‹ Élémens d'hygiène (volume 2)Chapitre 26 sur 36 · LUMIERE · texte numérisé non relu

LUMIERE

la léle , la couleur de la peau , et la stupidité qui caraclérise ces derniers. Lorsque les Sarrasins cl les Maures s'emparèrent, au septième siècle, du nord-est de l'Afrique, ces nations étaient brunes ; maintenant qu'elles se sont plus avancées vers l'équateur, elles sont devenues parfaitement semblables alix nègres , et il est impossible de les distinguer. Les Juifs établis en Abissinie sont aussi noirs que les Abissins : oli ne peut pas attribuer cet effet à leur croisement avec d'autres races , car ce peuple regarde tout mélange avec un sang étranger cotume un crime de lèse-divinité. Une circonstance digne de remarque , et qui vient à l'appui de ce que je viens de dire, c'est que l'on trouve dans la même nation , dans les individus et même dans des familles entières , une couleur plus ou moins foncée selon qu'ils s'exposent plus ou moins à l'arileur du soleil. Chez nous, l'habitant des campagnes est plus brun que celui des villes, et dans les pays chauds cette différence est encore plus sensible. L'homme blanc peut donc devenir noir, et le nègre passer au blanc ^ en changeant de climat. Mais quand Buffon a écrit que cette métamorphose pouvait avoir lieu à la huitième génération, il en a trop avancé l'époque; car il est sûr qu'après vingt-deux générations passées en Espagne , les Maures en sortirent aussi basanés I. a3

qu'ils y olaleut eiilrei : il fiiiit une série plus longue fie fîiialions pour opérer de semblables cbangemens (i).

On a allribué à l'absence de la lumière les paroxysmes cl les redoublemens qui arrivent communément le soir ou la nuit dans beaucoup de maladies ; et celle opinion paraît assez bien fondée, bien qu'on pût cependant faire dépendre ces effets du poids de la journée et de l'accablement qui en est la suite, de l'action des remèdes, de l'abord d'un nouveau cbyle dans le sang, et de l'irrilalion qu'il détermine dans le système vasculaire. Une chose digne de remarque , c'est que , sur vingt malades qui meurent , les deux tiers au moins expirent à l'entrée de la nuil ou durant la nuit (2).

(i j j'ai dû laisser telles qu'elles étaient les belles considérations tracées avec un talent remarquable , à l'occasion de linfluence que la lumière exerce sur la couleur des hommesyji mais je dois faire observer qu'elles sont susceptibles d^'étre réfutées par des faits non moins authentiques que ceux invoqués piii-fauleurj et que Ton est loin d'être encore d'accord sur les véritables causes des diverses colorations qui se font remarquer chez les innombrables nations qui habitent le globe terrestre. On consultera avec avantage sur celle matière le mot JSègre du Dictionnaire des Sciences médicales, par. M- Virey. (I.B.)

(2) Un élève. dç.rH,ôtel-Dieu de Paris a fait des recher-

LUMIÈKE. 555

On ne peut disconvenir que l'obscurité ne modifie singulièrement l'économie animale ainsi que les végétaux. Les personnes délicates et sensibles en ressentent vivement l'influence , à n'en juger que par les etïets que produisent les éclipsos sur elles. 11 en esl qui , durant les éclipses solaires , éprouvent des défaillances , des syncopes et d'autres accidens non moins graves. En général, on ressent alors de l'abattement et de la pesanteur ; il en esl même qui se plaignent d'étourdissement , de stupeur et d'autres affections de ce genre. Ramazzirii a observé, lors d'une éclipse arrivée le 12 mai 1706 , des mouvemens confus et irréguliers dans le pouls de ses malades; il eut lui-même un accès de migraine plus vif que de coutume. Je ui-\laih. Faber raconte qu'un gentilhomme qui était naturellement mélancolique , devenait plus rêveur et plus triste qu'à l'ordinaire le jour qui précédait une éclipse, et que, quand elle avait lieu, il courait comme un funeu\ l'épée à la main , blessait tous ceux qu'il rencontrait , et brisait les chaises , les portes et

ches curieuses sur les heures du jcmr el de la nuil où il muurail le plui de malades dans cel liôpilal , et il a trouvé qUe c'était vers minuit que la mort faisait la plus ample moisson dans cet immense hôpital, san« contredit le plus vaste du monde civilisé. (I. B.)

356 ÉLFMENS d'hygiène.

tout ce qui se trouvait sur son passage. Valisneii remarque que la privation de la lumière dans les éclipses répand sur tous les êtres animés une tristesse et une consternation plus profondes que ne font les ténèbres nocturnes : les animaux interrompent leurs chants et leurs cris ; il règne partout un silence morne et lugubre qui ne cesse qu'au retour de la lumière. Les végétaux ^lême paraissent compatir à cette catastrophe : on dirait que l'âme du monde va se dissiper, et que dans ses canaux infinis le fleuve immense de la vie a ralenti son cours. Baillou cite l'exemple d'une malade pour laquelle plusieurs médecins assemblés faisait une consultation , au moment où une éclipse solaire devait avoir lieu. Ils venaient de la quitter pour aller contempler l'étal du ciel ,• mais à l'instant où le soleil s'obcurcissait , ils furent rappelés à la haie, parce que cette femme venait de perdre toute connaissance ; ce fut en vain qu'on lui prodigua les secours convenables; elle ne reprit ses sens qu'après que le soleil eut repris tout son éclat. Ramazzini rapporte que la plupart de ses malades moururent à l'heure même de l'éclipsé lunaire qui arriva le 21 janvier 1695 : quelques - uns même furent frappés à cette époque de mort subile. Bacon de Vérulam tombait en défaillance chaque fois qu'il y avait une éclipse de lune ,

quand même il ne l'avait pas prévue, et il reprenait ses sens à mesure que la lune sortait de l'ombre de la terre.

§ VIII. Des Saisons (i).

[Lesanriens, d'après Hippocrate, partageaient comme nous l'année en quatre saisons, Tliiver, le printemps , l'été et l'automne. L'hiver commençait au coucher des /7/e/a<fe^, et s'étendait jusqu'à l'équinoxe du printemps ; celui-ci était compris entre cette équinoxe et le lever des pléiades ; l'été entre celle époque et le lever d'arcturus , et l'automne commençait au lever de cette constellation et finissait au coucher des pléiades. D'après des rapprochemenseldes calculs comparatifs, l'hiver commençait le 1 1 novembre et finissait le 26 mars: sa durée était par conséquent de cent trente-cinq jours. Le printemps s'étendait depuis el y compris le 27 mars jusqu'au i3 mai, et n'avait que quarante-huit jours; l'été se trouvait placé entre le i5 mai et le i5, et suivant d'autres, le 24 septembre , ce qui équivalait à cent vingt ou cent

(i) Nous avons remplacé par un nouveau travail laiticle que Tourielle avait consacre' aux saisons, article fini n'e'lait qu'un commentaire assez insignifiant de ce que Hippocrate avait dit sur le même sujet.

Irenie jours. L'autoinne, de même longueur que le printemps , s'étendait du 2/^ septembre au 1 1 octobre (cruarante-huit jours).

La division astronomique des saisons adoptée par les modernes est entièrement fondée sur la course inégale qu'on suppose parcourue par le soleil , de même que c'est à l'inclinaison de l'éclipllque sur l'équaieur qu'on attribue leur différence. D'après les astronomes, et en particulier le célèbre Delaplace , que nous prenons ici pour guide (i) ;, lorsque, par un mouvement annuel, le soleil atteint l'équateur , il le décrit presque en vertu de son mouvement diurne , et ce grand cercle étant partagé en deux également par tous les borizons , le jour est alors égal à la nuit sur toute la terre. On a nommé par celte raison équinoxes les points d'intersection de l'équateur avec Técliptique. A mesure que le soleil, en parlant de l'équinoxe , s'avance dans son orbe , ses bauteurs méridiennes sur notre borizon croissent de plus en plus : Tare visible des parallèles qu'il décrit cbaque jour augmente sans ce.sse et fait croître la durée des jours , jusqu'à ce que le soleil parvienne à sa plus grande bauteur. A celle époque le jour est le plus long de l'année, et comme vers le maximum les variations de la bau-

(i) Exposition du syslème du Monde.

leur méridienne du soleil sont insensibles, le soleil , à ne considérer que celle hauteur donl dépend la durée du jour, paraît stalionnaire; ce qui a fait nommer solstice d'été ce point du maximum de hauteur. Le parallèle que le soleil décrit alors est le tropique d'été ; cet astre redescend ensuite versl'équateur, qu'il traverse de nouveau dansl'équinoxe d'autonme; et de là il parvient à son minimum de hauteur ou au solstice d'hiver. Le parallèle décrit alors par le soleil est le tropique d'hiver, et le jour qui lui répond est le plus petit de l'année. Parvenu à ce terme , le soleil remonte vers l'équateur et revient à l'équinoxe du printemps recommencer la même carrière.

D'après celle marche constante de l'astre du jour, le printemps se trouve être l'intervalle compris entre l'équinoxe du printemps et le solstice d'été ; l'intervalle de ce solstice à l'équinoxe d'automne forme l'été; l'intervalle de l'équinoxe d'aulonine au solstice d'hiver constitue l'automne ; enfin Thiver s'étend du solstice d'hiver à l'équinoxe du printemps. Chacune des quatre saisons a la durée suivante.

Le Printemps Qi)»"" 2 !•"="" y^mînutes^

L'Éié 93.. i3... 58

L'Automne ^9 • • 16,.. ^7

L'Hiver 89 • • 2 . . . 2

Entre les tropiques il ne règne que deux sai-

36o ÉLÉMENS d'hygiène.

sons , l'hiver el l'été. A vingt-lrois degrés de la* titude boréale , comme à la Havane, à la Mecque, à Calcula , à Benarès, etc. , l'on a le soleil à pic sur la téie le 21 juin : c'est l'été ou la saison des pluies. De même au tropique du capricorne , comme à Rio-Janéiro, à l'Ile-Bourbon , etc. , le soleil passe au zénith le 2 1 décembre ; l'hiver de l'un des tropiques devient l'été de l'autre. Ainsi notre hiver est l'été de nos antipodes et notre printemps leur automne , et vice versa.

Plus on approche de la ligne équinoxiale, plus les étés sont cjiauds et moins les hivers sont intenses ; il s'ensuit que dans les zones intermédiaires entre les pôles et l'équaleur , il y a plusieurs saisons extrêmes (l'été et l'hiver) , qui sont séparées par des saisons intermédiaires. On conçoit très-bien qu'en avançant vers le pôle où l'on reçoit obliquement les rayons du soleil , puisque cet astre ne dépasse jamais les tropiques, on éprouvera des saisons de plus en plus rigoureuses, surtout pendant l'hiver que le soleil est dans l'équaleur (1). Dans l'été des réglons polaires , au contraire , le soleil étant arrivé au tropique , frappe moins obliquement l'extrémité du globe el produit plus de chaleur.

(i) En Sibérie, où la température s'abaisse pendant l'hiver jusqu'à soixante- dix degrés, la chaleur s'y élève en été jusqu'à quarante degrés au-dessus de zéro.

Les lieux correspondans au quarante - cinquième degré de latitude australe et boréale sont ceux où les saisons sont le plus régulières. Les rivages de la Loire, de la Dordogne , du Da^ nube, etc. correspondent à cette latitude (i).

C'est de la longueur des jours que dépend la grande chaleur qu'on ressent momentanément en été au voisinage des pôles , de même que c'est à leur brièveté qu'il faut attribuer le froid rigoureux qui <lésole presque continuellement ces contrées. 11 en est de même, toutes choses égales d'ailleurs , sous les parallèles plus rapprochés de l'équateur. 11 est impossible que des variations de température telles que celles qui ont lieu dans les diffé^ rentes saisons des zones terrestres n'aient pas une grande influence sur ceux qui les éprouvent ; la diflerence est si grande de la chaleur qui dilate , épanouit, réchauffe et centuple la vie, à la froidure qui nous atfriiste , nous resserre et nous refoule en nous-mêmes, qu'on ne peut s'empêcher d'admettre cette transition comme une cause irèsactive de phénomènes physiologiques et palhologiques, indépendamment d'autres causes moins appréciables qui se lient au passage d'une saison à l'autre.

(l) Dictionnaire des Sciences niéiiieales, art. SaisorUj par M. Virey.

502 élémeks d'hygiène.

De la succession constante des quatre saisons, il résulte que celle qui précède a une influence quelconque sur celle qui suit : c'est de cette manière qu'on explique le froid du printemps, quoique le soleil nous lance moins obliquement ses rayons lumineux , et semblerait devoir échaufier davantage la terre considérablement refroidie par l'hiver. Pendant l'automne, au contraire, quoique les rayons solaires deviennent plus obliques , la chaleur est plus fortequ'au printemps par suite de la continuité de la chaleur de l'été. Ces réflexions peuvent s'appliquer à l'hiver et à l'été.

La différence des saisons et les variations de température qui en sont inséparables contribuent, comme l'a remarqué Hippocrate, à produire un caractère inquiet , impatient , qui domine en effet chez les Européens , sans cesse excités par le besoin de changer de position , et d'aller à la recherche dé terres lointaines ef de nouvelles richesses. Au contraire, dans les contrées où règne une température uniforme, douce et favorable aux jouissances de la vie , les habitans se complaisent dans leur pays natal et s'y livrent avec délices à la vie tranquille et monotone, et souvent à une sorte de quiétude qui annonce l'insouciance et le défaut d'énergie , comme nous le verrons ailleurs.

Quoique la chaleur de chaque saison soit 1«

principal phénomène qui modifie les élres vivans, il faut aussi admettre l'action de quelques autres eansesen quelque sorte spécifiques dont il résulte, aussi-bien en santé qu'en maladie, des changemens spéciaux dans la manière d'être des fonctions organiques, et dans le caractère essentiel des maladies , comme nous le verrons en traitant de chaque saison en particulier C'est un fait reconnu et vérifié par tous les observateurs, dit M. Barbier (i), que la digestion , la respiration, la ciiculalion , les sécrétions, en un mot, tous les actes de la vie assimilatrice ne s'exéculent pas dans toutes les saisons avec le même rhythme , ni avec une égale activité. On a donc pu dire avec quelque raison que l'homme du printemps ne ressemble pas entièrement à celui de l'automne, de même que celui de l'été n'est pas de même que celui de l'hiver (2). On en peut dire autant des maladies , qui , d'après des observateurs reconimandables , présentent dans chaque saison un génie particulier (3).

(i) Hygiène appliqué à la Thérapeulique.

(2) L'illustre Baiilou éprouvait tous les trois mois une légère fièvre éphémère que provoquait le passage d'une saison à fauire. {Cons. ined. , lih. /, caus. 4^^.)

(3) Sydenham, Sloll, Bailloîi, Huxham el Lepecq-de-Ia- ClôiiirCj Irop peu lu aujourd'hui.

M. Barbier observe encore, d'après Barlbez, que les équinoxes sont marqués par un accroissement dans la mortalité. 11 semble que les individus depuis long-temps épuisés par des maladies chroniques , les vieillards valétudinaires , ne peuvent supporter la mutation qui s'opère dans l'atmosphère, et l'effet des autres causes dont il a été fait mention.

L'une des principales source's de l'influence des saisonsstir la nature des maladies est la discordance qui existe fréquemment entre la température et la saison . Lorsque , par exemple, l'hiver qui devait être froid est humide et tempéré ; lorsqu'à cet hiver succède un printemps sec et froid au lieu d'être humide et chaud, il en résulte, comme l'avait déjà très -bien observé Hippocrate, des constitutions médicales particulières, différentes de ce qu'elles sont quand il y a une harmonie naturelle entre la saison et l'état de l'atmosphère.

La puissance des saisons, en santé comme eu maladie, est toujours, toutes choses égales d'ailleurs, d'autant plus sensible et plus énergique qu'on s'éloigne davantage de l'équateur, et qu'on s'approche des zones où les jourj» sont très- inégaux , et par conséquent les températures tiès-variables. M. Barbier a dit, avec raison, que celte puissance était forte dans nos climats , violente vers le Nord et faible dans le Midi.

Les saisons doivent aussi être comptées au nombre des agens thérapeutiques que la nature emploie dans la guérison de diverses maladies ; mais il faut convenir que le médecin ne possède en aucune manière la puissance d'en tirer le même parti, et d'en faire varier l'influence à son gré. C'est un fait d'observaiion assez connu et également constaté par le vieillard de Gos, qu'une saison voit presque toujours disparaître les maladies stationnaires de la saison précédente. Gela tient sans doute à ce qu'un certain ordre de causes cesse d'agir pour faire place à un autre totalement différent.

Hiver,

L'hiver astronomique ou sidéral (i) commence pour nous le 21 décembre, et finit le 20 mars. Le froid qui règne pendant une grande partie de cette saison dépend de la brièveté des jours et de l'obliquité des rayons solaires , qui nous parviennent presque toujours difficilement à travers un atmosphère brumeuse et surchargée de vapeurs condensées. La température moyenne de l'hiver doit être considérée comme l'un des agens qui

(i) Il y a deux ordres de saisons : les unes aslronomiques , regle'es comme nous l'avons dit ; les autres physiques , qui suivent l'e'tat de la température , et qui sont d'un usage plus vulgaire.

566 élémens d'itygiÈne.

exercent la pins grande influence sur nous pendant celte triste période de l'année; elle est pour Paris de huit degrés au-dessous de zéro, de douze ou quatorze degrés à Berlin , de vingt degrés à Pétersbourg, de 35 à -lO degrés en Laponie, etc.

Le plus grand froid n'a lieu qu'après le solstice d'hiver (du 25 décembre au 5 février), quoique à cette époque les jours commencent à croître; cela lient à ce que, dans le commencement de la saison qui nous occupe la terre est encore éch.'iuffée par la chaleur des saisons précédentes. Un des principaux effets de l'hiver sur les fonctions organiques est de diminuer la transpiration, d'accroître au contraire la quantité des urines et des autres excrétions de l'intérieur, d'activer les organes digestifs, qui demandent plus d'alimens qu'en éié, et les digèrent plus facilement, ce qui fait que la vie nutritive ou intérieure a une activité plus grande, et que les organes acquièrent momenlanémenl plus de force. 11 faut ajouter à cela un sommeil plus prolongé qu'en été, qui favorise l'exécution pleine et entière des fonctions réparatrices. Aussi l'embonpoint s'accroît- il communément dans cette saison, el le tissu cellulaire graisseux semble-t-il s'épaissir, comme pour nous défendre par son interposition contre la rigueur du froid hibernal.

Les contractions du cœur sont plus énergi-

SAIONS. 567

ques, le pouls {)liis plein, plus fort, mais sa vitesse moindre qu'en e'ié, comme l'ont remarqué plusieurs observateurs, d'après Galien et Frédë-' rie Hoffmann. Les mouvemens inspiraloires sont moins précipités , il y a moins d'air inspiré dans un temps donné; il en résulte un sang moins oxigéné, moins propre à exciter les parties dont il est le stimulant naturel. L'état de contraction et de resserrement delà peau est peu favorable à l'absorption cutanée; l'absorption intérieure et interstitielle au contraire se fait avec une grande énergie.

D'un autre côté, pendant l'hiver, la vie extérieure est moins expansive, le système nerveux e^t comme engourdi ; et nous serions presque dans l'état des animaux hibernans si nous n'étions parvenus, à l'aide des vétemens, des habitations, des feux, etc., à changer la température rigoureuse du milieu dans lequel nous vivons. Les passions, tG|UJoiit;s en raison de l'exaltation du système nerv^%.f paraissent comme endormies pendant l'hiver, Les femmes nerveuses sont moins sensibles, moins portées aux plaisirs de l'amour (i). C'est à ton, il nous semble, qu'un médecin d'ailleurs si recommandable (M. Barbier) s'est aj)puyé de l'o-

(\) On peut chnnger l'influence de cette saison ^ par rapport aux fonctions du système nerveux . par tous les moyens de la chaleur arlificielle , el ccéer dans un s.alon

pinion d'un poëie pour avancer que l'hiver por-= tait aux passions haineuses, et qu'il se commettait plus de crimes qu'en toute autre saison. La chaleur de l'été me paraît, au contraire, plus propre?, exaller les lêies^ à exciter les séditions et les vengeances populaires : les journées les plus sanglantes de la révolution française (i I juillet, loaoût, a2 septembre, i8 fructidor) ont eu lieu pendant cette saison.

La diminution de la transpiration cutanée pendant l'hiver, l'impression dii froid sur la surface du corps déterminent souvent, ou au moins favorisent singulièrement les congestions intérieures, principalement sur les poumons, qui sontd'ail-* leurs perpétuellement irrités par la présence d'un air froid : aussi les individus d'une faible constitution , disposés aux phlegmasies, principalement à celles du thorax , du système musculaire, etc., redoutent - ils beaucoup l'influence de l'hiver, dont se trouvent fort bien au contraire les hommes forts, doués de beaucoup de résistance vitale^ et qui n'ont à se plaindre d'aucune espèce d'irritation et de congestion chroniques.

La constitution médicale de l'hiver est marquée par une série particulière de maladies qu'Hip-

loiis les moyens d'excilement que nous offre la température la plus élevée.

SAISONS. 56g

pocrate avait déjà en partie désignée dans l'aphorisme 34 de sa lioisiéiue section , Idems vero pleuritides, peripieumoniœ , léthargie gra^edines raucedines tusses , dolores pectorum , et iaterum lumborurtif etcapitis dolores , vertigines apoplexiœ, etc. Les affections catarrhaleS;, les phlegmasies cutanées, les fièvres intermittentes sont à-pea-près les seules maladies épidéiniques de cette saison, qui, loin d'ailleurs de favoriser la propagation des maladies contagieuses, doit êirc considérée comme l'un des plus puissans moyens de les faire cesser, ainsi que les fièvres (j'pliodes et pestilentielles. L'hiver peut aussi être regardé comme un moyen de guérlson pour les maladies d'une saison opposée. Ainsi Hippocrate a dit , d'après l'ex - .perience : œsùvos moi'bos hiems succedens solvit. {Morh. pop. y lib. III , sect. UI. )

Les précautions hygiéniques les plus essentielles à prendre pendant l'Iiiver sont relatives aux vétemens qui doivent nous garantir convenablement du froid et de l'humidité; aux exercices qui sont nécessaires pour développer une certaine dose de chaleur; au régime alimentaire, qui doit éire, autant que possible , nutritif, excitant, et propre, avec les autres actes de la vie, à maintenir les propriétés vitales dans un état d'activité propre à repousser les impressions nuisibles de cette saison.

ôyO ELEMENS D ilYClEIVE.

Printemps.

Pendaiîl cette saison , qui est comprise entre le :2i mars el le 22 j>iin , le soleil continue à s'élever sur l'horizon; les jours deviennent de plus en plus lon^s; il y a un accroissement manifeste dans la température de l'atmosphère; de là un mouvement dans toute la nature que la chaleur vivifie; les productions vé^'étules, enj^ourdies parle fioid, reverdissent ; lesyernies déposés dans la terre reproduii>eni de nouveaux individus; les animaux se ré^éiièicni, et semblent recevoir une nouvelle vie. Un essaim d'êtres vivans, que la rigueur de l'hiver avait chassés ou fait périr, reparaissent et repullulent pour cesser d'exister bientôt après. La croissance et la régénération subite des végétaux changent la masse de l'air, en y versant une nouvelle quantité d'oxigène , ce qui le rend plus excitant ei[)lus propre à l'hématose : ce changement dans l'atmosphère est l'une des sources les plus fécondes de la salubrité de celte époque.

Le spectacle vivifiant de celte période de régénération suggéra l'idée que le monde avait été créé au prinlemj)s. Des anciennes traditions religieuses avaient consacré celle opinion ; de là vient, sansdoule, que la plupart des peuples de l'anli- «juiié commençaient leur année au mois de mars,

SAISONS. 5jt

temps où le soleil , âme du monde , semblait renaître. M. Virey remarque que , si le monde eût été créé au printemps , il n'y aurait eu que notre hémisphère , puisqu'on était en automne dans l'hémisphère opposé. Celle réflexion fait voir combien on est absurde quand on veut tout savoir et tout expliquer.

C'est avec le commencement de celte saison que coïncide le carême, institution qui , dans son origine, était probablement enharmonie avec une hygiène publique bien ordonnée. On se décida , à ce qu'il paraît en effet , primitivement , à proscrire l'usage des viandes dans la «vue d'épargner les animaux à l'époque où ils reproduisaient leur espèce. Celle époque d'ailleurs n'en est pas moins favorable à la reproduction de l'espèce humaine, car il est prouvé , par l'expérience , que le plus grand nombre des conceptions humaines ont lieu au printemps; les mois de décembre et janvier sont, d'un autre côté, les époques de l'année où il se fait le plus d'accouchemens. Celle particularité n'était probablement pas ignorée des anciens ; car Celse a dit , en parlant du printemps : Eo tempore anni Venus tutissima est.

Relativement aux influences que le printemps exerce sur nous, il participe de l'hiver et de l'été. La digestion est presque aussi active, aussi facile qu'en hiver; la circulation plus énergique , le»

072 ELEMENS D IIYCIENE.

baltemcns tlu cœur plus précipites, l'impulsion artérielle plus forte , et le cours du sang plus rapide , ainsi que l'atlesleut Galien et Frédéric Hoffmann (i), cl que M. Barbier l'a confirmé dans l'ouvrai^e précité. Les expériences de Spallanzani assimilent, sous ce rapport , la respiration à la circulation; les fonctions assimilatrices, ainsi que riîématose, paraissent aussi s'accomplir avec la pi us grande activité, puisque, d'après le témoignage des anciens et des modernes , la quantité du sang est manifestement augmentée , et qu'il 4€ud sans cesse à faire irruption au dehors , par suite d'un étattipléthorique des organes. Il résulte de cet étal des fonctions organiques un accroissement de force et d'activité du système musculaire , et pareillement une augmentation d'énergie des facultés intellectuellKîs. Ces effets , au reste, comme ceux des autres saisons , sur l'organisation humaine^ supposent une manière d'être convenable de la saison précédente , et ils ne seront plus les nièraes dans celle qui nous occupe, si, par exemple , l'hiver , au lieu d'être sec et froid , avait été humide et tempéré. L'état atmosphérique peut aussi modifier l'influence du printemps. « L'air , » dit M. Barbier , peut empêcher les effets ordi-

' . ! ' , . ■ ■ {{) F^ere medio pulsus magni sunt et vehcmenlcr.

F. Hoffmann.

SAISONS. SyS

M nalres du printemps de se manifesler. SI ce » fluide conserve à celle époque de Tannée une » qualité humide , son impression sur les organes » vivans relâche leur tissu; elle les rend moins » sensibles à l'action stimulante de la saison ; on M n'aperçoit plus cette sorte d'explosion que l'arn rivée du printemps suscite dans l'énergie vitale » des corps. La puissance de l'atmosphère altère » et anéantit même celle de la saison. »

Malgré les conditions favorables au bien-être de l'espèce humaine, le printemps favorise néanmoins le développement de plusieurs maladies qui peuvent entraîner sa perte , et l'on peut dire , à celte occasion , ce que l'on répèle si mal-à-propos en politique, que les corps périssent d'excès d'embonpoint. La grande énergie vitale, Taciivilé de l'hématose, le mouvement général du centre à la périphérie du corps , paraissent en effet prédisposer aux hémorrhagics, aux inflammations viscérales, musculaires et cutanées. Les maladies nerveuses, telles que la manie, l'hypochondrie, la mélancolie, l'épilepsie, etc., s'exaspèrent presque toujours au commencement de celle saison. Un médecin (M. Châteauneuf) a présenté, en 1819,3 r Académie des Sciences, un Mémoire où il se trouve élabli que le printemps est plus funeste aux phlhisiques que Tantomne , malgré l'assertion d'Hippccrate , qui dit posiiiveraenl que

$74 ^LÉMENS d'hygiène.

celte saison hâte la mort de ces infortunés ( Aw tumnus tabidis malus^. Tout ce que l'on observe dans les hôpitaux où les phthisiques abondent tend àfairecroirequerauteurprécitéasoutenu un paradoxe. Pour l'ordinaire, en effet, le printemps prolonge la -vie des phthisiques, et si l'accroissement de l'oxigène produit chez eux une excitation nuisible, la cessation du froid allège beaucoup leurs souffrances. Concluons que quels que soient les inconvéniens du printemps , la douce chaleur de cette saison , le spectacle ravissant qu'elle offre de toutes parts, les nouveaux alimens végétaux qu'elle présente , le lait des animaux qui s'en sont nourris , la pureté de l'air qu'on respire , ne peuvent qu'être très-avanlageux ; tous ces objets réunis exercent aussi une influence sahitaire sur les maladies chroniques, et l'on peut , en général , répéter avec Hippocrate : Ker saluberrimum minime exitiale.

On connaît de temps immémorial l'effet salutaire du printemps dans la curaiion des fièvres intermittentes de l'hiver; Baillou l'atteste d'une ma-^ niere bien formelle {^Epid. ephemer. , lib. II). M. Pinel a bien observé qu'à Bicêlre le scorbut disparaissait au printemps après avoir exercé ses ravages pendant la saison humide et froide qui çivait précédé. Les affections catarrhales , goul-» teuseS;, rhumatismales; les engorgemens gland n,-

leax et autres maladies dusyslème lynipliatkjiio , éprouvent une diminution notable dans leur intensité, surtout lorsqu'on approche du solstice d'été, où les variations atmosphériques sont moins fréquentes.

L'excitation générale qui a lieu au printemps, la disposition qu'on a aux hémorrhagies , aux iiritations de diverses espèces , expliquent l'emploi des évacuations sanguines auxquelles beaucoup de personnes ont recours pendant cette saison ; elles sont en général utiles , ainsi que tous les autres moyens capables de modérer reffervescence vitale et le mouvement expansif des fluides ; par conséquent, tout ce qui est susceptible de produire un effet opposé est miisible. Le printemps est un temps où l'abstinence des choses excitantes est impérieusenienl indiquée , et oii la diète et les règles du régime doivent être dans les cas prévus plus rigoureusement observées qu'en aucune autre sai^ son.

ttê.

L'été commence au solstice du 21 juin et finit à l'équinoxe d'automne (le 22 septembre). La chaleur de cette saison se l'ail principalement sen-^ tir lorsque les jours commencent à diminuer (du 7 juillet au 7 août), c'est-à-dire à l'époque où la tç'fre a été échauffée par une série de longi,iea

journées de chaleur. Dans Je climat dé Paris , la lempcraUire ne s'élève Jamais au-delà de 2g de-» grés, ce qui est à peine les trois quarts de celle qu'on observe journellement en Afrique, et principalement au Sénégal. L'été des zones polaires est aussi chaud que le nôtre, puisqu'on a observé jusqu'à 3i degrés à Astracan pendant cette saison. Cette élévation de température s'explique par la longueur que les jours acquièrent dans ces régions à l'époque où le soleil s'élève vers les tro-» piqiq^es.

L'été est sans contredit la saison où l'homme jouit de la plus grande force expansive, et déve-^ Joppe le plus d'activité; c'est aussi l'époque où les végétaux se trouvent dans la plénitude de leur organisation, dans toute leur maturité; on doit également regarder cette saison comme la plus saine, absolument parlant , et celle où l'on observe le moins de maladies. Il faut en partie attribuer ces avantages au petit nombre de besoins que nous éprouvons, et à la facilité que nous trouvons à satisfaire ceux qui sont inséparables de notre existence. La chaleur de l'été détermine une grande action à la périphérie du corps, et diminue d'autant l'énergie des organes intérieurs. C'est pour celte raison que la transpiration est très-considérable, tandis que les urines et le produit de plusieurs autres excrétions se trouvent en

SAISONS. ^Jf

irès-petiie qiianlilé. La faculté digeslive et les fonctions nutritives ont moins d'énergie qu'en hiver : aussi reclierche-t-on avec avidité les alimens végétaux et les boissons aqueuses et acidulées, qui exigent peu d'action de la part des organes digestifs. Les contractions du cœur sont fréquentes mais faibles; les mouveniens inspiratoires sont précipités, et il y a, dans un temps donné, une plus grande quantité d'oxigène absorbé qu'en, hiver, comme l'ont prouvé les expériences de M. de la Roche, mentionnées, plus haut. La chaleur paraît être un puissant stimulant de l'appareil biliaire, qui, en été, sécrète beaucoup plus de bile qu'en toute autre saison. La sensibilité et la mobilité se trouvent prodigieusement excitées pendant la saison qui nous occupe : aussi est-ce le temps où l'imagination s'exalte le plus facilement , prépare l'explosion des plus violentes passions et fait fermenter les esprits^

On conçoit très-bien que la chaleur d'été, en augmentant l'action vitale, excite une abondante transpiration , et doit être difficilement supportée par les hommes gras, sanguins, lymphatiques et pléthoriques. Elle convient au contraire beaucoup aux individus secs, nerveux, mélancoliques j à tous les h omm<»s' faibles , infirmes, avancés en âge.

Plusieurs nKiladies sojit propres à l'été : telles

SyÔ ÉLÉMENS d'hygiène.

sont les fièvres et les inflammations gastriques , la dysenterie, la fièvre inflammatoire, les inflammations de l'encéphale , les vomissemens spasmodiques, le choléra-morbus , le tétanos, etc. C'est la saison où les maladies épidémiques et contagieuses se propagent avec le plus de promptitude et se communiquent avec le plus de facilité. Dans les régions équatoriales , la chaleur brûlante de l'été a un effet beaucoup plus accablant et des suites plus fâcheuses que dans nos climats ; on est infesté d'une multitude d'insectes venimeux dont la présence fort incommode n'est pas toujours sans danger. Dans nos climats les piqûres des cousins , de la guêpe , du frelon , de la puce , et de la punaise sont celles qui nous incommodent davant âge.

Ces insectes pullulent principalement dans la canicule , dont il convient de dire un mot en passant. Cette partie de l'été, que les anciens avaient ainsi nommée à cause de l'éclat que répand alors la constellation du grand chien (sirius), qui se lève avec le soleil, est comprise entre le 24 juillet et le 23 août , l'une des époques les plus chaudes de l'année. Les médecins de l'antiquité, et Hippocrate lui-même , recommandaient de prendre, durant la canicule , une multitude de précautions qui sont tombées en désuétude : on défendait surtout de se purgcjj; , fondé sur cet apho-

rJsme du père de la médecine : sub cane et nnte canem difficiles sunt purgadones (sect. IV, § 5.^ Il est possible toutefois que celte partie de l'eiti exerçât dans la Grèce et dans l'Orient une influence qui ne lui est point départie dans nos climats.

Malgré les inconvéniens que peut présenter l'été et les influences fâcheuses qui dérivent de l'excès de la chaleur, aucune saison n'offre plus d'avantage pour le maintien de la santé et la guérison des maladies, et dans aucune antre la nature ne montre autant de puissance pour nous délivrer des maux qui résistent à l'acllon curalive des remèdes. Il s'établit sur toute la périphérie du corps une action vive qui est une dérivation puissante et une sorte de voie de décharge pour les organes intérieurs affectés d'irritations et de congestions chroniques et autres dérangemens. C'est cette action du système cutané dont il résulte une abondante diaphorèse , qui masque ou anéantit les symptômes do la maladie vénérienne dans les climats chauds favorisés d'un été perpétuel : combien d'antres maladies ne sont pas assoupies ou détruites ;i la longue par une active et abondante transpiralion ! Sanctorius attachait donc avec r.iison une grande importance à cette fonction, qu'il regardf^it, d'ailleurs, comme l'une des bases d'une

38o ÉLÉMENS d'hYCIÈNB,-

santé florissante , et une sorte de pivot autour duquel semblent tourner tous les agens prophylactiques.

En été on doit, plus encore qu'au printemps, éviter l'usage des alimens excilans et des boissons alkooliques , qui peuvent irriter les voies digestives , et disposer aux entérites , au choléra-morbus, à la dysenterie, etc. Aussi remarque-t-on qu'une sorte d'instinct nous pousse à faire usage des végétaux féculens, des fruits, des boissons aqueuses, acides, moins réfractaires aux forces digestives que les substances animales, les bolssons fermenlées et alkooliques.

Automne.

Le soleil, parvenu à l'équateur le 21 septembre , s'éloigne encore de celte ligne pendant trois mois, et s'abaisse jusqu'au tropique du capricorne. Ces trois mois renferment l'automne , saison qui conserve encore dans ses premiers mois une partie de la chaleur de l'été j mais qui, sur la fin, nous offre les premiers froids de l'hiver et la décadence de tout ce qui s'était accru sous la féconde influence du printemps, el avait atteint sa maturité pendant les chaleurs de l'été. Les champs sont déjà dépouillés, les arbres perdent leurs feuilles , la verdure disparaît , et tout an-

saisons; 58 1

nonce le sommeil de l'hiver et le deuil de la nature.

Avec la décadence des végétaux et la mort des plantes annuelles coïncide la disparition d'un grand nombre d'insectes , d'oiseaux qu'avait fak naître et attirés notre été, et qui, détruits et chassés par les premiers froids, vont chercher ailleurs la chaleur indispensable à leur existence; d'autres animaux , comme les reptiles , les loirs , les chauves-souris , les hérissons tombent dans un profond engourdissement. 11 est impossible que la cause de ces phénomènes remarquables n'ait pas une action plus ou moins énergique sur l'organisation humaine.

L'influence qu'exerce l'automne sur nous a sa source dans deux phénomènes remarquables : l'un est la cessation de l'été, qui est un puissant stimulant des propriétés vétales; et l'autre, l'arrivée de l'hiver, dont l'influence est d'une nature totalement différente. Les organes digestifs, affaiblis par la chaleur continue de l'été, digèrent lentement et avec difficulté : Autumno cibos difficiUimè ferunt , a dit Hippocrate. Le pouls est lent, mou et faible; la respiration éprouve les mêmes modifications de la part de cette saison ; les excrétions éprouvent une diminution, conformément à l'observation de Sanctorius,'qui a dit que nous augmentions de poids au commence-!-

mcni de l'auloninc, tandis que la perspiraiion cutanée diminuait et était moins d'une livre par jour. De cet état des fonctions assimilatrices doit résulter une nutrition faible, et peu de forces dans les organes agissans ; ce qu'avait très-bien observé Baillou, qui dit que l'automne imprime une faiblesse notable à notre organisation. L'homme, en effet , comme l'arbre qui perd ses feuilles ou l'animal qui mollit et transpire abondamment au moindre exercice , sent ses forces abattues et son énergie décroître sensiblement jusqu'à ce que les premiers froids viennent fortifier et stimuler ses organes.

Pour l'ordinaire l'apparition des froids change lout-à-coup le système d'influences propre à l'automne ; mais pour ressentir les avantages de ce changement, il faut se trouver dans des conditions favorables.

(( L'heureuse révolution dont il s'agit ne peut avoir lieu que chez les individus qui se nourrissent bien , qui font usage d'une liqueur fermentée , qui sont bien couverts; mais l'indigent, qui ne prend que de chétifs alimens , qui est mal vêtu , qui frissonne toujours parce que le froid l'attaque de tous côiés, reste pâle , faible ; à la fin de l'automne, sa constitution paraît souvent détériorée; il est d£p$ un élat de bouffissure générale. Chez lui le froid n'a pas rétabli un meilleur exercice

(les fondions assimilatrices , les forces n'ont pu renaître.

(( La secousse que l'automne fait éprouver à tous les hommes est peu sensible pour ceux qui sont foi^, qui jouissent d'une bonnesanté ; mais les personnes faibles, celles qui sont exténuées par des maladies anciennes, et qui portent depuis long-temps im germe de destruction ; celles qui sont dans la convalescence d'une maladie aiguë,etc. , la soutiennent difficilement ; elles ne peuvent souvent résister à sa violence; ce qui explique pourquoi la mortalité est considérable à celte époque de l'année (i). (Barbier, Traité d'hygiène appliqué à la théru' peutique. Saisons. )

Cette saison dispose manifestement aux maladies asthéniques, comme les fièvres muqueuses, adynamiqucs, les fièvres intermittentes de plusieurs types , ei notamment celles qui ont un caractère pernicieux , les dysenteries , etc. D'après Hippocrale, Baillou , etc., les maladies prennent, en général , un caractère plus grave , et ont une marche plus irrégulière en automne qu'en toute autre saison ; les malades se rétablissent difficilement; et l'on observe souvent des crises incer-

( I ) Ideinqiie tempus et diulius malis Jl^gatos , cl ah oistate ttiani proximd pressas intciiniit ^ et alios novis m 0 rbis co nJîcU . ( C e I,^ E . )

$84 ÉLÉMENS d'uYGIENË.

laines. Les derniers mois de l'automne surtout y quand ils sont pluvieux , deviennent funestes aul individus épuisés par de longues maladies , et en particulier par la phliiisie pulmonaire, ce quia fait dire à Hippocrale que l'automne était défavorables aux phthisiques.

L'automne se rapproche du printemps sous le rapport des précautions qu'il convient de prendre pour se préserver des fâcheuses influences de icette saison ; il convient de se prémunir de bonne -heure par des vêlemens chauds contre le froid assez vif qui se manifeste à la fin de l'automne. Per autwnnum , dit Celse , le père de l'hygiène, neqne sine veile ne que sine calcenmentis prodire oportet , prœcipueque diebus frigidioribus , neque sub divo noctes dorniire aut certe hene operiri.

•Celse recommande encore d'user d'alimens forlifians et d'une petite quantité de bon vin pur : ceux qui redoutent l'influence débilitante de la saison se trouvent bien d'un tel régime. Nous ajouterons aux conseils de Celse, qu'on doit éviter avec soin l'influence de l'humidité, qui, réunie au •froid , cause si fréquemment des dysenteries , des fièvres intermittentes rebelles, qu'on excite ])lutôt qu'on ne prévient par le régime excitant recommandé plus haut , si l'on ne se soustrait pas en même temps à l'action dangereuse de l'atmosphère. ]

§ IX. Dos Eaux (i).

[ La connaissance des différentes eaux, de leurs qualités , celle des lieux qu'on habile , n'est pas moins importante que l'histoire de l'air, des vétemens et des alimcns. Hippocrate a beaucoup recommandé celte élude aux médecins dans son livre des Airs y des Eaux et des Lieux , où il déposa , sur cette matière , il y a plus de vingt siècles , des observations et des préceptes qui conviennent à tous les temps et à tous les lieux.

Les eaux , dont il faut admettre qu'il a existé une masse primitive , s'évaporent sans cesse, tombent en pluie, et s'infiltrent dans Ip sein de la terre ; elles en sortent pour former des fontaines , des ruisseaux , des rivières , des fleuves, des lacs, des marais, lesquels, pour la plupart, concourent à grossir les mers, où ils vont se perdre après un trajet plus ou moins long. Les qualités et les propriétés que nous offrent les eaux dépendent presque toujours de la nature du lit sur lequel elles ont coulé , ou des substances que

(ï) Ce paragraphe , ainsi que les deux suivans , ont e'ié substitués à Tancien travail sur le même sujet. On a seulement conserve' le même titre ; ils sont en entier de l'édileur.

renferment les terrains clans lesquels elles ont séjourné. C'est de celte manière qu'on doit expliquer la formation de la multitude d'eaux minérales qui sourdent de tous les points du globe terrestre. Les eaux peuvent se diviser i". en eaux pluviales , 2°. eaux couinantes , 3°. eaux stagnantes.

I °. Eaux pluviales. Ellesont deux sources différentes : ou elles tombent par torrens pendant les orages et au milieu du fracas du tonnerre , ou elles se forment au sein de l'atmosphère , par une évaporation lente qui dépasse à la longue la mesure de la faculté dissolvante de l'air. Dans le premier cas , elles proviennent probablement de masses considérables d'hydrogène et d'oxigène enflammées par l'étincelle électrique dans les hautes régions de l'atmosphère. Dans le second , les pluies ne sont autre chose que des eaux terrestres vaporisées , et qui reparaissent sous la forme liquide une fois que l'évaporation a dé[)assé le point de saturation de l'air atmosphérique. L'abondance des pluies est en raison de la force dissolvante do l'air et de l'évaporation qui se fait dans l'atmosphère; elles sont fréquentes en hiver, parce que la faculté dissolvante de l'air est peu considérable; le contraire a lieu en été par une condition oppo- .sée. La quantité d'eau ([ue contiennent les localités influe également sur celle qui tombe du ciel.

C'est pourquoi il pleui heaucoup moins tl.ms le INord qnc dans le Midi , où il y a une plus grande élendue de mer. A Rome et à Pize il tombe, par année, 53 pouces cubes d'eau, tandis qu'à Paris et à Dijon, il n'en tombe qu'environ 18. La quantité d'eau en vapeur qui s'élève de la surface des mprs est immense. D'après les calculs d'un pbysicien anglais (Halley ) , il doil s'élever toutes les vingt-quatre beures de la Méditerranée au moins 5,280 millions de tonnes d'eau en vapeurs qui vont retomber sur les lieux élevés pour alimenter les fleuves et rivières.

Sous les tropiques les pluies d'orages sont trèsabondantes ; c'est un moyen employé par la nature pour . rendre habitables ces contrées arides et desséchées par un soleil brûlant (i). Il commence ordinairement à pleuvoir dans les régions équatoriales au moment où le soleil , arrivé aux tropiques , rétrograde du vingtdeuxième au trente - troisième deirré de lalitude.

C'est en automne que les pluies sont le plus

(i) Toutefois la saison des pluies est insalubre sous les tropiques, la pulréfacliou des vége'laux et des animaux y est rapide. Les étrangers qui arrivent à cette e'poque y pe'rissent de fièvres de mauvais caraclère. Les nuits surtout sont funestes ; une seule passc'e en plein air suffit pour produire une maladie grave , etc.

abondantes : en Egypte, par exemple, elles tombent depuis le mois d'octobre jusqu'au mois de décembre.

Du trente-troisième au quarante-cinquième degré de latitude (en Grèce , en Espagne , en Italie, en Provence) , les sécheresses considérables du printemps et de l'été sont tempérées par des rosées ; mais en automne il pleut abondamment.

Du quarante-cinquième au cinquantième degré (France, Autriche, Hongrie), les pluies les plus considérables ont lieu au printemps.

Du cinquantième au cinquante-cinquième degré (Belgique , Allemagne septentrionale) , l'automne est la saison des pluies et des brouillards.

Du cinquante-cinquième au soixante-huitiè/ne degré (Danemark, Suède, Norwège, etc.) , c'est pendant le printemps, fort court, qu'il tombe le plus d'eau.

Du soixante-troisième au soixante-dixième degré (Laponie , Spitzberg, Ramtschatka), l'été est le temps des pluies et des brouillards.

L'eau pluviale est, eii général, douce, légère et limpide; elle serait toujours pure si elle ne s'altérait en traversant les couches inférieures de l'atmosphère, où elle se charge de substances hétérogènes ; par conséquent , on la trouve d'autant plus pure qu'on la puise dans des lieux plus éloignés des habitations dont les exhalaisons al-

lèrenl ralniosphcre. L'eau qui tombe eu pleine mer se conserve irès-Iong-temps.

Les pluies ont une influence remarquable sur rf l'organisation : celles qui tombent au printemps ^ el durant l'été sont très-uliles ; il faut les re^ garder comme l'âme de la végétation ; elles purifient l'atmosphère, tempèrent l'excès de la chaleur, et remédient aux graves inco^véniens des longues sécheresses. Les pluies froides de l'auiomne, loin d'avoir celte utilité, sont irès-nuisibles et très-insalubres ; on doit y chercher la cause la plus ordinaire des fièvres intermittentes de cette saison , des différens catarrhes, etc. L'évaporation étant presque nulle et l'équilibre n'étant pas rétabli, il y a un surcroît d'eaux qui produit des inondations et répand une bumidité plus ou moins pénétrante dans toutes les habitations , et notamment dans celles qui sont plus basses que le sol ou à son niveau.

2". Eaux courantes .\jQ& eaux tombées en pluie*, qui ne sont pas absorbées par la terre ni vaporisées par la chaleur , s'écoulent en divers sens avec un cours plus ou moins rapide ; elles portent la fertilité dans les campagnes , au sein desquelles l'agriculteur a imaginé de nombreux moyens de les attirer , de les distribuer de la manière la plus favorable à la végétation des productions qu'il cultive ; mais ces irrigations lécondanles

deviennent souvent une cause active d'insalubrité, parla dangereuse humidité qu'elles répandenl(r); de plus , dans le voisinage des rivières , des fleuves, et pendant la salson^des pluies, il survient des débordemens et des inondations qui détruisent toutes cultures et deviennent une cause d'insalubrité et de maladies épidémiques. II est, comme on sait, de ces débordemens que les saisons ramènent périodiquement, et qui sont à la fois une source de fertilité et de calamités pour certaines conti*ées : tels sont ceux du Nil , du Gange et autres fleuves de la presqu'île de l'Indostan. La cause la plus commune des inondations régulières et irrégulières réside dans la fonte des neiges. Le Rhône et le Pdiin , qui prennent leur source au mont Sainl-Goihar , dont les neiges ne se fondent presque jamais , ne sont pas sujets aux débordemens , tandis que l'Allier et la Loire inondent souvent les campagnes qui les avoisinent : or, ces derniers courans d'eau prennent leur source dans les Cévennes , montagnes du Languedoc , peu élevées et dont les neiges se fondent facilement ; il en est de même du P6 et de TAdige , qui naissent du plateau méridional

(1) La culture du riz, qui ne croit tju'à force d'humidité; produit des hydropisies et des engorgenicns lymphatiques ^ funestes aux agriculteurs*, qui meurent pour l'ordinaire dans la fleur de Vînie.

tics montagnes delà Suisse, etc. Les débortleniens dont il est question laissent à nu des espaces considérables de terrain , couverts d'animaux morts et de végétaui en décomposition; les exhalaisons qui s'en élèvent , ainsi que Ja grande évaporation qui s'effectue alors sont très-miisibles à la santé : c'est principalement à ces deux phénomènes qu'il faut attribuer les fièvres intermittente, leb dysenteries, etc. qui règnenten Egypte dans la saison où les eaux se retirent.

Les fleuves , les rivières et les ruisseaux communiquent à l'air un mouvement proportionné à la largeur de leur lit et à la rapidité de leur cours, entraînent des tas d'immondices qui infectent l'air par leur stagnation et leur décomposition, principalement aux environs des habitations. On doit les considérer comme un précieux moyen de salubrité et d'assainissement dans les grandes cités , d'oii elles emportent dans leur cours rapide toutes les immondices que les égoi.ts y conduisent de divers quartiers , des hôpitaux, des manufactures et autres établissemens qui , privés de cette voie de décharge, deviendraient des foyers dangereux d'infection , comme on en a la funeste expérience dans quelques contrées où l'hygiène publique est encore dans l'enfance (i).

(1) L'Espagne ; les Ktals-Unis , la Tiiniuic, elc.

5g2 élémens d'hygiène.

Les fontaines et les bornes-fonlaines ont en partie les mêmes avantages que les rivières : ce sont des espèces d'écluses à l'aide desquelles on peut débarrasser les rues de ce qu'elles peuvent contenir d'insalubre ; il serait à désirer qu'on pût les multiplier davantage dans les grandes villes ,^ue , par les soins de la police municij)ale, elles fussent lacbées tous les matins , et que clnque propriétaire fût tenu de neiloyer devant «a raaisçn avec l'eau mise à sa disposition. De celle manière on ne verrait pas des rues sales et dégoûtantes par les ordures de toutes sortes qui y sont accumulées.

Mers. Ce sont des amas d'eaux dans des bassins immenses , environnés de tous côtés par les continens. Ces bassins pénètrent par plusieurs endroits dans l'intérieur des terres , tantôt par des ouvertures assez larges , tantôt par des détroits resseirés ; ce qui forme des mers médi-.terranées , dont les unes participent immédiatement à tous les mouvemens des grandes mers , et dont les autres semblent n'avoir de commun avec elles que leur continuité.

L'eau de mer est la plus abondante qu'il y ait sur le globe ; elle a une saveur acre , salée, amère, et une odeur particulière; sa pesanteur spécifique est à celle de l'eau douce ". 7 5 : 70. Cette densité plus grande due à la présence de

l'hytlro-clilorate de soude et autres substances qu'elle tient en dissolution , rend la congélation et la vaporisation de celte eau beaucoup plus difficiles que pour l'eau de rivière : c'est aussi en vertu de cette densité qu'elle offre plus de résistance aux vaisseaux que les fleuves , et qu'ils y déplacent moins d'eau . La température des mers et la quantité d'eau qu'elles laissent évaporer sur une surface donnée sont des objets encore mal déterminés. Le niveau qui a plusieurs fois varié par suite de l'abaissement des eaux est ordinairement pris pour point de départ lorsqu'il s'agit d'estimer la hauteur des coniincns, de leurs points les plus élevés , comme les collines , les montagnes.

De grandes mers ont couvert une bonne partie de nos coniinens, et même, à ce qu'il paraît, des points très-élevés où l'on trouve des traces incontestables de leur passage. H y a des contrées en France où la majeure partie des habitations , les ponts , les chaussées , etc. , sont formés par des dépôts maritimes renfermant des débris non équivoques d'animaux marins.

On distingue sur notre globe quatre grandes mers.

i". Le grand Océan, qui s'étend d'un pôle à l'autre , entre l'Europe et l'Afrique d'un côte (à l'est), et l'Amérique de l'autre (à l'ouest).

2". Lu mer des Indes, Océan indien ou oricn-

tal , qui baigne les parties méridionales de l'Asie, et à l'est les côtes d'Afrique.

S'*. La grande mer ou mer du Sud , également appelée Océan méridional ou éthiopien : elle s'étend d'un pôle à l'autre entre l'Amérique et l'Asie.

4**. L'Océan occidental ou atlantique , qu'on nomme encore mer Glaciale.

Ces quatre grandes mers se subdivisent en un grand nombre d'autres, forment des golfes , des détroits , des bras de mer , etc.

Les mers sont le siège d'une évaporation permanente très-considérable , par conséquent un moyen continuel de refroidissement : aussi les bordsdelamer, toutes clioses égales d'ailleurs, sontils plus froids que les contrées qu'ils avoisinent. Cette évaporation est d'unbeureux secours dans les pays où la sécheresse est extrême , et la chaleur desséchante et suffocante. On conçoit très-bien que l'habitation dcsmersetmême des îles entourées, en quelque sorte enveloppées du produit de l'évaporation , doivent offrir beaucoup d'inconvéniens pour la santé de ceux qui les habitent , l'humidilé élant undesagens les plus nuisibles de la nature. Les navigaleursqui tiennent long-lcmpsla nieront beaucoup de peine à conserver leurs équipages, qui sont ravagés par le scorbut , les lièvres inlermilienles , la dysenterie , etc. Cook est le seul

'eaux. 3^5

qui , dans une longue traversée , soit parvenu à conserver sain et sauf son équipage. Mais que de soins , que de zèle , de précautions n'a-t-il pas fallu pour arriver à ce résultat encore unique. Toutefois, lorsque le temps est beau, la faculté dissolvante de l'air très-active, et lorsque l'équipage se trouve au large , exposé à l'action d'un vent desséchant , les inconvéniens du séjour sur mer sont moins sensibles ; c'est ce qui a fait dire à M. Reraudren que l'air est aussi pur, aussi sec au large que sur le continent.

Les îles entourées de tous côtés par la mer sont, en général, très-insalubres; les plus grandes même ne sont pas à l'abri des funestes effets de l'humidité : on pourrait prendre pour exemple l'Angleterre, où, malgré toutes les précautions hygiéniques, on éprouve la fâcheuse influence d'un ciel brumeux et d'un froid humide. La plupart des îles de l'Inde, de l'Amérique, etc., si recherchées par les Européens pour leur fertilité et leur position commerciale, n'offrent souvent aux colons qu'un climat insalubre, où leur avidité déçue et leur ambition trompée ne trouvent que les maladies et la mort.

Les îles de l'Afrique sont les moins insalubres; il en esl même, comme celles du Cap-Vert ^ de Gorrco , de Mozambique , qui sont réjmlées salubres, et qui offrent, pendant la saison malsaine

SgG ilÉLÉMENS d'hygiène.

des pluies, un refuge aux habilans des pays voisins et aux Européens encore non acclimatés dans les régions équatoriales. Les îles compensent les inconvéniens dont il vient d^être question par l'avantage d'offrir un climat moins brûlant, moins desséchant que les conlinens. C'est un bienfait de l'humidité, partout ailleurs si nuisible.

5". Eaux stagnantes. Les lacs sont des amas d'eaux rassemblées sur divers points des continens , et dont les bassins affectent diverses formes; ils paraissent avoir succédé à des fleuves ou des rivières qui ont cessé d'avoir un cours rapide. Les lacs tiennent le milieu entre les eaux courantes et les eaux dormantes; tantôt ils sont placés dans un vallon, et reçoivent de quelques bras de rivière des eaux qui y sont maintenues par des digues; d'autres fois les digues étant rompues , ils donnent naissance à de petits ruisseaux ; on doit, en général, les considérer comme des espèces de réservoirs qui reçoivent divers courans, et dont le trop plein s'échappe par des sortes d'écluses. Il y a un grand nombre de lacs sur le globe : les principaux sont les lacs de Harlem Qw. Hollande; Aral y Onega ^ Ladoga en Moscovie ; les lacs Huron , 3Iichigan , supcricur en Canada ; les Palus - Méotidcs ^ le lac Majeur en Lombardie ; celui de Genève , que traverse le Rhône, etc.

Il y a de très-grands lacs qui peuvent être considérés comme des mers : tels sont la mer Caspienne, la mer Noire, le Ponl-Eaxin. Les plus erands lacs reçoivent des rivières, même des fleuves considérables.

11 y a des lacs qui contiennent une assez grande quantité de soude qu'on exploite avec succès ; il y en a aussi de salés qui renferment de Thydroclilorale de soude, et même du soufre qui donne lieu à un dégagement d'hydrogène sulfuré.

D'après ce que nous venons de dire, on voit que les lacs tiennent le milieu entre les eaux stagnantes et les eaux courantes; par conséquent leur influence sur la salubrité des lieux voisins participe des deux manières d'être de ces eaux.

Les lacs répandent moins d'exhalaisons dangereuses que les étangs , parce que l'eau a plus de profondeur et plus de mouvement. Les plantes situées profondément et privées du contact de l'air ne peuvent se décomposer pendant les sécheresses, comme il arrive lorsque les eaux sont peu profondes. Toutefois , lorsqu'on doit habiter non loin d'un lac , il faut s'orienter de manière à ce que le vent dominant n'en chasse pas sur l'habitation les vapeurs aqueuses et les exhalaisons nuisibles , comme cela a lieu , par exemple , pour la ville malsaine de Mexico , placée sous le vent d'un lac immense.

3û8 élémens d'iiygiène.

Les étangs sont des masses d'eaux dormnnies contenues dans des bassins par des dii^ues naturel les ou resserrées dans des limites artificielles; ils ressemblent beaucoup aux lacs, plusieurs ont même reçu ce nom; ils sont principalement destinés à entretenir des poissons pour nos besoins. C'est pourquoi sans doute les Romains, qui en avaient un grand nombre, les nommaient piscines. 11 en est pourtant qui alimentent des manufactures, des forges-à-fer, des usines, etc. En Chine on entretient un grand nombre d'étangs pour fournir de l'eau aux contrées qui sont privées de rivières, surtout pendant les longues sécheresses : on n'a pas poussé si loin l'attention dans les parties les plus civilisées de l'Europe , où 1^ disette d'eau se fait sentir.

On distingue les étangs en naturels et en artificiels : les premiers se trouvent aux environs des grandes rivières et non loin des bords de la mer ; les seconds sont formes dans l'intérieur des terres par des sources et des ruisseaux. II y avait autrefois en France un grand nombre de l'une et l'autre espèce d'étangs , qui appartenaient aux grands seigneurs ou à de riches congrégations : ces dernières surtout , obligées par leur règle de faire maigre une pailie de l'année , avaient forme à grands frais de vastes étangs, sans s'inquiéter beaucoup de l'influence funeste que les eaux

EAUX. 3gg

dormantes exerçaient sur la santé des riverains. Les étangs qui conlicnncnt une eau stagnante peu profonde ncdonnanl aucun mouvcmentà l'air, sont des localités très-malsaines; les végétaux qui y croissent en abondance et s'y décomposent sur Je limon que laissent les eaux évaporées; les émanations qui sont le produit de celte décomposition, ont une influence des plus fâcheuses sur la constitution, produisent des fièvres intermittentes rebelles, etc. La révolution française a rendu un grand service à la santé publique en faisant vendre la majeure partie des étangs à des particuliers qui les ont desséchés et changés en des champs ou en des prairies fertiles qui assainissent l'air au lieu de l'infecter.

' Il y avait, avant la révolution, aux portes de Poitiers, chef-lieu du département de la Vienne, un vaste étangs dit Étang de Saint-Hllaire , appartenant à des moines ; il causait chaque année un grand nombre de fièvres intermitrenles rebelles qui ont disparu depuis que les acquéreurs de cet étang en ont fait des prairies fertiles-, des jardins délicieux , entre-coupés de ruisseaux , plantés de bosquels et de peupliers.

Les étangs détruisaient la population de la partie basse de la Lorraine; les épidémies s'y multipliaient, les campagnes se dépeuplaient. Ces étangs ont été desséchés ; les fièvres ont disparu , et l'on

ne parle plus d'épidémies. Dans la Bresse, la dangereuse influence des étangs avait réduit la vie à moins de cinquante ans d'existence; les femmes et les enfans y avaient le ventre ballonné comme des hydropiques. Les villages qui avoisinent les étangs dit Macquart (Eîicjcl. méthod.) ressemblent à des hôpitaux; on n'y voit que des spectres y traîner une vie languissante ; la pâleur de la mort est sur les visages, et un principe destructeur circule avec le sang.

Marais. Les marais sont des étendues plus ou moins considérables de terrains dont la surface est habituellement couverte d'eaux stagnantes, et dont le sol se trouve en grande partie composé des débris de végétaux qui croissent et périssent sans cesse dans ces lieux. Il faut mettre les marais au nombre des localités les plus malsaines, et dont le voisinage est le plus dangereux, principalement quand les vents qui les traversent en apportent les exhalaisons sur les habitations. Nous ne disserterons pas ici sur la formation piimilivedes marais; nous ne donnerons point non plus la description des plus repiarquables de ces localités ; la natufe de'cet ouvrage n'admet point ces détails de géologie ; nous renvoyons aux auteurs qui s'en sont le plus occupés , et spécialement aux ouvrages de Bonlius, de Landsi , de Lind , de Ramel, déllumboldt, de Girard (suv l'Egypte) ,

et au savant article Marais du Dlclionnaire des Sciences médicales.

Les marais Pontins sont les plus connus de toute l'Europe, et les plus féconds eu maladies graves; leur insalidjrilé, qui exerce ses ravages depuis un grand nombre de siècles , avait déjà fixé l'attention de quelques empereurs romains; des papes mémo avaient fait tiavailler à l'as-^ sainissement de ces imminens foyers de mala- , dies. Les Françjys, dignes imitateurs des anciens Romains, qui portaient leurs arts et leurs inslitions chez les peuples vaincus, ont continué les travaux utiles entrepris par quelques hommes généreux. Mais aujourd'hui que la ville des Césars a rentré sous la domination des papes, on sembleavoir abandonné le projet philanthropique de tarir la source des maladies funestes qui détériorent sans cesse une population déjà si chélive et si misérable.

La Basse-Egypte, les contrées qu'arrosait jadis le Phase, les Florides, l'île de Cayenne, la Hollande, la Pologne, la Hongrie, le pays d'Hanovre, et même quelques déparlemens de France, présentent de grandes localités marécageuses fort nuisibles à la santé des habifans de ces contrées, et qui sont un foyer permanent de fièvres intermittentes, de dysenteries, d'hydropisies, etc. Les exhalaisons qui s'échappent des marais de Gayeu- I. a6

ne, de Mozambique, etc., sont tellement dangereuses que les exilés d'Europe soumis à leur influence y succombent en peu d'années.

Les marais sont nuisibles par la grande humidité qu'ils répandent, et plus encore parles émanations provenant de la décomposition des végétaux et des animaux qui y croissent. Cette décomposition a lieu particulièrement en été, où la chaleur et Tévaporation réunies ont consommé la majeure partie deTeau, et fait périr les animaux aquatiques, et les végétaux restes à nu sur un sol desséché.

Pendant l'hiver , au contraire , les marais sont en général couverts de gluce ; il ne j>'en dégage aucune émanation dangereuse; ou du moins lorsqu'il n'y a point de glace, faute d'un abaissement suffisant de température, on n'a à redouter dans le voisinage des lieux marécageux que les effets de l'humidité. Ceci, à la vérité, s'applique seulement aux contrées dans lesquelles les quatre saisons sont distinctes; mais, entre les tropiques, les effluves marécageux ne cessent d'exercei leur fâcheuse influence en aucun temps de l'année.

Les auteurs ont divisé les maladies produites par les exhalaisons marécageuses en fébriles et en non - fébriles. Parmi les premières se trouvent des fièvres nerveuses ou ataxiques, des fièvres

intermiuenlcset rémittentes de tous les types, et, suivant quelques médecins, le typhus et la fièvre jaune. Du nombre des secondes sont la dysenterie, le cliolera-morbus, les engorgemens lymphatiques, les hydropisies. Presque toutes ces maladies sont endémiques dans les contrées où se trouve une grande élenduo de marais, comme la Campagne de Rome , 1 île de Walcheren en Hollande , en France , les environs de Rochefort. Elles affectent annuellement une partie plus ou moins considérable de la population. Plus le climat est chaud , plus ces maladies sont graves, rapides , et tendent à se terminer par la mort, en s'accompagnant d'un grand nombre de symptômes nerveux. Ainsi, on Hollande les fièvres intermittentes quartes , tioices, quotidiennes ont une marche lenie, et laissent aux médecins le temps de les combattre, et aux médicamens celui d'agir. En Hongrie les fièvres nerveuses ont nn cours plus rapide et présentent des symptômes plus grands; en Italie, dans le voisinage des marais Pontins, les fièvres n'ont que de tiès-couries apyrexies , et s'accompagnent de symptômes ataxiques alarmans; en Espagne, on observe du délire, des vomissemens, une teinte jaune de la peau, etc. Enfin, entre les tropiques, les maladies produites par les exlwlaisons marécageuses sont encore plus rapides et plus funestes : le cho-'

^o4 élémens d'iiyciène.

lera-morbus de l'Inde fait périr en peu de jours, et même en peu d'iieures.

Des médecins ont cru trouver l'origine historique de la fable de l'hydre de Lerne et du serpent Piton dans rinfluence annuelle et désastreuse des marais ^ combattue et détruite par des princes philanthropes , dont Hercule et Apollon n'étaient que les emblèmes. Un médecin de nos jours , marchant sur les mêmes traces , a eu l'idée poétique et fantastique de représenter les ravages des contrées marécageuses sous les traits d'un monstre qui aurait le corps plongé dans le limon des marais , et surmonté de quatre têtes hideuses, dont l'une soufflerait la peste vers l'Orient; l'autre, la fièvre jaune du côté du Midi; la troisième, dirigée contre l'Occident, y vomirait la fièvre intermittente pernicieuse; et la quatrième allumerait , au milieu des glaces du Nord , le feu dévastateur du typhus contagieux (i). Celte allégorie , que désapprouve le bon goût du poète et du médecin , est tout-à-fait du genre romantique, qui n'a pas encore, que je sache , envahi la littérature médicale.

On s'est épuisé en conjectures sur la cause déterminante des maladies endémiques dont il a été

(i) Dictionnaire de^ Sciences médicales, arliclo MAP.ArS; ]iar MM. Foiir.NiEn et Blgin.

MARAIS. 4^!j

question plus haut. Les anciens crurent à la présence de petits insectes nés au milieu de la fermentation ou décomposition des débris marécageux, et qui avaient la faculté de s'introduire en nous. Les médecins chimistes ne virent là que l'eflct de vapeurs salino-sulfurcuscs , acres et délétères. Les humoristes pensèrent qu'aucune condition atmosphérique n'était plus favorable à la putréfaction des humeurs que l'air chaud et humide infecté d'exhalaisons marécageuses.

Les travaux de la chimie moderne, si favorables aux progrès de l'hygiène, n'ont pas répandu beauc:^up de lumière sur les principes morblhques inhérens aux exhalaisons des marais. Les chinjisles y ont bien signalé la présence des gaz hydrogène carboné et phosphore; mais ces gaz, à la vérsté, fort délétères, sont susceptibles de produire des effets très-différcns de ceux qu'on attribue aux effluves marécageux.

Tout ce que nous savons de positif, c'est que les émanations des substances en décomposition dans les marais sont les principales causes appréciables des maladies que produisent ces localités insalubres ; que les miasmes appelés marécageux pénètrent vraisemblablement en nous, soit par l'absorption cutanée, soit par les voles pulmonaires, ou parcelles de la digestion, sans qu'on puisse déterminer précisément laquelle de

4oG llémens d'hyoiÈjne.

ces voies d'introduclion leur livre un accès plus facile. On sait seulement que l'humiclilédelanuit favorise singulièrement l'action ^de ces miasmes j il suffit, en etfet , de passer une seule nuit exposé aux émanations marécageuses pour contracter une fièvre intermittente très-£frave. Je ne parle point de ceux qui ont prétendu que les effluves des marais s'introduisaient dans les organes digestifs, et y causaient une gastro-entérite intermittente, leur opinion ne reposant sur aucun fait positif.

M. Rigaud , qui s'est livré à l'élude des exhalaisons marécageuses , a acquis la preuve qu'elles n'exerçaient plus aucune action au-delà de trois cents mètres; convaincu, d'ailleurs, que la rosée qui s'élève des marais était le véliicule des miasmes , et que l'analyse de cette rosée pouvait dévoiler la nature de ces miasmes, cet auteur en recueillit deux bouieilies, qu'il fil remeltre à M. Vauquelin. L'examen de ce célèbre chimiste a fourni les résultats suivons :

Les vapeurs condensées ont une odeur légèrement sulfureuse, analogue à celle tlu blanc d'œuf cuit.

L'action des nitrates d'argent, de mercure, de plomb , y a démontré la présence d'un muriate el d'un alkali.

Un résidu jaunâtre de quelques grains est resli; au fond de celle eau.

MA II Aïs. 407

Celte eau contient de la matière animale, de Tammoniaque, du niuriale et du carbonate de soude (i). Celte analyse n'oflVe aucun moyen de résoudre le problême en question.

Les moyens préservatifs auxquels peuvent recourir ceux qui sont exposés à l'influence des marais sont de deux espèces : les premiers ont pour objet le dessèchement de ces marais et la culture des lieux qii'ils occupaient; les seconds consistent en des précautions propres à affaiblir ou anéantir celle influence chez ceux qui ne peuvent s'y soustraire. Les premiers moyens sont assurément les plus cfiicaccs ; mais comme ils ne sont pas toujours praticables, on est le plus souvent obligé de s'en tenir aux derniers : ceux-ci doivent èlre (Fautant plus actifs et [)lus exactement observés, que les individus qui en sont l'objet sont moins accoutumés aux agcns que l'on vcui modifier , que les lieux environnans sont moins habités et moins cultivés. On sait, en effet, que les- premiers colons qui viennent habiter des contrées marécageuses succombent presque tous aux fièvres d'un mauvais caractère. Lorsqu'on est ré" solu d'aller s'établir dans le voisinage de lieux aussi insalubres, il faut faire en sorte d'y arriver en fiiver ou au prinienips , époque où les miasmes ma-

(1) Ouvi;i;:c cilt'. •

/^o8 klÉmens d'hygièjxe.

récageuxonl moins d'aclivilc. Parvenu au lieu de sa destinalion , le nouvel habitant évitera d'abord autant que possible de s'exposer de trop près à J'influence des miasmes , et cherchera peu à peu à s'y habituer afin que les effets en soient moins dangereux , lorsque, par la marche des saisons, ils seront devenus inévitables j il aura soin en niêjrie temps de faire usage d'un régime fortifiant et stimulant , d'éviter toutes les causes d'affaiblissement, et principalement l'excès des plaisirs vénériens.

Les dessécliemens des marais doivent élre opérés aux mêmes époques ; les ouvriers qui y sont employés, travaillant à la conservation de la santé générale en exposant la leur propre, méritent toute notre sollicitude. On auia soin de les munir de bottes qcii les garantissent inférieurement du contact de la vase; on leur fera allumer de grands feuxde distance en distance autour desquels ils viendront se sécher et prendre leius repas. Les travailleurs devront d'ailleurs être bien nourris , pourvus d'eau -de-vie et de quelques flacons d'ammoniaque ou de chlore propres à modérer l'effet des émanations qui affectent le plus immédiate--^ ment et le plus fortement; ils devront aussi quitter leur habit de travail pendant la nuit et les jours consacrés au repos , etc.

L'utilité du dessèchement des marais a été plu^

sieurs fois bien constatée, et on a fait cesser par ce moyen des épidémies et des épizoolies qui ne reconnaissaient pas d'autres causes que l'action des effluves marécageux : ainsi la ville de Bordeaux a été délivrée des épidémies qui en chassèrent deux fois le parlement , par le dessèchement des marécages qui entouraient celte grande ville. Brown, dans son Histoire de la Jamaïque, fait remarquer que les premiers colons envoyés dans cette île y périssaient si promptement ,• qu'on était obligé de les remplacer tous les dix ans. Depuis que les marais ont été desséchés et leurs bassins cultivés , on vit aussi long-temps à la Jamaïque qu'en Europe. Les premiers habitans de la Pensylvanic périrent en foule de fièvres appelées bilieuses putrides. Ces maladies ont cessé d'exercer des ravages depuis que les marais de cette belle contrée ont disparu sous la charrue de l'agriculteur.

La conservation des hommes et les intérêts de l'agriculture qui les fait subsister, réclament donc impérieusement le dessèchement et l'assolement des terres marécageuses. On trouve d'ordinaire dans les marais qu'on défriche une couche épaisse de vase et d'humus végétal beaucoup trop fertile, et avec une portion de laquelle on pourrait fertiliser des champs moins productifs ; ou bien encore , comme cela se pratique en quelques en-

4lO ÉLÉMENS d'hygiène.

droits , faire un mélange d'une terre maigre el sablonneuse avec le limon des marais^ ce qui compose un assolement artificiel très- avantageux. ]

§ X. Localités.

[La nature du sol, son élévation, son abaissement, son plus ou moins grand degré deséchercsse, d'humidité , etc. , exercent une grande influence sur les constitution^ des êtres organisés , comme l'a fait remarquer Hippocrate il y a plus de vingt siècles, et comme l'a de nouveau démontré d'une manière si philosophique notre grand Montesquieu.

C'est surtout , dit M. Barbier ( i ) , quand on met en opposition un lieu élevé et sec avec un pays humide , qu'il est facile de voir que les circonstances physiques qui caractérisent chacune de ces positions agissent fortement sur les êtres organisés qui les habitent. On reconnaît que les localités règlent l'exercice des actes de la vie, qu'elles vont jusqu'à modifier la composition matérielle des diverses parties du corps vivant , et leur action se présente à l'esprit comme celle d'une puissance qui domine toute la nature vivante.

Un terrain sec et élevé , continue le mémo

(i) Hygiène ;ipphquée à la ihérapculique.

LOCALITÉS. 4l*

auteur , un terrain bas et humide sont toujours peuplés de végétaux différens. L'existence de ces êtres vivans est subordonnée à la situation et à la nature du sol qu'ils recouvrent. Ici un végétal mpntre une grande vigueur , il croît avec une rapidité étonnante; là les sucs que se$ racines tirent de la terre ne conviennent plus à ses organes ; et cette plante va cesser de vivre. Quoique les animaux soient moins dépendans de la position des pays que les végétaux, cependant on ne peut nier qu'ils ne sentent fortement le pouvoir des localités. Il est des animaux qui recherchent un terrain bas et humide : c'est là seulement qu'ils trouvent les circonstances extérieures que leur organisation exige : un lieu élevé et aride dessécherait leur corps, \qs ferait périr. D'autres animaux , au contraire, recherchent cette der? niére position : l'humidité leur est contraire.

En comparant des individus de la même espèce , dit encore M. Barbier , on reconnaît que ceux qui viennent d'un lieu sec et élevé , et ceux qui ont vécu dans un pays bas et humide, n'ont pas la même vigueur j la même coraplexion organique. La chair même des animaux qui servent à notre nourriture acquiert des qualités particulières dans chacune de ces cx[)Osi(ions ; elle a plus de saveur dans les individus que fournissent les hauteurs; ceux que l'on prend dans un en-

4l2 ÉLÉMENS D'flYGlèjVE.

droit marécageux ont une chair plus tendre , plus chargée de graisse, mais moins savoureuse.

Il n'est pas difficile de se convaincre que l'homme qui habile un pays élevé ne ressemble pas à celui 'qui vit dans un pays dont le sol est humide. Toutes les fonctions de l'économie suivent chez l'un et chez l'autre un rhythme difFérent. La digestion des substances alimentaires , le cours du sang , etc. , n'ont pas une égale activité dans ces deux individus ; leur état intime n'est pas le même; on remarque en eux une habitude du corps , des attributs physiques et moraux qui leur sont particuliers. Ces idées sur Finfluence des lieux sont généralement admises ; si elles ont été combattues par des hommes distingués, comme Helvétius , Volney , etc., ou peut citer en leur faveur les opinions non moins recommandables de Lind (i)^ de Cabanis (2), de Halle , etc. (5).

L'influence des lieux modifie même d'une manière remarquable le caractère des maladies. Celles d'une même classe, d'un même genre, varient à une très-petite distance par la configu-

(i) Maladies des* Européens.

(2) Rapports du physique el du moral.

(3) Art. Afrique de ï Encyclopédie mélhodique.

LOCALITÉS. 4l5

ration , l'élévalion ei l'exposition des lieux , et ne réclament plus les mêmes indications thérapeutiques. Les médecins livrés avec attention à l'exercice de leur art dans les campagnes ont eu mainte fois occasion de se convaincre que les plilegmasies , par exemple , qui se montrent dans les vallées froides et humides ne sont ni si aiguës ni si intenses que celles que l'on observe sur les coteaux exposés à un air vif, sec et froid, et que les moyens qu'on leur oppose admettent aussi quelques variations dans leur nature comme dans la manière de les administrer.

11 est facile d'expliquer ces diverses modifications par la puissance active, quoique secondaire, de diverses causes que font naître ou que réfléchissent simplement les localités, comme la température locale de l'air, la nature des vents, l'humidité des bois environnans , la qualité des eaux qui servent de boisson, les productions qui deviennent aliment obligés des habitans, les modifications qu'éprouvent les saisons par raj)portà la latitude, etc. Ces causes se trouvent liées de la manière la plus intime avec celles qui dérivent directement de la position des pays , et leur influence est constamment simultanée, et même, jusqiiiù un certain [)olht, inséparable; il arrive seulement que tantôt 1 une, tantôt l'autre, s'élève par sou influence au-dessus des autres, et im-

^i4 élémens d'iiyciène.

prime à l'économie animale des modifica lions qu'on doit principalement lui rapporter.

Terrains bas et humides.

Us sont ordinairement dominés par des coteaux , des montagnes , des bois , etc. , traversés , en divers sens , par des rivières , des ruisseaux , coupés de marais, de lacs, etc. Souvent ils forment des gorges plus ou moins serrées, où l'air ne circule pas librement ; l'eau réduite en vapeurs ne trouve pas non plus un facile écoulement. L'kumidité favorise une végétation rapide dans des eaux stagnantes ; les plantes y meurent et s'y détîomposent, et cette décomposition donne naissance à des émanations plus ou moins insalubres. Il faut ajouter à cela que la composition du terrain augmente encore l'insalubrité, lorsqu'il est tout-à-fait impropre à absorber l'humidilé. Hippocrale avait déjà signalé cette constitulion du sol dans les environs du Phase, aujourd'hui la Miagrélie. Elle se fait pareillement remarquer dans la Hollande, la Belgique; dans les lieux qu'arrosent la Meuse , l'Escaut, le Rhin , etc. On observe la même disposition dans les lagunes de Venise , au milieu des havanes qui «a voisinent 1 Orénoque et le fleuve des Amazones, dans la Basse-Egypte. En France, les lerrlioires des dé-

TERRAINS BAS ET HUMIDES. /^l5

partemcns de l'Aiu, de la Vendée, de la Charente- Inférieure présenlent de pareilles localités. Çf^oyez les statistiques des départemens de la France. )

Les plantes alimentaires qui végètent dans ces localités croissent rapidement , présentent un tissu aqueux et fade , un mucilage abondant , ne contiennent presqu'aucun principe tonique, amer, ni aromatique. La chair des animaux y est pareillement molle , tendre et peu sapide.

Les habitansdcs pays-bas et humides sont généralement pales, lymphatiques, celluleux, abreuvés de sucs séieux; leurs chairs sont flasques et comme infiltrées; leurs tissus, relâchés par une humidité permanente , ne se contractent que faiblement; les appareils d'organes n'exécutent qu'avec lenteur les fonctions qui leur sont confiées , d'où le peu d'énergie de toutes les actions vitales prises en masse. Celle faiblesse organique se trouve encore accrue par l'usage que les habitans de ces contrées font de végétaux alimentaires pourvus des mêmes qualités , et des eaux bourbeuses qu'ils sont contraints de boire. Ils sont en général tardifs , taciturnes , peu spirituels et médiocrement intelligens; mais aussi spéculateurs patiens,constans , et calculateurs.

Des conditions hygiéniques telles que celles dont il vient d'être question paraissent trèspropres à engendrer des dlalhèsos séreuses, des

^i6 élémens d'hygiène.

maladies scrophuleuses , des goîires , des hydropisies , des engorgemens lyriipliatiqiies de tous les viscères, des fièvres intermii lentes, des aflec* lions catarrhales , etc. Lorsque l'humidilè est très-prédominante, on voit naître souvent le scorbut. Les maladies aiguës marchent lentement, les crises sont peu sensibles, etc. Les femmes ont habituellement des fleurs blanches, sont sujettes aux avortemenSj et vieillissent de bonne heure; la vie est en général courte dans les localités que nous examinons.

Sous les latitudes chaudes, la chaleur, jointe à l'humidité du sol , peut donner lieu à des maladies très-graves, comme les fièvres adynamiques, le typhus, la fièvre jaune, etc.

Si le froid se trouve réuni à l'humidité dans une contrée basse et humide, il en peut résulter des affections d'une nature dlfiférenle, comme les catarrhes, les inflammations viscérales endémiques, les engorgemens lents des glandes et du système lymphatique, le scorbut.

L'influence de ce concours fâcheux se fait sentir d'une manière frappante sur les facultés intellectuelles , comme on peut le voir dans plusieurs parties du Valais, du Ty roi , où l'on rencontre beaucoup de crétins , de goitreux, d'imbécillcs, qui , suivant l'expression de M. Vlrey, sont abattus dans une slupide indolence, et incapables

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