs sont axillaires ou terminales.

Arbousier i^ussemle. Jrùuius uva ursi. L. Sp. 566.

Nom pharmaceutique : u\'a ursi. Noms vulgaires : bitsserolle, buxerolle, raisin d'ours, etc. Partie usitée: les feuilles.

Petitarbuste rampant, dontla tige ligneuse, couchée à terre, est rameuse, glabre et longue d'un à deux pieds • les feuilles alternes, courtoraent pétiolées, ovales, presque obtuses, entières, très glabres, luisantes et d'un vert foncé en dessus, plus claires en dessous, épaisses et très fermes; en un mot, elles ont beaucoup de ressemblance avec celles du buis : de là les noms vulgaires de Busserole ou Buxerolle. Les fleurs ^ au nombre de huit à dix , sont disposées eu une sorte de capitule terminal , réfléchi, accompagnées chacune de trois bractées squammiforraes j deux latérales intérieures plus petites , obtuses ; une moyenne plus grande , extérieure , lancéolée, aiguë. Leur calice est très petit, étalé , profondément découpé en cinq divisions arrondies , obtuses. Leur corolle est monopétale, alongée , urcéolée , d'un blanc transparent , rétrécie de la base vers le sommet ; le limbe est petit , à cinq divisions dressées , obtuses , incombantes ; la base de la corolle offre dix petites bosses arrondies, transparentes , qui sont autant d'utricules remplies d'un suc nectaré. Les dix étaraines sont attachées à la base de la corolle ; plus courtes que le pistil , elles n'excèdent pas la moitié de la hauteur de la corolle; filets très gros à la base , puis terminés en pointe , poilus, aigus ) anthères ovoïdes, rouges, biloculaires , s'ouvrant par un trou ovale au sommet de chaque loge ^ portant à leur partie supérieure et postérieure deux appendices linéaires très aigus, rougeâtres. L'ovaire, globuleux, glabre, à cinq loges multiovulées , se termine par un style gros , cylindracé , que surmonte un stigmate aplati à cinq lobes peu marqués. Le fruit est une baie de la grosseur d'un pois, d'une couleur rouge plus ou moins intense , à cinq loges monospermes.

On Iroiivft communément ce pelit arbuste dans les montagnes alpines et subalpines , dans les Vosges, les Alpes et les Pyrénées. Ses fleurs s'épanouissent en juillet.

Propriétés et usages. Les feuilles de la busserole ont une saveur âpre et astringente , qui paraît être due au tannin et à l'acide gallique qu'elles contiennent. Long-temps vanté comme propre à dissoudre les concrétions urinaires, ce végétal , qui jouit d'une action excitante spéciale sur l'appareil sécréteur de l'urine, n'est plus considéré aujourd'hui que comme un médicament simplement diurétique, qui peut produire des effets avantageux dans la gravelle , en augmentant et favorisant la sécrétion de l'urine. Sa dose est d'un à deux gros en décoction dans une livre d'eau. Ses feuilles sont quelquefois employées dans le nord de l'Europe au tannage des cuirs, et surtout à la préparation du maroquin.

Dans le midi de la France , on mange les fruits de Yarbutus unedu L. , joli arbrisseau , haut de six à douze pieds, qui croît communément dans.les bois des provinces méditerranéennes. Ces fruits , de la grosseur d'une cerise, sont charnus, rougeâtres , mamelonnés, et ont quelque ressemblance avec une fraise : de là le nom d'arbre aux fraises ^ sous lequel on désigne communément cet arbrisseau. On mange également le fruit de la plupart des autres arbousiers exotiques.

2° Fruit capsulaire.

PYROLE. — PYROLA. L. J.

Calice presque plane, à cinq divisions^ corolle monopétale , rolacée, concave, à cinq lobes j dix étamines dressées, à anthères pendantes et sans appendices; style simple , terminé par un stigmate à cinq lobes Capsule à cinq loges polyspermes et à cinq valves.

Les pyroles sont des herbes vivaces , dont les fleurs forment ordinairement un épi au sommet d'un pédoncule radical. Elles sont rarement solitaires.

Pyrcle A FEUILLES RONDES. Pyrohi roiiuidlfoUa. L. Sp. 567. Wom pharmaceutique : pyrola major. Partie usitde : les feuilles.

C'est une petite plante vivace dont la racine est fibreuse et rampante ; la tige , que l'on pourrait également considérer comme une sorte de hampe , est garnie inférieurement de plusieurs feuilles très rapprochées , alternes, longuement pétiolécs, dressées , arrondies , entières , coriaces , glabres et luisantes sur leurs deux faces : la partie supérieure est droite, simple , haute de huit à dix pouces , garnie de quelques écailles écartées, et portant dans sa moitié supérieure des fleurs blanches, pédicel- Ices et recourbées, qui forment un épi terminal. Chaque fleur se compose d'un calice à cinq divisions étroites , aiguës, étalées^ d'une corolle monopétale concave , presque rotacée, à cinq lobes obtus et un peu inégaux; de dix étamines dressées , plus courtes que la corolle ; d'un ovaire à cinq loges polyspermes , terminé par un style décliné. Cette plante croît dans les bois ombragés d'une grande partie de la France. Elle fleurit en mai et juin. ^

Propriétés et usages. Les feuilles de la pyrole ont une saveur acerbe. On les employait jadis dans les différentes maladies qui réclament l'usage des Ioniques et des astringens , tels que les catarrhes chroniques , et surtout la diarrhée et les fleurs blanches. On en a également prodigué l'usage comme médicament vulnéraire dans les coups et les contusions. Mais ce médicament est aujourd'hui tombé dans un discrédit presque complet.

CHIMAPHILE. — CHIMAPHILA. Pursh.

Ce genre se dislingue des pyroles par les filets de ses étamines dilatées et son stigmate sessile. Ses fleurs sont disposées en ombelle simple.

Chimaphile a ombelle. Chimaphila umbullaia. Nutt. Gen, plant. Am. sept. 1, p. 274. Pjrola umbellata. h. Sp. 565,

Celte espèce est un petit arbuste dont la racine rampante

donne naissance h deux ou trois liges hantes de quatre à cinq pouces, portant vers leur partie moyenne des feuilles cunéiformes alongées , à dentelures profondes , coriaces , lisses et glabres des deux côtés. Les fleurs sont blanches , assez grandes, pédicellées, et forment une sorte de corymbe ou d'ombelle simple au sommet d'un pédoncule commun , long de deux à trois pouces , qui est la continuation de la tige. Chaque fleur offre un calice étalé, à cinq divisions lancéolées, aiguës, un peu glanduleuses et ciliées sur les bords; une corolle étalée, un peu concave, à cinq lobes très obtus, séparés par des incisions extrêmement profondes; dix étamines écartées^ plus courtes que la corolle , ayant les filets dilatés et ciliés sur les bords, et les anthères violettes, s'ouvrant par deux pores à leur sommet. La capsule est globuleuse , un peu déprimée , à cinq côtes, et s'ouvre en cinq valves.

On trouve cette plante dans les forêts du nord de l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique septentrionale. ^

Propriétés et usages. Les feuilles de cette plante ont une saveur à la fois douce et amère ; dans la lige et les racines il s'y joint une âprelé assez marquée, due principalement à une petite quantité de tannin qui s'y trouve contenue. Ce médicament est encore fort peu employé en Europe ; mais les médecins de l'Amérique septentrionale en font le plus grand cas. Il paraît que son mode d'action est à peu près le même que celui de la busserole, mais qu'il est encore plus puissant. C'est surtout dans la strangurie et la colique néphrétique qu'on l'emploie comme un remède palliatif très avantageux, surtout quand ces maladies sont occasionnées par des graviers amassés dans les reins. La propriété diurétique de celte plante n'est pas moins utile dans les différens cas d'hydropisie, et surtout dans l'ascite. Elle paraît détei-miner une excitation spéciale sur le système absorbant. Enfin, les Américains l'administrent encore comme un stimulant externe, appliqué sous forme de topique dans les différens ulcères atoniques, et même le cancer.

Ce médicament se donne en décoction, à la dose de deux gros des feuilles dans deux livres d'eau,

ÉRICINÉES.

ROSACE. - RIIODODENDRUM. L. J.

Calice à cinq dents; corolle infandibuliforme, évasée, à cinq lobes ; étamines déclinées, dépourvues d'appendices; capsule à cinq loges, s'ouvrant en cinq valves, dont les bords rentrans forment les cloisons.

Toutes les espèces de ce genre sont des arbrisseaux toujours verts, d'un port élégant, dont les fleurs rouges ou jaunes sont grandes et forment des bouquets terminaux au sommet des ramifications de la tige.

Rosace ferrugineux. Rhododenclruinfernigineum. L. Sp. 562.

Ce joli arbrisseau fait l'ornement des régions élevées des Alpes et des Pyrénées, où il croit de préférence dans les escarpemens et les fentes des rochers calcaires. Sa tige peut avoir d'un à deux pieds de hauteur : elle se divise en rameaux tortus et difformes, portant à leur extrémité supérieure des feuilles courtement pétiolées, ovales, lancéolées, entières, persistantes, glabres, et d'un vert foncé à leur face supérieure, velues et comme ferrugineuses en dessous. Les fleurs, d'un beau rouge, mais d'une odeur désagréable, sont grandes et disposées en bouquets à l'extrémité des rameaux. Leur calice est court; leur corolle évasée, inclinée vers la partie inférieure ; ses cinq lobes sont un peu inégaux ; sa partie inférieure est marquée de petits points glanduleux.

Cette plante est connue dans les Alpes sous les noms de rosage ou laurier-rose des Alpes. Elle fleurit vers les mois de juin et de juillet.

Propriétés et usages. En Sibérie et dans le nord de la Russie , les habitans emploient fréquemment , et avec une sorte de sucéès, les feuilles et les fleurs d'une autre espèce de ce genre , originaire de ces contrées , décrite par Pallas sous le nom de Rhododendrum chrysanthuni , comme très efficace dans une foule de maladies , et surtout contre les affections chroniques de la peau , le rhumatisme , la syphilis , etc. Plusieurs médecins , et surtout Yillars , ont cherché à découvrir si nos rosages indigènes, et parliculièreoient le ros9gQ ferrugineux, ne possé- 3, 27

aOTANlQtJE.

daieiil point des propriétés analogues à celles du rosage à fleurs jaunes. Il paraît qu'en effet l'espèce de nos Alpes agit de la môme manière que l'espèce de Sibérie, et détermine des sueurs abondantes, lorsqu'on l'adminislre à la dose d'un à deux gros eu infusion ou en décoction dans deux livres d'eau. Cependant ce médicament est tout à fait inusité dans les villes, et son usage ne s'étend pas au delà des régions montueuses où il croît ordinairement.

Propriélés médicales et usages des É ri ci nées.

Une saveur acerbe plus ou moins intense se fait généralement remarquer dans tous l-s organes des végétaux qui forment la famille des Éricinées. Celte saveur, souvent âpre et -astringente dans les feuilles de la busserole, de la pyrole , est un peu âcre dans les Rosages. Cette âcreté prend dans le genre Kalmia un développement assez considérable pour en rendre les espèces suspectes et même délétères. Aussi , au rapport de tous les médecins de l'Amérique du Nord, le kalmia latifolia, arbrisseau des plus élégans , tant par la beauié de son feuillage toujours vert que par l'élégance et la coloration de ses fleurs, est un végétal très dangereux, que l'on regarde généralement comme un poison pour les jeunes animaux. Cependant le docteur Bigelow (1) remarque qu'il n'a jamais pu s'assurer de la vertu narcotique attribuée à ses feuilles , quoiqu'il ait tenté à cet égard un grand nombre d'expériences : et ce célèbre professeur pense que ses effets délétères sur les jeunes animaux dépendent de la grande quantité de résine qu'elles contiennent. Celte âcreté se retrouve encore dans quelques autres genres du même groupe. Ainsi , un grand nombre d'auteurs, tant anciens que modernes , ont fait connaître l'action délétère du miel dont les abeilles ont recueilli les matériaux dans les fleurs de Vaznlea pontica. Ce fait, dont on a souvent nié l'existence, se trouve entièrement d'accord avec les propriétés que l'on a reconnues dans \e& kalmia , propriétés qui existent

(1) American médical botany, with coloured engravings, hy 3. Bige» low, fasc, t, 3. Doston , 1817, 1818, lSt9.

ÉRICINIÎF.S. 4^9

également dans plusieurs rosages, dans le îedum palustre y V andromeda Jiiariana , etc.

Dans les Éricinées à fruits charnus , tels que les arbousiers , ces fruits ont en général une saveur aigrelette et agréable , et sont fort recherchés dans les pays où ils parviennent à maturité.

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