HISTOIRE NATURELLE DE L HOMME
forts ei irès-robustes. Les peuples les plus hideux et les plus difformes sont les Calmoucks. Ces hommes robustes, voleurs, et en même temps très-hospitaliers, sont voisins de la merCaspienne, et places entre les Moscovites et les Grands-Tartares. Leur visage est si large, qu'il y a au moins cinq à six doigts de dislance entre les yeux , qui sont irès-pelils ; ils ont le nez si court et si plat , qu'en place de narines on n'y aperçoit que deux trous. Ils ont les genoux tourne's en dehors, et les pieds en dedans.
. Quoique le sang tartare se soit mêlé avec ce-^ lui des Chinois et des Russes orientaux , cependant les traits de celte race se sont conservés ; beaucoup de Moscovites ont la physionomie des Tarlares, et, comme ces derniers, le corps carré, les cuisses grosses et les jambes courtes.
En avançant vers l'orient de la Tartarie indépendante , on trouve un peu de radoucissement dans les traits. Les Chinois approclieni encore plus des Tartares par la physionomie que les Moscovites ; il est même probable qu'ils sont de la même race ; et en effet leur figure et leurs traits comparés ne laissent aucun doute à cet égard. Les Chinois, le plus ancien peuple connu et le plus anciennement civilisé, qui habitent l'extrémité orientale du continent de l'Asie, sont presque sans barbe, ont le teint basané, et diffèrent peu
(\os Japonais, qui sont plus bruns, parce que leur climat est plus m('riflional , en sorte qu'on peut reijarder ces deux peuples comme ne faisant qu'une seule et même race d'hommes. Les Chinois et les Japonais , quoique robustes , le sont moins que les Européens. Ils ont les yeux oblongs, enfoncés, clignolans, la prunelle brune ou noire, ei les sourcils placés très-haut ; leur regard est très-perçant. Ils ont la têle grosse et le col court, les cheveux noirs , épais et iuisans ; leur nez est îiplali, gros et épaté. Leur caractère est un mélange de curiosité , de soumission^ de patience, de justice , de bravoure , de crédulité et d'orgueil. Au surplus, ces deux peuples ont le même naturel , les mêmes mœurs et les mêmes usages. Il règne chez eux une mode bizarre, c'est qu'une femme ne serait pas aimable si elle n'avait pas les pieds assez petits pour entrer dans la pantoufle d'un enfant de six ans. C'est pourquoi ils sont dans l'usage de serrer fortement les pieds des filles dès le bas âge, pour les empêcher de prendre tout leur accroissement. Un autre usage non moins absurde dans la Chine , ei qu'on trouve établi aussi en Tartarie et même chez les Hottentots, c'est celui d'écraser le nez des enfans encore au berceau : l'éducation d'une fille serait manquée si , à l'approche du mariage, elle n'avait pas le nez camus. Un nez proéminent
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esi une difformité dans ces pays. On trouve un usa^e contraire sur les côtes de Malabar , chez les insulaires du golfe Persique et dans la Californie , tant sont différentes les idées que chaque peuple se fait de la beauté. On y perce la cloison du nez aux filles, pour y passer des anneaux, des épingles d'or , et des colifichets de cristal. Ijes sauvages du Brésil ajoutent à ces usages celui de faire une ouverture à la lèvre inférieure pour y adapter une pierre verte et un petit cylindre d'ivoire.
Les Corésiens sont originaires de la Chine; ils en ont conservé le langage , les mœurs et le gouvernement. Ils habitent une presqu'île de l'Asie, appelée Corée, qui est située entre la Chine et le Japon.
On remarque chez les Cochinchinois, les Tunquinois , les Siamois , les Péguans , les habilans d'Aracan, de Laos et d'autres pays voisins, à-peuprès les mêmes traits que chez les Chinois. La seule différence est la couleur plus ou moins foncée, selon qu'ils habitent des pays montucux ou des valées situées au midi ou au nord. Les longues oreilles sont très - estimées de ces [»euples. Les uns parviennent à se les allonger en les tirant; d'autres les percent et y pratiquent une ouverture si considérable qu'on pourrait y introduire le poing, et leurs oreilles tombent presque jus-
Ij6 ItLÉMENS r/ilYGlÈNE.
que sur les épaules , surtout celles des habitans de Laos. Les Siamois font consister la beauté des dents dans leur noirceur, et ils les teignent d'une sorte de vernis qui leur donne cette couleur, et qu'ils renouvellent tous les ans.
Les habitans de Java ressemblent beaucoup aussi aux Tartarcs et aux Chinois, au lieu que les Malais et les peuples de Sumatra et des petites îles voisines en diffèrent par les traits, par la forme du corps et par la couleur, aussi-bien que par la proportion des membres; ce qui fait penser que ces îles, ainsi que toutes celles de l'archipel Indien , ont été peuplées par différentes nations des coniinens voisins , et même par les Européens : aussi y irouve-t-on une grande variété d'hommes. En remontant vers le Nord , on trouve les îles Manilles et Philippines, dont les peuples sont de tous ceux du globe les plus mêlés, par rapport jxux alliances qu'ils ont contractées depuis longtemps, et qu'ils continuent de faire avec les Espagnols, les Indiens, les Chinois , les Malabarais el les noirs. Il faut observer , relativement à ces derniers, que ceux qui habitent les rochers et les •bois de ces îles ne ressemblent en rien aux au- , •tVes. lien est parmi eux qui, de même que les ' nègres d'Angola, ont les cheveux crépus; il en est d'autres qui les ont longs. Les voyageurs rapportent à leur occasion plusieurs faits qui sont
HISTOIRE NATL'RELLE DE L HOMME. ly^
trop extraordinaires pour qu'on puisse y ajouter foi.
Les Papous et les autres habilans de la Nouvelle-Guinée sont de vrais noirs, et ressemblent à ceux d'Afrique, quoiqu'ils en soient séparés par un intervalle de plus de deux mille deux cents lieues. Ils se déforment avec une espèce de cheville de la grosseur du doigt et de la longueur d'environ quatre pouces, qu'ils font passer dans leurs narines; ils se font aussi de grandes ouvertures aux oreilles pour y passer de longues chevilles. Au reste, chez presque tous les peuples, les femmes se les percent pour y suspendre des parures de pure fantaisie. Dans la Nouvelle-Guinée, les femmes ont des mamelles fort longues et pendantes sur le nombril, le ventre très-gros, les jambes et les bras très-gréles.
Les habitans delà Nouvelle-Hollande ressemblent aux Hoitentots ; ils sont grands, droits, effilés, et ont les paupières à demi fermées, pour garantir leurs yeux des moucherons dont ils sont sans cesse incommodés. Ces peuples sont trèsmisérables, et approchent par leurs mœurs de la condition des brutes; ils vivent péle - mêle, hommes et femmes , par troupes de quinze à trente ; ils n'ont ni maisons ni lits; une écorce d'arbre dont ils se ceignent la moitié du corps est leur seul vêlement, et ils n'ont d'autre nourriture que
1^8 ili'mens d'hygiène.
de petits poissons , qu'ils prennent en pratiquant des espèces de réservoirs de pierre dans de pelils bras de mer.
Les Mogols , les Marattes , les Guzarates et les difl'érens peuples qui habitent la presqu'île des Indes, ont la taille et les traits assez ressemblans à ceux des Européens. Les deux sexes sont de couleur olivâtre. Les femmes mogoles ont les extrémités inférieures fort longues, et le corps court. Si l'on en croit Tavernier , dès qu'on a passé Labor et le royaume de Cachemire, toutes les femmes sont dénuées de poils .dans toutes les parties , et les hommes n'ont que très - peu de barbe. Au royaume de Décan et à la côte de Malabar, on marie les garçons à dix ans, et les filles à huit ; et souvent ils ont des enfans à cet âge : mais aussi ces femmes précoces cessent de concevoir avant trente ans. Beaucoup de femmes mogoles se découpent la peau en fleurs, et la peignent de diverses couleurs avec des jus de racines ; ce qui la rend semblable à une étoffe de fleurs.
Les Bengalais ont le teint plus jaune que les Mogols , et leurs femmes sont les plus lascives de l'Inde. Le grand commerce de ce pays est celui des esclaves mâles et femelles , et des eunuques. Ces peuples sont beaux et bien faits, et ont des mœurs douces. Les Coromantlelais et les Mala-
HISTOIRE NATURELLE DE L HOMME. t*jr\
Ivarais ont le teint très-noir ; ils sont moins civi- Iis<''s que les Bengalais; les gens du peuple vont presque nus. Les Banians ne mangent rien de ce qui a eu vie ; ils ont une telle horreur du meurtre, qu'ils craignent de tuer même le moindre insecte. LesCalicutiens ont le teint olivâtre. Il leur est défendu d'avoir plus d'une femme ; mais il est permis aux femmes nobles d'avoir plusieurs maris. 11 n'est pas rare non plus de voir dans ce pays les mères prostituer leurs filles encore en Las âge. On rencontre parmi les Calicutiens des familles entières dont les jambes sont aussi grosses que le corps d'un homme , et dont la peau est dure , rude et comme véruqueuse ; ce qui ne'anmoins ne les empêche pas d'être dispos. Les grosses jambes sont surtout très-communes parmi les naïres , c'est-à-dire les nobles du pays. On trouve aussi cette difformité , mais non aussi fréquemment ,. parmi les habitans de Ceylan (i). L'île de Ceylan , très-peuplée , renferme dans son sein deux nations différentes par les mœurs , le gouvernement et la religion. Les Bedas (espèce de sauvages ) sont établis dans la partie septentrionale de l'île , et dans le pays le moins fertile. Us sont d'un blanc paie, et ont le* cheveux roux.
(i) C'est probablement lele'phantiasis ou la maladie des Barbades- (I. B. )
l8o ELEIWENS D IIYCIEIVE.
On ne les découvre que clifRcllement, tanl ils ont soin de se cacher dans les bois les plus épais, lis sont partagés en tribts qui obéissent à un chef; ils sont en petit nombre, presque nus, et ont à-peu-près les mêmes mœurs et le même gouvernement que les montagnards d'Ecosse. Ils ne font jamais cuire la chair des animaux qu'ils tuent avec les flèches ; mais ils la confisent dans du miel , qu'ils ont en abondance. 11 est vraisemblable que les Bedas , de même que les Cbacrelas de Java , sont de race européenne. Les Chingulais forment une nation plus nombreuse et plus puissante. Ils habitent la partie méridionale de Ceylan; ils sont noirs, mal formés ; ils portent des habits , et obéissent à des despotes ; ils sont plus civilisés que les premiers, mais fourbes, intéressés et adulateurs, comme tous les peuples esclaves.
Les Maldivois ressemblent assez aux Européens; ils sont bien faits et bien proportionnés, et n'en diffèrent que par le teint olivâtre. Cependant , comme le sang des Maldivois est mêlé avec celui de toutes les nations , on y rencontre un grand nombre de femmes très-blanches, et qui sont excessivement libertines; elles sont indiscrètes, infidèles et tellement lascives qu'elles ne trouvent, pas d'hommes assez vigoureux. Elles font un fréquent usage du bétel , et ne mangent
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rien qui ne soil fortement assaisonné. Le peuple maldivois est poli , spirituel , industrieux , et porté à la culture des arts, même des sciences, qu'il •estime beaucoup, particulièrement l'astronomie. Les Maldivois sont courageux, adroits, et amis de l'ordre et de la police.
L'éducation des enfans est un des principaux objets de la législation dans toutes les îles Maldives. Les mères de toutes les classes, même les reines, sont obligées de nourrir leurs enfans; on ne les enveloppe d'aucuns langes , et on n'en voit pas de contrefaits. Dès l'âge de neuf mois , ils commencent à marcher : ils reçoivent la circoncision maliomélane à sept ans; à neuf, on les applique aux études et aux exercices du pays.
Goa est le principal établissement des Portugais dans les Indes. 11 s'y faisait autrefois un grand commerce d'esclaves; on y achetait des femmes de tous les pays indiens , qui savaient jouer des instrumens, coudre et broder, parmi lesquelles il s'en trouvait de blanches, d'olivâtres, de basanées , en un mot , de toutes couleurs. Les Indiens sont très-portés aux plaisirs de l'amour ; ils préfèrent les filles cafrcs et les mosambiques , qui sont noires. La î>ueur de ces peuples n'a aucune mauvaise odeur, et ils diffèrent en cela des nègres d'Afrique, dont l'odeur est semblable
l82 ÉlÉMENS D'HYGlèwE.
à celle des porreaux verts, surtout lorsqu'ils sont écliauffés. Les Indiennes préfèrent les Européens aux naturels du pays.
La principale religion de l'Inde est celle de Brama. 11 est vraisemblable que c'est dans ce pays ( où le double empire du bien et du mal n'est séparé en quelque sorte que par un rempart de montagnes , et d'où l'insulaire de Ceylan , les yeux tournés vers l'équaleur, aux deux saisons de l'équinoxe , voit alternativement la mer agitée par les tempêtes à sa droite , et un calme parfait à sa gauche ) qu'est né le dogme des deux principes du bien et du mal, d'Oromaze et d'Arimane : telle est la connexion des lois physiques et morales , que le climat a jeté partout les premiers fondemens des systèmes sur les objets importans au bonheur.
La polygamie est permise par toutes les religions de l'Asie, et la pluralité des maris tolérée en quelques endroits. Dans les royaumes de Boutan et de Thibet , une seule femme est souvent commune à toute la famille , sans qu'il en résulte de jalousie ni de troubles domestiques. Ici la religion et les lois sont en rapport avec le climat , car il y naît plus de filles que de garçons : c'est le contraire dans les pavs froids de l'Asie.
Llnde est le climat le plus favorisé de la nature; mais on n'y aperçoit que des peuples parcs-
HISTOIRE NATURELLE DE l'mOMME. 1 85
seux et avilis par l'esclavage, qui, sans élévation d auie , vcgèient sous le plus beau ciel , et doni la puissance ne peut soutenir l'effort d'une poignée d'Européens. Les Indiens n'ont aucune force de caractère ; ils n'ont que l'esprit de commerce; ils aiment l'argent, mais sans avoir le courage de le défendre. Courbés sous le poids de l'esclavage , et abrutis par le despotisme le plus humiliant , ils sont les peuples les plus vils et les plus méprisables.
Les peuples les plus voisins des Mogols sont les Persans : aussi ne remarque-t-on pas entre eux une grande différence , surtout du coté du midi : néanmoins leur sang s'est mélangé avec le sang géorgien et circassien. C'est principalement dans ces deux nations que la nature a pris plaisir à former les plus belles personnes. Presque tous les hommes de qualité de Perse sont nés d'une mère géorgienne ou circassienne ; sans cela , originaires de Tarlarie, ils seraient les hommes les plus laids. Les marchands amènent en Perse une multitude de belles femmes de toutes couleurs; ils tirent les blanches de la Pologne , de la Moscovie , de la Circassie, de la Géorgie et des frontières de la grande Tartarie; les basanées, des terres du grand Mogol , des royaumes de Golconde et de Visa[)our; et les noires, des côtes de Mélinde et de la mci Uouge.
l84 ILlÉMENS u'iIYGlÈWE.
Les Persans sont d'une belle stature , et ont en général Leaucoup d'embonpoint. Leur teint est d'un blanc olivâtre: cependant les Schirasslens, les habitans de Candabar, et tous ceux qui sont voisins de l'Inde, tirent sur le noirâtre. Ils ont les cbeveux et les sourcils noirs , le front élevé et saillant , les yeux noirs ou bleus , le nez aquilin , les joues pleines , un grand menton , et le visage allongé. Ils ont les oreilles pendantes; ce que l'on doit attribuer à la pesanteur de leurs turbans, qu'ils ne quittent jamais. Ils ont tous les jambes plus ou moins arquées, ce qui vient de leur manière de s'asseoir; leur usage à cet égard est de s'accroupir par terre , en faisant porter tout le poids de leur corps sur leurs jambes , qu'ils replient de façon que leurs talons viennent se joindre au derrière.
La Perse présente le spectacle le plus attristant pour i'ami des bommes; on y voit des babitans épars dans de vastes régions infestées de brigands, et quelques tyrans qui , le fer en main , se disputent des villes en cendres et les champs qu'ils ont ravagés.
Les Persans sont néanmoins polis , mais vains, adulateurs et hvpocrites. Ils ont naturellement de la force, de la vigueur, et sont belliqueux ; ils jouissent d'une bonne santé , et , malgré leur vie turbulente et dissolue, ils parviennent à un
HISTOIRE NATURELLE DE l'hOMME. 1 85
â"e très-avance. Les habitans du Ghilan et du Mazandran , qui habitent un sol bas et plat , sont sujets aux fièvres intermittentes , à la surdité , aux vertiges et aux enflures. Presque tous les Persans ont à combattre , durant la plus grande parlie de leur vie, les maux d'yeux et même la cataracte; ils sont aussi très-sujets aux he'morrboïdes, aux fièvres bilieuses, et à la jaunisse, qui peut être regardée comme une maladie endémique de la Perse. Du reste, il n'y règne jamais aucune maladie extraordinaire.
On peut considérer les peuples de la Perse, de la Turquie, de l'Arabie, de l'Egypte et de la Barbarie, comme une seule et même nation, depuis que Mahomet et ses successeurs ont envahi leur territoire. Ces peuples mélangés , soumis au même gouvernement , et exerçant le même culte, se ressemblent par les traits et les mœurs. Les princesses et les dames arabes , qui sont presque toujours dans leurs appariemcns, sont blanches , très -belles et bien faites ; mais les femmes du j)euple , qui sont brûlées par l'ardeur du soleil, sont noires ou basanées, et se peignent la peau de diverses couleurs.
La plupart de ces nations offrent l'exemple de la dégradation la plus grande dont l'espèce humaine soit susceptible , et des outrages faits à la nature dans les organes qui servent à la repro-
i86 élémens d'hygiène.
duclion : leur jalousie sombre el iiiqulèle leur ôte loule confiance en la vertu des femmes; elle les met sous la garde et la surveillance de ces êtres sans*sexe dont le nom seul fait horreur. Le luxe a fait commettre le même crime dans l'Italie moderne ; et plus d'un musicien n'y acquérait autrefois une voix contre nature qu'au détriment de la population.
L'infibulation est en usage au Pégu et dans quelques contrées asiatiques , de même qu'en Ethiopie. On s'y assure de la continence du sexe au moyen d'un anneau : on ne peut ôter celui des filles que par une opération cruelle ; celui des femmes a une serrure dont le mari a la clef. Les Italiens pratiquent aussi l'infibulation, d'une manière moins barbare à la vérité , mais non moins injurieuse aux sexe.
On rencontre dans quelques endroits de l'Asie des santons , des faquirs cl des bonzes , qui s'infibulent, pour étaler devant le peuple une orgueilleuse el inutile continence. Ils chargent le membre viril d'un cercle de fer large et pesant, cl se privent ainsi de la faculté de donner la vie, pour acquérir le droit de tyranniser el de j)ersécuter leur» concitoyens. Quelques Indiens s'in fibulent aussi avec un ruban d'écorce , sans doute pour plaire a leurs prêtres , et participer à leur fausse gloire.
La circoncision est chez la plupart de ces na-
IIISTOIRK NATURELLE DE l'iIO.MME. 1 87
lions, ainsi que chez les Juifs, un acte de religion. Elle a pris naissance indubiiablemenl entre l'équateur et le trentième degré de latitude septentrionale : aussi celte vaste portion du globe contient-elle encore aujourd'hui plus de peuples circoncis que le reste de la terre habitée. 11 n'y a guère que les Siamois , les Tunquinois, les Péguans et les Chinois répandus dans ces latitudes , qui soient restés inciiconcis. En Ethiopie , dans quelques contrées de l'Inde , mais surtout en Egypte, les femmes subissent vers l'âge de trente ans une sorte de circoncision , l'excision des nymphes , opération barbare , inventée par la superstition.
On ne remarque pas, en général, une bien grande différence dans les peuples , depuis le vingtième jusqu'au trente- cinquième degré de latitude nord de l'ancien continent. Ils sont plus ou moins bruns ou basanés, assez beaux et bien faits. Les variétés qu'on y rencontre dépendent de la température du climat , et du croisement de ces peuples avec d'autres plus avancés vers le nord. Ceux qui habitent un pays tempéré , tels que ceux des provinces septentrionales du Mogol et de la Perse , comme les Arméniens, les Turcs, les Géorgiens , les Mingréliens, les Circassiens , les Grecs et diflerens peuples d'Europe, sont les hommes les }ilus beaux, les plus blancs et lci>
iS8 élémens d'hygiène.
mieux proportionnés de la terre. Les Géorgiens l'emportent beaucoup pour la beaut«i sur les habitons de Cachemire ; les femmes y joignent les grâces à la beauté. Les hommes n'y sont pas moins beaux ; ils sont spirituels , mais trèsivrognes et libertins. Les rois et les grands choisissent leurs concubines parmi les Géorgiennes; et il est défendu d'en trafiquer, si ce n'est eu Perse, que pour le sérail ottoman. Les nobles exercent dans la Géorgie le métier infâme de bourreau, et le titre le plus fastueux pour les famdles de ce pays est l'impudicilé des filles.
Les Circassiennes sont très-belles et très-blancbes; mais elles n'ont que très-peu de sourcils. Durant l'été, les femmes du peuple*ne portent qu'une simple chemise de couleur, ouverte jusqu'à mi-corps. Elles ont la gorge très-belle, et sont fort libres avec les étrangers.
Les peuples de la Mingrélie, autrefois la Colchide , ne sont pas moins beaux que les Géorgieuset les Circassiens : ces trois nations paraissent n'en être qu'une. Les Mingréliens croient aux songes; ils tiennent cette superstition des Egyptiens , desquels ils descendent , au rapport de Diodore de Sicile. Les Mingréliennes sont trèsbien faites; elles ont un air majestueux, des traits cbarmans , une taille admirable , et le r«'gard très-engageant. Elles caresbcnl tous ceux qui
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jettent les yeux sur elles, et cherchent à leur inspirer des désirs pour les satisfaire. Les maris ne sont ni incommodes ni jaloux. Lorsqu'un mari surprend sa femme en flagrant délit, il n'en lire d'autre vengeance que celle de faire payer au galant un cochon, qu'ils mangent ensemble avec l'épouse. Ils ont plusieurs femmes et concuî)ines, et peuvent vendre et échanger les enfans qu'ils en ont.
Les Turcs sont un peuple mélangé. Ils sont généralement très-robustes , et les deux sexes sont beaux et bien proportionnés; mais les femmes grecques l'emportent sur celles de la Turquie pour la beauté et la vivacité; elles jouissent aussi d'une plus grande liberté.
Les Grecs, les Napolitains, les Siciliens, les Corses , les Sardes et les Espagnols , diffèrent peu entre eux ; ils sont placés à-peu-près sous la même parallèle. Ils sontplus basanés que les Français, les Anglais et les autres peuples moins méridionaux. Lorsqu'on va de France en Espagne , on n'est pas plutôt arrivé à Bayonne , qu'on s'aperçoit d'une grande différence dans la couleur : le teint y est plus brun, et les femmes y ont les yeux plus brillans.
L'A frique est peuplée des nations nombreuses, de différente origine, et dont les qualités extérieures sont lout-à-fait dissemblables. Parmi ces
TQO ÉLlfMENS d'iIYCIFNE.
peuples Cl ceux de l'Asie, il en est deux cnir'au*très, les Egypiieus et les Syriens, qui, mieux connus depuis les savans Savary et Volnev , méritent de fixer l'allenlion du philosophe, vu que c'est de leurs contrées que sont sorties la phipart des opinions que la plus grande partie de l'Europe a embrassées , ainsi que les idées relij^ieuses qui ont influé si puissamment sur notre morale, nos lois et notre état social.
Le climat de l'Egypte est très-chaud : le thernromètre de Réaumur s'y soutient , depuis la fin de juillet jusqu'au commencement de septembre, dans les apparlemens les plus tempérés , à vingtquatre et vingt-cinq degrés au-dessus de zéro. Cette excessive chaleur n'est pas seulement due à la forte action du soleil , puisque d'autres pays sous la même latitude sont moins chauds, mais à ce que le terrain est peu élevé au-dessus de la mer : aussi les Egyptiens sont-ils en élé dans un état presque continuel de sueur. Avec de semblables chaleurs et l'état marécageux du sol , qui dure trois mois , on pourrait croire que l'Egypte est un pays malsain; mais l'expérience prouve le contraire, et les Egyptiens vivent fort long-temps. « Les émanations des eaux stagnantes , dit Vol- » ney (i) > ^^ meurtrières en Chypre et à Alexan-
(i) Voynge en Syrie et en Kgyple , loin, i ; p. 03 et 6/j.
ÎÎISTOTRF. rVATLTREr.LE DF. L ÏIOMWT:. TQI
» dric, n'oni point cet efl'el en E^^ypie. La raison w m'en paraît due à la siccité habituelle de l'air , » établie et par le voisinage de l'Afrique et de » l'Arabie , qui aspirent sans cesse l'humidité , M et par les courans habituels des vents , qui » passent sans obstacle. Cette siccité est telle que » les viandes exposées, même en été , au vent du » nord, ne se putréfient point , mais se dessèchent » et se durcissent à l'égal du bois. Les déserts » offrent des cadavres ainsi desséchés , qui sont » devenus si légers qu'un homme soulève aisé- » ment d'une main la carcasse entière d'un cha- » meau. m
Néanmoins l'air sur la côte est infiniment moins sec qu'en remontant dans les terres : on ne peut laisser à Alexandrie et à Rosette du fer exposé vingt - quatre heures à l'air , qu'il ne soit tout rouillé. Le natron (carbonate de soude) est trèsabondant en Egypte ; les pierres en sont rongées, et on en trouve, dans les lieux humides , de longues aiguilles cristallisées. La végétation y a une aCllvité incroyable, et le développement des plantes s'y fait avec une prodigieuse rapidité ; mais les plantes étrangères y dégénèrent très-vile. Les animaux y sont très-féconds, et les femmes, qui sont excessivement portées aux plaisirs de l'amour , y font fréquemment deux enfans à la fois. Le rSil traverse l'Egypte du sud au nord, et
iga ELEMENS DllYClEPfE.
feriilise ce pays par le linaon qu'y laisse son de- Lordement régulier et annuel. L'Egypte a cela de commun avec toutes les contrées arrosées par de grands fleuves sujets aux débordemens , tels que le Gange, l'Indus, etc. Celui du Nil a lieu vers la un de juin , et dure jusqu'à la fin de septembre. L'année s'annonce bien quand il s'élève jusqu'à vingt-quatre pieds; leshabilans alors se réjouissent : lorsqu'il dépasse celle hauteur , l'année est mauvaise, parce que les eaux , séjournant trop long-temps sur les terres , et employant trop de temps à s'écouler, n'en laissent point assez pour les semailles et la récolte. Si elles ne s'élèvent qu'à seize pieds , il y a disette encore , parce qu'elles ne couvrent pas une assez grande étendue de pays et laissent une partie des terres sans engrais. Les débordemens périodiques du Nil ont leur cause dans les vents réguliers et constans qui, soufflant du nord au sud, accumulent les vapeurs de la Méditerranée , converties en nuages , sur les montagnes de la Lune , aux environs de la ligne , et dans l'Abyssinie , où elles se résolvent en pluies abondantes.
On peut distinguer la population de l'Egypte en quatre races principales d'habitans. La première et la plus considérable est celle des Arabes, qu'on peut diviser en deux classes , les Arabes agricoles, et les Arabes Bédouins, peuple nomade
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et voleurs. Ils viennent les uns et les autres des diverses parties de l'Arabie, et ont conservé leur physionomie originelle ; ils sont d'une haute stature, ont le corps musculeux, robuste, leur peau halée par le soleil et presque noire; mais leur visage n'a rien de choquant.
La seconde race est celle des Cophles : ceuxci descendent des anciens Egyptiens. Ils ont la [)eau jaunâtre et fumeuse , le visage bouffi, l'œil gonflé , le nez écrasé, la lèvre grosse, en un mot une vraie figure de mulâtre : or, les anciens Egyptiens, au rap'port d'Hérodote, avaient la peau noire et les cheveux crépus , c'est-à-dire qu'ils étaient de vrais nègres de l'espèce de tous les naturels d'Afrique. Ceci explique comment ces peuples , alliés depuis plusieurs siècles aux Romains et aux Grecs , ont perdu l'intensité de leur couleur primitive, en conservant l'empreinte du moule originel. C'est ainsi qu'un espace de neuf siècles n'a pu effacer la nuance qui distinguait les liabitans des Gaules de ces hommes du Nord qui, sous Charles-le-Gros , vinrent occuper la ci-devant Normandie. On est étonné de la ressemblance fraternelle des habitans de ce pays avec les Danois, conservée malgré la dislance des temps et des lieux.
Une troisième race d'habilans en Ègyple est celle des Turcs, connus autrefois des Grecs sous I. i5
1,94 ÉLtMENS d'hygiène.
les noms de Parllies , des Massa<^èies et même de Scyilies , dont l'espiii moderne , comme l'a très-bien dit Volney, esi de ruiner les travaux du jMssé et l'espoir de l'avenir , parce que dans la barbarie d'un despotisme igtiorant il n'y a point de lendemain.
Enfm , la quatrième race est celle des Mamlouck, originaires d'Asie , dont les Tartares composèrent une milice vers l'an i25o, qu'ils introduisirent en Egypte, et qui, d'esclaves devenus despotes depuis plusieurs siècles, gouvernent arbitrairement tout le pays (i). LesMamlouck, de même que les Ottomans, ne se perpétuent pas long-temps ; il n'en existe pas une famille à la seconde ge'nération; tous leurs enfans périssent dans le premier ou le second âge. Les Ottomans ne parviennent à se perpétuer qu'en épousant des femmes indigènes ; ce que les Mamlouck ont toujours dédaigné : leurs femmes sont, comme eux , des esclaves transportées de Géorgie , de Mingrélie, etc.
Les Egyptiens sont fréquemment affectés de maux d'yeux , et la cécité y est si commune que,
(i) Ils n'exercent plus aucune influence en E{;yple , depuis que le pacha Méhemed-Ali en a fait lâchement massacrer la plus grande parlie dans Tinlérieur niênie de son palais, où il les avait appelés sous prétexte de les passer en revue ou de leur donner une fêle. (I. B. )
HISTOIRE NATURELLE DE l'hOM>IË. IqS
sur cent personnes , on rencontre vingt aveugles, dix borgnes, et vingt autres dont les yeux sont rouges , purulens ou tachés. Presque tous portent des bandeaux , indice d'une ophdialmie naissante ou sur sa fin. Cette affection, qui y est endémique, frappe particulièrement le peuple : elle est moins répandue en Syrie ; les habitans de la côte de la mer y sont seuls sujets. II paraît qu'elle reconnaît pour cause principale la qualité irritante de l'air de ces pays, qui porte spécialement son action sur l'organe de la vue.
Beaucoup de cécités en Egypte sont aussi les suite de la petite-vérole , qui y est ti ès-meurtrière, et que l'on y traite mal. L'inoculation y est néanmoins connue ; mais on y en fait peu d'usage.
Une maladie très-commune au Caire est la vérole , qui y guérit difficilement : le traitement par le mercure échoue pour l'ordinaire; les végétaux sudorifiques ont plus de succès, sans être infaillibles. Mais le virus est peu actif, à raison de la transpiration qui est e.icessive; et l'on voit, comme en Espagne , des vieillards le porter jusqu'à quatre -vingts ans ; néanmoins il est funeste aux cnfans qui en naissent infectés, et à ceux qui le rapportentdans les pays froids. En Syrie, à Damas et dans les montagnes, il est plus dangereux, parce que l'hiver y est plus rigoureux.
I(j6 ELEMENS D HYGIENE.
Une incommodité particulière à l'Egypte , est une éruption de boutons rouges, cuisans , dont tout le corps se couvre en juillet et août , et que l'on croit être due à la malivaise qualité des eaux du Nil, qui se corrompent vers la fin de mai dans le lit du fleuve, et dont les habitans s'abreuvent. Celle éruption est une dépuration toujours salutaire.
Une autre affection encore très-répandue au Caire , et une enflure des testicules , qui souvent dégénère en une énorme hydrocèle; elle attaque de préférence les Grecs et les Copliles , et paraît dépendre de l'usage immodéré de l'huile et des bains chauds. Durant le printemps, qui, dans l'Egyple , est l'élé de nos climats , il règne des lièvres bilieuses rémittentes, qui deviennent quelquefois épidémiques. Les moyens les plus propres à les combattre sont le quina donné dans les rémissions à la dose de deux ou trois onces , les acides, les alimens végétaux, l'abblinence de la viande, du poisson , et surtout des œufs, qui sont une espèce de poison dans ce pays. La saignée y est presque toujours nuisible, ainsi que dans tous les pays chauds, où le tempérament , ainsi que les maladies, sont généralement bilieux.
La peste n'est point originaire d'Egypte, ainsi qu'on l'a assuré : son véritable foyer est à Constauliuople, où elle se perpétue par l'aveugle né-
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gligence des Turcs, et de là se prop.igeen Egypfe, où elle fait des rav;iges affreux tous les quatre oh. cinq ans. Elle règne en été à Constanlinople , parce que la chaleur y est humide, et cesse en hiver, parce que le froid y est rigoureux. C'est le contraire en Egypte : l'hiver y fomente la pesie, parce qu'il est humide et doux ; et l'été la détruit, parce qu'il est chaud et sec. Elle est phixS rare en Syrie. Le fanatisme et la barbarie du gouvernement ont empêché jusqu'ici les Turcs de prendre des précautions contre ce fléau meurtrier, dont il serait possible d'étouffer entièrement le germe.
La Syrie, située en Asie, confine à l'Egyplc^ dont elle est séparée par l'isthme de Suez. Ce pays n'est , en quelque sorte , qu'une chaîne de montagnes, dont la plus élevée est le Liban. Le midi de la Syrie , c'est-à-dire le bassin du Jourdain , est une contrée de volcans dont les éruptions ont cessé, mais qui donnent encore quelquefois lieu à des tremblemens de terre. Les sources bitumineuses et soufrées du lac Asphaltile, les laves , les pierres ponces jetées sur ses bords, et le bain chaud de Tabarié , prouvent que cette vallée a été le foyer d'un feu qui n'est pas encore éteint. Il s'échappe souvent du lac des' tourbillons de fumée , et il se fait chaque jour de nouvelles crevasses sur ses rivages.
igS lÊLÉMENS d'hygiène.
La Syrie partage avec l'Egypic , !a Perse et presque tout le midi de l'Asie , un fléau redoutable, des nue'es de sauterelles qui obscurcissent le ciel, et qui, lorsqu'elles s'abattent, couvrent la terre sur un espace de plusieurs lieues. Heureusement que ce fléau ne se répèle pas bien souvent, car il amène des maladies pestilentielles qui dévastent le pays. On remarque que les sauterelles n'ont lieu qu'à la suite des bivers trop doux , et qu'elles viennent toujours du désert d'Arabie. Les babitans cbercbent à s'en préserver , en leur opposant des torrens de fumée ; mais il est deux agens plus efficaces contre ces insectes, ce sont les vents du sud et du sud-est , qui les cbassent sur la Méditen-anée ; et l'oiseau appelé saniaj'mar , qui leur fait une guerre éternelle.
Il y a en Syrie deux climats généraux : l'un très-cbaud , et qui est celui de la côlè des plaines intérieures; et l'autre tempéré et semblable au noire, qui règne dans les montagnes. Les Syriens ont, ainsi que les Egyptiens, subi des révolutions qui ont mélangé les races. On peut en faire trois classes principales : i°. la postérité du peuple conquis par les Grecs du bas-empire; 2". celle des Arabes conquérans; 5''. lepeu pie aujourd'hui dominant, les Turcs ottomans. Toutes les races se naturalisent également bien en Syrie, et s'y
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conservent sans antres altérations que celles qui résultent de la nature du climat : ainsi les habiia«is des plaines du midi sont plus basanés que ceux du nord , et ceux-là beaucoup plus que les montagnards. Dans le Liban et le pays des Druses, le leint est le même que celui des babitans des départemens méridionaux de France. On vante les femmes de Damas et de Tripoli pour la blancbeur et la régularité des traits.
Les Syriens sont, en général, de moyenne stature; on ne lencontre dans les deux sexes que peu de personnes bossues et contrefaites. Ils n'ont de maladie particulière que le bouton d'Alep; les autres maladies sont les dysenteries , les fièvres bilieuses continues , rémittentes , et les intermittentes. La petite-vérole y est quelquefois très-meurtrière. La saignée est rarement -utile dans ces maladies ; mais les vomitifs et les purgatifs doux et acitles, comme les tamarins, le tarirate acidulé de potasse, sont d'un usage fréquent et avantageux.
Maintenant , si nous parcourons la Barbarie, nous -verrons que les montagnards sont blancs , tandis que ceux qui habitent les côtes maritimes et les [)laines sont basanés et bruns : c'est que les bauteurs produisent le même elTet que plusieurs degrés de latitude. Si nous observons les habitans de l'Afrique au-delà du tropique, nous
rencontrerons, depuis la mer Rouge jusqu'à l'Océan , des espèces de Maures si noirs qu'on les prendrait pour des nègres. Les premiers occupent le nord du fleuve Sénégal , et les nègres le midi. On ne voit presque que des mulâtres dans les îles du cap Vert; ce qui vient probablement des premiers Portugais qui s'y sont établis, et qui se sont mêlés avec les nègres. On leur a donné le nom de Nègres couleur de cuwre , parce qu'ils sont jaunâtres , et qu'ils ont conservé les traits des nègres.
Les nègres du Sénégal qui habitent près la rivière de Gambie sont très-noirs , beaux et bien faits : leurs femmes sont très-belles aussi, et aiment beaucoup les blancs ; elles ont toujours la pipe à la bouche, et leur sueur est un peu fétide. Les nègres de l'île de Gorée et de la côte du cap Vert sont d'un noir très-foncé; ils sont très-bien proportionnés , et ont autant de mépris pour les autres nègres qui ne sont pas aussi noirs, que nous en avons pour les basanés. Ils aiment passionnément l'eau-de-vie, dont ils s'enivrent souvent ; et pour en avoir, ils vendent leurs enfans , leurs parens, et jusqu'à leur propre personne. Ces nègres sont dans l'usage de graver sur leur corps, avec un caillou tranchant, des figures de fleurs et d'animaux de leur pays. Celte mode a lieu dans un grand nombre de pays : on l'a trouvée élabl le dans
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rinclostan , Sicrra-Lc'ona , clans l'île Formose et dans la Floride. Encore aujourd'hui un grand nombre d'Arabes brodent et teignent leur peau , dans laquelle ils font pénétrer les couleurs au moyen d'une aiguille ; les femmes de Tunis y gravent des chiffres avec la pointe d'une lancette et du vitriol.
Les nègres de Guinée, malgré une bonne santé, parviennent rarement à une grande vieillesse; ils sont décrépits à l'âge de quarante ans. Ce qui abrège leur vie, c'est l'usage prématuré des femmes : il est rare d'y trouver des filles qui puissent se souvenir du temps où elles ont cessé de l'être.
Les nègres ont une figure qui leur est propre, et qui représente cet état de contraction que prend le visage lorsqu'il est frappé par une vive lumière et une forte réverbération de chaleur; dans ces circonstances, les sourcils se froncent, la pommette s'élève , la paupière se serre , la bouche fait ce qu'on appelle la moue. Les traits des blancs sont, au contraire, allongés, les yeux plus saillans , et toute la figure plus épanouie. Les nègres ont les yeux ronds, le nez épaté , les traits grossiers , les lèvres épaisses, et une sorte de laine au lieu de cheveux ; leur crâne est double de celui des blancs en épaisseur ; leurs os sont plus solides, et leurs chairs plus denses ; ils muliiplioni prodigieusement. Leur intelligence est très-boniéc.
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et il ne paraît pas que leur esprit soit susceptible d'une grande culture.
Les nègres sont une race d'iiommes peu répandus : on n'en rencontre que dans les pays excessivement chauds : il n'y en a point hors des bornes de la zone lorride, et ils ne font pas la douzième partie de l'espèce humaine : leur nombre est à celui des hommes blancs et bruns , à-peu-près comme i est à 23.
Les négrillons qui viennent de naître sont presque entièrement blancs , si ce n'est qu'on aperçoit à l'extrémité des ongles un filet noirâtre, et au scrotum ou au bout du gland , une petite tache noire. Ils restent blancs les huits premiers jours ; ce n'est qu'à cette époque que la peau commence à brunir.
La nature observe l'ordre suivant dans les quatre générations mêlées : i". d'un nègre et d'une blanche naît le mulâtre, à demi noir et à longs cheveux ; 2°. du mulâtre et de la blanche résulte le quarteron basané à longs cheveux ; 3". du quarteron et d'une blanche sort l'octavon , moins basané que le père ; 4°* ^^ l'octavon et d'une blanche vient un enfant parfaitement blanc.
Il faut quatre filiations en sens inverse pour noircir les blancs: i°. d'un bhmcel d'une négresse sort lé mulâtre à longs cheveux j 2". du mulâtre et de la négresse vient le quarteron , qui est noir aux
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trois quarts; 3'. de ce qnarleron et d'une négresse provient l'octavon , qui est noir au sept huitièmes ; 4*^. enfin , de cet octavon et de la négresse naît le vrai nègre à cheveux crépus.
II existe aussi des individus issus de parens nègres noirs ou oUvalres , auxquels on a donné le nom d'albinos , de blafards ^ et celui impropre de nègres blancs : ils ne sont ni une race ni une espèce d'l)ommes ; la couleur blanc de lait dont est leinte leur peau est due à des causes accidenlelles qui ont dérogé momentanément au plan primitif et à la loi commune. On regarde les al- Linos , dans leur pays, comme des animaux rares et sacrés, et les souverains de l'Afrique et des Indes en entretiennent toujours un certain nombre, avec la plus grande magnificence, dans l'enceinte de leurs palais.
On ne saurait mieux comparer ces êtres infortunés, le rebut de la nature, qu.nu à leurs facultés morales et à leur dégradation , qu'aux nombreux crétins du Valais. Ces derniers sont sourds, muets, idiots, presque insensibles aux coups, et portent des goitres d'un volume considérable, qui descendent jusqu'à la ceinture; ils ne sont ni furieux ni malfaisans, et sont absolument ineptes et incapables de penser ; ils n'éprouvent que le sentiment des besoins physiques, et se livrent violemment à tous les plaisirs des
sens. Les habiiansdu Valais regarJent leurs crétins comme des saints et des anges tutélaires ; ceux qui n'en ont pas dans leur famille se croient sérieusement brouillés avec le ciel. On en a le plus grand soin, et on satisfait toutes leurs fantaisies; on ne les contrarie jamais^ et on a pour eux un respect particulier qui est fondé sur Jeur innocence et leur faiblesse. Ils ont la peau très-livide ; ils naissent stupides et imbécilles , et restent tels jusqu'à la mort, sans qu'on puisse apporter de jremède à leur état physique et moral. Tel est le cas des blafards, dont la stupidité est égale à celle des crétins ; et s'ils ne sont pas entièrement privés du don de la parole , ils sont d'autant plus maltraités quant aux sens de la vue et de l'ouïe. Ces individus sont condamnés par la structure de leurs yeux à fuir la lumière comme les hiboux. Ils sont très-faibles; leur taille excède rarement quatre pieds cinq pouces ; leur leint est d'un blanc fade , couleur de linge , ou plutôt de cire blanchie, sans aucune nuance d'incarnat ou de rouge; on y distingue quelquefois de petites taches lenticulaires grises : ils n'ont ni barbe ni poils ; leurs cheveux sont laineux et frisés en Afrique, longs et traînans en Asie ; les sourcils et les cils sont soyeux , et leurs yeux ont la forme de ceux des perdrix. Ces malheureux terminent leur triste carrière à l'ugc de trente ans, sans avoir
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vécu. On rencontre ces êtres dégradés principalement vers le centre de l'Afrique, à l'extrémité de l'Asie méridionale , dans les îles de la mer du Sud , et au Darien dans le Nouveau-Monde.
Observons que la surdité ou l'affaiblissement de l'ouïe n'est, dans les albinos, que l'effet de la blancheur éclatante qui les distingue. On a remarqué que les chiens très-blancs, les chats d'Angola d'une blancheur éclatante, n'entendent presque pas; et il est vraisemblable qu'un jour les naturalistes du Nord s'apercevront que l'ouïe diminue dans les animaux de leurs climats durant les grands froids, temps auquel ils sont les plus blancs.
Il ne faut pas confondre les vrais blafards ou albinos avec les nègres qui deviennent blancs par l'effet de causes accidentelles. Les nègres sont su-« jeis à une maladie qui leur ôte eu partie leur noirceur naturelle , et qui est accompagnée de symptômes hideux. C'est une espèce d'ictère blanc dans lequel il leur reste encore quelques traces d'un noir jauni à la naissance des ongles; le corps se gonile , et on distingue des taches livides sur la peau; l'iris se brouille et devient nébuleux. Quand le mal n'est pas invétéré, ils en guérissent en mangeant des serpens et des couleuvres : alors leur corps reprend sa couleur noire ; sinon ils meurent vers l'âge de trente ans.
On connaît peu les peuples qui habitent les
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côtes et l'intérienr de l'Afrique, depuis Je cap Nègre Jusqu'au cap des Voltes. ïoul ce qu'on sait sur les Cafres qui habitent une partie de l'Afrique méridionale, c'est qu'ils sont bien moins noirs que les nègres , et qu'ils forment différentes nations presques toutes cruelles et barbares. On n'a pu jusqu'ici bien observer que les habitans de la terre de Natal, et les Hottentots du cap de Bonne- Espérance ou des Tempêtes.
Les différens peuples qui habitent la terre de Natal , laquelle fait partie de la Cafrerie , demeut-ent ensemble dans de petits villages que gouverne le plus âgé d'entr'eux. Ils sont affables et hospitaliers. Leur principale occupation est l'agriculture , et l'entretien des vaches et des chèvres, dont ils prennent un très-grand soin. Ils se nourrissent de pain et de viande , et font usage de lait un peu aigri pour leur boisson ordinaire. Ils sont basanés , et ont les cheveux crépus et frisés.
Les Hottentots sont bien faits et bien proportionnés. Us ont , comme les nègres , les yeux grands, le nez plat , les lèvres épaisses , et la chevelure courte et laineuse ; mais ils sont de la couleur olivâtre. Ces peuples sont robusies, industrieux , agiles et d'une légèreté surprenante, lis sont d'une adresse inconcevable dans le maniement des armes; avec leurs zagaies (espèce de demi-lan-ee) ils parent les flèches et les pierres.