‹ Élémens d'hygiène (volume 2)Chapitre 23 sur 36 · CLASSE PREMIERE · texte numérisé non relu

CLASSE PREMIERE

Choses environnantes (Circunifusa).

De l'Air atmosphérique.

JL/E toutes les choses appelées par les anciens non naturelles f l'air tient à juste titre le premier rang.. Il est absolument nécessaire à la vie , et selon qu'il recèle des qualités utiles ou nuisibles, il entretient la santé ou cause des maladies.

L'atmosphère se compose d'un fluide élastique^ diaphane, inodore, insipide , pesant, électrique, capable de raréfaction et de condensation, qui forme autour de la terre une couche d'environ quinze ou seize lieues de hauteur , et qui est nécessaire à l'entretien de la vie des animaux pourvus de poumons, ainsi qu'à la combustion.

§ P'. De VAir considéré physiquement.

L*air est un fluide élastique; son élasticité esfe due , ainsi que celle des autres gaz, à la présence du calorique, dont la force répulsive est plus grande que l'attraction qu'exercent mutuellement ses molécules les unes snr les autres. Quoique l'air soit très-fluide, il ne pénètre pas néanmoins tous les corps : les substances vitrifiées, que

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traverse librement la lumière, sont impermeahles a l'air; plusieurs corps dans lesquels s'insinuent facilement l'eau, l'alcoliol, les huiles, quelques solutions salines, ne se laissent pas pénétrer par l'air.

L'air est insipide ; néanmoins il jouit de quelque faculté excitante. Les muscles , et surtout le cœur des animaux morts depuis peu de temps , entrent en, contraction par le simple contact de l'air ; les plaies exposées à son action font éprouver des sensations douloureuses; on connaît son influence sur le fœtus au moment de la naissance ; enfin c'est, à sa qualité stimulante qu'est due la difficulté avec laquelle se cicatrisent les soiulions de continuité dans les végétaux et les animaux.

L'air est inodore. Il est néanmoins le véhicule des odeurs et, des miasmes qui se dégagent sans cesse de tous les corps; car on peut considérer l'atmosphère comme un laboratoire immense où la nature opère une infinité de décompositions et de combinaisons; elle est un vaste réservoir où les prodnitsdes corpsatténuéset volatilisés sont reçus, mélangés, agités, dissous, décomposés, et où ils forment de nouveaux composés. C'est un chaos, .un mélange d'exhalaisons minérales, de miasmes végétaux et animaux, qui éprouvent constamment l'action du fluide électrique, du calorique et de la'lumière. ;•

La pesanteur de l'air atmosphérique est dé-

AIR ATMOSPHERIQUE. 353

montrée [Kir la pression qu'il exerce sur l'eau et sur le mercure dans le baromètre; oh a d'ailleurs pesé ce fluide à la balance : un décimètre cube d'air pèse environ 1226 milligrammes. La pesanteur de l'atmosphère est toujours en raison de la hauteur de la colonne muliiplie'e par l'e'iendue de la surface sur laquelle elle exerce la pression ; elle est égale à une puissance qui maintient dans un tube fermé le mercure à la hauteur de 28 pouces, et l'eau à celle de 32 pieds. Le poids de la colonne d'air , qui pèse en tout sens sur un homme de moyenne taille , équivaut à environ iG,ooo kilogrammes ou 3 5, 600 livres. On supporte ce poids énorme sans inconvénient, parce que l'air intérieur fait équilibre avec l'air extérieur. Nous sommes nés avec lui , et il doii être considéré comme une des conditions de la vie; s'il venait à disparaître, il est probable que toutes nos parties changeraient de forme, que l'organisation ne se trouverait plus conforme aux lois de l'existence , et que la mort en serait une suite inévitable. Une observation importante par rapport aux variations qu'éprouve la pesanteur de l'air, et aux effets qui en doivent résulter sur l'économie animale , c'est que le baromètre présente conslainiAent des variations diurnes régulières. Le mercure commence à s'élever à l'entrée de la nuit, et continue de monter jusque vers minuit;

2^4 ^lémens d'hygiène.

dès-lors il descend jusqu'à l'approche du jour / puis il remonte jusqu'à midi , pour baisser ensuite jusqu'au soir, en mettant entre ces variations des intervalles de repos. On remarque de même dans les aiguilles des boussoles une vacillation journalière , qui est telle que l'aiguille tourne à l'ouest depuis deux heures après minuit jusqu'à huit heures du malin , et rétrograde après midi vers l'est. Le pendule vacille de six en sixhepres du nord au sud. Les plus grandes variations du thermomètre se font remarquer au même instant que celles du baromètre, et coïncident avec celles du pouls. Bryan-Robinson de Dublin a observé que le pouls était très-lent le malin jusqu'à midi , et qu'alors il acquérait plus de fréquence ; qu'il baissait de nouveau deux heures après, jusqu'à huit heures du soir , puis se relevait; que le sommeil produisait de la rémission , et enfin qu'il reprenait jusqu'à deux heures après minuit, temps auquel il était à son plus haut degré d'élévation et de fréquence , pour baisser de nouveau jusqu'à sept à huit heures du matin.

C'est dans les mois de décembre , janvier , février et mars , que le baromètre éprouve les plus grandes variations. Celles-ci sont presque nulles sous l'équateur; mais elles croissent à mesure que l'on avance vers les pôles. Les plus considérables annoncent des tempêtes , ou sont la suite des

Altl ATMOSPHERIQUE. 255

tremblemens de terre , et elles ont lieu en mémo temps dans une étendue de pays très-considérable. Les différentes positions de la lune , ainsi que réleclricité , y ont la plus grande part. C'est surtout dans la zone torride , où la température est uniforme, que les hauteurs du mercure dans le baromètre correspondent aux différentes phases lunaires, La somme de ces hauteurs est constamment plus grande dans les syzygies que dans les quadratures ; ce qui prouve que l'aclion de ce satellite de la terre augmente lorsqu'il est en conjonction ou en opposition avec le soleil.

L'air, par sa gravité , joue un grand rôle dans la nature^ et c'est par celle propriété qu'il s'oppose à la dilatation et à la vaporisation. Plusieurs liquides cesseraient de lêlre, et passeraient bien-* tôt à l'état de gaz , sans la pression de l'atmo-^ sphère : tels sont entr'autres les élhers. Si on placo sous le récipient de la machine pneumatique un© fiole remplie d'élher siîlfurique, et couverte d'un canepin qu'on déchire après avoir fait le vide , l'éther se réduit soudain en vapeurs qui remplissent tout le récipient. Ce liquide prend aussi l'état de gaz à une élévation de quatorze cents toises au-dessus du niveau de la mer , tandis qu'au degré de pression ordinaire, il lui faut pour se vaporiser une chaleur égale à celle du corps humain , c est-à-dlrc , de ircnlc-un à trente-trois degrés ;

^56 £lémens D'jncièriE.

l'alcohol en exige soixante-deux à soixante-huit , et l'eau quatre-vingts , au lliermomètre de Réaumur. Ces fluides seraient dans lélat de gaz permanent s'ils n'éprouvaient pas la pression de l'almosplière ; telle est la raison pour laquelle ils entrent en ébulliiion dans la machine du vide.

C'est la pression de l'air qui relient les fluides dans les vaisseaux des animaux, et qui les empêche de s'échapper. Lorsque cette pression est considérablement diminuée, comme cela a lieu sur les hautes montagnes , on éprouve des hémorrhagies, et surtout par les poumons. On observe ces mêmes effets sur les animaux qu'on met sous le lécipient de la machine pneumatique dont on pon)pe l'air : ils finissent par y périr, mais non tous avec la même promptitude. Ceux dont le cœur a deux ventricules y meurent au bout de quelques minutes; les reptiles, les poissons , en un mot, les animaux dont le cœur est mono-vent/icu/ût/re, peuvent y vivre plusieurs heures, parce qu'ils n'ont pas besoin pour vivre d'une aussi grande quantité d'air respirable que les autres.

IN éan moins l'homme peut vivre dans un air très- rare. Celui-ci est encore propre à la végétation à la hauteur de seize cents toises, et la vie se soutient à une plus grande élévation : Cuença et Quito, qui sont à la hauteur de seize cents toises , sont habités et trcs-feriilcs. Ccpcn-

AïR ATMOSPUERIQITE," ^S'j

danl on observe que les arbres sont moins grands sur les hautes montagnes , et qu'il n'en croû poml à la hatiteur de deux mille toises : seulement la terre y porte un gazon fort clair et pas plus élevé que là mousse. On ne voit plus aucune plante à deux mille trois cents toises audessus du niveau de la mer.

Il résulte du calcul de Cassini qu'aucun animal ne peut vivre à la hauteur de deux mille quatre cent quarante -six toises. Il suppose que ralmosphère est, à cette hauteur, une fois plus di||pilée qu'au niveau de la mer : or , l'air dilaté une fois plus que de coutume tue dans la machine du vide tous les animaux qu'on soumet à l'expérience. Cependant les Espagnols ont monté dans le Pérou jusqu'au sommet d'une montagne élevée de deux mille neuf cent trente-cinq toises; la rareté de l'air ne leur a néanmoins pas donné la mort, quoiqu'ils fussent à quatre cent quatrevingt-neuf toises [)lus haut que le point indiqué par Cassini. Bien plus, les observateurs envoyés pour mesurer la terre sous l'équateur, ont vécu long-temps sur la crête du mont Pinchincha, qui a deux mille quatre cent soixante-onze toises et demie de hauteur au-dessus du niveau de la mer.

Us étalent par conséquent à vingt-cinq toises et demie au-dessus du point fixé par Cassini ; et les mêmes observateurs, campés sur cette montagne,

voyaient souvent voler des vautours qui se soti** tenaient à deux cents toises au-dessus de son sommet, c'est-à-dire, dans un air où le mercure du baromètre ne se serait soutenu qu'à quatorze pouces*

Il faut convenir néanmoins, qu'outre que la plupart des individus qui gravissent les hautes montagnes éprouvent des vertiges , des rrausées , des hémorrhagies, de la faiblesse et un maî-' être universel, l'asthme, l'hémoptysie, la phthisie et les autres affections de poitrine y sont plus communes et plus fréquentes que partout ailleurs, et qu'ainsi l'air qu'on y respire n'est pas propre à la longévité. Les différentes affections qu'on éprouve sur le sommet des montagnes ne dépendent pas seulement de la diminution excessive du poids de l'atmosphère , mais encore du défaut de végétation, et de la présence du gaz hydrogène qui se trouve dans la partie supérieure de l'atmosphère.

L'air le plus salubre est celui qui n'est ni trop pesant ni trop léger : son excès de pesanteur et sa rareté sont également nuisibles. Lorsqu'il est trop pesant, comme quand l'élévation du mercure; dans le baromètre est au-delà de vingt-huit pou^ces , c'est une forte surcharge pour les poumon s, et il ne nuit pas moins à la tête, car la for le compression de l'organe pulmonaire , qui en est l'effet immédiat, fait obstacle au retour du sang du cerveau au cœur. Les personnes ncr-

AIR atmosphérique; sSq

veuses souffrent aussi de l'excès de gravité de l'air. En 1768 et en 1770, le mercure se soutint long-temps à une grande hauteur, et il régna des pneumonies épidémiques meurtrières , dont les crises se faisaient difficilement , et plutôt par les selles et les sueurs que par les crachats. Ce sont surtout les phthisiques et les asthmatiques qui se trouvent mal de l'excès du poids de l'atmosphère. On voit aussi les hydropiques enfler ou diminuerde volume, à mesure que le mercure monte ou baisse dans le baromètre. L'inhalation et l'exhalation par les voies cutanée et pulmonaire donnent la raison de ce phénomène. Ces deux fonctions sont en grande partie dépendantes de la faculté qu'a l'air de s'assimiler et de dissoudre les vapeurs , et cette faculté est en raison de sa pesanteur.

[ La compressibilité et Télasticité de l'air atmosphériquesont démontrées parune multitude d'expériences , et notamment par celle de la fontaine de compression et du fusil à vent. La partie de l'ataiosphère qui a été comprimée revient toujours à son état primitif aussitôt que la cause comprimante cesse d'agir , preuve que son élasticité est complète. La densité et la raréfaction de l'air se rattachent de bien près aux propriétés dont il vient d'être question ; sa densité diminue à mesure qu'on s'élève ; elle augmente au contraire à me-

sure qu'on s'abaisse au-dessous du niveau de la mer ; elle est toujours plus conside'iable à la surface de la terre, parce que l'atmosphère est dans un état décompression permanente. On a des moyens d'augmenter la densité de l'air et de la diminuer. La dilatation de ce fluide , depuis la glace fondanfe jusqu'à la température de l'eau bouillante, est équivalente aux trois huiiièmes du volume que la masse avait à sa première température. Comprimé dans un instrument destiné à cet usage , on peut le réduire à la cent vingt huitième partie de son volume.

Il vient d'être parlé des effets que produit la raréfaction de l'air: ceux de sa condensation sont moins connus. En descendant au-dessous du niveau de la mer , on éprouve des phénomènes inverses, mais beaucoup moins manifestes : ainsi à mesure qu'on descend dans des mines profonces , on s'aperçoit que la chaleur augmente, que la colonne d'air, plus condensée, pèse davantage sur les organes respiratoires et gène leur action, ce qui arrive également à différentes haulciîrs, mats plus particulièrement dans les lieux bas et les gorges resserrées où l'air ne circule plus quand ce fluide est surchargé d'une grande quantité d'eau. Au surplus on ne connaîi presque point les effets d'une grande condensation de l'air, qui semble beaucoup moins dangereuse que sa dila-

AIR ATMOSPHERIQUE. 24 1

latlon , sans doute parce qu'elle offre plus d'aliment aux organes respiratoires (i).

Outre le calorique latent que l'air contient , il offre encore une quantité donnée de calorique libre qui donne la mesure de sa lenaj)érature; il possède par conséquent Ja propriété d'enlever ou de céder de la ciialeur aux autres corps : c'est ce qu'on appelle propriété conducUnce , propriété dont l'énergie est en raison de la mobilité des molécules aériennes qui viennent isolément à la surface des corps, leur enlever le calorique ou le leur cédei'.

La matière de la chaleur répandue dans l'atmosphère nous est transmise par le soleil, et sa quanlilé dépend des rapports qui existent entre cet astre et notre planète , et de beaucoup d'autres causes accidentelles indiquées ci-après. Dans le climat de Paris la chaleur observée à l'ombre, dans les étés les plus chauds, ne fait guère uionter le thermomètre au-delà de vingthuit degrés ( th. Réaum. ) ; et dans les hivers les plus froids cet instrument ne descend pas au-dessous de quinze ou seize degrés, par conséquent la différence eftàe quarante-quatre degrés.

(i) Là profondeur à laquelle on esl parvenu n'excède pas une lieue, ce qui ne permet guère d'avoir des résultats comparables à ceux qu'on a obtenus à 3,000 toises d'élévaiiou. (T. B.)

a/{5 ÉLÉMBNS d'hYGiÈnE.

C'est en Afrique qu'on observe la plus grande 'élévation de température, qui est d'environ trente degrés trois cinquièmes , d'après les observations d'Adanson et de David. On voit que la différence pour la chaleur extrême n'est pas très -grande «ntre l'Europe tempérée et l'Afrique. Mais une autre différence est celle qui dérive de la continuité de la chaleur, qui ne varie que de six ou sept degrés du chaud au froid : aussi celte température continuelle serait-elle insupportable sans les variations diverses qui montent quelquefois jîisqu'à douze degrés.

Le froid est beaucoup plus excessif aux environs des pôles , que la chaleur dans les régions équatoriales , puisqu'on observe jusqu'à soixante-dixdegrés de froid en Sibérie. 11 résulte de ce rapprochement qu'on peut faire entre les pays les plus chauds et les pays les plus froids , une différence de quatre-vingt-trois degrés et demi.

Plusieurs circonstances étrangères aux divisions astronomiques sont susceptibles de faire varier la chaleur atmosphérique : ces circonstances sont les suivantes :]

1°. La présence plus ou moins longue du soleil sur t horizon. Telle est la raison pour laquelle les hivers des climats situés près le cercle polaire antarctique sont bien plus rigoureux que les noires ; et, en effet, le soleil reste huit jours de

moins dans le iroplque du capricorne que dans celui du cancer. Aussi les navigateurs rapportent avoir rencontré des glaces flollantes et éprouvé un grand froid dans les mers du Sud , à une Lien moindre latitude que dans les mers septentrionales.

2°. L'action perpendiculaiie ou oblique du soleil. Dans l'été , cet astre reste non - seulement plus long-temps sur l'horizon que dans les autres saisons , mais encore son action est perpendiculaire. En hiver, il est plus près de la terre, mais il l'éclairé el l'échaufle moins long-temps, et ses rayons sonl lancés obliquement, 11 suit de là que ^eux-ci tombent en bien plus grande quantité sur notre planète pendant l'été, et ainsi la chaleur doit cire augmentée , quoique le soleil soit alors à son apogée j car la chaleur se compose de la somme de celle actuelle e^ de celle qui a précédé.

5°. La nature du sol. Les terres sablonneuses s'échaufîènt aisément, et fondent promplement la neige. Lesarj^iles contractent très-difîicilenjenl la chaleur. iVussi les caves dont le fond est de iiible ou dq gravier , et qui sont peu élevées audessus de l'eau, sojil mauvaises; on peut les améliorer en les corroyant , c'q^l-à-dire , en y mettant un lit épais de terre glaise bien délayée avec de l'eau, et eu les pavant en^>u^le.

En général l'e^u n'acquiert jamais la même

:î44 ÉL^MEivs d'hygiène.

tiempéralnre que la téi're; les eaux des mers, des ^lacs, des fleuves, elc. sont plus froides que les terres : par conséquent plus un pays est couvert d'eaux;, plus il est froid. Une région couverie de -forets , de broussailles/ etc. , sera aussi , par la même raison , plus froide que celle qui sera decouverte, parce que la première est plus humide. Un pays de prairies 'est dans le méine cas; il est toujours plus froid que celui dont le sol est nu ,

-sablonneux ou rocailleux. La couleur du terrain contribue aussi à échauffer l'aimosphèfe. Ceux qui sont fortement colorés absorbent les rayons

'de la lumière et akiquièrent beaucoup de chaleur. Laneîgequi est sur les terrains noirs fond beaucoup plus vite qu'ailleurs. Les cultivateurs, dans q-nelques contr<3es de la Savoie > répandent, au

•printemps , de la terre noire sur leschamps qu'ils veulent cultiver de bonne IiQur^e , et la neij^'e y

«-fend quinze cou' "vingt -jours pluSfôt que dans les autres terrains.

laj'^9^'ï,a pasition dû tek: al. Uneridroit situé au

'•foidi>, au bas des colMrtes ou des moMagnes qui réiléchisseni les rayons du soleil j sera èxtrême-

-ment- chaud, lâiidis que l'autre c<^lé> 'qui regar*-

-dera le nord y 'Sera- très- froid , quôiqii'au niveau

du premier* ' ''.i0]^tlA

5°. L'élévation plus ou moins grande des terres.

"Elle estd'anfani plus considérable que le conti-

AIR AT.MOSPUÉRIQUE. 2/^^

nent est plus étendu. Ainsi la Sibérie et une parlie de la Tarlarie sont fort élevées au-dessus du niveau de la mer ; car, en y allant par la Russie, on monte presque toujours, et l'on observe que les fleuves et les rivières qui vont se rendre à la mer y font des sauts Irès-fréquens. L élévation de ces pavs est une des causes les plus manifestes du froid qu'on y éprouve. C'est une loi invariable de la natKre, qu'à deux mille toises au-dessus du niveau de la mer , on trouve constamment dès neiges et des glaces.

6°. La figure des montagnes. Celles qui présentent au soleil un côté concave font l'effet d'un miroir ardent sur les plaines. Les nuées qui sont convexes ou concaves augmentent de même la chaleur , soit par la réflexion , soit par la réfraction de la lumière. Cette figure des nuages suffît même pour allumer des exhalaison;» inflammables qui flolleni dans l'atmosphère. La chaleur augmente en pro[)orlion du nombre des montagnes et des nuées qui ont la forme dont je viens de parler. Les expériences de Mairan prouvent que la lumière solaire , réfléchie sur le thermomètre par les miroirs concaves, ftit monter le mercure en raison du nombre des miroiis réfléchissans, en sorte que si un miroir l'élève à trois degrés, deux miroirs l'élèveront à six , et trois miroirs à neuf. #

346 ÉLÉMEIVS d'iIYGiÈ.\E.

y". La sérénité du ciel, et les vapeurs aqueuses disséminées dans Vair. La première de ces causes favorise la chaleur , et la seconde produit da froid. On sait qu'en enveloppant la boule d'un ihermomèlre d'une liqueur très-volatile , telle que l'éiher , le mercure descend à plusieurs degrés au-dessous de zéro. On sait également que lorsqu'un corps quitte l'état solide pour passer à celui de liquide , ou Tétat liquide pour prendre celui de fluide élastique , il produit du froid , parce qu'il enlève aux corps ambians une certaine quantité de calorique. Telle est la raison pour laquelle la chaleur des paj's méridionaux est tempérée lorsqu'ils avoisinent des mers, des fleuves , des rivières et des forets.

8°. Les vents. Ceux du sud sont chauds dans nos climats , et ceux d'est sont frais. Ils échauffent ou refroidissent l'atmosphère , selon les pays qu'ils traversent , et selon qu'ils se chargent de calorique , d'eau , de molécules de neige et de glace.

L'air ne prend pas ordinairement la température de la surface de la terre : celle-ci conserve sa chaleur durant la nuit , tandis qu'à une petiie hauteur au-dessus de cette surface , la chaleur diminue beaucoup plus qu'à une élévation de cinquante pieds ; ce qui est sans doute l'eflel de la vapori»llon.

AIR ATMOSPIlÉRIQUl. I^J

i^ . Enfin, les volcans. Ce sont des feux souterrains qui échauffent continuellement les terres, qui les recouvrent et celles qui les avoislnent.

11 paraît , d'après les observations qu'on a faites dans tous les souterrains à la latitude de quarante à cinquante degrés , que la chaleur intérieure des couches , depuis cent pieds de profondeur jusqu'à quatre à cinq cents toises , est environ de dix degrés au-dessus de zéro. Il résulte encore des expériences faites sur la chaleur de l!eau , que sa surface est en été beaucou[) plus chaude que son fond, et qu'en hiver, au contraire, sa surface est plus froide que son fond. L'eau, à une certaine profondeur, a une température d'environ quatre degrés à notre latitude. Phlpps a trouvé plusieurs degrés au-dessous de zéro à quatre-vingts degrés de latitude norJ. Dans les mers entre les tropiques, la chaleur est plus considérable; car Ellis s est assuré qu'à cent cinquante brasses, le thermomètre marquait neuf degrés au-dessus du terme de la congélation; mais à une moindre profondeur, la température était plus froide.

11 est maintenant démontré que le maximum de la chaleur est à-peu-près le même dans tous les climats, et que le mercure ne s'élève pas à une plus grande hauteur sous la ligne que sous le cercle polaire, durant l'été. Plus on approche de réquûteur , plus les chaleurs sont constantes ,;

2|8 ilLÉMENS D'HYCifewE.

c'est leur condnuité qui les rend incommodes, et qui les fait paraître excessives. Il est certain , d'après les observations faites et suivies pendant un grand nombre d'années, que le thermomètre de Réaumur s'élève rarement tîans ces pays à plus de trente ou trente-quatre degrés. Le Pérou est très-chaud; il est situé sous la zone torride, et presque au niveau de la mer : cependant le mercure ne s'y élève guère au-delà du trentième l!ei.'ré : il en est de même des autres contrées placées entre les tropiques. Au Sénégal , qui est un des pays les plus chauds , le thermomètre marque quelquefois , mais bien rarement, le trente- quatrième ou le trente-cinquième degré; et il paraît que cet excès de chaleur est dû en grande partie aux sables dont ce pays est couvert.

11 ne faut pas croire que les contrées situées sous l'équateur soient les plus chaudes du globe; on éprouve , à quelque distance de la zone torrîde , de plus fortes chaleurs que sous la ligne même. Cet effet paraît devoir être attribué , en urande partie , à la grande quantité de vapeurs que l'air dissout sous la ligne, comme le prouve la rouille qu'y contractent promptement les métaux ; cela est d'autant plus vraisemblable qu'on n'y obtient que faiblement des signes d'électricité.

Par la même raison , les plus grandes chaleurs, de même que les froids les plus vifs, ne se mani-

AIR ATMOSPHERIQUE. 249

fesient pas aux solstices, mais environ vingt-sept jours après. De même la plus grande chaleur a lieu à-peu-près aux trois quarts de la journée , d'après les expériences de De Luc , et le plus grand froid se fait sentir vers le lever du soled , à cause de lu clmte des vapeurs , el d'un petit vent d'est qui se lève ordinairement avec cet astre. La température moyenne a lieu, d'après ce même physicien , aux deux cinquièmes de la journée.

[ La clialeur animale, d'après les appréciations les plus rigoureuses, doit être évaluée à vingtneul'degréset demi du thermomètre dePiéaumur, ce qui équivaut à quatre-vingt-dix -huit de F arherdieit, et à trente-six de l'échelle centigrade. Bien que la chaleur atmosphérique soit presque toujours au-dessous de ce terme, il est pourtant certain que l'homme peut vivre dans des températures heaucoup plus élevées , el même dans des éiuves dont la chaleur égale celle de l'eau bouillante ( i ) ; et , phénomène bien digne de remarque, la chaleur intérieure n'éprouve aucune variation , quoique la température extérieure offre plus du couble en élévation. La chaleiu' atmosphérique, lorsqu'elle est en raison du climat , est une des

(i) Duhamel elTilIet ont vu la petite fille d'un boulanger pisser plusieurs minutes dans un four dont la températtre surpassait celle de l'eau bouillante.

2 5o élémeixs u'inciÈivr:.

condilions indispensables de la vie ; mais quand elle est plus considérable, elle relâcbe les solides, excite la sueur ; elle pénètre jusqu'à un certain point nos parties extérieures , et les augmente de volume ; on éprouve une soif vive , et la sueur est d'autant plus considérable qu'on prend plus de boisson , tandis que les urines sont en raison inverse. La chaleur affaiblit , anéantit les forces; elle rend l'homme impropre aux exercices actifs , aux actions courageuses d'une vie active et indépendante ; elle le dispose à la mollesse voluptueuse à laquelle s'abandonnent sans réserve les peuples de TOrient et ceux qui habitent les plus riches contrées de l'Asie. Aussi est-ce dans ces contrées que l'homme , presque réduit à l'esclavage , courbe sa tête avilie sous le Joug d'un despotisme qui règne moins par les propres forces du gouvernement que par la faiblesse et le défaut d'énergie des gouvernés.

Les forces digestives stimulées par une chaîeu r douce et appropriée au climat, languissent «t s'affaiblissent considérablement lorsque cette chaleur est continue et plus élevée que de coutume. La circulation reçoit , au contraire , de la chaletr excessive un accroissement d'activité ; l'action propulsive du cœur en est augmentée ; le pouls eu fréquent et vif; les propriétés du système capi'laire s'exaltent; la respiration est plus fréquenu y

AIR ATMOSPHERIQUE. 25 1

ei 11 paraît y avoir , d'après les expériences curici!sesde Jurine, plus d'oxigène absorbé. Ce célcbic physicien ayant analysé l'air qu'il respirait après avoir joué à la paume, comparativement avec celui qu'avaient exhalé ses poumons dans l'état de repos, trouva, dans le premier, o,og d'acide carbonique, et dans le second, o,o5. Feu M. Delaroche fils introduisit, après l'avoir saigné, un ânon dans une étuve à quarante-sept degrés. Il y resta quarante-quatre minutes; et lui ayant fait , après sa sortie de l'étuve, une nouvelle saignée, il vit que le sang de la veille était beaucoup moins rouge que le dernier, ce qui prouvait manifestement qu'il y avait exi, sous l'influence de la température de l'étuve , une absorption plus grande d'oxigène (i).

La promptitude avec laquelle se communiquent les maladies contagieuses dans des temps de chaleur prouve jusqu'à un certain point que l'absorption jouit d'une grande activité; celle acquise par les organes sécréteurs et exhalans n'est point douteuse; la bile est sécrétée très-aboi,'damment; et, comme nous l'avons déjà dit, Ja sueur présente le même caractère sous l'influence d'une chaleur forte et durable. ]

Le degré de froid le plus grand qu'on ait ob-

(i) Joiiniil de riivsi(|(ip, iSoG.

252 ELEMENS D IITGIENE.

serve , est le soixante-dixième de Réaumur. D'après le rapport des acade'miciens envoyés au Nord, le mercure se congela sous le cercle polaire. Les pays les plus froids qu'on ait parcourus sont le voisinage de la baie d'Hiidson , le Groenland , et le S|) Izberg, qui s'étend d'puis le soixante-dix-i huitième degré de latitude nord Jusqu'au quatrevingtième et même au-delà. La mer y est constamment glacée. Mais un phénomène singulier dans la Laponie, c'est que, de même qu'en Suède, on y éprouve durant Télé, qui y est fort court, des chaleurs aussi grandes qu'entre les tropiques.' On y a vu le soleil embraser les mousses. Les académiciens rapportent que , le igaoût lySG , les chaleurs furent si fortes que le feu prit dans les forêts d'HoriJakero , et y causa un terrible incendie (i).

[Les effets du froid sur l'organisation diffèrent, suivant qu'il est modéré ou excessif, et suivant que celui qui l'éprouve est en repos ou en mouvement, fail)le ou fort , bien portant ou malade, jeune ou vieux, cic. L'action d'un froid modéré

(i) La cause, des chaleurs excessives sous les latitudes est rexlréine longueur des journées d'été. C'est pour cette raison que les semailles et les récolles des graminées ne sont séparées que par deux mois d'intervalle en Suède et en Xorwège , par exemple. (I. B.)

(de ^^ jusqu'à |) n'influe pas sur la température intérieure, mais elle diminue le volume du corps, ainsi que l'évaporation qui se fait à sa surface; elle stimule les organes , augmente leur énergie, et donne une nouvelle activité à leurs mouvemens. Le froid affaiolit beaucoup l'influence de la lumière, et c'est en partie à cause de cela que les habiians des contrées septentrionales ont I^ peau très-blanche et les cheveux blonds, tandis que les méridionaux sont bruns et basanés. L'activité et lé mouvement font que Ton supporte facilement un froid assez intense. Le convalescent est blessé par une température que sent à peine l'homme en bonne santé. Le vieillard souffre d'un degré de froid qui affecle difficilement l'adulte et le jeune homme, et dont l'enfant ne tient aucun compte , à raison sans doute de sa grande vitalité €t de ses mouveuïens presque continuels. ;., L'action, d'un froid excessif supprime tout-àfait la transpiration , diminue le volurne des organes, resserre leurs fibres , épaissit et durcit la peau , gène les mouvcmens des articulations , et rappetisse en quelque sorte l'espèce humaine , comme on peut le voir chez les Lapons et les Groenlandais, contlnuellenient exposés à une température rigoureuse (i). Lorsque la résls-

(i) Les a» Ires espèces d'âhimaiix éprouvent les mêmes effets de la part du froid. '^ '

5>')4 rLiÎMENS D*ITYGlÈfVÈi

tance vitale Cbt vaincue par l'inlénsilé du froid , que le calorique enlevé par l'almosphère ne peut plus être supplée par celui que dégageril ou qu'engeudrenl les oii^anes intérieurs, l'homme alors, baisi par le IVoid, grelotte, frisonne; ses membres se roidissent, ses mouvemens deviennent difficiles, et il est j'JrëSsé par une force invincible ■qui l'invite au repos ; des membres le froid se propageant au centre du corps , la peau se durcit, devient violette ; les capillaires sont frappés d'une stupeur piufonde, les extrémités s'engourdissent ; bientôt le sommeil succède à cet engourdissement, la tespiraiioh se ralentit , le jVotiîs disparaît, et l'individu périt dans celte espèce de sommeil produit par. la congélation. Getie mort douce tàt communément exempte de souffrances. L'homme, après avoir combattu contre la sensation' pénible du fioid , se sent porté vers le repos par un attrait trompeur et fù^iïëèle', qui le plonge dans le soïiimeil éternel de là mort salis lutie-et sans agonie. 11 a été sullisaniment constaté qu'un individu peut rester engÔÏÏrdi par lé froid pendant plusieurs jours sans 'p'êrdVe la vie , êi qu'elle' est jiour ainsi dire sus- '|)bhdue. Privé de "éliâléur extéHeure, de sentiinènl et de mouvement, il ressemble en cet état aux animaux plongés dans le sommeil h^ bornai , qui uc douticnl de signes de vie qi^q quand le re-

AIR ATiMOSPllÉRIQUE. 255

tour du prinlenips a ranimé leur sensibilké et la chaleur dans leurs organes. 11 arrive souvent que le froid n'exerce son action mortelle que pariiellenient , et sur les parties les plus éloignées du centre : c'est ainsi qu'on voit les doigts du pied et de la main geler et tomber en gangrène , sans que les autres parties du corps aient souffert.

11 a été prouvé par l'expérience que , dans les cas d'engourdissement par le froid, les fonctions suspendues commencent toujours par se rétablir du centre à la circonférence; par conséquent c'est toujours le cœur et les poumons qui se réveillent lek premièris'de ce sommeil léthargique , qu'on nous passe celle expression. Dès-lors l'art ne peut mieux faire que d'imiter la nature lorsqu'il aura à rappeler à la vie un individu qu'un froid rigoureux a en apparence privé de la vie. A cet effet, on doit commencer par faire des frictions excitantes suf la région du cœur et dés poumons, après avoir préliminai rement couvert les extrémités déneige, ou de comj)resses trempées dans l'eau froide, précaution essentielle, et sans laquelle la vie , excitée trop promplement dans les extrémités engourdies , pourrait s'éteindre localement faute d'être en communication 'ftvec les organes du centre dont l'action est encore suspendue. ] '

L'air froid repousse l'action au dedans, et l'air

256 ÉlÉmens d'hyciÈne.

chaud la détermine au dehors : ces deux mouvemens, qui se croisent, se succèdent quelquefois brusquement dans la même saison. L'automne, par exemple, oflVe beaucoup d inégalités; on passe subitement du froid au chaud, et du chaud au froid, plusieurs fois dans la journée : c'est ce qui rend celle saison si dangereuse pour les phlhisiques , les vieillards, en un mot, pour les personnes faibles et délicates , dont les corps sans \igueur ne peuvent résister à ces fréquentes vicissitudes. Les maladies automnales sont I,9ngues; elles ont un caractère nerval qui s'oppose aux crises , et rarement leur solution est parfaite avant le retour du printemps. Ce qui vient d'être dit doit être appliqué également aux pays qui jouissent de la constitution automnale , et dont la température varie plusieurs fois dans le jour; on y voit régner des maladies semblables à celles que produit l'automne, et qui se jugent aussi difficilement. Les fièvres du printemps sont au contraire moins graves et moins opiniâtres ; elles ont un caractère humoral qui annonce que l'organe extérieur n'est point gênédaiis son action^ et que les courans d'oscillation et les efforts que lente la nature , se développent du dedans au dehors: or, celle direction est la plus avantageuse dans toutes les maladies.

L'air est. continuellement chargé d'une quan-

AIR atmosphIrique. 25^

iké plus ou mgins grande d'humidité ; c'est une éponge toujours imbibée d'eau. Le récipient de la machine pneumatique se ternit, à mesure que l'on fait le vide, d'une vapeur que l'air raréfié ne peut plus soutenir. Si, dans un vase bien sec et bien net , on mêle une livre de glace pilée et six onces de muriate de soude , et qu'on le laisse exposé quelque temps dans un lieu où il ne géle pas, ses parois extérieures se couvriront peu à peu d'une couche épaisse de frimas qui ne sont autre chose que de l'eau d'abord tenue en solution par l'air voisin du vase , et qui s'est condensée ensuite par le froid produit dans cette expérience. Les corps déliquescens , exposés à l'air , deviennent plus ou moins humides et pesans , en s'emparant de l'eau contenue dans l'atmosphère. Les hygromètres prouvent 4â^iîiême chose (i), en sorte qu'on peut regarder comme une vérité bien démontrée que l'air le plus sec en apparence contient néanmoins une certaine quantité d'eau dans l'éiat de vapeur.

L'eau contenue dans l'air s'y trouve dans trois états difFérens ; i°. dans celui de dissolution parfaite ; 2°. dans celui de précipitation commen-

(i) Foucher a observé que les plus grands changemens marqués par les hygromètres avaient lieu , en élé, entrç tepi et huit heures du matin, et durant l'hiver , entre huit el neuf heures.

258 élémems d'hyciene.

•canle, et 5*. enfin, dans celui dp prôcipitalion complète. Dans le premier état , Tair paraît tressée ; il est pesant, élastique, transparent, et le ciel est serein. Il résulte des expériences de Sanssure, qu'un pied cube d'air atmosphérique [)eut tenir en solution douze grains d'eau. La précipitation commence lorsque la quantité de ce liquide fîxcède le point de saturation ; l'air est, dans cet état , moins pesant , moins élastique , obscurci par des brouillards, et le ciel est nébuleux. Enfin la précipitation est complète lorsque , les vapeu! s aqueuses excédant considérablement le point de saturation, les molécules , alors plus rapprochées <ii devenues plus pesantes que l'air , obéissent aux lois de la pesanteur , et tombent sur la terre, sous forme de pluie, de neige, de grêle, etc., selon les divers degrés de froid et de chaud , de division, de condensation et d'électricité, qu'elles «éprouvent dans les régions plus ou moins hautes de l'atmosphère.

Les observations relatives à Thumidité de l'atmosphère ont donné les résultats suivans :

i*. Les endroits raonliieux et ceux couverts de forets sont plus fréquemment arrosés par les pluies que les antres , parce qiîe les montagnes et les bois attirent et retiennent les vapeurs contenues dans l'atmosphère , et que le tonnerre gronde et tombe sur les hauteurs et sur les arbres.

AIR ATMOSPHÉRIQUE. H^g

Telle est la raison pour laquelle il pleut pendant loule l'année dans les grandes forêts des Cordiiières ; et l'expérience a appris que , lorsqu'on voulait faire cesser les pluies dans un pays couvert de bois, il suffisait de les défricher : c'est ce qui est arrivé en Suède et en Amérique , où il pleut bien moins depuis qu'on y a abattu une grande partie des forets. Dès qu'on a eu détruit une partie considérable de bois dans les Alpes, les bas territoires ont été bien plus sujets aux orages et aux inondations , et celles-ci s'élèvent à de plus grandes hauteurs.

On pense communément qu'il tombe des pluies plus abondantes et plus fréquentes dans les lieux voisins de la nier que partout ailleurs ; mais l'observalion démontre le contraire, et la proximité des mers ne paraît pas y contribuer, au moins pour beaucoup ; car il pleut très-peu dans les villes de Hollande , et Pétersbourg , presque situé sur la mer , n'est pas plus arrosé par les pluies que Paris , qui en est beaucoup plus éloigné. Les montagnes sont une des causes les plus puissantes de ce météore; elles exercent une force attraclivo Cvinsidérable sur les nuages et les brouillards, arrêtent les vents et changent leur direction : c'est pour cela que la Grande-Bretagne, qui est un pays montagneux, abonde on philes, tandis queles contrées ouvertes^ comme la Hollande, l'ilo^

260 ÉL^MEPCS d'hygiène.

de-France, et les plages maritimes, ne prësenlant aucun obstacle au cours des vents, laissent fuir avec ces derniers les vapeurs, les nuées et les brouillards.

2". En additionnant les quantités de pluie tombées de neuf ans en neuf ans , on trouve que les sommes sont presque égales. Toaldo a remarqué que la révolution du périgée de la lune , qui s'accomplit à-peu-près en neuf ans moins deux mois , reproduisait ordinairement dans les années correspondantes les mêmes phénomènes , ce qui établit un cercle de saisons périodiques ; il a remarqué aussi qu'il tombait tousles neufans la même quantité d'eau, en comptant d'un périgée de la lune au suivant. La- quantité moyenne, pour neuf années , qui est de cent cinquante - deux pouces et demi pour l'Italie, n'a jamais donné unedifierence plus grande que de trois pouces par année.

3°. Les pluies tombent plus communément le jour que la nuit , à-peu-près dans le rapport de trois à un, d'après les observations de Toaldo. Messier a remarqué que, depuis 1^65 jusqu'en 1772 , il a plu à Paris 1 524 fois pendant le jour, et 740 fois seulement durant la nuit. Cet effet paraît dépendre de plusieurs causes , savoir : de l'électricité, qui est plus forte le jour que la nuit, et d'une plus grande évaporation occasionée par la chaleur qui raréfie l'air durant l'espace de

lemps que Je soleil éclaire l'iiorizon. II pleut plus fréquemment aussi dans les heures de l'aprèsmidi que le malin; la raréfaction de l'air, plus grande l'après-midi , permet aux vapeurs aqueuses de se réunir , et celles-ci y devenues plus pesantes qu'un égal volume d'air , sont forcées d'obéir aux lois de la gravitation et de se précipiter sur la terre.

4°. On a observé que les orages et, les mauvais temps avaient le plus ordinairement lieu au commencement de la haute ou de la basse marée ; ils durent plus long-temps lorsque la marée monte ; et se dissipent plus promptement quand elle baisse: on dirait que les nuages et les vents suivent les mouvemens des eaux de TOcéan.

5". Les plus grandes sécheresses de l'année n'ont pas ordinairement lieu dans la plus chaude saison , mais en mars et avril ; et les mois les plus pluvieux son ceux d'été . On a observé aussi que les pluies étaient généralement plus abondantes dans les pays chauds que dans les contrées froides.

6"*. Enfin , il paraît » d'après les observations nombreuses qu'on a faites sur les pluies, qu'il en tombe à-peu-près dix-neuf à vingt pouces , chaque année , sur la surface totale de la terre. Vérulam a remarqué aussi que l'eau courante des fleuves et des rivières s'évaporait moins que l'eau stagnante des lacs et des marais.

202 ÉlÉMEKS d'iiYGIÈnE,

L'air humide est sursaturé d'eau; il ne peut s'en charger davantage qu'avec la plus grande diflîcuhé : il suit de là que la vaporisation des corps et la transpiration des végétaux et des animaux , doivent être notablement diminuées. Ces derniers, loin de se débarrasser des humeurs excrémenliiielles , qui sont nuisibles lorsqu'elles sont retenues, absorbent au contraire une certaine quantité de vapeurs aqueuses contenues dans l'atmosphère. Celte absorption se fait au moyen des vaisseaux inhalans qui s'ouvrent en nombre presque infini dans les cellules du tissu cellulaire externe. Cette absorption de l'eau atmosphérique est prouvée par une multitude de faits. Les corps acquièrent dans le bain plus de poids qu'ils n'en avaient , et on trouve presque toujours l'eau dans laquelle ils ont été plongés notablement diminuée. Les maladies contagieuses, les frictions avec l'onguent mercuriel , le lartrale antimonié de potasse, etc., etc., démontrent également l'absorption , et il est peu de physiciens qui ne connaissent l'expérience faite dans la Caroline méridionale , par Linnings , de laquelle il résulte qu'un homme acquiert, dans l'espace d'une heure , une livre de poids , en passant d'un air sec dans une aimosphère humide, et qu'il perd plus vite encore celte augmentation de poids , en repassant dans un air sec.

AlU ATl^IOSPlIlÎRIQt/E. aÔS

L'almosplicic humide esi éleclrisee négativement, car de tous les couducleurs du gaz éleclrit^ueil n'en est point de plus puissant quel'eau dans l'état de vapeurs. Aussi, dans celte conslilulion , les Ibrces de la vie sont bien moins énergiques que dans les constitutions sèches ; les solides sOnt presque dans l'inertie , la circulation et les sécrétions languissent , les sensations sont moins vives, parce que les sens sont obtus ; on se sent lourd , pesant , et aussi peu disposé aux travaux du coi'ps qu'à ceux de l'esprit. -^^

L'air est en général toujours plus humide le soir que dans les autres piuties de la journée; il est dangereux de s'y exposer , et surtout en certains endroits. C'est celte humidité du soir qu^oh appelle le serein , et qui n'est autre chose <ju'unc vapeur légère qui se condense et se résout eu eau.

L'air du malin n'est point insalubre; il est dégagé d'une grande partie de son humidité, et la terre est couverte de rosée. Le serein et la rOsée changent selon les temps /;t les lieux, et produisent pa^- conséquent des efl'els dilïérens. 11 esttrèsdangcreux de s'exposer à l'air du soir dans les pays chauds, parce qu'il est chargé d'humidité à proportion de la chaleur qu'on a éprouvée durant la journée. Dans les contrées méridionales de l'Europe, le serein n'est bien sensible el daflge-

264 ^lémens d'hyciki^e.

reux que vers la fin du mois de Juillet jusqu'à la fin de septembre. Les étrangers en sont surtout les victimes.

Dans la plupart des départemens de France, dans tous les pays élevés où. le sol est plus sec qu'humide, et même dans beaucoup de plaines , telles que celles des environs de Paris, le serein ne consiste qu'en des vapeurs aqueuses nullement chargées de miasmes pernicieux ; mais il n'est pas sans danger quand on s'y expose sans précaution ; on a à craindre les maladies dépendantes de l'huïnidité unie à la fraîcheur. C'est bien pis lorsque les vapeurs humides sont unies aux miasmes des marais, comme à Rome, et généralement dans tous les pays dont le sol est humide et marécageux : les fièvres rémittentes et intermittentes malignes , des dysenteries , sont les suites ordinaires de celte imprudence. 11 convient , pour s'opposer aux funestes effets des miasmes dont l'air abonde , surtout la nuit , dans ces pays , de prévenir les débordemens des rivières et des fleuves par des digue» , de creuser des canaux pour favoriser l'écoulement des eaux, avant que les chaleurs soient assez fortes pour accélérer la putréfaction ; enfin, il faut seconder la nature en établissant des moulins , des machines à feu, etc., lorsque le terrain se trouve trop bas pour que les eaux stagnantes puissent s'écouler par des canaux.

ArR ATMOSPilÉHlQUE. 265

Le lemps de la journée durant lequel l'air est le plus pur et le plus salubre , est le malin; c'est aussi celui qu'il convient de faire respirer aux convalescens , aux infirmes et aux valétudinaires.

La constitution humide de l'atmosphère est généralement insalubre et nuisible aux végétaux et aux animaux; lorsqu'elle se soutient long-temps, les premiers ne parviennent pas à leur vrai point de malurilé, et ils ne fournissent, ainsi que la chair des animaux , que des alimens grossiers et malsains; enfin toutes les productions de la nature vivante portent l'empreinte de cette constitution malsaine. Il est même des végétaux qui acquièrent des qualités vénéneuses. Les fleurs de Y œgolethrcn , ou laurier-rose à fleurs jaunes , deviennent des poisons dans les printemps humides, ce qui rend pernicieux le miel que les abeilles en expriment. Dans la fameuse retraite des Dix-mille, les soldats de l'armée deXénophon , ayant mangé beaucoup de miel aux environs deTrébisonde, où l'ai buste dont nous parlons était fort commun et devenu plus vénéneux que de coutume par l'effet d'une constitution humide , ces soldats furent attaqués de violentes évacuations, avec délire; les uns étaient presque mourans, et les autres furieux et dans un état semblable à l'ivresse. Néanmoins personne n'en mourut : le niiil cessa le lendemain^

266 élÉmens d'hYCIÎ'NE.

à-peu-prcsà la même Iieurec|u'il avait commence^ et ces soldats se levèrent dans un état semblable à celui qui s\iit une violente purgation. On a observé que la ciguë de nos pays n'a pas de sucs plus actifs que dans les années pluvieuses. IjCs productions du printemps sont, pour la plu[)art, acres , par rapport à l'humidité de cette saison. Les plantes qui végètent dans l'eau sont le plus ordinairement acres et corrosives (i), et on croit, non sans' fondement, que ce sont les brouillards et l'humidité atmosphérique qui contribuent à produire diverses maladies des grains , comme la rouille , le charbon , la nielle et l'ergot.

Cette constitution est néanmoins favorable à quelques individus, à ceux dont la fibre est grêle, sèche et tendue , aux personnes maigres et irritables; mais il ne fimt pas qu'elfe continue longtemps, autrement ils en ressentiraient des effets

(i) La culture dans un terrain convenal)Ie peut leur ôlcr, au moins en grande partie^ ces qualilcs. Le céleri perd , dans nos jardins , la saveur désagréable qu'il a dans les terres humides : le chervis s'est adouci par la culture, au point de devenir un aliment, sain. La chaleur peut encore corriger làcrelé de certaines plantes : l'ail n'a point en Grèce la saveur et fodeur désagréables qu'il contracte dans nos pays 3 on sait que l'oignon est beaucoup plus doux dans les d(?parlemens méridionaux de France que dans ceux au nord.

nuisibles. De tous les leiupérumens il n'en est point auxquels elle soit plus préjudiciable qu'aux piluiteux , aux personnes dont la fibre est molle, inactive et pénétrée d'une grande quantité de t>érosilé. C'est aussi durant cet étatde ralniosphère qu'elles se portent le plus mal , et qu'elles éprouvent les maladies muqueuses ou calarrhales.

L'excès de l'humidité atmosphérique produit non-seulement des maladies plus graves que les autres constitutions , mais il s'oppose encore aux crises, en privant l'organisme des forces qui lui sont nécessaires pour soutenir la réaction , et accélère le terme fatal , s^urtout chez les vieillards. On a constamment observé que ceux-ci, de même que les personnes extrêmement malades , succombaient , toutes choses égales d'ailleurs, bien plus fréquemment et plus vite lorsqu'il survenait des brouillards épais et humides , que dans les autres temps ou dans tout autre changement de temps.

De tous les états de l'atmosphère , il n'en est point de plus salubre que celui de la sércnUc : l'air est alors translucide , il ne contient qu'une* légère quantité d'eau ^ et jouit d'une gravité et d'utic élasticité convenables ; il est électrisé jjosui' veinent, et pénétré librement par les rayons îjOlancs.

L'effet de la sérénité de fair est do retenir l'é-

208 «ELÉMENS d"hTGIÈ«E.

leclricilé dans les corps : dans cet e'tal Tair est idio-éleclrique ; il fait les fonctions àUsoleur , et empêche de se dissiper le fluide électrique qu'accumulent sans cesse les forces agissantes de la vie dans les animaux. Dans celte constitution les sensations sont plus vives, toutes les fonctions s'exercent avec plus de liberté et d'aisance; les humeurs excrémentiiielles sont évacuées hors du corps par les voies de la transpiration , des sueurs et des urines; l'appétit est plus grand, et l'imagination plus vive et plus féconde. Les végétaux'sont aussi plus sapides, et acquièrent le degré de maturité convenable ; ils fournissent aux animaux une nourriture aussi saine qu'agréable. Mais pour que la sérénité de l'air jouisse de tous ces avantages , il est nécessaire qu'elle soit interrompue de temps à autre par des pluies douces et modérées : autrement elle devient incommode , et même nuisible aux végétaux et aux animaux; elle les dessèche, ahère et dénature leurs sucs , et en rend l'usage moins salubre; elle augmente dans les animaux l'action du système • veineux , et donne Heu aux maladies qui ont leur foyer dans ce système , et leur principe dans la dialhèse bilieuse. Celte consliluiion del'air augmente aussi la mobilité et la tension des fibres , et dispose aux affeclions spasmodiques et convulsives. Mais les maladies qui se manifestent

AIR ATMOSPli:ÉRlQlIK. 369

durant la séréuité de l'air sont plus régulières , plus courtes, et moins graves que celles des constitutions humides et pluvieuses.

[ Les vicissitudes ou changemens de température du fluide atmosphérique sont plus nuisibles que l'influence de ses conditions permanentes les plus défavorables. La transition la plus dangereuse est celle du chaud au froid , et surtout au froid humide, lorsque les qualités de l'atmosphère sont opposées , et que les parties dilatées par la chaleurversantune abondante transpiration, n'ont pas le temps de réagir contre cette nouvelle condition de l'air; par conséquent il en résulte un dérangement subit dans les fonctions de la peau, une suppression de transpiration , dont les conséquences difficiles à expliquer sont très-connues par leurs effets nuisibles, et deviennent la cause d'une multitude d'affections catarrhales, rhumatismales , etc. Le premier effet de l'impression du froid sur une partie fortement échauffée est de causer une forte irritation sur la peau , qui est communément suivie ( s'il y a dérangement mor-bifique) d'un frisson plus ou moins considérable, dans lequel il faut voir une série successive d'efforts faits par l'économie pour se défendre contre l'influence du froid.

Un autre effet secondaire de l'impression de toute température froide succédant à la chaleur,

370 r.Lr.MENS n hygiène.

est un transport cVirrltaiion sur les membranes muqueuses , ou , si l'on veut , une concentration intérieure qui augmente singulièrement leurs sécrétions et leurs exhalations quand il n'en résulte pas de maladie. Ces effets sont au reste plus marqués et plus nuisibles chez les personnes faibles, convalescentes, affaiblies et irritées par des évacuations excessives. M. Halle rapportait dans ses cours l'exemple d'un médecin qui eut l'imprudence de s'exposer à une vicissitude de treize degrés de température (du chaud au froid), le lendemain d'une médecine qui avait produit de nombreuses évacuations. Les fonctions de la peau furent subitement arrêtées, et le malade périt d'une inflammation de la vessie.

Tous les individus ne sont pas susceptibles , dans les mêmes circonstances , d'éprouver la même influence de ces vicissitudes; diverses particularités peuvent en modifier et en changer totalement les effets : ainsi les individus faibles, convalescens , les femmes en couches, les nourrices, les vieillards , les hommes nerveux et mélancoliques sont plus susceptibles que les autres d'être affectés par les changemens de température. Tandis que les hommes robustes, ceux qui sont journellement exposés à l'air libre, les femmes delà campagne, les en fans doués d'une grande activité , se montrent beaucoup moins sensibles

AlU ATMOSPlir.RIQUE. 271

à ces mêmes variaiions do l'air almospliérique. Beaucoup de maniaques dévorés par une chaleur imérieure supporlent sans en élre affectés les .températures les plus inconstantes et même les froids les plus rigoureux ; on a vu des fous passer la nuit, au cœur de Tliiver, sur le pavé humide de leur loge , sans souffrir du froid, et dont la peau conservait encore assez de chaleur. L'ingestion des liqueurs fermentées et alcooliques prémunit contre les impressions des vicissitudes atmosphériques , par la chaleur intérieure qu'elles développent. Des ivrognes passent impunément la nuit exposés à un froid humide. Lorsque la transpiration est plus abondante et plus chargée de matières excrémenlilielles,comme le malin, quatre ou cinq heures après le dîner, le passage subit du froid au chaud est plus dangereux qu'en aucun autre temps de la journée. Quand la matière de la transpiration est acre et douée de quelque qualité nuisible , la suppression est plus dangereuse: on s'est convaincu de cette vérité en observant les goutteux, les enfans qui ont la gourme j les femmes en couclies, dont la transpiration est aigre, etc. D'après l'obscrvation de M. Ilallé , la sueur des pieds, des aisselles j qui est plus chargée en couleurque celle des autres parties, cause des accidens graves lorsqu'elle vient à être supprimée.

L'effet le plus remarquable du passage rapide du froid au chaud est celui qui a été indiqué en traitant du froid excessif, et qu'il faut considérer comme le produit de la dilatation et de l'excitation des parties glacées par la congélation, et qui ne se trouvent plus en rapport avec le centre de l'organisation ; il en peut résulter la gangrène et la mort , à moins que le centre promplement ranimé ne favorise le développement d'une inflammation salutaire entre les parties vivantes et les parties mortifiées.

Quand le froid est moins intense , le passage au chaud ne produit qu'un gonflement phlegmoneux analogue aux engelures, si ce n'est des engelures elles-mêmes.

Il y a une observation remarquable lorsqu'on passe d'un temps sec à un temps humide ; c'est un poids qui nou^ accable et qui nous fait dire que l'air est lourd , pesant, quoiqu'il soit en réalité plus léger au baromètre ; la cause de cette sensation illusoire est dans nos parties relâchées, affaiblies par l'humidité.

. Le passage de l'humide au sec , au contraire , nous fait paraître l'air plus léger, quoiqu'il soit plus pesant ; et cela par suite de l'influence qu'il exerce sur nos organes, en les fortifiant et en leur imprimant un nouveau degré d'activité et d'énergie.

AIR AT.-\IOSPIlF,riîQL'E. Qyî

§ II. De l'jéir considéré chimiquament.

[Le flalde atmosphérique, dans son état de parole, est composé de 21 parties de gaz oxigène , de '78 parues de gaz azote et d'environ o^oi d'acide carbonique; l'air conlient aussi du calorique el de l'éleclricilé. Il n'entre point dnns le plan de cet ouvrage de parler des moyens à l'aide desquels on est parvenu à faire l'analyse de l'idr, moyens qui se trouvent indiqués dans tous les ouvrages de chimie; nous nous bornerons à faire observer combien il est important d'avoir une connaissance exacte des clémens de ce fluide pour prali ■ querl'ewJiomèf/ie si utiledans beaucoup de circonstances où il est indispensable que le médecin juge des qualités sal ubres ou insalubres de l'atmosphère.

Des expériences multipliées ont prouvé que la composition de l'air était uniforme sur les divers points du globe, et même sur les plus grandes hauteurs où l'homme soit parvenu ; s'il contient alors de l'hydrogcnç, ce n'est que dans la proportion exiguë de o,oo5.

L'air est indispensable à l'entretien de la vie ; il exerce son action principale sur les organes respiratoires , qui sont destinés en quelque sorte à se l'approprier; il y éprouve des changemcis notables dans sa composition chimique. Ces I. 18

274 ÉlKMENS I)'nYGlF..\E.

cbangemens consistent principalement dans la dispai llion d'une poriion de l'oxigène de ce fluide, dans la formation de l'acide carbonique , et dans les variations de quantité qu'éprouve l'azote. La quantité d'oxigène enlevée à l'air pendant l'acte ue la respiration a été trouvée égale à celle de l'acide carbonique forméj maison a en général beaucoup varié sur cette quantité , que les uns évaluent à 0,08, les autres à 0,1 5, et quelques autres à o,o85 et moins. On n'est pas davantage d'accord sur le rôle que joue l'azote dans la respiration , puisqu'on ne sait pas s'il y a dégagement ou absorption de ce fluide cbez l'homme (i): seulement des expériences de Spallanzani piouvent que quelques animaux, comme le limaçon , certains poissons , en consomment une petite quantité. 11 règne la même incertitude sur la proportion de vapeur aqueuse mêlée à l'air expiré, et l'on ne sait pas non pkis si celte eau est formée par l'oxigène de l'air et f hydrogène du sang , ou si ce n'est tout simplement qu'un produit de l'exhalation pulmonaire, quoiqii'on soit très - porté aujourd'hui à admettre cette dernière opinion.

(i) Suivant Jurine , Berlhollet [Mémoires de la Société d'Arcueil ) et Pepis ( Bibliothèque britannique ) , dans les animaux à sang chaud, il y a dégagement d'azotp. Thompson , Nyslen disent avoir observe' le contraire, etc.

AfR ATMOSPHtRIQUÉ. 2'j'j

Eiifiri l'on ignore également par quelle acllori , par quelle combinaison physiologique ou cliimique l'oxigène absorbé iiuprime au sarv les qualités nécessaires à l'entielien do la vie. Il paraît fort probable , au reste , qu'il nV a rien (Je cbîmiqne dans ce phénomène, comme dans lous ceux qui sont relatifs aux autres fondions de l'organisme , ainsi que tend à le démontrer l'ouvrage que M. Coutanceau a publié sur celle matière.

Une chose bien digne de remarque, c'est que l'organe cutané agit sur l'air à-peu-près de la même manière que la membrane muqueuse bronchique , c'est-à-duje , qu'il absorbe une quantité donnée d'oxigène, el exhale de l'acide carbonique. Quanta l'azote, il ne paruît pas varier dan:î ses proportions; on ignore d'ailleurs si les altérations que l'air éprouve de la part de là peau s'effectuent à sa surface , ou si elles sont lé produit d'ime action physiologique. Jurine a adopté la première opinion, tandis que Spalianzani-s^'est prononcé pour la seconde. On n'est pas davantage fixé sur la quanlllé d'oxigène absorbé , et sur celle d'acide carbonique exhalé.

L'action que le canal dig<.'Slif exerce sur l'air qui s'y introduit avec les boissons et les allmens est peu connue; et si l'on peut admettre, par analogie , qu'une partie des gaz intestinaux pro-

2nG ÉLÉME^^S d'iiYGIIjNE.

vienllfe la décomposition de cet air , il ne faut pas moins reconnaître aussi que la source principale de ces gaz existe dans les altérations qu'éprouvent les substances alimenlaires de la part des organes digestifs. ]

L'air expiré ne peut plus servir à la respiralion; les animaux y périssent, et les corps dans l'état d'ignition s'y éteignent. On conçoit aisément, d'après cela, qu'il doit résulter des effets très-nuisibles à l'économie animale du séjour d'un grand nombre d'hommes ou d'animaux dans les lieux peu aérés, tels que les spectacles , les prisons , les hôpitaux , les écuries et les élables, dans lesquels l'air ne circulant pas librement, est sans cesse altéré, comme le prouvent les expériences eudiométriques, par la respiration et les émanations animales. L'action de cet air ainsi \icié, qui est la même que celle de l'air qui a servi à la combustion, se déveloj)pe de la manière la plus active sur les personnes délicates et sensibles, et l'asphyxie, qui en est souvent le produit , n'est pas le seul accident grave qu'on ait à redouter. Les miasmes qui s'exhalent en certaines circonstances des corps des animaux portent dans l'organisme un principe do septicité et d'énervation qui tend à détruire la vie, et donnent lieu à ces fièvres contagieuses connues sous les noms de fièvres d'hôpitaux ^ des pri-

AIR AT.nosriitRiQUE. 277

som , etc., et qui souvent étendent au loin leurs ravages.

La respiration est donc une des causes actives «ui allèrent continuellement l'alniosplière et la vicient; celie-ci , depuis long-temps, no p-ourralt plus cniielenif la vie , s'il n'y avait pas dans la nature une puissance sans cesse en action , et qui lui restitue le gaz oxigènc qu'elle perd à chaque instant. Celle puissance est la lumière solaire , qui dégage ce gaz des oxides , de l'acide carbonique , de l'eau et des végétaux exposés à son contact.

Les observations eudloméiriques oui prouvé que l'air que l'on respire en mer élait très-pur et Irés-oxigéné. 11 est probable que la grande puleté de cet air dépend principalement de ce que !e volume Immense des eaux absorbe l'acide carbonique et les autres gaz nuisibles répandus dans l'almos[)bèie, et de ce que ces eaux^ qui sont salées , ne sont pas sujelles à la corruption , surtout dans les cllmais trés-cliauds, où elles tiennent en solution une bien plus grande quantité de sels que dans les climats froids (i).

(i; Dans la nier Ballic[uej une livre d'eau conlienl environ deux gros de sels 3 on en relire le doiiMe de celle de la nier eiilrc TAnglelerre el les Provinces-Unjes; celle de la mer d'Espagne en fournil une once, el celle des mers enlre les tropiques ^ une once el demie à deux onces.

278 ÉLïJWENS d'hYOiÈwE.

Les expériences faites par le célèbre Ingenhousz sur les végétaux ont donné les résultats suivans.

1°. Tous les végétaux, sans en excepter les mousses, et même les plantes parasites , exposés au contact des rayons solaires , exhalent des quantités données de gaz oxigène qu'on croit être le produit de la décomposition de l'eau qu'ils contiennent. Ils produisent au contraire de lacide carbonique durant la nuit, ainsi qu'à Tombre, même quclqiie temps encore après avoir été arrachés de terre, ainsi que les feuilles des ranieaux récemment séparés de leurs troncs. Mais ils en fournissent bien peu comparativement au gaz oxigène. Durant toute une nuit ils ne donnent guère de gaz acide carbonique que la centième partie du gaz oxigène qu'ils fournissent dans l'espace d'une heure ou deux quand ils sont exposés au soleil.

2". Les |)lantes malades , ou qui ont perdu la vigueur de la végétation , ne donnent point de gaz oxigène; mais elles n'ont pas perdu la faculté de transpirer du gaz acide carbonique.

5°. Quand les chaleurs de l'été sont considérablement diminuées , les feuilles et les fruits ne vicient pas autant l'air atmosphérique pendant la nuit et à l'ombre ; les fleurs ne perdent pas sitôt celte faculté j mais les feuilles continuent à donner

AIR ATMOSPHERIQUE. 27g

de l'air vilaJ, au soleil, fort avant dans l'automne.

40. Les émanations nocturnes des feuilles, des fleurs et des fruits, ne sont diminue'es durant Thiver qu'en quanlilc, mais non en qualité.

5°. Les végétaux qui conservent toujours leur verdure dans les serres ou ailleurs , ne cessent pas de répandre de l'air au soleil , en hiver ; mais cet air ne diffère pas de l'air commun. Ces mêmes végétaux perdent, durant cette saison , en grande partie, le pouvoir de vicier l'air atmosphérique.

jÇ". Celte faculté qu'ont les plantes d'exhaler au soleil de l'air vital , et à 1 ombre de l'acide carbonique, au2;mente vers le priniemps, en raison de la viiïueur de la véiiélation.

y. Il est des fleurs qui vicient davantage l'air que d autres. Les violettes, les roses , les lis, les fleurs dethlaspi, celles de la lauréole, sont regardées comme très- nuisibles; à cet égard il serait dangereux d'en conserver une certaine quantité dans une chambre étroite et non aérée.

8''. L'émanation méphitique des fleurs et des fiîuilles diffère enlièreHient de l'arôme. La première est autant à redouter que l'autre est innocent. Il est même des plantes très-puantes qui allèrent moins l'air que d autres qui répandent une odeur très-agréable ou qui n'en répandent pas du tout.

25o ELtMENS D HYClÈlVE.

Cl**. Les champignons exhalent en toullerapsde l'acide c:irbonique.

io°. Lorsqu'une feuille est renversée, de manière que la surface inférieure est tournée vers le soleil , et la surface vernie à l'ombre , elle continue de donner de l'air , mais d'une moindre qualité que si elle était dans sa situation naturelle. La différence est comme igo est à 2 lo.

1 1". Euiin , l'air qui sort des poumons des animaux est moins vicié eu hiver qu'en été; la différence est comme 4 est à 5 (i).

Lorsque le gaz oxigène entre dans quelques combinaisons, il perd, en tout ou en pariie, le calorique qu'il contient abondamment ; il suit de là qu'il en laisse échapper, à chaque instant de la vie , dans l'acte de la respiration. C'était donc avec raison que les anciens regardaient les poumons comme l'es foyers de la chaleur animale. Le calorique , dégagé de ce gaz, se fixe dans le sang des veines pnhiionaires ; et , à mesure que celui-ci reprend de l'hydrogène et du carbone dans Its

(i) Cela dépend de fnctivilé plus grande de la respiration pendant Télé , comme le prouvent les expériences C'.iriciises de Juriue. Ce physicien avant analysé fair qu'il expirait après avoir joué à la paume, comparativement avec celui qu'avait exhalé ses poumons dans félat de repos, trouva dans le premier cas o,oq d'acide carbonique, et dans le second o,o5. (I. E.)

diverses parties du corps, sa capacité, propre à contenir le calorique entre ses molécules , diminue, et celui-ci se df'gage et se répand uniformément dans loulcs les parties de l'organisme, en leur donnant à toutes à-peu-près le même degré de lenipéralure.

Onconçoiiaisénientdanscettethéorie, i**. pourquoi les liahilans des montagnes ont plus d'activité et de chaleur que les habiians des vallées; pourquoi la température des animaux qui respirent est plus élevée que celle du milieu dans lequel ils vivent , tandis que ceux qui n'ont point , ou presque point de poumons, n'ont à-peu-près que le degré de température de leurs milieux. Parmi les animaux u sang chaud , ceux dont les poumons ont un volume plus considérable relativement à celui du corps , ont le plus de chaleur : tels sont , entre autres, les oiseaux qui font monter le thermomètre de Farheinelh à cent huit degrés. On conçoit également que les hommes dont la poitrine est tiès-large el trcs-di!a{able ont une température plus élevée que les autres, et sont plus disposés aux maladl(>s inflaujiuaioircs; et que les violens exercices, de même que la fièvie, faisant passer dans un court espace de temps upe jilus grande quaniiié de sang dans les poumons, déterminent un plus grand nombre d'inspirations, et augmentent par conséquent la chaltur. Au con-

282 ÉlÉMENS D'HYGlèwE.

traire, dans les élats de langueur et d'extrême faiblesse, comme dans l'agonie, l'air pénétrant à peine les poumons, vu que la respiration ne s'exerce qu'avec la plus grande difficulté, la chaleur du corps est à peine sensible, et cesse bientôt enfièremeni. Comme le sang, dans ces circonstances, est surchargé d'une quaniilé excédante d'hydrogène ei de carbone, et que son oxigénalion diminue de plus en plus, il perd bientôt son stimulus vitale le cœur ne se contracte plus, et la .vie s'éteint (i).

Le gaz oxigène est la seule partie respirable de l'air atmosphérique , et celle qui fournit le calorique dans la respiration : il suit de là que, s'il était inspiré pur et sans mélange de gaz azoïe, il produirait une <J)aleur excessive, et par conséquent des effets nuisibles. Aussi Macquer avait-il présenté une idée aussi vraie qu'ingénieuse, lorsqu'il /disait que, comme l'air vital fait brûler rapideojenl les corps, de même, respiré par les ani-

(1) La respiralion est sans doule une des principales ,sonrces de la chaleur animale ^ mais elle n'est pas Tuni- ,que , car alors elle serait uniforme'ment re'pandue dans l'organisme, ce qui n'a pas lieu dans une multitude de circonstances hierr appréciées dans l'arlicle Calorique du Dictionnaire des Sciences médicales. La chaleur animale est le produit de toutes les actions organiques qui s'exercent siuiuUan'émeut dans réconomie animale. (L 15.)

maux , il d.èyait augraenler les mouvemens de la vie et en abréger la durée. L'expérience a vérifié celte opinion. Si on j)longe un animal dans l'air yita) , la respiration et les mouvemens du cœur acquièrent une intensité et une force considérables; il éprouve dans peu de temps une fièvre yioLcuie; ses yeux deviennent rouges et saillans; la sueur coule de toute part, et la chaleur angjuenle sensiblement; enfin la fièvre inflammatoire .devient de plus en plus aiguë, et elle est bientôt suivie d'une gangrène mortelle dont les poumons sont le foyer.

Ces phénomènes expliquent comment l'air très-oxigéné , tel que celui qp'on respire sur la mer et sur les montagnes médiocres , est nui- Mble dans la phlhisie compliquée de dlat])èse inflammatoire, ainsi que dans toutes les maladies ^malogues (i). Ce gaz porte l'incendie dans l'organe pulmonaire , et y produit les effets qu'on observe sur l'animal qui y est entièrement plongé. Celte vérité n'était pas inconnue aux anciens; ils redoutaient dans les pulmonies l'air vif et oxigéné des li«ux élevés, et préféraient celui des plaines et des vallées. La pratique est ici

(i) L'air des haiileurs ne se trouve jiliis oxigénéquerelaliveineiUà celui qtii est allérë accidenlellemcnt par d'autres substances j puisque l'atmosphère conlieiuiamcine quantité d'oxigèn^ dans toutes les loc^lilés. (I. B.)

284 Él^mens d'hygiène.

d'accord avec les connaissances physiques ; car l'usaj^^e de cet air, nuisible aux phlhisiques par rapport à l'excès de chaleur qu'il porte dans leurs poumons d(^j:\ trop excités, est en elTt^t bien plus abondant sur la mer et sur les monta jînes médiocres que dans les plaines.

La tliniinuiion de l'air vital dans les plaines est principalement due au grand norubre d'animaux qu'on y rencontre, à la véi^éialion, qui y est moindre, et aux condmsiions mullipliiies qui s'y opèrent sans cesse. Sur les montagnes médiocres, les pins, les sapins, les ifs toujours verls, et conséquemment toujours actifs, exhalent en tout temps de grandes quantités de gaz oxigène; ils pi'otègent contre l'intempérie des saisons les nombreuses familles de plantes qui croissent près d'eux, et fournissent à peine à un pelit nombre de troupeaux épars de quoi se nourrir pendant quelques mois de l'année. Dans les pays de plaine**, au contraire, on rencontre une muhiiude de lieux nuls pour la végétation : tels sont les villes, les villages, les hameaux, les roules, etc., beaucoup de terres qui se reposent d'une année à^l'autre, de vastes forêts et des bois enfoncés qui sont impénétrables à l'air et aux vents, tandis que des millions d'hommes et d'animaux y vicient sans cesse l'air par leur respiration et leurs excrétions. Si on ajoute à ces causes les combustions nombreuses qui ont lieu

AIR ATMOSPIITRIQUE. 285

dans les habitations , dans les fours à chaux , los verreries, les forges et les autres usines, enfin les exhalaisons qui sortent des laboratoires , des ateliers, des cimetières, des voiries , des fosses d'aisance, des cloaques, des corps en fermentation, etc., etc., on verra que la proportion de gaz oxii;ène doit être bien moindre, et que les miasmes qui corrompent l'air sont infiniment plus nombreux dans les pays de plaines que sur les hauteurs.

On doit conclure de ce que je viens de dire que l'air vif et sec des lieux élevés ne peut convenir aux personnes sanguines, bilieuses ou niélancoliques , non plus qu'à celles dont la fibre est grêle, très-sensible et irritable. Les individus sujets à l'asthme ne s'en accommodent pas mieux; il leur occasione des serremens de poitrine et des sufTccalions mortelles, en raison du spasme du diaphragme que produit sympatbiquemenl le contact de cet air sur les poumons, et sur l'organe cutané. Ce gaz fournit non-seulement trop de calorique, mais il est encore un puissant stimulant qui excite la mobiliié et la sensibilité déjà exbaliées dans ces sujets. L'air des plaines et des vallées, des écuries et des élables, leur est plus utile, parce qu'il est chargé d'humidité ; il est par conséquent moins excitant ; il ralentit nonseulement l'activité de la flamme de la vie, mais

286 ELtMEiSS d'hygiène.

encore il diminue par èii qualité relâchante les spasmes de la poitrine.

L'air excitant de la mer , et Surtout des montagnes non trop élevées, est salutaire atix personnes d'une constitution pituiteûse , dont la fibre est molle, inerte et inïbihée d'une sérosité surabondante ; il est utile à tous ceux qui sont affectés de cachexie , d'humeurs froides; en un mot il convient dans les cas d'étiolement, c'est-à-dire, dans toutes les affections caraclérisées par la pâleur, la faiblesse, la sensation habituelle du froid , et la lenteur des riioùvemens. Outre qu:'il réveille l'action, et qu'il dégage une grande quantité de calorique dans les poumons, il électrise positwement ^ et produit sur les animaux, en raison de la lumière qui s'en sépare dans la respiration , les mêmes heureux effets que sur les végétaux exposés à soH influence. Ce n'est pas seulement l'air vicié par la respiration et la combustion qui affecté pernicieusement les hommes et les animaux ; les gaz que fournisserit les ï>ubstahces végétales et animales, lors de leur fermentation , ne Sont pas moins dangereux. Les raisins, l'orge, etc. qu'on fait fermenter dans les cuves dégagent, de même qud les charbons et la braise dans l'étal d'ignition, dr l'acide carbonique qui , respiré, occaslone l'itsphyxie, et bientôt la mort, si l'oii n'est prompte-

ment secouru. On a vu quelquefois celte affection mortelle être produite par ce même gaz exhalé des fleurs odorantes et des fruits renfermés dans des appartcmens clos et non aérés.

La respiration s'alimeniant par l'oxigène comme la combustion, il convient d'agir, dans Jes cas d'asphyxie produite par les gaz nort respirables , comme lorsqu'on veut ranimer des charbons presque éteints faute de communication avec l'air. Pourvu que leur extinction ne soit pas complète, ils se rallument en les exposant simplement à l'air libre, ou en les soufflant. 11 en est absolument de même des animaux frappés d'asphyxie. Néanmoins, lorsque celle-ci est forte, ce moyen est insuffisant j parce que les mouvement de la poitrine ayant entièrement cessé, l'air ne peut pénétrer les poumons; il faut, dans ce cas, réchauffer le malade quand la chaleur du corps est au-dessous dii vingt-neuvième degré de l'échelle de Réaumur. Mais il ne faut appliquer la chaleur que par degrés, uniformément, et jamais au-delà du trente-unième OU trente-deuxième degré; car la chaleur forte, oÙ applicjuée brusquement dans ces circonstances^ détruit rapidement le principe vital. Lorsqu'on a réchauffé le malade, on conseille , s'il ne fait aucune inspiration, de souffler dans les poumoni de grandes quantités d'air, et surtout d'air vital ,

qui est beaucoup plus eflicace : il est à désirer qu'à chaque insufflation il y enentre au-delà de cent pouces cubes, et que l'air en sorte chaque fois avant que d'en introduire de nouveau. Il faut, quand ces moyens n'ont point de succès, exciter le jeu des parties organiques et réveiller leur sensibilité. On emploie à cet effet les stimulans, tels que les acides, les spiritueux, l'ammoniaque, l'insufflation de la fumée de tabac dans les intestins, et l'aspersion de l'eau froide sur le corps. L'élcctrisalion me paraît très-efflcace pour guérir l'asphyxie, comme le prouvent les expériences faites sur des animaux par Fonlana; les résultats heureux qu'il a obtenus de ce stimulant actif me font présumer qu'on pourrait l'employer avantageusement dans cette maladie. Ce n'est qu'en continuant l'emploi de ces moyens pendant long-temps qu'on peut espérer de réussir , et on réussit toujours lorsque la sensibilité n'est pas complètement détruite.

C'est à tort que Goodwin rejette tous moyens autres que rap[)licatlon de la chaleur, et l'insufflation dans les poumons; car l'observation prouve que dans nombre de cas on a réussi par l'usage des irritans appliqués à la peau et aux intestins. Des hommes qui étaient depuis long- temps affectés d'asphyxie produite par la vapeur du charbon , ont été guéris par les douches d'eau froide

AlU ATMOSPHLRIQUË. 289

qu'on leur faisait sur la léte , ou en les plongeant dans l'eau. On rappelle à la vie les chiens qui ont été asphyxiés par la vapeur de la grotte du Chien près de Naples, en les plongeant sur-le-champ dans un lac voisin. Dans la Russie et la Sibérie, où il n'est pas rare de voir des personnes suffoquées par l'air échauffé et chargé des vapeurs des éluves, on a coutume de les exposer à l'air libre, de leur arroser le corps d'eau froide , et de les frotter avec de la neige jusqu'à ce qu'elle soit fondue.

Les frictions sèches, faites sur rhabiiude du corps, sont non-seulement utiles comme caléfiantes , mais encore comme excitante^. On a quelquefois couvert avec succès ces aphyxiés avec des cendres chaudes ou des sels. On a appliqué heureusement aussi, aux parties les plus sensibles, comme le nez, la bouche, etc., des stimulans actif, tels que l'ammoniaque, l'acide acétique ; mais il est dangereux d'en faire avaler tant que la déglutition n'est pas entièrement rétablie. Dans le cas contraire, il convient de faire passer quelques cuillerées de vin, ou d'une autre liqueur spiritueusc, et même unémélique, lorsqu'il y a des symptômes qui en indiquent la nécessité.

Outre l'acide carbonique qui vicie l'air atmosphérique, il est encore une multitude de fluides élastiques et de miasmes de nature différente qu'il I. 19

2Q0 ET.EMENS T) 1IYG1EI>(E.

reçoit dans son sein , et qui tendent sans cesse à l'aliérer et à le rendre malfaisant. Les minéraux sq volatilisent^ les végétaux et les animaux transpirent conlinuellement; ils éprouvent constamment des altérations et des décompositions; des molécules insensibles s'élèvent à chaque instant de leurs corps dans l'air, et flottent au gré des vents. Il n'y a point de substances dans la nature qui , usées par les frottemens , ou atténuées par l'action disgrégalive du calorique, ne soient disséminées dans l'Océan atmosphérique. Les semences d'un grand nombre de plantes, et les œufs d'une infinité d'insectes, sont soutenus dans l'air et transportés par les vents. L'atmosphère est un vaste réservoir qui reçoit toutes les substances concrètes ou fluides susceptibles de se vaporiser au degré de chaleur et de pression que nous éprouvons habituellement. Mais quelle action terrible n'exercenl-elles pas sur les animaux lorsqu'elles sont septiques, et lorsque ceux-ci les aspirent, soit par la voie de la respiration, soit par l'inhalation cutanée !

C'est en grande partie des émanations végétale» et minérales propres à chaque pays que dépendent les constitutions locales et les maladies endémiques , qu'on ne parvient à bien connaître qu'en étudiant J'histoire naturelle des différons lieux; et tel est l'enchaînement des conijiaissan-

AIR ATMOSPHERIQUE. »Ql

ces, que Thisloire naturelle, la météorologie, la chimie et la nosologie sont absolument indispensables pour atteindre ce but.

Une chose digne de remarque relativement aux exhalaisons de la terre, et qui tient à la salubrité, c'est que, quand l'on entreprend de culii\er un terrain qui est depuis long -temps en friche, ou quia toujours été inculte, il s'élève des exhalaisons délétères des corps amenés à sa surface par les travaux du labour. Ces exhalaisons causent des épidémies dont l'intensité et la durée sont proportionnées à la nature et à l'étendue du terrain. C'est pour cela qu'un grand nombre d'individus ont péri victimes des défrichemens, soit dans le continent de l'Amérique et dans ses îles, soit en Europe. La culture des terres est néanmoins de la plus grande utilité : indépendamment des avantages qu'elle procure quant à la vie animale, elle ne contribue pas peu à assainir l'air que nous respirons. La terre que nous habitons n'est devenue salubre que parles défrichemens; elle était, dans son origine, couverte de forêts épaisses et de marais immondes qui infectaient l'atmosphère, et portaient des miasmes destructeurs dans les sources de la vie. Ce sont les travaux et les sueurs de nos aïeux qui ont changé la face du globe et l'ont rendu habitable. On a observé aussi que les défrichemens ren(Jaient plus fréquens certains météo-

ics, el en produisaient quelquefois de nouvcous. Depuis (pic les Européens ont cultivé les terres de l'Amérique, on a vu changer sa température, et les ouragans, qui y élaicnt très-rares, puisqu'on en comptait à peine un dans l'espace de sept années, y sont aujourd'hui fort communs. Le Canada, autrefois très-froid et pluvieux , jouit maintenant d'une température douce, parce qu'on y a aballii quantité de forêts^ desséché les marais, réglé le cours des fleuves, et élevé des villes et des bourgs. Les exlialaisons ont changé de nature par ces mo^jcns; le cours des vents et des vapeurs est devenu plus libre, et le fluide électrique, qui auparavant était absorbé par l'eau et par les végétaux, circule plus facilement dans l'atmosphère. L'observation semble prouver que les tremblemens de terre ont contribué en grande partie à la production des fièvres rémittentes et intermittentes qui ont succédé à ces météores : au nèoins est-il très-vraisemblable que celui qui a eu lieu en iy(S5 à Messine et dans la Calabre, a donné lieu à ces maladies qui ont été épidémiques durant l'été et l'automne de cette même année, en produisant ces brouillards secs qui ont paru le 18 juin 1783, et ont servi de rideau, pendant plusieurs mois, à l'Europe étonnée. Plusieurs orages en avaient été les précurseurs, comme ils en furent la suite. On apercevait à travers ces

AIK ATMOSPHERIQUE. 2Cp

brouillards le soleil très- pâle, et on pouvait le fixer impunémciil. Cet astre se montra sous diverses couleurs, ce qui n'était que 1 effet de la différente réfi inj^'ence du brouillard dont la densité variait accidentellement dans diverses contrée^; il paraissait pâle et blancliâlre quand il était trèsélevc au-dessus de l'horizon , et ressemblait à un f;lobe couleur de sang, à son lever et à son coucher.

L'automne qui avait précédé avait été trèsfroid et humide, 1 hiver doux et humide, et le printemps froid et humide. Au lieu de trois ou quatre pouces d'eau que fournissent ordinairement les trois mois d'hiver, il en était tombé douze, tandis que dans le Midi on se j)laignait d'une sécheresse depuis deux ans. Il y eut, après la fonte des neiges, des pluies abondantes et des inondations considérables.

Le 5 février était arrivé l'affreux tremblement de terre de la Calabre et de la Sicile, qui dura cinq mois. Des pluies continuelles précédèrent ces violentes convulsions; la terre les avait tellement absorbées qu'elle n'en paraissait pas détrempée à sa surface. L'atmosphère s'en ressentit dans toute l'Europe; comme le prouvent les oscillations brusques et fréquentes que le mercure éprouva dans le •baromètre durant les mois de février et mars. Les secousses de ce tremblement de

394 tLÉMENS lMiYClÈ.\E.

terre furent si fortes qu'elles donnèrent lieu à l'apparition d'une nouvelle île dans le voisinage de l'Islande.

Ce brouillar^î ne faisait point tomber les sels en déliquescence, ni monter l'hygromètre; il ne s'opposait pas à l'évaporalion, et ne ternissait pas les glaces. 11 répandit quelquefois une odeur sulfureuse, et déposa, le 26, le 27 et le 28 juin, durant la nuit, sur les végétaux, une eau épaisse et gluante, d'un goût désagréable, un peu fétide et très- caustique. Les fleurs de la vigne et des oliviers des environs de Narbonne furent brûlées et tombèrent en grande partie. Dans d'autres endroits, ce brouillard mûrit les blés et hâta les moissons. D'après les expériences que l'on a tentées, il est résulté qu'il ne différait presque pas de l'air atmosphérique ordinaire.

Quelque extraordinaire qu'ait paru ce brouillard , ce n'est pas cependant un phénomène nouveau. L'année de la mort de César, le soleil fut obscurci, et ne donna, durant plusieurs mois, qu'une lumière pâle et languissante ; il parut rouge et environné de couronnes. L'an 264 de l'ère chrétienne, il y eut tremblement de terre et ténèbres durant plusieurs jours. On a observé, dans le cours de juillet 1764, un brouillard semblable à celui dont je viens de parler.

Enfin, on a remarqué généralement que les

AIR ATMOSPHÉHIQUE. 2g5

pays où le brouillard de lySS a séjourné le plus loni^-lemps, ont éle précisénienl ceux dans lesquels le nombre des malades a élé le plus corisidérable, el la maladie plus violente et pb'.s danf^ereuse. Les gens des campagnes et les ouvriers qui travaillaient en plein air la conlvactaienl plus promptement el plus violemment que les autres. Aussi le nombre des femmes malades fut-il trèspetit, sans doute parce qu'assidues aux travaux domestiques, elles furent bien moins exposées à l'action du brouillard : sur dix individus malades, il y avait à peine deux femmes.

Il n'est pas douteux que les autres météores ne produisent des altérations el des cliangcmcns utiles ou nuisibles dans l'almospbère, el ne causent des épidéniies el des épizooties analogues à leur nature. On sait que le tonnerre, les éclairs, en un moi, les temps d'orage, hâtent singullèren)enl la putréfaction, et rendent pire l'état des malades. Mais nos connaissances ne sont pas assez avancées sur l'influence de la plupart des autres météores pour pouvoir en faire l'application aux hommes et aux animaux. Peut-être qu'à force d'observer, on aura un jour des données cer— laines sur cet objet , au moyen desquelles on pourra obtenir des résultats utiles à l'art de gu^ rir.

2g6 ÉLÉMENS d'uYGiÈNE.

§ m. De ï Electricité atmosphérique.

Lié fluide électrique est universellement répandu dans la nature. Tous les corps en contiennent une quantité proportionnée à leur nature; il y reste dans un état d'inertie qui l'cmpêçlie de manifester sa présence jusqu'à ce que, par une cause quelconque^ son équilibre vienne à être rompu. Ainsi, si on accumule sur un corps une quantité surabondante de ce fluide ( électricité po' siti^e ou en plus ), ou si on lui enlève une portion de celle qu'il a naturellement ( électricité négative ou en moins ), alors la vertu électrique se décèle par une multitude d'effets différens : telles sont entr'aulres l'attraciion et la répulsion des corps légers, l'impression de souflle, la scintillation^ la commotion, etc. , etc.

Les corps présentent trois états différens par rapporta l'électricité: i°. les uns sont électriques par frottement, ou idio-électriques : tels sont le verre , les résines , le soufre, etc. ; 2°. les autres sont anélectriqucs ou conducteurs , c'est-àdire , ne reçoivent point l'électricilé par frottement , mais par communication : telles sont l'eau, surtout en état d'e vapeurs , les substances métalliques, etc. ; 3". enfin, il en est de pyro-électriques, c'est-à-dire ; qui deviennent électriques par

AIR ATMOSPHERIQUE. 2gy

la chaleur, comme la tourmaline, là topaze du Brésil, celle de Sibérie, etc.

Mais ce qui nous intéresse ici particulièrement, c'est cette abondance prodigieuse de fluide électrique qui est répandu dans le globe et dans l'atmosphère. On doit regarder le premier comme un conducteur non isolé, et l'atmosphère comme un corps idio-électrique. Ils sont emportés continuellement l'un et l'autre par un mouvement commun très-rapide; outre cela, ils ont tous deux divers mouvemeris dans des directions dif- Icrentes. La terre est le frottoir de l'appareil électrique de la nature, et l'atmosphère le corps idio-électrique ; les nuages sont des corps isoiés qui communiquent avec l'air, et qui sont souvent entraînés sur lui par un mouvement très-rapide. Outre cela une alternative de chaleur et de froid complète l'ensemble des causes qui produisent l'électricité naturelle. <

L'atmosphère contient habkuellementd'inimensps quantités de matière électrique, qui s'y manifeste de la manière la plus sensible , soit lorsqu'on lance des cerfs-volans électriques , soit lorsqu'on élevé des barres isolées. Toutes les fois qu'il passe au-dessus des uns ou des autres des nuages, même sans pluie et sans tonnerre, ils dorment des étinr celles par le contact, et lors({ue l'électricité atmosphéri(|uc est faible, ils aiinent seulement la

3g8 élÉmens d'utcièwe.

poussière elles autres corps légers. On a vu quelquefois des corbeaux, dont le bec lançait le feu électrique, traverser les airs. On sait que cet oiseau , dont les ailes sont très-longues , s'élève très-haut , et même dans les régions supérieures où l'électricité est abondante , surtout dans le temps que se forme la foudre. 11 est irès-vraiserablable que c'est quelque observation de ce genre qui a valu à l'aigle le titre de minisire de la foudre, car il est peu de fables qui ne contiennent le germe de quelques vérités. On observe aussi dans le temps des orages, sur les pomtes des mâts et les vergues des vaisseaux, une lumière électrique connue des marins sous les noms de /eu Saint- Elme, de Castor et Pollux , et d^ Hélène, Tous ces faits, et une multitude d'autres qu'il serait superflu de rapporter ici, prouvent que l'atmosphère est un vaste réservoir qui contient beaucoup de fluide électrique.

L'électricité de l'atmosphère produit sur les végétaux et sur les animaux <les effets différens, selon qu'elle est positii^e ou négative. Elle est positive lorsque l'air est sec ei traversé librement par les rayons solaires. Elle se manifeste telle pour l'ordinaire sur les lieux élevés , dans ceux où régnent les vents du nord et d'est , dans l'air raréfié, et principalement dans celui qui est très-oxigéné. Les gaz méphitiques ne sont nul-

AIR ATMOSPHERIQUE. 2gg

lemenl favorables à rélectricité : un fil de fer bien éleclrisé , que l'on plonge dans un fluide aériforme de cette nature, ne donne plus aucun sifirne d'électricité.

L'atmosphère est électrisée négativement , ou en moins ^ dans les lieux profonds et méphitisés, dans les temps nébuleux et humides, et quand les vents du sud ou de l'ouest soufflent : dans ces circonstances, l'électricité naturelle des végétaux et des animaux est absorbée , de même que celle de l'air, par les vapeurs aqueuses dont il abonde, et qui tiennent le premier rang parmi les conducteurs du fluide électrique. L'électricité de l'atmosphère est encore négative lorsque des nuages électrisés en moins passent sur un terrain; ils pompent et absorbent l'électricité de la terre et de l'air, et conséquemment celle des autres corps.

Les animaux vivans sont constamment électrisés par les forces de la vie. En eflet, ils sont pourvus de parties dont les unes, telles que les nerfs, les cartilages, les os, etc. , sont idio-éleciriques; et 1*^8 autres, comme le sang, le sérum, la graisse, les muscles, etc. , sont anélectriques. Les nerfs jouissent aussi de la propriété conductrice, et ils ont cela de commun avec le verre, qui possède tout à la fois la vertu idio-électrique et celle anclcclrique. Les animaux éprouvent

300 ÉLÉMENS D*HYC1ÈIVE.

donc sensiblement l'influence de la double électricité almosphérique ; celle-ci leur conserve ou leur ôte celle qu'ils ont naturellement , l'excite ou la diminue.

Les eflets de l'électricité positive sont d'accélérer l'écoulemenl des liqueurs dans les tubes capillaires , et d'augmenter le mouvement du sang dans les vaisseaux d'un cinquième à un sixième , de favoriser les sécrétions et surtout la transpiration , d'aiguiser rapj:>élit , d'exciter les forces animantes, de communiquer aux corps plus d'agilité et de vivacité , et de hâter le développement des germes végétaux et animaux. 11 n'en est pas de même de l'électricité négative ^ qui dimiiuie le nombre des pulsations du cœur et des artères, dans la proportion de «2 à 80 , ainsi que le prouvent les obserVâtior^s de Dalibard ; elle ralentit les sécrétions , diminue le ton des organes , et les jette dans la langueur et l'inertie. On conçoit aisément, d'après ce que je viens dediic, quels doivent être les effets de réleciricilé atmosphérique sur les animaux. Lorsque l'air est élecirisé positivement , ils doivent exercer leurs fonctions avec facilité et un sentiment particulier de ])laisir; mais lorsque l'électricité négative règne dans l'atmosphère, les corps sont faibles, languissans, et même dans un état d'accablement. C'est c<î que chacun observe dons ces journées

AIR ATMOSPHERIQUE. 3oi

désignées vulgairement sous ie nom d'accablantes . les ressorts de la machine sont dépourvus do force et d'énergie; on dirait qu'ils sont détendus. Ce que je viens de dire doit également s'appliquer au système végétal , qui offre les mêmes phénomènes sous l'inûuence des deux électricités , ainsi que le prouvent les expériences de Bertholon , Dormoy, etc.

Les résultats principaux des expériences électriques tentées sur les animaux sont les suivans :

1°. Une étincelle électrique, tirée des muscles ou des nerfs, occasione des mouvemens trèsviolens involontaires, et une très-vive sensation. L'irritabilité du cœur est plus puissamment excitée par rétincelle électrique que par tout autre stimulant quelconque.

2°. Un globe ou un plateau fait de nerfs humains , qu'on substitue à celui de verre de la machine électrique ;, donne des signes sensibles d'électricité positive; il isole aussi les conducteurs qu'on électrise.

S'». L'électricité est d'autant plus forte dans les corps vivans , que la vie est plus active et plus intense. Ija bouteille de Lcyde chargée perd bien plus lentement son électricité près d'un fébricitant , d'un maniaque^ ou d'un homme affecté de douleurs ou de spasmes , que près d'un homme sain.

5o2 ÉlÉmens d'iiyciùnï^

4", Les violentes commotions électriques détruisent l'irritabilité et la sensibilité , et , portées à un certain point, elles donnent subitement la mort.

5°. 11 existe des animaux électriques, qu'on peut regarder comme de vraies bouteilles de Leyde vivantes, et qui donnent des commotions quand on les touclie : tels sont l'anguille de Cayenne, le trembleur du Sénégal, la torpille, etc. Ces animaux ont une de leurs surfaces éleclrisée positivement, et l'autre négativement. Si on fait placer de front neuf personnes dont les pieds soient posés sur un fîl d'archal, chacune ayant les mains dans des baquets d'eau, et que du bout du fil d'archal on touche une torpille placée dans un autre baquet d'eau, toutes éprouvent au même instant la commotion.

6°. Le bain électrique , l'électricité par impression de souffle et par étincelles, sont les moyens les plus efficaces dans le traitement des maladies qui sont susceptibles de guérison par l'éleclrii>ation : les commotions ne sont pas toujours exemptes de danger.

AIR ATMOSPHÉRIQUIi. 3o5

§ ÏV. Moyens qu'on emploie pour modifier les influences atmosphériques dans la vue de consierver la santé et de se préserver des maladies.

[ Il ne suffisait pas d'éviter les conditions extrêmes du froid et du chaud, et de se soustraire aux vicissitudes atmosjjhériques , il fallait encore imaginer des moyens de corriger les qualités nuisibles de l'air avec lequel on doit nécessairement rester en contact pour satisfaire au besoin indispensable de respirer. Bien que ces moyens soient très-bornés, en comparaison de ceux, créés par la nature, sinon dans les mêmes vues, du moins applj^bles au même objet, ils n'en sont pas moins d'une grande importance: nous allons indiquer les principaux.

1°. Choix des lieux. La faculté de choisir le lieu qu'on veut habiter (quand toutefois cela est possible) met l'homme à même de préférer l'exposition, la température, la nature du terrain les plus proprets à la conservation de sa santé et à la diminution des maux qui l'assiègent. Ainsi ceux qui sont doués d'une constitution faibles, sujets aux affections catarrhales, qui ont des enfans débiles , surchargés de sucs lympliatiques , ou affectés de scrophules , -etc. , préféreront les lieux élevés , exposés au nord ou

3o4 ^LÉmENS D'ilYGirNE.

nord-est; les cmigrans et surtout les jeunes sujets y perdront bientôt la disposition aux engorgc- Tucns lymphatiques; leur état s'améliorera promplement; leurs organes acquierront une activité nouvelle; ils auront un accroissement d'appétit; l'énergie des forces digesiives augmentera dans la même proportion, et ils se sentiront plus de propension aux exercices qui nécessitent l'emploi d'un certain degré de forces , etc.

Au contraire , les personnes d'un tempérament sec , irritable , menacées ou atteintes de quelques phlegmasies chroniques , fuiront les lieux élevés où souffle un vent vif et desséchant ; elles choisiront un terrain bas, où l'air contient un peu d'humidité, par conséquent moins suifeptible d'irriter les organes pulmonaires, et de nature à diminuer la phlogose et l'état spasmodique auxquels elles sont en proie.

Il importe également , lorsqu'on choisit une résidence , de faire attention a la nature des eaux, d'examiner si elles sont courantes, stagnantes, corrompues, etc. Quant aux vents, on doit éviter avec un égal soin le vent du nord, incommode par ses qualités froides ; et celui du midi , nuisible par sa trop grande chaleur. A plus forte raison on ne se placera jamais sous un vent qui traverse tm marais , un élang , un bois humide, etc.

AIR ATMOSPHERIQUE.' 5o5

Quelle que soit l'exposiiioii qu'on choisisse pour fixer son domicile , il ne faut pas s'écarter , dans la coiisiruction de son habitation , de certains principes d'iiy^iène relatifs à la salubrité des matériaux et à Ja disposition des bâtimens ; car nos maisons doivent être construites non-seulement pour nous défendre contre les intluences atmosphériques, mais aussi pour nous procurer d'autres avantages <lont la civilisation a fait un besoin. Envisagées sous ce double rapport , les habitations sont plus ou moins salubres, suivant qu'elles se trouvent plus ou moins élevées , construites avec tels ou tels matériaux , percées dans une direction ou éans une autre. Il n'est pas indifférent dans certains cas d'habiter le rez-de-chaussée, le premier, le second étage; ces étages peuvent offrir, suivant les circonstances, des avantages, des inconvéniens variables à l'infini. 11 n'est pas indifférent non plus qu'un rez-de-chaussée soit placé sur une cave, ou sur un terrain plein , sec ou humide , sablonneux , argileux , plus bas que le sol. L'humidité et l'empêchement à la libre circulation de l'air sont les deux conditions qu'il faut le plus éviter dans le cas qui nous occupe, et les inconvéniens qui en résultent sont trop palpables pour qu'il soit besoin .d'y insister.

L'espacement des habitations est pareillement

5d6 flémens d'jhygiène.

une cTiose fort inijXJrtante relativement à la circulation et à l'allëration de l'air, à la température. La température est généralement plus douce dans les villes que dans les campagnes, les phénomènes électriques y sont moins intenses, les contagions et les épidémies moins communes, parce qu'on y prerid plus de précautions, et que la santé publique est plus surveillée. D'un autre côté, des rues étroites, plus ou moins humides, inft:;clées d'immondices , rendent beaucoup de quartiers des grandes vill^es très-malsains. "

Lé rapport entre les portes et les fenêtres mérite qurlque attention : leur nombre, leur élévation doivent être en raison de la grandeur , de la hauteur des apparlemens, qui sont elles-mêmes deii'x condiiions assez importantes dans la dislribiuioïi d'une habitation. Un appartement trop élevé est difficile à échauffer ; lorsqu'il est trop bas , la masse d air est peu considérable et promptement altérée , etc.

La nature des matériaux peut faire l'objet de quelques remarques utiles. Les toitures de chaumes sont moins conductrices du calorique que celles d'ardoises ou de tuiles; les murs de terre de brique conservent mieux la température que ceux en pierre, en mortier, etc. Il importe que les substances dont on revêt les murs n'aient pas la propriété de se charger ou de s'imprégner des

AIR ATMOSPHÉRIQUE. So^

émanations qui s'élèvent des corps de ceux qui le3 habitent; à cet égard , les murs en pierre sont plus salubres que les cloisons en bois , et celles-ci ont moins d'inconvéniens lorsqu'elles sont vernies (i). Les papiers peints et vernis dont on se sert aujour-f d'hui pour décorer les appartemens sont plus sains que les tapisseries en laine dont on faisait usage autrefois.

Le choix d'une chambre à coucher ou d'un cabinet de travail mérite toute notre attention ; c'est une habitude nuisible à la santé que celle où l'ou est de placer des lits dans des alcôves enfoncés , fermés de rideaux j par celte disposition on respire pendant la nuit un air chaud et altéré par do nond)reuscs respirations. Trop souvent il arrive que des savans et des hommes de lettres laborieux passent leurs journées et une partie des nuits dans des'pièces huniides , insalubres, où ils contractent des rhumatismes, des névralgies, des affections catarrhales du poumon, de la vessie, etc. Je connais des hommes recommanda-

(i) La propriélé qu';i Je hoie de se charger d'huniidil« ei d e'inanalions nuisible^, est une des raisons pour lesquelles les vaisseaux el les maisons çn bois sont ))eaucoup moins salubres que les maisons en pierre ou en brique ; c'est pourquoi aussi ils favorisent davantage que les autres habitations les maladies dépendant de riuimidilé et de l'altération de l'air dans les apparlemens.

3()8 fm-'mfa^s n'iTYOïFVK.

blés qui ont eu bcfiiicoup à souffrir d\me pareille imprudence.

Les yeux .qu'on entretient dans les appartemens sont un des moyens les plus puissans de modifier l'atmosplièrc ; la combustion, en effet, agit sur l'air de diverses manières; elle lui rend une partie de son calorique, augmente sa vertu dissolvanle, et fait varier la proportion d'oxigène qui y est contenue ; cette triple action ne peut avoir lieu sur la masse de l'air sans y occasioner un certain mouvement et un courant très-actif, La configuration des foyers , leur nombre , la quantité de combustible qu'on y consume doivent être en rapport avec la grandeur des appartemens, la rigueur du froid , etc.

On peut chauffer les appartemens avec des cheminées ou avec des poêles; ces derniers ont l'avantage d'échauffer plus que des cheminées sans altérer autant l'air , tirant leur principal aliment de dehors; mais aussi ils sont peu propres à renouveler l'air; leur capacité, le nond)re de leurs bouches de chaleur, etc. doivent être suliordonnésà l'étendue des pièces qu'on veut chauffer. Les lampes , les flambeaux , les lustres dont on se sert pour éclairer les appartemens modifient pareillement l'air' par la combustion permanente qu'ils entretiennent; il faut, en général, préférer l'éclairage où il se consume beaucoup

AUl ATMOSPHÉRIQUE. So*)

d'hydrogène; il alière moins l'air que celui qui dégage de l'acide carbonique : ce dernier a quelquefois produit l'asphyxie par défaut d'air ruspirable dans des apparteuiens };eu spacieux et lierméliquenienl fermés.

Les eaux courantes et stagnantes qui entourent les habitations sont le siège d'une évaporation continuelle qui humecte le fluide atmosphérique, et diminue sa propriété stimulante. Cette humectaiion est utile pendant les sécheresses de l'été j on est même obligé d'y suppléer quand on s'en trouve privé; mais, pendant l'hiver, elle devient nuisible par la condition opposée de l'air. On produit une évaporation artificielle , soit en exposant des vases pleins d'eau dans •les appartemens , soit par des arrosemens ; ou humecte ainsi doucement l'air , on le rend moins sec et plus frais ; on enlève en même temps une portion de l'acide carbonique, toujours présent dans les liabilations. Si Fon av:ill à «lésinfecter un appartement où cet acide serait eu grande quantité, il faudrait blanchir Tèau avec un peu de chaux.

Un autre moyen de rafraîchir l'air sans l'humecter , qui opère au contraire sur cet figent un espèce de dessèchement , nous est fourni par les ventilateurs; ces ventilateurs ne sont autre chose que des ouvcrlures plus ou m<>ins considci ablej»;^

5iO élémens d'hygiène.

par lesquelles se précipite l'air extérieur, en chassant de l'appartement l'air intérieur, qui se trouve raréfié, niépliilisé, et beaucoup plus léger que l'autre. On peut également établir, à l'aide de ces ventilateurs, des courans qui renouvellent ]a masse de l'air.

Les venlilateurs sont d'un grand secours dans les liopilaux , les vaisseaux , les usines, le$ mines, les lieux d'aisance, etc.; ils emportent l'air altéré, les vapeurs acres délétères. La théorie des ventilateurs est toute entière dans la raréfaction et la légèreté spécifique de l'air , qui , dans cet état , cherche à gagner les régionssupérieures de l'atmosphère parles ouvertures qui lui sont offertes. Les f^ux font très-bien les fonctions de ventilateurs ; Duhamel et Tillet les ont mis à profit dans le» vaisseaux pour dessécher et renouveler l'air.

Les paratonnerres, en provoquant dçs décharges électriques faisant éclater et accélérant la pluie ^ sont un autre [»uissant moyen de modifierla constitution momentanée de l'atmosphère.

Une cause plus générale et plus étendue des changemensqui surviennent dans l'air, est la culturc du sol; sa surface défrichée, labourée , attire une portion de ralmosphère, qui s'y précipite et s'y dépouille de plusieurs ^az , et notamment de l'acide carbonique. Les arroseuicns nécessaires à la feriiliiédu sol offrent en outre le moyen d'éta-

AIR ^ATMOSPHERIQUE. D I l

blir un système d'eaux courantes qui donnent du mouveineni à l'air , font disparaître les eaux stagnantes, et varier l'évaporation j^énérale. Nous avons dit ailleurs que la végétation assainissait l'air en v répandant une nouvelle quantité d'oxigène ; par conséquent on fait, sous ce rapport seulement, une faute grave de détruire les plantations et les arbres qui couvrent un pays.; d'un autre côté, des fOrêis trop étendues , trop serréçs, causent un froid et une liuuiidité nuisibles, d'où la nécessité, non de les tlétruire, mais de Jeséclaircir, et d'y faire circuler librement l'air par des percées en différens sens.

L'art emploie plusieurs procédés pour purifier el changer les proportions des principes conslituans de l'air ; ces procédés sontde deux, sortes : ou ils ont pour objet de corriger les émanations qui allèrent la respirabilité de l'air , où bien ils sont destinés à combattre les conditions qui le rendent nuisible et vénéneux, sans altérer sa respirabilité.

Aux premiers se rapporte le moyen de renouveler l'air, et de remplacer celui qui est devenu non respirable par la présence d'un gaz délétère , comme l'hydrogène sulfuré, l'hydrogène carboné, etc. On renouvelle l'air, i". à l'aide des courans d'air el des ventilateurs dont il a déjà été question, et dont le plusetlicace est

5l2 ELKMENS d'hYGiÈNE.

le soufflet , ventilateur de Halles ; i". à l'aide des feux , qui déterminent un mouvement dans l'atmosphère , qui se précipite d'un côté dans le foyer , et de l'autre s'échappe par le conduit de la cheminée. Quelquefois aussi on seconde l'aclion des ventilateurs par celle des lessives alkalines , des solutions de chaux , qui ont la propriété d'enlever l'acide carbonique qui n'a pas été emporté par le mouvement rapide de la colonne d'air (i). Lorsque l'on croit n'avoir pas enlevé , par les moyens réunis de la ventilation et de l'absorption , les principes altérans de l'air, et que

(i) On a consiruil; pour assainir les vaisseaux pendant de longues navigations, de très-grands ventilateurs destinés à chasser la masse entière de l'air de ces maisons flottantes : les principaux sont le manche a veut el le ventilateur de llAles. On emploie aussi les feux, qui ont le double avantage de dessécher lair et de renouveler sa masse. On peut mettre à profit les foyers ordinaires ; mais dans beaucoup de cas il est plus commode , plus avantageux de se servir de fourneaux portai ifs , dans lesquels on fait brûler de préférence un combustible capable de produire une flamme sans fumée, comme des copeaux bien secs. On transporte ces fourneaux dans diiVérentes parues du vaisseau où l'on veut renouveler Tair. Duhamel, Halles , Sutlon et M. Pallois ont inventé divers procédés plus ou moins ingénieux pour faire servir le feu à l'assainisscmcnt des vaisseaux. Ce moyen n'a d'ailleurs aucune ao tion surles miaimcs,

AIR ATMOSPHERIQUE. 5l5

l'on a des raisons de supposer qu'ils adhèrent anx meubles , aux lits , aux couvertures , aux murs , ou bien qu'il y aune masse de gaz délétères telle et tellement engouffrée qu'on ne peut l'expulser du lieu qu'elle infecte, comme une fosse d'aisances, que par des neutralisans , par exemple, c'est alors qu'il faut recourir à ces neutralisans dont il va être bieniôt question (i).

On a proposé un grand nombre de moyens pour combattre les émanations délétères, les miasmes cpidémiques , contagieux , qui naissent

(l) L'efficacité des neutralisans cliimiques ; comme l'acide muriatique , a été reconnue par* MM. Tlienard et Dupuytren ^ contre les émanations qui s'élèvent des fosses d'aisances , telles que la niitle( hydro-sulfure d'ammopiaque), le plomb (hydrogène sulfuré). MM. Barruel et Dupuytren ont égaleiuent prouvé que le méphitiome des .fQsses d'aisances était du parfois au gaz azote, dont la quantité s'est élevée à '^. Dans ce cas; on n'a pas besoin de neutralisans j il suffit d'une ventilation convenable. A cet efiet , on place deux réchauds remplis de charbons ardens, l'un dans la fosse e( l'autre sur la lunette. L'action de ces réchauds consiste à établir un courant d air par suite de la dilaUlion qu'on lui fait subir; ce qui permet au gaz azote d'obéir à sa légèreté spécifique, et d'évacuer la fosse d'aisances, qui se remplit bientôt d'un air plus rej»pirable, et qui cesse d'éteindre les corps en combustion , moyen eudioinf'iriqiie «pii annonce que rutivrici peu! y descendre cri toulr sûreté.

5l4 ÉLÉMENS d'hygiène.

dans les hôpitaux , les cinielières , les prisons , les camps, les vaisseaux, ei qui peuvent adhérer aux murs, aux meubles, aux habits, et se transporter plus ou moins loin par le moyen de l'air. On a employé de toute jiniiquité les fumigations aromatiques avec les baumes, les gommes-résines , les huiles essentielles , etc. j mais elles ne font presque toujours que masquer les miasmes et autres émanations délétères ; on peut tout au plus les considérer comme propres à exciter les organes , et à les rendre moins accessibles aux impressions des agens nuisibles : c'est ainsi seulement qu'agit la préparation connue sous le nom de vinaigre des quatre voleurs.

Il en est de même de la combustion de la poudre à canon. L'acide nitrique de nitrate de potasse est ici eniiérement décomposé; l'azote de. cet acide est dégagé à l'état de gaz. L'oxigène acidifiant se porte en partie sur le soufre , en partie sur le cliarljon, de telle manière que les résultats, soit fixes, soit expansibl- s, de la combustion de la poudre , sont du gaz azote, de l'acide carbonique, du sulfate de potasse , et peut-être aussi du gaz hydrogène, Parmi ces produits, aucun ne paraît capable d'attaquer les propriétés vénéneuses de l'air. On conçoit seulement que l'explosion dilate l'air , et peut jusqu'à un certain point en favoriser le renouvellement. C'est tout l'avantage qu'en

AIR ATMOSPHERIQUE. 5l5

retirent les marins, qui sont dans l'usage de taire brùlei" de la poudre à bord de leurs vaisseaux poui' les assainir.

Outre que les lessives alkalines dont nous avons parlé plus haut ont la propriété d'absorber l'acide carbonique qui se dégage en grande quantité des endroits où séjournent des hommes ou des animaux malade^, on accorde encore à ces substances, et particulièrement à la chaux, la faculté de dénaturer les matières animales putréfiées , de corriger et d'absorber les mauvaises odeurs. On se sert de plus avec avantage de la chaux vive pour couvrir les cadavres peu profondément enterrés , et qui pourraient corrompre l'atmosphère , et de la solution ou lait de chaux pour lessiver ou blanchir les murs des appartemens et des étables dont la salubrité peut être suspecte.

Les acides sont sans contredit les substances qui agissent avec le plus d'efficacité sur les miasmes atmosphériques. On emploie souvent l'acide acétique pour neutraliser lesémanations déposées sur les corps qui se sont trouvés en contact avec un air pestiféré , conlaglé : tels sont les lettres , papier* de correspondances, étoffes, alimcns,etc.; on passe les vêtemens , les couvertures par le^» vapeurs d'acide sulfureux. Les acides les plus puissans pour opérer la désinfection de l'air sont les acides nitrique, murialique (hydro-chlorique).

3i6 élémens d'hygiène.

muriatiquc oxigénc ( chlore). L'idée première d'employer l'acide muriatique pour purifier l'air est due à Guyton-Morveau. En 177^, l'église de Saint-Etienne de Dijon se trouva tellement infectée par des cadavres que la force de la gelée (qui ne permettait pas d'ouvrir la terre) avait contraint d'y accumuler , qu'on fut obligé d'en fermer les portes. On n'était parvenu qu'à masquer les miasmes de ce foyer contagieux par les autres moyens, et déjà ils avaient donné naissance à des fièvres contagieuses , lorsque Guyton proposa des fumigations avec l'acide muriatique : elles eurent un succès complet, et quatre jours après leur administration, on put fréquenter celte église, et y entendre le service divin. Ces fumigations furent faites avec six livres de muriate de soude et deux livres d'acide sulfurique (i) ; elles ont été employées plusieurs fois depuis a\ec beaucoup de succès. Les Anglais ont pareillement fait un usage heureux de l'acide nitrique réduit en vapeurs, dans les prisons, les hôpitaux, les vaisseaux. On dégage ces vapeurs en versant de l'acide sulfurique sur du nitrate de potasse , dans la proportion de

(i) Les proporlions ordinaires sont de ijuinze parties de muriate de soude et douze d'acide sulfurique. Pour une chambre de trente-cinq mètres cubes, il ue faut que treize gran)uics de sel cl <iuin/A' d acide.

AIR ATMOSPIIFRIQUE. 5l7

quinze crains de sel et d'une égale quanlilé d'acide, dans un appartement de trente-cinq mètres cubes.

Fourcroy proposa le premier, en 1791, d'employer l'acide murialique oxigéné (chlore) pour purifier les lieux infectés. Cruickshank fit ensuite usage de ce moyen dans l'hôpital de Woolwich; et Guyton reconnut lui-mêmeque cet acide étaitle plus puissant de tous , en raison de sa grande expansibilité et de la promptitude de ses effets (i).

La désinfection par le moyen du oidore s'opère de deux manières , ou avec des vaisseaux ouverts, ou avec des vaisseaux fermés qu'on ouvre à volonté suivant le besoin. C'est cet appareil que Guyton appelle appareil permanent de désinfection. Le premier procédé est destiné aux grands éiablissemens ; le second convient pour les habitations particulières.

Quand on veut purifier l'air des grandes salles , on place dans un vase de terre deux parties d'oxide de manganèse en poudre, dix parties de muriale de soude, et l'on verse sur le mélange six parties

(i) On a remarqué cependant que le chlore était trèsirritant, qu'il causait tle la toux; par conséquent il convient souvent de lui préférer les vapeurs nitreuses dégagées à froid, quand il s'agit de désinfecter une salle où il V a doK inalaïk's dont on craindrait <l'irrilor les organes pulmonaires.

5i<S élémens d'hygiène.

fracidesulfiiriqueciendues de quatre parties d'eau; pour une salle de treize mètres de longueur sur si» mètres cinq décimètres de largeur (quarante pieds sur vingt), qui est complètement évacuée, les proportions sont de trente décagrammes ( dix onces) de muriate de soude, six décagrammes (deux onces) d'oxide de manganèse, dix-huit décagrammes (six onces) d'acide sulfurique, et douze décagram'mes (quatie onces) d'eau; on ferme la porte et les fenêtres de la salle , et ou n'y entre qu'aprèj dix ou dofize heures.

Lorsqu'il s'agit de purifier l'air d'une salle plu$ ou moins remplie de malades, on ne saurait guère déterminer la quantité de vapeurs qu'il faut dégager. On est dans l'usage de faire promener par un infirmier une cassolette contenant un mélangé d'oxide de manganèse, de muriate de soude, sur lequel on verse de temps en temps un peu d'acide sulfurique. 11 faut avoir soin de s'arrêter aussitôt que les vapeurs provoquent la toux.

Quant à l'appareil permanent de désinfection de l'air, il consiste dans un vase de cristal exactement fermé par un obturateur de même matière, etmaintemi par une presse en bois et à vis; on met dans ce vase un mélange d'oxide de manganèse et d'acide nitro-murialique; il suffit de relâcher la vis de pression pour que les vapeurs soulèvent l'obturateur et se répandent dans l'air.

AIR ATMOSPHÉRIQUE. 5ig

On peut de cette manière dégager à volonté des vapeurs de chlore , et faire cesser le dégagement en resserrant la vis (i ).

Il y a de petits appareils de poche composés avec des flacons ordinaires, et d'après les mêmes proportions , dont on fait UvSage quand on fréquente les lieux infectés.

Les vapeurs de chlore n'ont d'efficacité pour corriger l'air infecté qu'autant qu'elles agissent dans un espace fermé et circonscrit; mais leur action est à -peu -pires nulle dans de grands espaces non circonscrits , comme une contrée plus ou moins étendue ravagée par une maladie épidéraique contagieuse , qui prend sa source dans une condition générale de l'atmosphère. Dans cette circonstance, en effet, à peine a-l-on purifié l'atmosphère d'un lieu qu'il se remplitd'une nouvelle masse d'air infecté. Néanmoins, sur la fin des épidémies, et lorsque quelque changement dans le fluide atmosphérique diminue l'ac-

(i) Les appareils permanens de Guy ton sont compose's de la manière suivanle : oxide de manganèse , quarante grammes (une once deux gros)j acide nitrique, cent grammes (irenle-six degre's aréom. de Baum.) (trois onces un gros)^ acide murialique ou hydro-chlorique, même quantité (dix-sept degrés aréom. de Baum.)^ le tout renfermé dans un vase de cl*islal de six ou sept décilitres.

320 ÉLmEXS d'iIYCIFiVE.

tivité (lu mal , on ne doit pas négliger l'usage des fumigalions gujtoniennes . Peut-être peuventelles neTitraliser des miasmes isolés.

L'insuftisance du chlore pour désinfecter des masses d'air non circoncrites a été démontrée par des expériences faites en Espagne en 1800 et 1804, et en France en 181 2 , par MM. Nysten, Guersent et Savary, envoyés par |e Gouvernement dans les départemens de l'Yonne et de la Côted'Or, pour arrêter les progrès d'une fièvre des prisons qui avait pris naissance au milieu des prisonniers espagnols. Au reste, ce n'est pas un motif pour ne pas recourir à ce moyen dans des cas analogues, parce qu'il est possible qu'on soit plus lieureux dans d'autres temps et dans d'autres circonstances.]

^ V. Des Influences sjdérales.

On a révoqué en donie pendant un certain temps l'influence du soleil, de la lune et des autres planètes sur notre globe. Les fables grossières et absurdes dont on avait surchargé cette matière avaient justement couvert de ridicule l'opinion des anciens philosophes qui admettaient celte influence ; mais depuis qu'on a observé avec exactitude , on a découvert que les végétaux et les animaux éprouvaient réellement des modifications et des altérations plus ou moins sensibles.

INFLUENCES SYDÉRALËS. Sa I

selon les divers degrés d'action qu'exercent le soleil et les planètes ( spécialement la lune ) sur notre atmosphère, et que le retour de plusieurs maladies coïncidait avec les diverses phases de ces astres.

Outre que le soleil et les planètes agissent sur l'atmosphère , et par conséquent sur les corps qui y sont plongés, par leur calorique et leur lumière, ib la magnétisent encore , et l'électrisent en un certain sens, en s'électrisant réciproquement entre eux. Une des plus grandes et des plus sublimes idées de Kepler est, à mon avis, celle qui fait du soleil un foyer magnétique , dont la force retient et dirige les sphères planétaires. Le globe terraqué , d'après la foule de phénomènes magnétiques qu'il présente , est peut-être un aimant d'une très-grande étendue, que magnétise sans cesse le soleil , qui en est magnétisé et électrisé à son tour. Celle idée n'est pas dénuée de vrai-» semblance quant à la terre, comme le prouvent les oscillations diurnes des aiguilles aimantées ^ leurs variations mensWuelles , et surtout depuis qu'on a observé que, durant l'hiver , à cause du périhélie de la terre, la force magnétique est singulièrement augmentée ; remarque importante faite par le docteur Rniglh, inventeur des aimans artificiels. 11 doit donc se faire une semblable impression sur la terre de la part des autres pla--

Ô22 ELEM,F.>S D IlYÇirMÎ.

nètes, à raison de leur distance, de leur masse> de la vitesse de leur mouvement, et de leur lumière. Le flux et le reflux de l'Océan sont des indices sensibles de l'électrisation opérée par le soleil, et principalement par la lune, puisque l'élévation des eaux sous celle-ci représente une trombe de mer prête à se former. De même que l'eau dont on a rempli un vase placé à une certaine dislance, sous un fil pendant au conducteur principal d'une machine électrique, se gonfle et s'élève, ainsi les eaux de TOcéan se portent et s'élèvent vers la lune, avec toute l'apparence d'une attraction électrique; et l'attraction universelle n'est peut-être autre chose qu'un effet de l'électricité naturelle. D'après cela , on pourrait considérer la lune , à l'égard de la terre , comme une armure de l'aimant solaire. Mai? si ces deux astres magnétisent et électrisent notre planéîe, il y aura de très-grandes différences entre l'effet qnils produiront lorsqu ils agiront ensemble et dans la ;nêm€ direction , comme dans les sizygirs , et celui de leur aciion séparée et divit^ée par îles directions diff*éren les, comme dans les quadratures* Le soleil a sur tous les corj)s de la nature une aciion qu'on ne saurait contester : nous observerons seulement que, lors de son passage par le méridien et l'horizon, l'étal du ciel change; que les vents, les pluies, la sérénité s'établissent alors^

INFLUENCES SYDERALES. 32D

cessent ou augmemenl. A minuit et à midi, le ciel étant même serein et l'air tranquille , il se lève presque toujours un vent léj^er, ou bien celui qui règne change de direction ; le matin , en hiver, il souffle un vent d'est , et le soir, en été, un vent d'ouest; en un mol, si on observe assidûment l'état dti ciel, on apercevra toujours quelques variations dans les quatre points cardinaux , le lever et le coucher du soleil , midi et minuit. On en remarque aussi de très-sensibles dans les points du mouvement annuel , qui sont les deux solstices et les deux équinoxes.

Une autre observation non moins intéressante, c'est que les accès des maladies correspondent , par rapport à l'intensité des symptômes ou à leur rémission , aux quatre points cardinaux : c'est dans les heures voisineiliidu coucher du soleil que la plupart des fièvres redoublent ordinairement, et c'est le matin , vers le lever de cet astre , qu'arrivent les rémissions. Ces changemens paraissent dépendre des altérations du mouvement diurne analogues aux marées.

La lune a la plus grande influence, par sa lumière , sur les animaux et sur les végétaux. Si elle agit sur eux par son calorique, ce ne peut être que très-faiblement; car ses rayons, reçus sur un miroir ardent , ne produisent aucun changement sensible sur le thermomètre placé au

324 ^-LlÊMENS d'hygiène.

foyer. On sait que la lumière lunaire brunit et altère le teint; et il est certain que le plus grand accroissement des plantes se fait pendant la nuit , comme l'observe Bernardin de Saint-Pierre ; qu'il y a même plusieurs végétaux qui ne fleurissent qu'aux rayons de cet astre, et que des classes nombreuses d'insectes , d'oiseaux , de quadrupèdes et de poissons, règlent leurs amours, leurs chasses et leurs voyages sur les différentes phases de celte planète.

La lune influe encore sur le globe de la terre, par sa gravitation.

L'attraction universelle de toutes les parties de la matière est une loi générale , et le principe de la plupart des phénomènes de la nature. Celte attraction est mutuelle ; elle suit la raison directe des masses , et l'inverse du carré des distances. C'est de cette attraction mutuelle qui règne entre les planètes et le soleil, entre les satellites et leurs planètes, combinée avec la force tangentielle, que résulte le mouvement elliptique des planètes autour du soleil , et des satellites autour de leurs planètes. C'est de l'attraction du soleil et de la lune sur les eaux de l'Océan que dépendent le flux et le reflux , et les différens phénomènes qu'on y observe. L'attraction de la lune force les eaux de la mer à s'élever en même temps dans les deux héuiisphères , qui représente alors un sphéroïde

INFLI'EINCES SYDÉHALES. 525

allongé , parce que , dans riiémlsphèie qui est imméclialement sous cet astre , les eaux sont plus fortement attirées que le centre de la terre, qui est j)lus éloigné, tandis que dans riicmisphcre opposé ce centre est plus attiré que les eaux; d'où il suit que celles-ci gravitent moins vers lui ; et c'est de celle manière qu'il se fait un renflement dans les parties de l'Océan qui sont placées sous la lune de part et d'autre , et un aplatissement dans celles qui sont en quadrature avec elle , à cause de l'obliquité de la force attractive.

L'action du soleil sur les marées est beaucoup moindre que celle de la lune; c'est pourquoi le temps où elles sont le plus considérables est celui des nouvelles et pleines lunes, et particulièrement aux équinoxes. On a découvert que la lune élevait les eaux de cinq pieds, et le soleil de deux pieds ; c'est-à-dire , que celui-ci lès élève de 22 pouces 0,7, et la lune deux fois et demie davantage.

Mais la cause qui produit les marées de l'Océan produit nécessairement aussi des effets semblables dans l'atmosphère , parce que l'air est un fluide qui , environnant la terre, est sujet, ainsi que les eaux de la mer et les autres corps , aux lois générales de la gravitation. L'air élant un fluide trèsélasli(]ue , l'action du soleil et de la lune doit produire des marées aériennes bien plus considé-

râbles que celles de l'Océan , et elles le sont d'autant plus que la lune est plus ou moins éloignée de la terre ; ainsi l'air devient plus ou moins pesant selon qu'elle est périgée ou apogée , et c'est ce que prouvent les observations barométriques. 11 est constant, d'après l'examen d'un journal de quarante-buit années , que les bauteurs moyennes du barojTiètre sont plus grandes lorsque la lune est apogée, que quand elle est périgée.

11 suit de là que les marées aériennes pourraient bien être la cause des vents réglés. Ce qui semble le prouver encore davantage , c'est que , d'après les calculs de D'Alembert, l'attraction combinée du soleil et de la lune produit , sous l'équaleur, un vent d'est perpétuel , qui se cbange en vent d'ouest dans les zones tempérées, à quelque dislance des tropiques ; ce même vent change ensuite de direction , en raison des localités (i).

L'observation est ici d'accord avec les calculs ; elle prouve que c'est dans les équinoxes que ]es vents régnent le plus constamment, que les tempêtes arrivent communément dans les syzygies , que dans tous les temps il s'élève un petit vent

(i) D'Alemberl lui-même a démontre l'insuffisance da celte cause 3 et M. Thillaye, dans son article Vînt du Dictionnaire des Sciences médicales , émet la même opinion. (I. B.)

INFLUENCES SYdÉRALÈS. 3 2 7

dans les hautes marées , et qu'un peu après midi el^prè^ minuit, l'atmosplière est toujours agitée. On ne doit pas être surpris que les marées atmosphériques qui, comme celles de l'Océan, dépendent de l'attraction réunie du soleil et de la lune, soient cependant plus considérables que ces dernières , parce que , l'air étant huit cent cinquante fois moins pesant que l'eau , et son ressort incomj)arablement plus grand , la force attractive des deux astres doit produire dans l'air une dilatation excessive qui est en raison de la diminution de sa gravitation vers la terre. La mobilité de l'air, plus grande que celle de l'eau, concourt encore à augmenter les marées atmosphériques. De même l'atmosphère terrestre étant plus près de la lune d'une quatre-vingt-dixième partie d'un rayon de la terre que les eaux de l'Océan , doit être attirée plus fortement dans les parties qui correspondent perpendiculairement à la lune, ce qui contribue encore à l'augmentation des marées aériennes. Il est donc démontré que les forces attractives et combinées du soleil et de la lune sur l'atmosphère, la soulèvent et la dilatent en raison inverse des carrés des distances, et lui font prendre, comme à l'Océan , la forme d'un sphéroïde allongé (i). Mais ces divers changemens dans le

(t) Ce'.le importante ([ues'ior. r. c\é savamracnl discn-

328 ÉLléMEiVS r/llYClÈNE.

poids de l'air ne peuvent avoir lieu sans que les corps sublunaires, et principalement les corps organisés , n'en éprouvent ; ainsi le soleil et la lune ont une véritable influence physique sur eux par leur attraction ; et ici l'observation est encore d'accord avec la théorie , comme nous le verrons bientôt.

Il y a dans chaque lunaison dix situations importantes à remarquer : les quatre phases lunaires ; le périgée et l'apogée ; les deux passages de la lune par l'équateur , que l'on pourrait appeler équinoxe ascendant , et équinoxe descendant ; enfin les deux lunistices , dont l'un boréal , lorsque la lune s'approche de notre zénith, et l'autre austral, lorsqu'elle s'en éloigne le plus. La sonmie des changemens de temps effectués dans ces points lunaires l'emporte beaucoup sur celle des nou-changemens.

iée , en 1786, dans un Mémoire manuscrit composé par M. Ignace Dormoy , de Besançon, ci-devant membre de plusieurs académies.

INFLUENCES SYDERALES.

TABfjE des changement et des non-changemens survenus dans les points lunaires ^ par Toaldo.

Poi HT* LU n A IHBS.

CaANOEANS.

Non

Nouvelles lunes g5o..,. i56..

Pleines lunes 928 .... 1 74- •

Premiers quartiers. .. . 796.... 3i6..

Derniers quartiers. .. . 796.... 319..

Périgées loog.... 169..

Apogées 96 1.,.. 226..

Équinoxes ascendans. . ô^i . • . . Ï67..

Équinoxes descendans. 619.. .. 184..

Lunistices méridionaux. 62 1 . . . . 177..

Lunislices boréaux. .. . 626.... 180..

Pboportion

rdilEiite

à de moindres

termes.

On voit, d'après cette table, que sur 1 106 nouvelles lunes il y a eu gSo changemens de temps, et seulement i56 fois où le temps n'a pas changé; il y a donc à parier g5o contre 1 56 , ou , ce qui revient au même, 6 contre un, que la nouvelle lune amènera un changement de temps considéj able. Les pleines lunes donnent 5 contre i ; et le point lunaire qui présente le plus grand rapport est le périgée, qui donne 7 contre i. Lorsque plusieurs de ces points lunaires se rencontrent ensemble, les probabilités croissent dans une plus grande raison. Ces combinaisons produisent des

33o ÉLÉlWENS d'iIYGîÈnE.

altérations considérables sur les marées, et onl un effet marqué sur l'atuiosphère, par les orages qui onl fréquemment lieu dans ces circonstances.

TABLE des rapports desjorces changeantes des syzygies, combinées aux périgées et apogées ^ par Toaldo.

N.ouvelles lunes avec le périgée. , . i 68 : 5

avec l'apogée. .. . if^o : 21

Pleines lunes avec le périgée i5G : i5

avec Tapogëe '44 • '^

On a remarqué que les pluies ei les inondations extraordinaires qrà causèrent tant de désastres dans le midi de la France, les 14 , i5 et 16 novembre iy66, curent lieu dans le concours des trois points lunaires , le périgée , la pleine lune et le lunistice boréal.

Le résultat des observations faites depuis plus d'un siècle, est que les révolutions périodiques de ]s lune ranjènenl dans le cours des années correspontlantes de la période lunaire, qui est de dixneuf ans, à-peu-prèa les uiêmes météores, les mêmes saisons, et une température ordinairement semblable ; cela paraît dépendre de ce que la lune se trouve chaque année , à l'égard de la terre , dans les mêmes positions où elle était dix-neuf ans auparavant. 11 paraît , d'après les observations de Toaldo , que les révolutions simples ou com-

l^fFLUE^CEs sydékales. 53 1

binées de l'apogée et du périgée de la lune ont une très-grande influence sur la santé et la vie des hommes. On a remarqué aussi que le nombre des morts croissait d'année en année, sans doute, comme le conjecture Toaldo, par rapport à l'augmenlaiion du froid et de l'humidité, de la pesanteur de l'air, etc. Le nonibre des morts va en augmentant ou en diminuant avec la rnarce, c'eslà-dire , d'après l'ordre que suivent les points lunaires. Les morts subites arrivent fréquemment dans ces positions critiques de la lune , et surtout dans les pleines lunes , principalement lorsque le temps est mauvais ou le ciel couvert. Les vieillards meurent aussi plus fréquemment à ces mêmes époques.

La lune a une influence marquée sur le périodisme des maladies, de même que sur les crises, ainsi que l'avait déjà observé le père de la médecine. Galien avait remarqué aussi que les accès opilepliques avaient de grands rapports avec les difl'érenles phases lunaires. Plusieurs médecins célèbres, et enlr'autres Méad, citent divers exemples qui confirment Tobservalion de Galien. On voit dans l'ouvrage de Berlholon sur V Électricité du corps humain j des tables dressées à l'occasioa d'un maniaque, durant une année entière, qui prouvent évidemment cpmbien les maladies nerveuses sont soumises au pouvoir de l'astre dc4

332 ÉLÉMEN8 d'iIYGIÈIVE.

nuits. On voit dans ce journal que les nouvelles et pleines lunes sont de tous les points ceux qui ont le plus d'influence. En un mot, l'expérience journalière démontre que beaucoup de maladies périodiques sont en rapport avec les phases de la lune, et qu'elles se règlent en quelque sorte sur son cours.

§ VI. Des Fents.

L'atmosphère est un vaste Océan qui a neuf mille lieues de circuit près la surface de la terre , et une hauteur considérable. Son équilibre est sans cesse troublé par l'action continuelle d'une multitude de c;mses; et il s'y excite des courans , comme dans tout fluide dont les parties cessent d'être équipondérantes.

Le vent est une agitation sensible de l'air, qui transporte une certaine quantité de ce fluide d'un lieu dans un autre, avec une vitesse et une direction déterminées. La vitesse du vent est quelquelois très-considérable : d'après les calculs de Mariotte , le maximum est de trente-deux pieds par seconde , c'est-à-dire , qu'il peut parcourir à-peuprès neuf lieues et demie par heure; néanmoins dans de grandes tempêtes on l'a vu s'étendre jusqu'à quinze lieues dans ce même espace de temps. Bien plus , le jésuite Laval rapporte que le vent

DES VENTS. ù:):)

impélucux du nord qui ravagea tous les champs de la France le 6 janvier 1709, commença à se faire sentir à trois heures après midi à Besançon, et se porta à Marseille à six heures du soir : ainsi il parcourut cent dix-huit lieues dans l'espace de trois heures. La force du vent se mesure par sa vitesse ; la première est suffisante pour transporter les navires en pleine mer, s'il a une vitesse de deux toises par seconde.

On distingue les vents en généraux ou conslans, en périodiques, et en variables.

Les premiers sont ceux qui soufflent constamment dans la même partie de l'atmosphère : tels sont les vents alizés, qui régnent perpétuellement de l'est à l'ouest dans les grandes mers , entre les tropiques, où nulle causç locale ne peut les faire varier, si ce n'est les diiférentes déclinaisons du soleil , qui opèrent des changemens périodiques. Ces vents ne se font pas sentir dans les terres, sans doute parce qu'ils sont rompus par les montagnes, le cours des rivières, les îles, les archipels et d'autres obstacles ; ils sont détournés aussi , en mer près des cotes , par des vents particuliers qui viennent de la terre.

Les vents périodiques commencent et finissent à des époques fixes et déterminées; on les ap[)cllc aussi aiini\^crsaires , moussons ; ils sont très-utiles à la navigation, puisque leur retour périodique

354 éléméns ç'hygiène.

aux mêmes leiiips de l'année a toujours régulièrement lieu : leJs sont ceux qui soufflent du sud-est, d'octobre en mai, et du nord-ouest, de m'ai en décembre , entre la côte de Zanguebar et l'île de Madagascar. On peut rapporter à ces venls ceux qui sont journaliers, et qui régnent dans les pays chauds et les zones tempérées lors des grandes chaleurs. On les a appelés brises de terres et de mer ou du large.

Les venls vaiiables sont ceux qui soufflent tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, et qui n'observent aucune régularité par rapport aux lieux, aux temps, à la direction, à la durée et à la vitesse.

Il est encore des vents locaux : tels sont le mis' tral en Provence, le harmatan sur les côtes de Guinée, Y œil de bœuf au cap de Bonne -Espérance, et les vents de cinquante jours en Egypte. Le mistral esl un vent du nord qui ne règne que dans ce large bassin formé d'un côté par les Alpes, et de l'autre par les montagnes du Vivarais et du Languedoc. La masse d'air renfermée dans ce bassin , étant échauffée avec force par le soleil , se dilate soudain, et s'échappe avec impétuosité par la seule issue qui lui reste sur la Méditerranée.

Le harmatan est un vent particulier à la côte «le Guinée, qui commence à souffler vers la fin

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