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très-nourrissans , surtout le lichen islandicus ; ils engraissent en peu de temps les animaux qui s'en nourrissent. On y rencontre quelques quadrupèdes , mais beaucoup de poissons ; la baleine, le hareng et la morue y abondent. Il n'y a au Groenland aucun serpent ni reptile venimeux , non plus que dans le Spiizberg et l'Islande , en un mot , dans les pays où il fait un froid extraordinaire.
Le froid est excessif dans ce pays : il fait geler les liqueurs les plus fortes , même dans les appartemens les plus échauffés. Il augmente d'année en année, et cette île, où l'on semait autrefois du blé , et qui était couverte de forêts , ne produit plus de blé aujourd hui , et il n'3' croît que quelques arbrisseaux rabougris. Depuis le commencement de juin jusqu'au commencement d'août, le soleil est-chaud, très-brillant, et ne quitte point l'horizon, de sorte que les Groenlandais n'ont pas de nuit. A la fin d'octobre jusqu'en janvier, il ne paraît pas du tout, ou seulement deux ou trois heures. Un crépuscule de plusieurs heures répand une clarté qui dédommage de l'absence du soleil , et l'aurore boréale succède chaque jour au crépuscule. Elle brille tout l'hiver, et jette une lueur qui surpasse le plus beau clair de lune.
Les Groenlandais ne diffèrent en rien des Ls-
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quimaux, qui sont au nord de l'Amérique sepien^ irionale ; ils conslituent ensemble un même peuple et une même race d'hommes, dont l'idiome, les mœurs, les usages et la figure sont parfaitement semblables. Ils sont petits, ramassés, et on à peine quatre pieds de hauteur ; ils ont la tête grosse , le visage large et plat , les joues élevées, le nez camus et écrasé , les lèvres 'grosses et relevées , la peau couleur d'olive foncce. Les femmes sont aussi laides que les hommes, et leur ressemblent tellement qu'on ne peut les distinguer ; elles sont encore plus petites , ont les pieds et les mains très-courts , les mamelles longues et molles. Elles mettent rarement au monde plus de trois ou quatre enfans , et arrivent à un âge avancé. Mais peu d'hommes atteignent le terme de cinquante ans.
Ces peuples sont lestes, adroits et infatigables à la chasse et à la pêche; les femmes le leur disputent aussi en force et en adresse. Ils sont peu prévoyans , et n'ont aucun souci du lendemain ; ils ne vivent que de viande et de poisson, et supportent la faim avec une fermeté incroyable. L'eau pure et l'huile de poisson forment toute leur boisson.
Les Groenlandais , ainsi que les Esquimaux , ne sont soumis à aucune puissance , et vivent entre eux dans une parfaite égalité. Ils n'ont
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aucun culte ni aucune idée de Dieu , et vivent, dès leur enfance , libres et indépendans , sans éducation , sans magistrats et sans gêne ; le père seul jouit de quelque autorité sur sa famille. U règne parmi eux beaucoup d'union et d'harmonie. La polygamie y est tolére'e , et les exemples de répudiation y sont assez fréquens. Ces peuples ne connaissent qu'un très-pelit nombre de maux ; le scorbut est , pour ainsi dire , la seule maladie du pays ; mais ici comme ailleurs, la nature bienfaisante a placé le remède à côté du mal ; le cochléaria et d'autres plantes antiscorbutiques y croissent très-abondamment.
Les environs de la baie d'Hudson , la plus considérable de celles de l'Amérique septentrionale , présente le coup-d'œil le plus affreux. De quelque côté qu'on porte ses regards, on n'aperçoit que des terres incultes et stériles , des rochers escarpés qui s'élèvent jusqu'aux nues , enfin des ravines profondes , et des vallées toujours couvertes de neiges et de glaçons.
Dans ces contrées , le soleil ne se lève ni ne se couche jamais sans un grand cône de lumière. L'aurore boréale succède à ce phénomène , et répand un éclat qui n'est pas même effacé par la pleine lune; néanmoins le ciel y est rarement serein. Quoique les chaleurs de l'été soient assez vivtts pendant un mois et demi ou deux, le ton-
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nerre et les éclairs s'y manifestenl rarement. Les aurores boréales allument quelquefois des exhalaisons inflammables qui brûlent les écorcesdes arbres sans en attaquer le corps.
Les habitons de ces malheureux pays ne diffèrent pas des Groenlandais. Tout s'y ressent de la stérilité de la nature ; on n'y voit de toute part que l'effet d'une faiblesse d'organisation , et d'un froid qui resserre et contraint le développement des organes.
Quoique dans le voisinage des pôles le froid semble arrêter les progrès de la vie végétale et animale, la nature n'y est pourtant inanimée qu'en apparence, et la mer y a reçu en compensation ce qui manquait à la terre; elle y dépense autant de forces à animer les baleines , les phoques , les innombrables essaims de harengs , de morues , et ces nuées d'oiseaux aquatiques qui obscurcissent la surface de l'Océan glacial , qu'elle en emploie ailleurs pour organiser les plantes , les arbres , et une variété prodigieuse d'élres vivans. On rencontre partout la même tendance à l'organisation; il circule tout autour du globe une égale portion de principe vital , dont les températures extrêmes ne peuvent airêter la puissance et l'activité vivifiante; partout la quantité de vie est la même.
L'île d'Islande, située dans la mer du INord ,
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près du pôle, éprouve constamment des froids excessifs et de fréquens tremblemens de terre. Les volcans qui produisent ces derniers empêchent que cette île ne soit bien peuplée. Ajoutez à cela qu'elle ne produit ni blé ni fruits; que les habilans ne vivent que de pain , de poisson et de viande pourrie , et ne boivent que de l'eau et du petit-lait.
L'Islande ne fournit ni gibier ni bêles féroces, parce qu'elle est fort éloignée du continent ; quelquefois cependant on y voit arriver des ours surdegros glaçons poussés par lèvent du coté de l'île. 11 y a dans ce pays une quantité prodigieuse de moulons qui restent toujours en pleine campagne.
Au nord de l'Islande, on voit continuellement le soleil depuis la mi-juin jusqu'à la fin d'août; mais on est privé de sa lumière depuis la fin de novembre jusqu'à la fin de janvier. Durant celte longue nuit, les Islandais jouissent de la clarté des aurores boréales , qui paraissent dès que les jours commencent à diminuer , et dont l'éclat augmente à mesure qu'ils deviennent plus courts.
Le climat de l'Islande est fort s;iin , cl les babitans mènent une vie dure et laborieuse dès la plus tendre jeunesse. Les en fans ne tètent que huit jours; on les couche ensuite par terre, et on place à côté d'eux un petit vase rempli de
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lait ; lorsqu'ils ont envie de boii e , on les tourne vers le vase , cl ils sucent le lait au moyen d'une canule qui lient au vase , et qu'on leur met dans la bouche. Dès qu'un enfant est parvenu à l'âge de neuf mois , il mange de tout. On ne sait dans ce pays ce que c'est que de l'emmailIoUer , de le bercer et de le garder : à peine a-t-il quinze mois qu'on le met en culotte et en vesle. On le laisse se rouler par terre jusqu'à ce qu'il se lève de lui-même , et qu'il apprenne à marcher. Les Islandais sont très- malpropres , et Si polirons qu'on n'a jamais pu les accoutumer à tirer un coup de fusil. Il n'y a point de défauts auxquels ils ne soient sujets; mais l'ivrognerie est leur passion dominante, et ils vendent tout ce qu'ils possèdent pour avoir de l'eau-de-vie , qui est l'âme de toutes leurs assemblées et de toutes leurs fêtes.
On trouve dans la Laponie , qui est au nord de l'Europe , et sur les côtes septentrionales de la Tarlarie, des hommes semblables aux Groenlandais, tant au physiqueque par rapport aux mœurs. Dès que leurs enfaus sont ne's, ils ont l'habitude de les plonger dans l'eau froide. En général , loui. les peuples du Nord se ressemblent à l'extérieur, et ont à-peu-près les mêmes inclinations et les mêmes usages. Ils paraissent être des Tarlares plus ou moins dégénérés. Rarement ces peuples
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qiilllent les lieux qui les ont vus naître. Ils sont très-Iaches , et inhabiles au niéiier des armes ; néanmoins ils sont infatigables à la chasse et à la pèche.
Lorsqu'on veut trouver les Lapons, de même que les autres peuples septentrionaux dont je viens de parler , il faut les chercher sous terre, ou dans des cabanes presque entièrement enterrées^ et dont les toits sont construits d'écorces d'arbres ou d'os de poissons. C'est dans ces tristes lieux qu'ils passent une nuit de plusieurs mois durant lesquels ils entretiennent continuellement du feu. L'été même ils sont obligés d'y avoir toujours une fumée épaisse , pour n'être pas incommodés des insectes dont fourmille leur pays. Us sont peu sujets aux maladies ; mais ils deviennent aveugles , parce qu'ils sont toujours éblouis par l'éclat de la neige et par la fumée. Ils ne vivent pas loni;temps , et les femmes y sont peu fécondes. 11 n'eu est pas de même en Suède et dans les pays situés à-peu-près au même degré de latitude ; il n'est pas rare d'y voir des femmes qui ont eu jusqu'à trente enfans. Une coutume bizarre qu'ont tous les peuples septentrionaux , est celle" d'offrir aux étrangers leurs femmes, et d'être très-flattés qu'on veuille bien les accepter : ils trouvent sans doute moins laides celles que les étrangers n'ont pas dédaignées. Ou retrouve encore cet usage
lya r.r.r.'nEMS dhygieine.
chez les Tartares de Crimée, les Calmoucks et plusieurs autres peuples de Sibérie et de Tariarie , qui sont presque aussi laids que ceux du Nord ; au lieu que dans toutes les nations voisines ;, comme à la Chine, en Perse, où les femmes sont belles, les hommes sont jaloux à l'excès.
Les peuples qui habitent l'extrémité de la zone tempérée en - deçà du cercle polaire, ont pouv la plupart les cheveux blonds , liris de l'œil bleu, le teint blanc et la taille haute. Ils sont forts, courageux , guerriers et inquiets. Ils ont un penchant naturel à s'expntrier ; on les a vus se déborder jusqu'en Afrique, et il n'y a pas de nations parmi nous qui ne tirent leur origine du Nord, ou qui ne soient mêlées avec des races septentrionales. On voit que ces peuples sont entièrement différens de ceux situés sur le cercle polaire, ou qui sont dans son voisinage; celte différence est très-sensible , soit par rapport à leurs qualités extérieures , soit par rapport à leurs mœurs et à leurs inclinations.
La nation tartare, prise en général, occupe des pays immenses en Asie. Les hommes de celte race sont fort laids, ont le teint basané et olivâtre , peu de barbe, et par petits épis comme celle des Chinois ; les cuisses grosses et les jambes courtes; ils sont de stature médiocre, mais très-