‹ Élémens d'histoire naturelle médicale (volume 3)Chapitre 91 sur 187 · CINQUANTE-DEUXIÈME FAMILLE · texte numérisé non relu

CINQUANTE-DEUXIÈME FAMILLE

CAMPANULACÉES. — CAMPANULACEM.

Celte famille se compose en général de végétaux herbacés, annuels ou vivaces, ayant des feuilles alternes et des fleurs solitaires ou disposées en capitules ou en épis. Leur calice, qui est adhérent par sa base avec l'ovaire infère, a son limbe partagé en quatre ou cinq divisions. La corolle est toujours monopétale; le plus souvent elle est régulière,- plus rarement elle est irrégulière et à cinq lobes. Les étamines, dont le nombre égale celui des lobes de la corolle , alternent avec eux ; elles sont tantôt libres et distinctes les unes des autres, tantôt rapprochées et intimement soudées. L'ovaire , qui est infère ou semi-infère, offre de trois à cinq loges, contenant chacune un grand nombre d'ovules ; un seul style naît du sommet de l'ovaire, et se termine supérieurement par un stigmate à deux, trois ou cinq lobes. Le fruit est une capsule couronnée par les lobes du calice : elle présente de trois à cinq loges , qui s'ouvrent le plus souvent par des trous qui se pratiquent sur ses

CAMPA.NULÀCÉES. 4^3

parties latérales , ou bien au moyen de valves , entraînant avec elles une partie des cloisons. Les graines, qui sont attachées à l'angle interne de chaque loge, contiennent, dans un endosperme charnu , un embryon axile et dressé.

V Corolle régulière; élamines distinctes, (campanulacées.)

CAMPANULE. — CAMPANULA. L. J.

Calice à cinq lobes, dont les sinus sont quelquefois membraneux et pendansj corolle monopétale régulière, campaniforme, à cinq lobes : étamines à filamens élargis vers la base j anthères linéaires, roulées en spirale après la fécondation j style terminé par un stigmate à trois ou cinq lobes; capsule à trois ou cinq loges polyspermes , couronnée par les lobes du calice, et s'ouvrant ordinairement par des trous qui se forment sur les parties latérales.

Plantes herbacées, un peu lactescentes, à feuilles alternes, à fleurs axillaires ou disposées en épis.

Campanule raiponce. Campanula rapunculus. L. Sp. 232.

Sa racine est bisannuelle, perpendiculaire, un peu rameuse, très blanche. Sa lige est dressée d'environ deux pieds de hauteur, divisée supérieurement en rameaux paniculés -, les i euilles inférieures, étalées sur le sol, sont alongées, un peu sinueuses et velues; les supérieures sont étroites, lancéolées, aiguës, sessiles, glabres, un peu écartées les unes des autres. Les fleurs sont bleues, de moyenne grandeur, et forment une sorte de panicule dressée à la partie supérieure de la tige. Les divisions du calice sont étroites, entières et aiguës • les lobes de la corolle sont peu profonds.

Cette plante est fort commune dans les lieux incultes, sur le bord des chemins et des fossés ; elle fleurit pendant les mois de juin et de juillet.

Propriclés et usages. On cultive la raiponce dans nos jardins potagers, pour recueillir sa racine au printemps, avant qu'elle ait poussé la tige. Elle est assez fade, mucilagineuse, et on la mange en salade.

2" Corolle irréguliôre ; étainincs soudées. (LOBÉLtAciius (1).)

LOBÉLIE. — LOBELIA. L. J.

Calice adhérent ; limbe à cinq divisions • corolle irrégulière, tubuleuse , souvent fendue ; limbe à cinq lobes, bilabié ; étamines soudées par les fdels et les anthères; style terminé par un stigmate ordinairement bilobé; capsule semi-infère, couronnée par le calice , à deux loges , qui s'ouvrent en deux valves.

Les lobélies sont des végétaux herbacés et quelquefois ligneux et arborescens, souvent lactescens, ayant les feuilles alternes, et les fleurs disposées en épis ou en grappes,

LoBÉLiE SYPHILITIQUE. Lobelia syphilidca. L. Sp. 1320. Nom pharmaceutique : lobeliœ radix. Partie usitée : la racine.

Originaire des forêts de l'Amérique septentrionale , cette plante présente une tige herbacée , simple, droite, haute d'un à deux pieds, anguleuse , velue , surtout inférieurement j des feuilles alternes , sessiles, rapprochées, étalées, lancéolées, légèrement pubescentes , irrégulièrement denticulées et un peu sinueuses sur leurs bords. Ses fleurs , violacées , solitaires à l'aisselle des feuilles, courtemcnt pédonculées , forment au sommet de la tige un épi très alongé , entrecoupé de feuilles. Leur calice est à cinq divisions très profondes , ciliées, lancéolées , très aiguës, se prolongeant à leur base au dessous de leur point d'insertion sur le tube, formant une gouttière profonde par le rapprochement de leurs bords. Le tube très court est à peu près hémisphérique et à dix côtes saillantes, irréguliôres. La corolle est monopétale, irrégulière, bilabiée, insérée au haut du tube du calice : le lube est recourbé, un peu évasé supérieurement , fendu jusqu'à sa base dans sa portion supérieure : le limbe est bilabié. Les étamines , au nombre de cinq, sont sym-

(1) M. de Jussieu et mon père ont séparé ce genre des Campanulacées pour en former une famille, qu'ils ont nommée Lobéliacées ; mais les caractères dislinctifs de celte nouvelle famille ne nous ont pas paru aisez tranchés pour en autoriser la séparation d'avec les campanules.

CAMPANULACÉES. 4^5

physandres, c'est ù dire monadelphes et synanlhères à la fois , saillantes supérieurement, à travers la fente de la lèvre supérieure , insérées, en dedans de la corolle, au sommet du tube du calice. Filets violacés distincts et libres dans leur tiers inférieur, réunis et soudéssupérieurement; anthères rapprochées et soudées en un tube court, un peu recourbé supérieurement, les supérieures étant un peu plus prolongées, les deux inférieures terminées chacune à leur sommet par un petit bouquet de poils en forme de pinceau. L'ovaire est semi-infôre , à deux loges, renfermant chacune un très grand nombre d'ovules attachés à un trophosperme saillant sur la cloison ; le style est simple, cylindrique^ glabre, un peu plus long que lesétamines, dans le tube desquelles il est d'abord contenu , puis recourbé et un peu renflé à sa partie supérieure. Stigmate violet, formé de deux lames glanduleuses d'abord rapprochées, ensuite étalées, offrant à leur base un cercle annulaire de petits poils blancs et soyeux. Le fruit est une capsule anguleuse, s'ouvrant en deux valves.

Propriétés et usages. Toute la plante est lactescente, et répand une odeur un peu vireuse lorsqu'on la froisse entre les doigts. Sa racine, qui se compose d'une touffe de fibres grêles et blanchâtres , a une saveur âcre , assez analogue à celle du tabac. Elle a été analysée par M. Boissel pharmacien ( Bull, phnrm. j àéccmhYQ 1824), qui en a retiré: 1° une matière grasse de consistance butyreuse j 2° du sucre incristallisable infermentescible j 3° une matière mucilagineuse j 4° du malate acide de chaux j 5° du malate de potasse 3 6° des traces d'une matière amère très facilement altérable j 7° des muriate et sulfate de potasse , phosphat-^ de chaux, des traces de silice et d'oxide de fer, 8" du ligneux. Donnée à faible dose, sa décoction excite la transpiration cutanée; à dose un peu plus élevée, elle augmente les déjections alvines , et enfin agit quelquefois comme vomitive , si elle est plus rapprochée. M. Eoissel , que nous venons de citer, dit que l'extrait qu'il a fait prendre à plusieurs animaux n'a jamais provoqué le vomissement. Cette racine jouit, auprès des médecins de l'Amérique, d'une très grande réputation dans le traitement de la syphilis , et ils l'ad-

minislrent quelquefois seule, d'antres fois en y joignant l'usage du mercure. Les Canadiens l'employaient depuis long-temps et en faisaient un secret que le docteur Jonhson parvint à leur arracher; il le communiqua au voyageur Kalm , qui le fit connaître en Europe , vers l'année 1756. On s'en sert très peu en Europe , malgré les essais tentés il y a une cinquantaine d'années par Dupau, qui dit avoir constaté son efficacité dans un grand nombre de cas.

Propriétés médicales et usages des Campaniilacées.

Presque toutes les plantes de cette famille sont lactescentes. Le suc laiteux qu'elles renferment offre une amertume et souvent une âcreté fort remarquables. Assez généralement, dans le groupe des Campanulacées , la présence d'une assez grande quantité de mucilage masque l'amertume du suc laiteux, ainsi qu'on l'observe surtout dans ces végétaux , lorsqu'ils sont encore jeunes et qu'ils abondent en principes aqueux; aussi dans cet état en mange-t-on plusieurs , tels que la raiponce , les jeunes pousses du phjtenma spicata , qui plus tard deviennent âcres et amères. Cette àcreté distingue plus spécialement le groupe des Lobélies, où elle est assez intense pour rendre plusieurs espèces corrosives et délétères : tels sont en Europe le Lohelia urens et en Amérique les Lobelia tupa et L. longiflora , qui , appliqués sur la peau , en déterminent l'inflammation , et produisent des vomissemens douloureux et l'inflammation des organes digestifs , lorsqu'ils sont donnés à l'intérieur.

Page 1