‹ Élémens d'histoire naturelle médicale (volume 3)Chapitre 97 sur 187 · Partie usitée : les feuilles · texte numérisé non relu

Partie usitée : les feuilles

L'estragon , qui est originaire de la Sibérie , est cultivé dans les jardins. Il présente une tige herbacée , dressée , rameuse, cylindrique, glabre, haute d'environ deux pieds; des feuilles

alternes, entières, sessiles, lancf-olées , très étroites, glabres et charnues. Ses fleurs sont petites , disposées en une sorte de panicule alongée , composée de petits épis axillaires. Chaque capitule est petit , globuleux , formé de fleurons jaunâtres. L'involucre commun est presque globuleux , formé de sept ou huit folioles charnues, glabres , ovales , inégales. Le réceptacle est garni de soies. Les fruits sont sans aigrette. L'estragon fleurit en août et en septembre. 1^ Propriétés et usages. Les feuilles de l'estragon, quand on les mâche, ont une saveur .iromatique fraîche qui pique fortement la bouche. C'est un médicament stimulant, qui agit de la même manière que les végétaux appelés vulgairement anliscorhuliques. Mais on l'emploie plus fréquemment comme condiment dans la salade et les préparations culinaires , que comme médicament.

Armoise de Judée. Artemisia judàica. L. Sp. Mant. p. 111.

Noms pharmaceutiques : santolina , semen contra vernies. Noms vulgaires : semen contra, sementine, barbotine, etc. Parties usitées : les fruits et les capitules.

C'est dans l'Arabie , la Judée et les contrées boréales de l'Afrique , que croît naturellement cette armoise , qui est un arbuste d'un à deux pieds d'élévation. Sa tige est rameuse , comme paniculée , pubescente et d'un gris cendré • elle porte des feuilles petites , ovales , obtuses , cotonneuses , découpées en plusieurs lobes^ celui du milieu plus long que les autres. Les fleurs sont jaunâtres^ petites, presque globuleuses , pédonculées , formant une sorte de panicule un peu resserrée , très alongée. L'involucre est composé de petites folioles imbriquées, cotonneuses et blanchâtres. Le réceptacle est plane. Les fruits sont ovoïdes , alongés , un peu striés , sans aigrette.

Propriétés et usages. Les capitules, les fruits et les ramifications supérieures de cette plante , mélangés à ceux d'une autre espèce du même genre qui croît en Perse , et que Linné a nommée artemisia contra, sont connus dans le commerce sous les noms de semen contra et de sementine. On en distingue deux variétés ; le semen contra du Levant et celui de la ]Barbarie. Le

SYNANTHÉRÉES. ^6^)

premier est le plus estimé ; il est verdAlre , et se compose de capitules de fleurs entiers ou brisés , de petits fruits ovoïdes alongés , et de pédoncules. Son odeur est assez agréable,- sa saveur aromatique, chaude, ressemble un peu à celle de l'anis. Le second, ou celui de Barbarie, est beaucoup plus répandu dans le commerce; il est formé de petits boutons blanchâtres non développés, et de fragmens de feuilles et de pédoncules. Son odeur est plus forte, moins agréable , et sa saveur plus âcre.

Le semen contra est composé , suivant Tromsdorff, d'huile volatile, résine amère dure, extrait amer : il contient en outre un principe cristallisé, la santonine, qu'on prépare, suivant Kahl , en distillant la teinture éthérée de semen contra. Il se forme des cristaux de santonine dans le résidu oléagineux. Elle se présente sous forme de cristaux blancs , insipides , inodores, volatils, insolubles dans l'eau. On prétend que la santonine a des propriétés vermifuges prononcées ; à la dose de 6 à 8 grains , M. Bouillon-Lagrange a démontré que l'essence de semen contra jouissait également de propriétés vermifuges très prononcées.

C'est principalement comme vermifuge qu'on prescrit le 5emen contra, La dose est d'un scrupule pour les enfans ^ dose que Ton porte à un gros pour les adultes. Ce médicament se donne ou en poudre que l'on mêle avec des contîtures, ou l'on en fait des bols afin d'en faciliter l'administration, surtout pour les enfans. Le plus souvent on y associe l'usage des purgatifs, tels que le mercure doux ou la rhubarbe.

Les fruits et les capitules de plusieurs autres espèces d'armoise jouissent absolument des mêmes propriétés que la sementine, et pourraient lui être substitués. Ainsi l'absinthe commune est un puissant anthelminlique, et l'armoise des champs possède une action non moins énergique.

En général, la plupart des espèces du genre armoise sont ou peuvent être employées en médecine. Presque toutes sont araères et aromatiques ; ainsi l'aurone des jardins {artemisia abrotanum L. ) , que l'odeur agréable de citron exhalée par ses feuilles a fait nommer citronnelles l'armoise des glaciers {arta^

466 ^OTAPJIQUÇ.

misia glaciaiis |^.),ou ^eiiipi des Alpes, et plusieurs autres, peuvent, dans plusieurs cas, remplacer l'absinthe, bien qu'elles n'aient pas la niême intensité dans leurs propriétés.

TANAISIE. — TANACETUM. L. J.

Involucre hémisphérique, formé d'écaillés imbriquées, scarieuses sur les bords; fleurons du centre hermaphrodites, tubuleux, à cinq lobes; ceux de la circonférence femelles pt à trois lobes ; fruits couronnés par une membrane circulaire entière.

Tanaisie commune. Tanacetum vulgare. L. Sp. 1148. Blackw.

«oms pliarmaceutiques : tanacetum sive athanasia. Noms vulgaires : tanaisie, herbe aux vers. Partie usitée ; les sommités fleuries.

La tanaisie croît très communément dans les lieux incultes, sur le bord des chemins. Sa racine, qui est vivace, produit plusieurs tiges dressées, fermes, cylindriques, striées, rameuses, hautes de deux à trois pieds, sur lesquelles naissent des feuilles alternes, sessiles, profondément pinnatifidts, à divisions alongées, presque pinnées. Les fleurs, d'un jaune doré, sont disposées en corymbe à l'extrémité des rameaux. Leur involucre, presque plane, se compose de deux ou trois rangs d'écaillés imbriquées, très serrées, scarieuses et sèches à leur partie supérieure 3 le réceptacle est convexe tt nu.

Les fruits sont ovoïdes along^s, surmontés d'un rebord membraneux, circulaire et entier.

Propi 'élès et usages. Les sommités fleuries de la tanaisie répandent une odeur aromatique extrêmement forte et désagréable 3 leur saveur est amère, âcre et chaude C'est une substance essentiellement stimulante, et qui contient une grande quantité d'huile volatile. II est peu de maladies contre lesquelles les anciens n'aient pas cru devoir prescrire celte plante; mais les modernes ont de beaucoup diminué sa haute réputation, et maintenant c'est [>resque uniquement comme vernnfuge qu'on remploie. On l'aduiinislre encore quelquefois dans l'hystérie, l'aniénorrhée, mais assez rarement. On la prescrit tantôt qn.ifi-

STNANTII]ÎR££6. 4^7

fusion, tantôt en poudre ; quelquefois cV«t sous forme de lavemens qu'on en fait usage, surtout dans l'hystérie. Son eau distillée et son huile essentielle sont presque tombées dans un oubli complet. M. Peschier, de Genève, a trouvé dans la tanaisie une huile essentielle, un principe amer, etc. (V. Journ, cliini. mêd. 3, p. 58.)

BALSAMITE. — BALSAMITA. Desf.

Ce genre, autrefois confondu avec les tanaisies, s'en distingue par ses fleurons, tous quinquéGdes et hermaphrodites, et par ses fruits couronnés d'une membrane unilatérale.

Balsamite odorante. Balsamita suai'eolens. Desf. Tanacelum balsamita. L. Sp. 1148.

Noms pharmaceutiques : balsamita sive coslus hortorum. Noms vulgaires : grand baume, coq des Jardins, menthe coq, menthe Notre- Dame, etc. Partie usitée : les sommités fleuries.

Ses tiges, qui s'élèvent d'une racine vivace et fibreuse, sont dressées, hautes de deux à trois pieds et plus, très rameuses à leur partie supérieure, blanchâtres, et comme pulvérulentes. Les feuilles radicales sont longuement pétiolées, elliptiques?, alongéesj, obtuses, régulièrement dentées, d'un vert clair, ét pulvérulentes j cellts de la tige sont sessiles. Les capitul«^s sont fort nombreux, et forment par leur réunion une sorte de corymbe terminal. L'involucre est hémisphérique, composé d'écaillesinubriquées, un peu scarieuses sur les bords; le réceptacle est plane et nu ; les fleurons sont tous hermaphrodites, à cinq divisiojis, et très serrés les uns contre les autres. Les fruits offrent ^ leur sommet une petite membrane unilatérale. On trouve celte plante dans les lieux incultes des provinces méridionales de la France : on la cultive fréquemment dans les jardins. ^

Prop/'iéiés et usages. Une odeur forte, aromatique et agréable, une saveur anière et chaude, doivent iaire considérer la balsamite comme un stimulant très énergique. Aussi autrefois a-t elle joui d'une grande réputation, surtout comme antispasmodique. En la faisant macérer dans l'huile, on préparait unp huile (de baume, dont l'usage était très répandu, pour appli-

4^8 BOTANIQDI.

quer sur les plaies, et en particulier sur les contusions. Aujourd'hui les praticiens ont presque entièrement abandonné ce médicament, dont l'énergie est cependant incontestable. Sa saveur et son odeur plus agréables devraient, dans beaucoup de cas; lui faire accorder la préférence sur la tanaisie, dont au reste il possède toutes les propriétés.

MAïRICAIRE. -■ MATRICARIA. L. J.

Involucre hémisphérique, composé d'écailles imbriquées; réceptacle conique , sans paillettes. Fleurons du centre hermaphrodites et fertiles, donnant des fruits sans aigrette.

Ce genre ne diffère des camomilles {anthémis) que par son réceptacle dépourvu de paillettes.

Matricaire officinale. Matricariapartheniiim. L. Sp. 1255. Bull. t. 205.

Nom pharmaceutique : matricaria. Noms vulgaires : matricaire , espargoutte. Partie usitée : les sommités fleuries.

Celte espèce est tantôt pubescente, tantôt glabre , par l'effet de la culture. Ses tiges sont droites , rameuses et paniculées vers leur sommet , fermes , cylindriques , striées , glabres. Ses feuilles sont ailées , larges , à folioles pinnatifides , dentées et aiguës. Fleurs radiées , solitaires à l'extrémité d'un pédoncule assez long , disposées en panicules. Celles du disque sont jaunes , celles de la circonférence sont blanches. Involucre commun , presque hémisphérique , composé d'écailles scarieuses sur leurs bords et imbriquées. Réceptacle nu , convexe , ponctué. Demi-fleurons de la circonférence femelles, fertiles, à trois dents obtuses. Fleurons du disque jaunes, hermaphrodites, fertiles. Les fruits sont sans aigrette , et surmontés seulement d'un rebord membraneux très court.

La matricaire croit dans les lieux cultivés et près des habitations. Elle a une odeur aromatique et forte , une saveur chaude etamère. On l'emploie à titre de stimulant, particulièrement dans l'aménorrhée, les flueurs blanches qui dépendent de causes débilitantes générales ou locales. Ses usages et ses préparations sont à peu près les mômes que ceux de la camomille.

SYNANTHKRÉES. J^ÔQ

Matricaire camomille. Matj'icaria chamomilla. L. Sp. 1256.

Blackw. t. 298.

Nom pharmaceutique : chamœmeUimvulgare. Nom vulgaire : camomille ordinaire. Partie usitée : les sommités fleuries.

C'est dans les champs cultivés et au milieu des moissons que l'on trouve la camomille vulgaire. Elle offre une tige dressée , glabre, rameuse et comme paniculée dès sa base, haute d'environ un pied ; des feuilles sessiles, épaisses et charnues, profondément pinnalifides , à segmens linéaires , écartés , bi ou trifides. Les fleurs sont assez petites , solitaires à l'extrémité des ramiQcations de la tige, qui sont alongéeset un peu sillonnées longitudinalement. Les rayons sont blancs et réfléchis. Les fleurs du centre sont jaunes. L'involucre est presque plane, composé d'écaillés alongées , glabres , scarieuses sur leurs bords. Le réceptacle ou phoranthe est conique , saillant et nu. Les demifleurons delà circonférence sont femelles ; leur limbe offre à son sommet trois petites dents. Les fleurons du centre sont très petits , réguliers, hermaphrodites. Les fruits sont ovoïdes^ dépourvus d'aigrette.

Propriétés et usages. La matricaire camomille jouit des mêmes propriétés que la camomille romaine {anthémis nol?iUs), c[uoique à un plus faible degré. Elle est moins fréquemment employée , mais elle peut fort bien la remplacer. Autrefois même on la préférait généralement à cette dernière. Mais son arôme est moins suave, et son amertume moins intense ; en sorte que les praticiens modernes prescrivent plus fréquemment la camomille romaine. Voy. Camomille romaine.

SOUCL -CALENDULA. L. J.

Involucre cylindrique , un peu renflé inférieurement, composé d'écaillcs unisériées • les fleurons du disque sont mâles et stériles j les demi-fleurons sont femelles et fertiles - récej;tacle plancj fruits irréguliers, recourbés et hérissés en dehors, situés à la partie extérieure du capitule.

BOXÀNTQOX.

Souci officinal. Calendula officinalis. L. Sp. 1304. Blackw.

IVoin pharmaceutique : calendula. Nom vulgaire : souci des jardins. Partie usitée : les sommités fleuries.

Nous cultivons souvent dans nos parterres celte plante annuelle, à cause de la beauté de ses fleurs , qui sont d'un jaunfe orangé très vif. Sa tige, dressée, est rameuse, cylindrique, un peu anguleuse, velue, haute d environ un pied. Ses feuilles sont alternes, sessiles, obovales, obtuses, rétrécies inférieurement, entières et obscurément sinueuses sur leurs bords, ?un peii charnues, légèrement pubescentes des deux côlés. Au sommet des ramifications de la tige sont des fleurs solitaires , radiées , grandes, d'une couleur jaune-orangé très éclatante. Leur involucre est presque plane , formé d'une seule rangée d'écaillés lancéolées, linéaires, aiguës, un peu hispides. Le phoranthe est convexe et nu. Les fleurons du centre sont réguliers et mâles : les demi-fleurons de la circonférence , situés sur plusieurs rangs, sont femelles et seuls fertiles. Les fruits n'occupent que la partie externe du capitule : ils sont irrégulièrement recourbés , convexes en dehors et couverts d'aspérités.

On trouve cette plante dans les lieux cultivés, les vignes, etc. Propriétés et usages. Toute la plante exhale une odeur aromatique peu suave, etofl're une saveur amère et un peu âcre. Elle possède une action stimulante, dont on a surtout remarqué les bons effets dans l'aménorrhée accompagnée de symptômes de faiblesse. Aussi est-ce principalement à ce titre d'emménagogue que l'on pre scrivait autrefois i'mfusion des fleurs de souci des jardins. D'autres lui ont accordé une vertu antispasmodique, et en ont recommandé l'usage dans les affections nerveuses, l'hystérie , etc. Cependant aujourd'hui les médecins ont presque entièrement banni de leur pratique les sommités du souci.

On a accordé à peu près les mômes propriétés au souci des i champs ( calendula arvensis L. ) , qui croit en abondance dans i les champs «t dans les vignes, aux environs de Paris.

SYNANTHÉHÊES.

Fruit couronné d'une aigrette.

ARNIQUE. — ARNICA. L. Juss.

Involucre un peu évasé, formé d'écailIes ordinairement unisériées; réceptade plane ; fleurons du centre hermaplirodites, à cinq dents ^ demi-fleurons de là circonférence femelles et à trois dénis ; fruits alongés ^ tous couronnés d'une aigrette sessile et plumeuse (1).

Armque des montagnes. Arnica montana. L. Sp. 1245.

Nom pharmaceutique : arnica. Noms Tulgaires : tabac des Vosges, bétoine des montagnes, plantain des Alpes, etc. Parties usitées : la racine , les fleurs.

L'arnique des montagnes présente une racine vivace , noirâtre, horizontale , donnant naissance à des fibres brunes et grêles. Ses feuilles sont sessiles , ovales, obtuses, entières, un peu puhescentes à leur face supérieure , d'un vert clair, surtout inférieurement ; elles forment une espèce de rosette à la base de la tige 3 celle-ci est simple, haute d'environ un pied, cylindrique , striée , pubes iente , portant une ou deux petites feuilles amplexicaules , et terminée par une ou plusieurs fleurs grandes, d'un beau jaune doré, d'environ deux pouces de diamètre. Leur involucre est évasé, formé d'écaillés lancéolées, velues, unisériées; les fleurons du disque sont réguliers et hermaphrodites 5 les demi-fleurons de la circonférence sont très grands et femelles. Les fruits sont alongés , pubescens , surmontés d'une aigrette sessile et légèrement plumeuse.

Ou trouve cetle plante dans les montagnes des Vosges , des Alpes , de l'Auvergne et des Pyrénées. IJL

Propriétés et usages. M M. Lassaigneet Chevallier ont soumis à l'analyse chimique les fleurs d'arnica , et en ont retiré une résine odorante , une matière amère , nauséabonde, une matière colorante jaune , de l'acide gallique, de la gomme, de l'albumine et quelques sels. Lorsque la plante est récente,

0) Tous les auteurs disent que l'aigrette est poilue; elle est certainement plumeuse dans l'arnique des montagnes.

47^ BOTANIQUK.

elle répand une odeur assez for le pour exciter l'éternument chez les individus qui la sentent. Mais cette odeur s'affaiblit beaucoup par la dessiccation. Sa saveur , surtout celle de la racine, est amère , àcre et nauséabonde. L'arnica doit être regardée comme un médicament stimulant, mais d'un genre particulier. Ainsi , outre l'excitation qu'elle détermine dans les voies digestives , excitation qui occasionne souvent des vomissemens ou des déjections alvines abondantes, le cerveau en reçoit une impression plus ou moins forte , qui se manifeste par une vive céphalalgie , des mouvemens spasmodiques des membres , la difficulté de respirer , etc. Cette action décèle dans cette substance la propriété de modifier puissamment l'état actuel de nos organes. Aussi plusieurs médecins, surtout en Allemagne, ont-ils singulièrement vanté l'usage des fleurs et de la racine d'arnica contre plusieurs maladies fort différentes. Ainsi les fièvres intermittentes ont été combattues avec succès par ce remède , au rapport de Sthal et de Stoll ; le premier l'a également employé contre la dysenterie. D'autres l'ont prescrit contre diverses affections nerveuses , telles que la paralysie , l'amaurose, etc. M. Neumann , de Dresde, prétend avoir employé avec succès son infusion , donnée k l'intérieur , contre une cataracte. Il se servait en même temps du collyre suivant : fleurs d'arnica, une once^ vinaigre distillé, une livre. Faites bouillir et digérer pendant quatre heures^ ajoutez du carbonate d'ammoniaque jusqu'à saturation complète. Enfin , on l'a mis encore en usage contre une foule d'autres maladies très différentes les unes des autres, comme la goutte , le rhumatisme, la néphrite , etc.

L'infusion des fleurs d'arnica jouit en quelque sorte d'une réputation populaire pour remédier à la commotion du cerveau, à la suite des chutes ou des coups portés à la tête. De là le nom vulgaire de panacœa lapsorum , sous lequel on trouve l'arnica indiquée dans quelques ouvrages.

Les feuilles sèches et réduites en poudre sont employées comme sternutatoires. Dans quelques pays de montagnes , on s'en sert au lieu de tabac, soit pour priser , soit même pour fumer.

STNANTHÉRÉES.

C'est principalement en infusion que l'on prescrit les fleurs ou la racine d'arnica , soit dans l'eau, soit dans le vin , ou une bière k'^gère. La dose varie d'un gros à une once du médicament pour une ou deux livres de liquide , suivant l'intensité des effets qu'on veut jiroduire. On peut également prendre la poudre depuis un demi-gros jusqu'à un gros , en l'incorporant dans un électuaire quelconque.

AUNÉE. — INULA (1). L. Juss.

Involucre imbriqué, formé d'écaillés souvent appendiculées^ fleurons du centre réguliers et hermaphrodites ; demi-fleurons de la circonférence femelles 5 anthères prolongées à leur base en deux appendices filiformes ; fruit couronné d'une aigrette simple et sessile.

AuNÊE OFFICINALE. Inula helenium. L. Sp. 1236. Blackw. t. 473. Nom pharmaceutique : inula campana. Partie usitée : la racine.

C'est une grande et belle plante vivace , dont la racine est épaisse, d'un brun rougeâtre extérieurement, et presque blanche dans son intérieur. Elle donne naissance à une tige dressée , ferme, cylindrique, rameuse à son sommet, couverte d'un duvet cotonneux , et haute de quatre à six pieds. Les feuilles radicales sont ovales, alongées , aiguës, molles , cotonneuses, surtout en dessous, irrégulièrement crénelées , finissant insensiblementà leur partie inférieureen un long pétiole canaliculé. Les feuilles caulinaires, d'autantplus petites qu'elles

(13 M. Mérat, ayant remarqué quelque différence entre l'aunée officinale et les autres espèces A'inula (\u\ croissent aux environs de Paris, l'a retirée de ce genre pour en former un genre nouveau, sous le nom de Corvisartia. Mais ce changement est tout à fait contraire aux règles fondamentales de la nomenclature botanique. En effet, c'est Vinula caiti" pana que Linné et Jussieu ont prise pour type de leur genre inula. Cette plante ne peut en aucune manière en être retirée; et si l'on a trouvé entre elle et quelques autres espèces des différences suffisantes pour en former deux genres distincts, Vinula helenium devra toujours demeurer .le type du genre inula, et les autres espèces recevront un autre nom générique.

4M ÎOTÀÎÏÎQUE.

approchent plus du sommet de la tige , sont sessiles et plus arrondies. Les fleurs sont jaunes, grandes^ solitaires à l'extrémité de chaque division de la tige. L'involucre est composé de plusieurs rangs de folioles herbacées, imbriquées, lâches, ouvertes, cordiformes , cotonneuses. Le réceptacle commun est légèrement convexe, nu, présentant de petits alvéoles, dans lesquels sont reçues les fleurs. Les rayons de la circonférence sont femelles. Le fruit est alongé , presque cylindrique , surmonté d'une aigrette poilue elsessile.

L'aunée croît dans les lieux humides, les prés, aux environs de Paris, où elle fleurit en juillet et août. 1^

Propriétés et usages. La racine d'année a une odeur faiblement aromatique, une saveur amère, âcré, et comme camphrée. Les chimistes y ont démontré l'existence de l'albumine, d'une huile volatile concrète, analogue au camphre, et d'une fécule particulière, nommée inuline par M. Thomson, et qui diffère de l'amidon en ce qu'elle ne se prend pas en gelée par l'action de l'eau bouillante, et qu'elle reste pulvérulente. La racine d'année a été analysée par Feiieulle et par John ; elle contient, d'après ce dernier chimiste : huile volatile limpide, des traces; hélénine, 0,4; cire, 0,6; résine molle et âcre, 1,7; extrait amer soluble dans l'eau et dans l'alcool, 36,7; gomme, 4,5; inuline, 36,7; albumine végétale, 13,9; Gbre ligneuse, 5,5; sels végétaux potassiques, calciques , magnésiques. L'inula campaiia est un médicament à la fois stimulant et tonique. On le prescrit assez souvent comme emménagogue, diurétique ou sudoriGque chez les individus qui ont besoin d'être excités. Quelques praticiens en font encore usage vers la fin des catarrhes, quand tous les symptômes d'irritation ont disparu. Enfin sa décoction très chargée, ou sa poudre incorporée dans une pommade, ont été quelquefois mises en usage dans le traitement de la gale.

On donne l'année, soit en poudre, à la dose de vingt à vingtcinq grains, soit en infusion, à la dose d'une demi-once pour une livre d'eau, soit enfin macérée dans du vin rouge. La dose du vin d'année est d'une demi-once ou une once, répétée plusieurs fois dans la journée.

SYNA11THÉRÉKS. 47**

Oi>. prescrivait aussi une autre espèce du genre aunée {initia dysenterica L.), q»i croU en abondance dans les lieux humides, et qui a une saveur Acre et aromatique. Quelques auteurs ont'loué ses bons effets dans la dysenterie. Mais on ne l'emploie plus du tout aujourd'hui, malgré les éloges que lui ont prodigués Gleditsch tt plusieurs autres médecins de Berlin.

TUSSILAGE. — TVSSILAGO. L. Juss.

Involucre cylindrique, formé d'écaillés unisériées, linéaires^ réceptacle plane ; fleurons du centre réguliers, mâles ou iraparfaitf^raent hermaphrodites; demi-fleurons de la circonférence femelles , fertiles, tantôt ligulés, tantôt tubuleux et à cinq dents inégales; fruit terminé par une aigrette simple ou sessile.

Les capitules sont tantôt solitaires au sommet d'une hampe simple, tantôt disposés en épis.

Tussilage commun. Tussilngo Jarfara. L. Sp. 1274. Blackw.

Kom pharmaceutique : tussilago. Nom Tulitiire : pas d'âne. Parties usitées : les fleurs et les feuilles.

Les racines du tussilage sont vivaces, rampantes, brunâtres, de la grosseur du petit doigt; elles poussent de dislance en distance d' s hampes cylindriques, hautes de six à huit pouces, couvertes d'un duvet cotonneux et blanchâtre donnant attache à un assez grand nombre d'écailles sessiles, qui sont des feuilles avortées et terminées à leur sommet par un seul capitule de fleurs jaunes. Les feuilles ne commencent à se développer qu'après les hampes; elles sont toutes radicales^ grandes, pétiolées, cordiformes, anguleuses sur leurs bords, d'un vert clair en di ssus, blanchâtres et cotonneuses à leur face inférieure. L'involucre est cylindrique, composé de folioles lancéolées, étroites, accompagné à sa base de quelques écailles lâches, plus ou moins écartées ; le réceptacle ou phoranlhe est plane et nu; U* flturons du c«ntre sont réguliers et màUs; les demi-flen-

rons de la circonférence sont disposés sur plusieurs rangs, et se terminent par une languette très longue, étroite, obtuse et entière. L'aigrette qui termine le fruit est sessile et formée de poils simples (1).

Cette plante est commune dans les lieux incultes, et surtout dans les terrains argileux. On la trouve en fleur dès les premiers jours du printemps. 1^

Propriétés et usages. Les feuilles du tussilage ont une saveur amère et un peu austère; on les a de tout temps vantées, ainsi que les fleurs, qui sont presque inodores, comme un remède propre à combattre les inflammations chroniques des poumons, accompagnées de toux; de là le nom de tussilage qui a été imposé à cette plante. Aujourd'hui on n'emploie guère que les fleurs, que l'on administre en infusion théiforme dans les irritations légères de la membrane des bronches. Quant aux feuilles, elles sont presque inusitées, malgré les éloges qui leur ont été donnés par plusieurs auteurs, dans le traitement des scrophules. On administrait leur suc exprimé au printemps.

Le Pétasite , Tussilago petasiCes L. , dont les fleurs sont brun-rougeâtre et disposées en épis, el les feuilles plus grandes, a une odeur un peu aromatique : c'est un médicament excitant, tout à fait abandonné aujourd'hui.

Si nous n'avions pas craint d'augmenter de beaucoup le volume de cet ouvrage, nous aurions pu décrire beaucoup d'autres plantes de la tribu des Corymbifères^ qui ont toutes été employées autrefois, et dont plusieurs, après avoir joui d'une réputation extraordinaire, sont tombées dans un profond oubli : nous nous contenterons d'en mentionner ici quelques unes.

Spilanthus oleracea L. Cette plante annuelle, connue sous le nom vulgaire de cresson du Para, a une saveur excessivement chaude, aromatique, pénétrante, qui a quelque rapport avec celle de la menthe poivrée , mais est encore plus forte. M. Lassaigne, qui a fait l'analyse de cette plante, y a trouvé ; 1° une huile volatile odorante d'une saveur très âcre; 2° une matière gommeuse; 3° une matière extractive ; 4° du malate

(1) Ils paraissent légèrement pUinicux lorsqu'on les observe à la loupe.

STNANTHBRÉES. 4/7

acide de potasse; 5" de la cire; 6° un principe odorant jaune; 7» différens sels. Selon M. Pariset, l'Acreté que l'on recherche dans celte plante est due à une matière résineuse insoluble dans l'eau et soluble dans l'alcool. On doit à M. le docteur Emmanuel Rousseau, prosecteur d'anatomie comparée au Muséum d'histoire naturelle, des recherches intéressantes sur les propriétés de ce végétal. C'est sans contredit l'un des antiscorbutiques les plus énergiques que nous possédions. On l'emploie aussi avec beaucoup d'avantages dans le traitement des fièvres intermittentes. Il serait à désirer que l'usage de ce médicament très facile à cultiver se répandît davantage.

La Santoline, Santolina chamœcyparissusl,., ({xxicroW. Aam les régions méridionales de la France. Sa saveur est amère et très aromatique; son odeur est très pénétrante : elle est stimulante^ anthelmintique, et jouit des mêmes propriétés que la tanaisie.

La Verge d'or, Solidctgo virga aiirea L., très commune dans nos bois. Sa saveur est un peu aromatique et astringente ; on la regardait comme diurétique etapéritive.

Le Séneçon , Senerio vulgaris L. Petite plante annuelle , commune dans les jardins et les lieux cultivés. Ses feuilles ont une saveur amère et mucilagineuse : on les prescrit encore quelquefois comme émoUientes, pour l'usage externe.

L'Aya-Paiva, Eupaiorium ayapana de Ventenat , qui croît au Brésil , et que l'on a naturalisé aux îles de France et de Bourbon. Ses racines, et surtout ses feuilles , ont une saveur aromatique et légèrement astringente, une odeur analogue à celle de la. fève Tonka. On les a , pendant quelque temps considérées comme une panacée propre à la guérison de toutes les maladies qui affligent le corps humain ) mais aujourd'hui elles sont entièrement inusitées.

Le GuAco, Mihania guaco. Humb. etBonpland , si renommé à la TSouvclIe Grenade comme un antidote infaillible contre la morsure des serpens venimeux. Mutis a constaté , par l'expérience , l'efficacité de ce médicament. Il a arrêté le développement des accideos chez des individus mordus par des serpens

^7^ »*»IANl<ifK.

Tcnimeux, en faisant frotter leurs plaies atec le suc exprimé

des feuilles et en le faisant boire.

TROISIÈME TRIBU

f ; ? .■'.•."?)!) ■ ?fif i . ' CHICORAGÉES. — CICHORACEJE.

Cette tribu est très distincte des deux autres par ses capitules entièrement composés de demi -fleurons. Elle renferme toutes; les semi-Jlosculeuses de Tournefort.

Les Chicoracées sont des plantes ordinairement lactescentes.

1° Phoranthe nu.

A. Aigrette poilue.

LAITUE. ■- LACTUCA. L. J.

Involucre imbriqué , cylindrique et un peu renflé à sa parlie jnférieure y réceptacle plane j aigrette stjjpiî^e.

LaitIjê' ViRÈùsE. ÈàMàc'a wf>o5âf. L'.'Sp; lîiT'; Ôrfila , Méd. lég..

■ - X.Abis. ' ■ " ■■^

Nom pharmaceutique : lactiica viros.a. Pârtie usitée : ies feuilles.

y :La laitue vireuse présente une racine bisannuelle , d'où s'élève une tige dressée , rameuse dans sa partie supérieure , cylindrique, glabre, haute de trois à quatre pieds , et glauque. Celle tige dppne attache à des feuilles semi-amplexicaules , les inférieures très grandes., presque entières, sagittées , obtuses, d«nticuléeÇ;, ayant les nervures delà face inférieure épineuses^ les supérieures, plus petites, aiguës et pinnatiGdes. Les fleurs sont jaunes, disposées en panicule rameuse à l'extrémité des branches. L'involucre est cylindrique , formé d'écaillés lancéolées, imbriquées , et dressées. Le phoranthé est nu , plane , un peu alvéolé, portant environ vingt à vingt-cinq fleurs hermaphrodites semi-flosculHuses. Le fruit est ellipsoïde , très comprimé , bordé d'une meifibrane saillante ,,el couronné par une aigrette soyeuse , stijjit<|e , formée de poils blancs nacrés et articulés.

Celte plante croît dans les haifs , les murailles et sur le bord des chemins aux environs de Paris : elle fleurit en juillet. If,

Propru'lés et usages. Elle est très lactescente, et a une odeur désagréable et vireuse très prononcée. C'est un puissant narcoiique , que Ton peut comparer à la jusquiame et aux autres Solauées, sous le rapport de ses propriétés médicales et des accidens qu'elle peut causer. On en prépare un extrait qui peut être substitué , dans beaucoup cjLe circonstances , à l'opiura. La dose est de huit à dix grains : on peut l'augmenter successivement , et la porter jusqu'à un scrupule , et même au delà. M. ie professeur Orfila a tenté un grand nombre d'expériences pour constater les effets de l'extrait de laitue vireuse , et il a reconnu que, pour amener des résultats notables, il devait être administré à la dose d'un gros, et même davantage. C'est principalement contre l'hydropisie ascile que l'on a conseillé l'usage de l'extrait de laitue vireuse mais cependant il s'en faut qu'il ait toujours réussi dans ct'lle circonstance. On peut l'employer dans les différentes névroses , -et , en général, dans toutes les maladies où 4'usage de l'opium est indiqué , en ayant soin de le doimer à la dose de dix à doUze grains , et d'augmenter graduellement.

LA^jTLE CjULTiv|p. LcLctuca saliva, L. Sp. 1118. j^lapkjjr.,

VaiT\\G mW-ée : les feuilles.

Cette espèce est annuelle , et se distingue par une lige dres- .s4e, simple inférieurement, rameuse à son sommet, haute d'un à dciux pieds , glabre , cylindrique, à rameaux panicalés. Elle porte des feuilles dont les inférieures sont ovales , arrondies, {Ondulées, presque enlicres, atténuées à la base» semi-amplexicaules; les supérieures sessiles , cordiformes , presque auriculées , d-nliciiiées sur les bords. Lrs fleurs sont jaunes , disposées en panicule, à l'extrémité des rameaux. L'involucre est ovoïiic, alotigé, imbriqué, glabre, à folioles ovales, alongées, .presque obtuses ; le réceptacle plane , portant environ doiiz<^à .quinze fleurs, dont la partie inférieure est reçue dans de petites fossettes peu marquées. Les fruits sont ovoïdes , comprimés , striés , couronnés par une aigrette stipitée.

48o BOTANIQUE.

On ignore quelle est positivement la patrie de la laitue , qui est depuis un temps immémorial cultivée dans nos jardins.

Propriétés et usages. La laitue cultivée présente plusieurs variétés assez différentes les unes des autres. Les principales sont : la romaine [lactuca romana), dont les feuilles sont beaucoup plus alongées , et la laitue pommée {lactuca capitatd). Les feuilles de laitue ont une saveur fraîche et aqueuse , dans laquelle il est difficile de saisir quelques traces d'amertume. On les mange très souvent en salade. Lorsqu'elles sont cuites, elles forment un aliment fade, peu nourrissant, et rafraîchissant. M. le docteur François a publié , dans les Archives générales de médecine , juin 1825, un Mémoire intéressant sur les propriétés du suc laiteux de la laitue cultivée , auquel il donne le nom de thridace (1). C'est le lactiicarium du docteur Duncan, Il a été analysé par M. Quévenne , pharmacien en chef de la Charité : il contient: 1° principe amer, soluble dans l'eau et dans l'alcool, insoluble dans l'éther, non précipitable par les sels de plomb ; 2° albumine^ 3° caoutchouc; 4° cire; 5° acide végétal (lactucique?) j 6° chlorure de calcium ; 7° phosphate de chaux 3 8° potasse, gomme? acide acétique? Ce suc doit être extrait des liges à l'époque de la floraison. Il se concrète rapidement , devient sec , cassant , et prend une teinte brune. Sa saveur est fort amère. Déjà plusieurs praticiens avaient parlé de l'action calmante du suc de laitue. Duncan , Young, Scudamore , M. le docteur Bidaut , l'avaient même employé ; mais le travail de M. François est le plus complet et le plus intéressant sur ce sujet. Selon ce praticien , la thridace est un excellent calmant ; elle diminue la rapidité de la circulation , et par suite la chaleur animale. Par ce mode d'action , on voit qu'elle diffère de l'opium , dont elle a les avantages , sans produire le narcotisme , l'agitation , qui suivent très souvent son usage. La dose de la thridace doit être d'abord faible, comme deux à trois grains; on augmente assez l'apidement cette dose, parce que l'économie s'accoutume bientôt à son impression. M. le docteur François pense qu'on pourra se servir avanta-

(1) TpiSv.^ en grec signifie laittte.

SYNANTHÉRÉES. 4^^^

geusement de la thridace, toutes les fois qu'on voudra procurer du repos et du somuiell, sans craindre de donner naissance aux accidens de l'opium.

Les propriétés de la thridace, et surtout son activité, varient suivant le procédé usité pour sa préparation. Le Lactucarium du docteur Duncan, et primitivement la thridace du docteur François , étaient le suc propre et laiteux de la plante , concrété. Dans cet état, la thridace attire fortement l'humidité ele l'air et doit être conservée dans des flacons bien bouchés. C'est un médicament énergique. Mais comme par ce mode de préparation on n'en obtient qu^une très petite quantité, M. Caventou a proposé de contondre et d'exprimer légèrement les tiges , puis d'évaporer doucement le suc obtenu jusqu'à consistance d'extrait. Cette préparation , à laquelle on a conservé à tort le nom de thridace , est beaucoup moins active , et on peut la donner à des doses incomparablement plus fortes. Il est résulté de là que les praticiens , faisant usage d'un médicament qui, à raison de son mode de préparation, est beaucoup moins actif, en ont presque cessé l'usage.

On fait entrer l'eau distillée de laitue à la dose de deux onces dans les potions calmantes. Ses feuilles, bouillies dans l'eau, peuvent former des cataplasmes émolliens. Les fruits de la laitue paraissent jouir des mêmes propriétés calmantes , ainsi que l'a constaté M. Chereau. [fourn. chim. méd.^ 4, p. 180.)

LAITRON. — SONCHUS. L. J.

Involucre cylindrique, très renflé à sa base , composé d'écailles imbriquées et inégales ; aigrette sessile.

Ce genre ne diffère du précédent que par son aigrette, qui est sessile et non stipitée.

Laitron commun. Sonchus oleraceus. L. Sp. Iil6. Blackw.

t. 30 et 31.

Plante annuelle ; tige dressée, haute d'un à deux pieds , rameuse , cylindrique , glabre , un peu glauque et striée, lactescente, Csiuleuse. Feuilles alternes, sessiles, semi-amplexicaules, de formes très variées ; tantôt presque ovales obtuses

4^2 Botanique.

entières on denliculées ; d'autres fois lyrées ou profondément roncinées cl. subpinnalifides ; elles sont toujours d'un vert clair et presque glauque. Les fleurs sont jaunes, disposées les unes au dessus des autres h la partie supérieure des rameaux, L'involucre est cylindrique, renflé à sa base^ formé d'écaillés alongées, aiguës, inégales, imbriquées, glabres. Le réceptacle est plane et nu. Tous les demi-fleurons sont hermaphrodites et fertiles. La languette est tronquée et quinquédentée à son sommet. Le fruit est ovoïde, strié longitudinalement, couronné par une aigrette sessile , composée de poils simples d'un blanc , nacré.

Le laitron croît en abondance dans les endroits cultivés et fleurit pendant tout l'été.

Propriétés et usages. Le suc laiteux renfermé dans cette plante la rend auière ; mais cette amertume est corrigée par une assez grande quantité de mucilage. Autrefois on employait le suc épuré de laitron comme apéritif. Il est aujourd'hui inusité. On mange dans beaucoup de provinces ses jeunes feuilles et ses racines, comme les feuilles de laitue et de romaine.

PISSENLIT. TARAXACUM. Haller.

Involucre double 3 l'intérieur plus grand, formé d'écaillés lancéolées, dressées ; l'extérieur composé d'écaillés inégales, étalées ou rabattues ; phoranthe convexe et ponctué ; aigrette simple et pédicellée. Feuilles toutes radicales ; hampes généralement uniflores.

Pissenlit commun. Taraxacum dens leonis. Hall. Leontodon taraxacum. L. Sp. 1122. Bull. t. 217.

Noms pharmaceutiques : dens leonis vel taraxacum. Noms vulgaires pissenlit ou dent de lion. Parties usitées : la racine et les feuilles.

Sa racine est vivace, pivotante, brune en dehors, blanche en dedans, à peu près de la grosseur du petit doigt ; elle est surmontée d'une touffe de feuilles étalées en rosace, et qui sont alongées, pinnatifides et roncinées, glabres, ayant les divisions dentées ; du centre de cet assemblage de feuilles s'élève une

SYNANTHÉRÉES. 4^3

hampe uniflore, glabre, cylindrique, haute d'environ cinq ou six pouces; l'involucre extérieur est étalé; l'intérieur est dressé; le réceptacle est légèrement convexe et marqué de petits alvéoles superficiels; les fruits sont surmontés d'une aigrette stipitée; et à l'époque de leur parfaite maturité, surtout lorsque le temps est sec, les deux involucres se rabattent, le réceptacle devient tout à fait rond, les fruits s'écartent, leurs aigrettes se dilatent, et forment une sorte de boule légère, dont les diverses pièces ne tardent point à être entraînées par les vents.

On trouve celte plante en fleurs, pendant le printemps et l'été, dans toutes les pelouses sèches, les lieux incultes. 1^

Propriétés et usages.. Cette plante est un peu lactescente, mais l'amertume de son suc laiteux est en grande partie miti» gée et adoucie par les sucs aqueux qu'elle contient en abondance. Aussi mange-t-on fréquemment en salade les jeunes feuilles du pissenlit , qui ont une amertume agréable. Mais quand la plante est plus développée, l'amertume augmente, et c'est alors que l'on recueille les feuilles et la racine du pissenlit pour l'usage médical. On ne peut lui refuser les caractères des médicamens toniques. On fait usage du suc exprimé de ses feuilles à la dose de deux à trois onces dans les affections chroniques de la peau et dans les maladies connues sous le nom

obstructions des viscères abdominaux ; on fait aussi usage de son extrait donné à petites doses souvent répétées. Le pissenlit doit être placé parmi les agens de la médication altérante^ c'est à dire parmi les médicamens qui ont la propriété de modifier d'une manière en quelque sorte insensible l'état de nos organes.

B. Aigrette plumeuse.

SCORSONÈRE. - SCORSOJVERA. L. J.

Involucre simple, alongé, formé d'écaillés imbriquées, un peu membraneuses sur les bords ; le réceptacle est nu, et l'aigrette est légèrement stipitée et plumeuse.

Scorsonère d'Espagne. Scorsonera hispanica. L. Sp. 1112.

Blackw. t. 406.

Noms vulgaires : salsifis noir ou d'Espagne. Partie usitée : la racine.

Sa racine est alongée, pivotante, simple et charnue, noirâtre extrêmement blanche en dedans j la tige qu'elle soutient est dressée, rameuse à sa partie inférieure, cylindrique, glabre donnant attache à des feuilles alternes, sessiles, ovales, lancéolées, aiguës, rétrécies à lenr base, entières. Les fleurs sont grandes, d'un jaune de soufre, et terminent les ramifications de la lige. Elles sont composées de demi-fleurons, tous hermaphrodites et fertiles. L'involucre est presque cylindrique, composé de deux rangées d'écaflles : l'une extérieure, formée de quatre ^ cinq écailles plus courtes, ovales, acuminées j l'autre, intérieure, beaucoup plus longue, dont les écailles, au nombre de six ou environ, sont lancéolées, aiguës. Le réceptacle est plane et nu. Les fruits sont des akènes terminés par une aigrette presque sessile, plumeuse, très blanche.

Celle espèce, qui est bisannuelle, croit naturellement dans les prés des provinces méridionales de la France. On la cultive dans les jardins.

Propriétés et usages. Les racines de scorsonère, surtout lorsqu'elles sont cuites, ont une saveur douce et sucrée, et forment un aliment très agréable. On ne peut concevoir aujourd'hui comment une substance aussi peu active a pu être sérieusement conseillée par beaucoup d'auteurs comme alexipharmaque, stomachique, emménagogue, et de plus, comme propre à combattre la peste et les fièvres intermittentes. De pareilles assertions, répétées par des auteurs même très modernes, font voir combien la matière médicale est restée en arrière, et combien les propriétés des plantes ont besoin d'être soumises à une critique sévère.

En Sicile, et particulièrement à Palerme, j'ai vu manger fréquemment la racine d'une espèce de ce genre nommée scorsonera deliciosa par M. Gussone dans son excellente Flora sicula. Cette racine a une saveur douce, sucrée et agréable, et elle est tellement du goût des Palermitains, qu'ils la font en-

SYIIANTHÉRÉES. 485

Irer jusque dans les glaces et sorbets , usage qui parait fort étrange à ceux qui ne sont pas accoutumés à voir figurer les légumes comme base des sorbets.

SALSIFIS. TRAGOPOGON. L. J.

Ce genre ne diffère du précédent que par son involucre simple, et composé d'une seule rangée de folioles ; du reste, tous les caractères sont les mêmes.

Salsifis sauvage. Tragopogon pratense. L. Sp. 1109.

Bull. t. 209.

Noms vulgaires : salsifis, cercifis, barbe de bouc. Partie usitée ; la racine.

Cette plante, qui croît en abondance dans les prés, offre une racine pivotante, alongée, charnue, simple, brunâtre à l'extérieur, blanchâtre en dedans. Sa tige est dressée, rameuse, un peu noueuse, à rameaux alongés, cylindriques, glabres. Ses feuilles alternes sont semi-amplexicaules, lancéolées, très alongéeset très aiguës, entières en dessous, cotonneuses en dessus. Les fleurs sont jaunes, grandes, solitaires et terminales. Elles sont semi-flosculeuses. L'involucre est renflé à sa base, et comme campanulé à sa partie supérieure, composé d'écaillés lancéolées, aiguës, étroites, glabres, toutes égales entre elles. Le phoranlhe est plane et nu. Les akènes sont très alongés, striés longitudinalement, brunâtres et tuberculeux, couronnés par une aigrette plumeuse, longuement stipitée.

Propriétés et usages. Les propriétés médicales des racines du salsifis sauvage sont à peu près les mêmes que celles de la scorsonère , c'est à dire qu'elles sont faibles et à peine marquées. Aussi est-ce surtout comme aliment qu'on en fait usage, ainsi que de celles d'une autre espèce que l'on cultive très abondamment dans les jardins , et qui se distingue surtout par ses fleurs violettes ; c'est le tragopogon porrifolium de Linné.

2" Phoranthe cbargé d'écaillcs ou d'alvéoles.

CHICORÉE - CICHORIUM. L. J.

Involucre double j l'extérieur formé de cinq folioles réfléchies ; l'intérieur plus long, composé de huit folioles dressées; réceptacle garni d'alvéoles ; fruits comme tronqués , couronnés par un rebord membraneux et frangé.

Chicokée sauvage. Cichorium intijbus. L. Sp. 1142. Blackw. t. 185.

Parties usitées : les feuilles , la racine.

La chicorée sauvage, que l'on rencontre à chaque pas, le long des chemins et dans les lieux incultes , offre une racine oblongue , de la grosseur du doigt, pivotante , brunâtre en dehors , d'où s'élève une tige herbacée , droite , presque glabre , ayant les rameaux divariqués. Ses feuilles radicales sont ovales, alongées , obtuses, roncinées , à lobes aigus, distans , un peu velus, finissant insensiblement en une sorte de pétiole membraneux sur ses bords. Les feuilles de la tige sont plus petites , à lobes plus marqués et dentés. Les fleurs , d'un bleu clair ou blanches, sont disposées en une sorte d'épi lâche à l'extrémité des liges. L'involucre est double : l'extérieur à cinq divisions étroites , alongées , réfléchies , acuminées , offrant quelques poils rudes et glanduleux à leur sommet; l'intérieur à huit divisions redressées , de même forme , offrant aussi quelques poils glanduleux , terminés à leur sommet par une petite houppe de poils bruns. Le réceptacle est plane , offrant de petites cellules où est logée la base des ovaires.

Propriétés et usages. Les feuilles et la racine de chicorée sauvage ont une saveur amère assez intense, qui cependant s'affaiblit un peu par suite de la culture. Leur action sur l'économie animale et les effets qui en dérivent sont à peu près les mêmes que ceux que nous avons signalés pour la dent de lion, en observant toutefois que la chicorée sauvage est plus active. Ainsi on prépare une décoction ou bien on exprime le suc de ses feuilles fraîches , et l'on obtient des médicamens qui sont

SYNA.NTHEREBS.

légèrement toniques. On les administre dans toutes les circonstances où les organes de la digestion ont besoin d'être excités. Quelques médecins les prescrivent dans l'ictère et les obstructions des organes abdominaux. On prépare dans les pharmacies un sirop de chicorée , que la rhubarbe et d'autres substances analogues rendent purgatif.

La racine de chicorée , lorsqu'elle a été séchée et torréfiée , a une saveur très amère , mais qui n'a rien de désagréable. On l'a conseillée comme un des meilleurs succédanés indigènes du café, et à l'époque où , par suite de la guerre , les denrées coloniales s'étaient élevées à un prix excessif , on en faisait une énorme consommation. Mais si la racine de chicorée torréfiée a l'amertume de la graine d'Arabie, elle ne possède point cet arôme délicieux qui forme le caractère distinctif de cette graine précieuse.

On cultive dans les jardins une autre espèce de chicorée , que l'on connaît sous le nom d'endive (cic/iorm/w en<iiwa L. ) , qui en diffère surtout par sa racine annuelle. C'est principalement celte espèce que l'on mange en salade et bouillie dans l'eau, sous les noms de chicorée Jrisée ^ barbe de capucin., etc.

Propriétés médicales et usages des Synanthérées.

Pour celui qui aura comparé attentivement l'action exercée par les plantes de la vaste famille des Synanthérées sur l'économie animale , il sera faqile de tirer celte conséquence, que cette famille est non seulement une des plus naturelles et des plus uniformes dans la structure propre aux différens genres qui la composent , mais encore que cette analogie et cette uniformité existent également dans les propriétés médicales dont ces végétaux sont doués. En effet, on peut dire d'une manière générale que toutes les Synanthérées sont toniques ou stimulantes , et que fort souvent ces deux propriétés se trouvent réunies dans les mômes végétaux. Aussi les principes actifs qui dominent dans ces plantes sont-ils un principe amer extractif ou lactescent, encore peu connu dans sa nature intime ^ et une hùiie volatile très odorante, qui souvent est solide, concrète ,

488 BOTANIQDK.

et presque identique avec le camphre. Cependant chacune des trois tribus que nous avons établies dans la famille des Synanthérées présente dans ses propriétés médicales quelques particularités qui lui sont propres , et qui dépendent surtout de la prédominance d'un des principes actifs dont nous venons de signaler l'existence. Il nous paraît donc nécessaire d'étudier séparément chacune de ces trois tribus.

1" Les Carduacées. Le principe dominant dans les plantes de cette tribu est l'extraclif amer. Aussi agissent-elles, pour la plupart, à la manière des médicamens toniques. L'huile volatile n'y existe pas , ou du moins s'y trouve dans des proportions tellement faibles , qu'elle n'est pour rien dans l'action que les Carduacées exercent sur les organes de l'économie animale. Parmi les végétaux de cet ordre , où la pr(»priété tonique est le plus marquée, nous citerons la chausse trappe, le chardon-bénit, le chardon-marie , dont l'amertume est extrêmement intense, et que l'on emploie comme toniques et comme fébrifuges. D'autres lois , le principe amer est moins prononcé, et les Carduacées agissent en augmentant la perspiration cutanée, oii l'action sécrétoire des reins, ainsi qu'on l'observe pour les racines de bardane , de carline , etc. Remarquons ici , comme nous l'avons déjà fait pour plusieurs autres familles , que, par les soins de la culture, on parvient à mitiger le principe amer, qui se trouve en quelque sorte délayé dans une grande quantité de principes aqueux et mucilagineux , et que par ce moyen plusieurs Carduacées deviennent alimentaires: l'artichaut , les cardons et certaines espèces de carline en sont des exemples.

2° Les CoRYMBiFÈRES. Considérées en masse , les Corymbifères sont en général beaucoup plus actives que les Carduacées , et fournissent à la médecine plus d'agens thérapeutiques. En effet , outre le principe amer que plusieurs contiennent en abondance, l'huile volatile, le camphre y existent encore en grande quantité. Aussi les végétaux de cet ordre se font-ils remarquer par une odeur aromatique et forte, une saveur amère , chaude et plus ou moins âcre , qui décèlent l'action puissante qu'elles exercent sur l'économie animale. A celte

SYNANTHBRÉIS. 4^9

tribu appartiennent un grand nombre de médicamens stimulans, tels que la camomille, l'absinthe, la tanaisie , la balsamite , etc. Outre les symptômes de la médication stimulante , tels que l'exaltation de la sensibilité , l'accélération de la circulation , l'augmentation de la chaleur animale , etc., qui sont communs à toutes les Corymbifères aromatiques , nous en verrons d'autres produire des effets secondaires ou des médications spéciales, c'est à dire concentrer en quelque sorte leur action sur un seul organe ou sur un appareil organique en particulier. De là les propriétés emraénagogue, sudorifique , diurétique, antispasmodique, expectorante , sialagogue, sternutatoire, etc , etc., que l'on signale dans beaucoup de plantes de la tribu des Corymbifères. Quand l'huile volatile est très abondante, les Corymbifères sont âcreset un peu irritantes j on les emploie alors comme vermifuges , ainsi qu'on le fait pour la sémentine, la tanaisie , et plusieurs autres.

3° Les Chicoracées. La plupart des Chicoracées sont lactescentes,- c'est à la quantité plus ou moins grande de ce suc laiteux, qui est amer et un peu narcotique, qu'elles doivent leurs propriétés médicales. Lorsque la quantité qu'elles en renferment est très grande, elles sont plus ou moins suspectes, à cause de la vertu narcotique de ce suc. Ainsi la laitue vireuse et la laitue sauvage fournissent un extrait qui, à une dose un peu plus forte, jOuit à peu près des mêmes propriétés que l'opium. Mais ce principe laiteux n'offre pas constamment ce caractère suspect; il existe une foule de Chicoracées dans lesquelles il est simplement amer, et qui par conséquent sont spécialement toniques. Nous citerons par exemple le pissenlit^ la chicorée sauvage , dont toutes les parties présentent une amertume franche et nullement vireuse. Ici, comme dans les Carduacées , l'influence des soins du cultivateur n'est pas moins puissante pour modifier les propriétés des Chicoracées. En les étiolant, il développe les principes aqueux, sucrés et mucilagineux, et il rend douces et alibiles des plantes qui, dans l'état sauvage, sont amères et insupportables.

Si nous comparons les fruits des trois tribus de la famille des Synanthérées , nous leur trouverons un caractère commun.

L'amande qu'ils renferment est blanche, ordinairement douce, et contient une très grande quantité d'huile grasse et insipide. Cependant quelques genres semblent faire exception à cette uniformité presque constante ; ainsi les fruits des armoises sont âcres et employés comme anthelmintiquesj ceux du carthame sont purgatifs. Mais ces exceptions sont trop peu nombreuses pour porter atteinte à la loi générale dont cette famille entière nous offre un modèle si parfait.

CIWQUANTE-CINQUIKME FAMILLE.

DIPSACÉES. - DIPSACEM.

Les Dipsacées présentent une tige ordinairement herbacée , rarement sous-frutescente; des feuilles opposées sans stipules; des fleurs serrées et réunies en capitules, comme dans les Synanlhérées, portées sur un réceptacle commun garni d'écaillés, et entourées d'un involucre commun : chaque fleur est immédiatement enveloppée dans un petit involucre propre ( calice extérieur des auteurs), et se compose d'un calice adhérent par sa partie inférieure avec l'ovaire infère; d'une corolle monopétale tubuleuse , ordinairement à quatre ou cinq lobes; de quatre à cinq étamines, rarement moins, dont les anthères sont écartées et distinctes ; l'ovaire, qui est uniloculaire, renferme un seul ovule renversé, et se termine par un style et un stigmate non divisés. L'embryon est renversé et placé dans un endosperme charnu. Les plantes de cette famille ressemblent beaucoup aux Synanthérées, surtout par leur port et la disposition de leurs fleurs en capitules ; mais elles en différent par leurs feuilles opposées, leur double calice, leurs anthères non soudées, et leur graine qui est pendante et non dressée dans la loge.

CARDIAIRE. — DIPSACUS. L. J.

Fleurs disposées en capitule; involucre polyphylle; réceptacle conique, garni de paillettes, plus longues que les fleurs; chacune d'elles se compose d'un involucre uionophylle tétra-

DIPSACÉES. 49^^

gone, immédiatement appliqué sur le calice, qui est adhérent avec l'ovaire infère , et tronqué supérieurement , où il offre quatre angles ; la corolle est monopétale, tubuleuse, à quatre lobes inégaux. Le fruit est un akène, couronné par le calice, et renfermé dans l'intérieur de l'involucre propre.

Cardlvire a foulon. Dipsacus fullonum. L. Sp. 140.

Nom pharmaceutique : dipsacus. Nom vulgaire : chardon à foulon. Parties usitées : la racine, les capitules.

Racine blanche, bisannuelle, donnant naissance à une tige droite et dressée, raide, haute de trois à quatre pieds, épineuse, cylindrique, un peu rameuse vers la partie supérieure, creuse intérieurement 3 portant des feuilles opposées et connées, glabres, ovales, lancéolées, aiguës, entières, un peu sinueuses et irrégulières sur les bords. Les fleurs sont disposées en un capitule très dense et ovoïde à l'extrémité des rameaux. Involucre plane, formé de folioles inégales, étroites, raides et acuminées. Phoranthe ovoïde, charnu. Chaque fleur est accompagnée d'une écaille d'abord creuse et canaliculée, puis terminée par une pointe très aiguë, récourbée par en bas, épineuse sur les côtés. Calice double : l'extérieur (véritable involucre) plus court, prismatique, et à quatre faces, tronqué supérieurement, où il offre de petites dentelures verdâtres, immédiatement appliqué et serré contre le calice intérieur. Celui-ci est soudé inférieureraent avec l'ovaire infère. Il est d'abord ovoïde, rétréci à la partie supérieure , et terminé par un limbe vert, creux et carré, couvert de petits poils soyeux. Corolle monopétale, tubuleuse, irrégulière. Le tube est alongé, il va en s'évasant. Le limbe est à quatre divisions irrégulières, arrondi, presque bilabié. La division supérieure est la plus grande, les trois autres à peu près égales. Étamines, au nombre de quatre, saillantes, attachées au haut du tube de la corolle, alternes avec ses divisions. Filets grêles, anthères alongées, biloculaires, fendues jusqu'au milieu de leur longueur par la partie inférieure. Ovaire infère, ovoïde, alongé, uniloculaire, contenant un seul ovule pendant. Style simple, à peu près de la hauteur de la corolle, terminé par un stigmate alongé et latéral en forme de

languette. Fruit ovoïde, alongé, couronné par le limbe dui calice.

Celte espèce croît dans les bois. On la cultive aux environs i de Paris.

Propriétés et usages. La racine du chardon à foulon estl amère et désagréable. Quelques auteurs l'ont recommandée; comme tonique et apéritwe ; mais elle est tout à fait inusitée; aujourd'hui. Cette plante ne mérite quelque attention qu'ài cause de ses capitules, employés par les bonnetiers et les: fabricans d'étoffes de laine, pour peigner leurs tissus et en tirer les poils.

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