FRICTIONS
septentrionales de l'Europe et de l'Améiique s'oignent d'huile le visage, les mains et les pieds, afin de se garantir non -seulement de la piqûre des insectes, qui sont en très-grand nombre dans ces pays, mais encore pour être moins sensibles au froid ; ils peuvent, quand ils ont pris cotte prc'caution, marcher Irès-long-temps dans les nei^eS sans en être incomiuodés. On pourrait utilement se servir de ce njême moyen dans les armées fran-» çaises, lorsqu'elles sont forcées de s'exposer au grand froid, ayant attention, pour entretenir la propreté, de se laver ensuite, quand le moment de la nécessité serait passé, avec de l'eau chaude , ou , ce qui vaudrait mieux encore , avec de l'eau dans laquelle on aurait fait dissoudre un peu de savon. Ce moyen n'est pas à négliger : l'expérience des anciens en garantit le succès; et l'on n'a pas à craindre la suppression de la transpiration, qu'ils semblaient redouter , puisqu'ils pratiquaient les frictions avec les huiles avant le bain pour empêcher une trop grande dissipation d'humeurs que le bain attire au dehors, car l'observation prouve au contraire qu'elles excitent la transpiration; et je pense avec Mercurialis que ce n'était que dans l'unique vue de donner de la souplesse et de la légèreté aux membres, et non pour empêcher de trop grandes déperditions, que les aihlèics se-
454 élémens d'hyoiÈne.
frictionnaient avec des huiles et des pommade» avant le combat (i).
§ III. Bains,
On dislingue quatre sortes de bains , par rapport à leur température : les bains chauds, les bains tièdes, les bains frais , et les bains froids. Le bain très-chaud est celui dont la température élevée occasione à ceux qui y sont plongés un sentiment de chaleur considérable. E détermine une transpiration ou plutôt des sueurs abondantes, surtout au front ; il fait éprouver de l'agitation , du malaise, des anxiétés, des vertiges, et dirige impétueusement le sang vers le cerveau; la face se colore vivement , les yeux deviennent rouges et étincelans; les artères carotides et temporales battent fortement ; en un mot, ce bain détermine l'action et le sang vers la télé, et quelquefois produit l'apoplexie et la mort : aussi les médecins en ont-ils presque entièrement abandonné
(1) Les expériences de MM, Berger et de Laroche ont en effei prouvé que les onclions huileuses n'àvaienl point la propriété de modérer ou d'empêcher l'écoulement de la sueur. On emploirait avec phis d'avantage dans celle vue les lotions savonneuses , cjiii crispent et resserrent un pe«i les orifices des e;itréniilés exhalantes. (I. B.)
Tusage. Le bain tiède est celui qui fait éprouver une chaleur douce , tempérée, non incommode, ou plutôt dans lequel on n'est point affecté d'une grande chaleur ni de la sensation du froid. Le bain frais est celui qui est à-peu-près au degié de la température de l'atmosphère durant l'été. Enfin, le bain froid est au degré de la congélation , ou au-dessous.
Les bains nettoient la peau des immondices qu'y laissent la transpiration el la sueur ; les lotions produisent un semblable effet : les uns et les autres favorisent ces excrétions.
Le bain tiède relâche les solides , attire l'action au dehors , et rend les humeurs plus fluides; car l'eau est absorbée par les vaisseaux inhalans, et vSe mêle au sang et aux humeurs qu'elle délaie. Ce n'est, comme le disait Galien , qu'en admettant la pénétration de l'eau du bain qu'on peut concevoir la promptitude avec laquelle il délasse , fortifie et apaise la soif des personnes accablées de fatigue, et dont les parties intérieures de la bouche, l'œsophage el l'estomac, sont dans un tel état de dessèchement qu'elles ne peuvent ni parler ni avaler. Au reste, l'absorption de l'eau est prouvée par une multitude d'expériences décisives; il est peu de personnes qui ignorent que l'eau dans laquelle on est resté plongé pendant quelque temps se trouve ordinairement diminuée
d'une quantité notable^ tandis que le poids da corps a s(;nsil)l(?ment augmenté (i).
IjC bain tiède est utile dans tous les cas où lu fibre est roide et tendue , ruais surtout dans ceux où l'action est fixée ci concentrée dans l'épigaslrc. II est en conséquence avantageux aux personnesqui ont la fibre grêle, sècbeetvibralile, aux vieillards, aux mélancoliques, aux bypocliondriaques, de même que dans les fatigues excessives du corps et de l'esprit, et dans les fortes passions.
Il est des précautions à prendre lorsqu'on fait usage du bain tiède, i*. Il ne convient pas de le prendre immédiatement après le repas; et comme l'a fort bien dit Juvénal, qui connaissait les dangers qui en sont la suite,
Pœna lamen praiscns , cuin tu tîcponLs amiclus Turgidus j et crudum pavonem in balnca portas : Hinc subitœ mortes , atfjue injestata sente tus.
2°. 11 ne doit avoir que le degré de cbaleur nécessaire pour que l'on n'y éprouve pas le sentiment du froid. 3". Il est nuisible lorsque les premières voies sont iarcies de saburres, de même que quand oaa quelque viscère Aâble. 4". On doit s'en abstenir dans les cas de faiblesse et d'épuisé -
fi) On évalue la quantité ifeau absorbée dans le bain k «)iiaranie-hint onces par heure. (I-B)
ment. 5**. Enfin, il pourrait être dangereux, comme l'observe Hippocrale, dans l'hémocrhagie nasale , à moins qu'elle ne soit peu considérable. Il serait nuisible de prendre le bain immédiatement après le repas , parce que , les forces se dirigeant vers l'esiomac pour le travail de la digestion , et le bain les détournant vers l'organe extérieur, la digestion en serait nécessairement iroublée. Il est néanmoini un cas où il est utile de se baigner peu de temps après avoir pris des alimens, c'est lorsque les organes de la digestion sont dans HU état de spasme violent. Le bain , dans celte circonstance , porte sur la peau une impression de détente et de relâchement qui rayonne sur les organes digestifs et en détruit le spasme. Xissot a vu des oersonnes très-nerveuses qui ne pouvaient bien digérer que dans le bain. On conçoit, d après cela , pourquoi Hippocrale en recommandait l'usage lorsque les intestins étaient irrités par un purgatif violent : poit veratrum epotum lavar*'. oportet. Galien observe que le bain pris après le repas peut être avantageux aux personnes extrêmement bilieuses; car une bile abondante et irè.sexcitée peut, en stimulant vivement les organes digestifs, convertir lenr action en spasme : hoc à cibo quoque balneuni ju\at. Mais il veut qu'on s eu abstienne quand il délcrmine à la région du foie un sentiment de pe;antrur , de lejiision ou de dou-
leur, parce qu'il en pourrait résulter des obstructions ou une inflammation dans ce viscère.
Les bains froids et frais ont la propriété de faire refluer l'action et les humeurs du dehors au dedans , et, lorsque le corps est susceptible d'un degré convenable de réaction , de favoriser et de rétablir la libre circulation des forces du dehors au dedans et du dedans au dehors; ils sont très-elFicaces pour diminuer la mobilité et l'excessive sensibilité de l'orj^anisme ; ils augmentent l'énergie des solides , et par conséquent la vigueur des contractions musculaires. •
La meilleure manière de prendre le bain froid consiste à plonger tout le corps dans l'eau froide, durant l'espace d'une , deux à trois minutes durant les premiers jours j puis on prolonge par [degrés l'immersion les jours suivans, jusqu'à un demi-quart d'heure , et au plus un quart d'heure entier. L'usagede ce bain peut prévenir dans l'enfance les maladies dépendantes de la constitution pituileuse portée à l'extrême , comme les écrouelles, le rachitis, 11 convient parfaitement aussi aux personnes qui ont le système nerveux très-mobile; et l'on en a obtenu souvent les succès les plus heureux dans les affeciions*nerveuses dépendantes de cette cause. J'ai vu une femme entièrement guérie , par l'usage des bains froids soutenu pendant quatre mois, d'une irritabilité si grande que
le moindre bruit imprévu ou une surprise la jetait dans des convulsions affreuses , ou la faisait tomber évanouie. ^
Les peuples du Nord sont , de temps immémorial , dans Tusage d'habituer les enfans au bain froid dès le moment de leur naissance. Les Spartiates les baignaient dans l'Eurotas, les Germains dans le Rliin ; les Scythes et les Bretons observaient cet usage ; les habitans du Laliuni , au rapporl de Virgile , long-temps avant la fondation de Rome, plongeaient leurs enfans nouveau nés dans les fleuves et les glaces.
Duruni à stirpe gc'tius . Natos adjlumina primuin Deferinius , sfei'oque gclu duvanius et undis.
Mneid , lib. ix , vers. 6o3.
Les Lapons, les Péruviens, des nations entières des Indes, et notamment les habitans de Terre-Ferme, les ont, dans tous les temps, baignés dans l'eau froide. Guillaume Peun trouva cette même coutume établie dans l'Amérique septentrionale, lors de son arrivée dans ce pays. C'est sans doute le préjugé général sur l'usage des bains froids qui a donné lieu aux poêles de feindre qu'Achille était invulnérable , parce qu'à sa naissance il avait été plongé dans les eaux du Styx» C'est d'après ces exemples qu'on s'est ciu fondé à conseiller de baigner généralement tous
46o élémens d'hygiène.
les enfans dans l'eau froide , pour les rendre forts et robustes. Galien rejette ce moyen , comme préjudiciable, dans le premier âge : il ne le recommande que lorsque l'accroissement est déjà très-avancé (i); mais il suppose Tenfant bien constitué, parce qu'il faut , dit-il, conserver sans changement son état qui est conforme aux vues de la nature. Mais quand les enfans ont les chairs extrêmement molles, et que l'on a à craindre le développement des affections que produit la prédominance lymphatique, il conseille dans ce cas l'usage des bains froids comme très-avantageux et propre à prévenir ces sortes de maladies.
Les bains froids conviennent mieux aux habitans du Nord qu'à ceux des pays chauds; et les bains tièdes sont bien plus utiles à ces derniers qu'aux autres, parce que les maladies auxquelles on est exposé dans les climats brûlés par l'ardeur du soleil, dépendent plus généralement de causes internes; et d'ailleurs les crises se font le plus ordinairement par l'organe extérieur, qui, pour se prêter à l'exécution , a besoin d'être habiluelle-
(0 Siquidem corpus quoad augescit optimum ^Jrigid^ lavaiulum non eslj, ne e/us incrtmtntum nwrelur. U6ï vero jam abunde estaucluni, tumfrigidœ quoque assuefaciendnm j ut quœ et illud roboret , et auttm durum alque densum ejficial. Lib. de Saiiitale tuendâ.
ment dans l'étal de rareté et de mollesse. C'est le contraire dans les pays du Nord : les maladies qui y régnent sont communément décidées par des agens externes ; et pour que le corps soit en état de réagir avec avantage, il est nécessaire que l'organe extérieur présente à leur action une force de résistance qui sera d'aurant plus grande que son tissu sera plus ferme et plus dense. C'était le sentiment de Galien , auquel ajoute un grand poids le penchant qu'ont pour les bains froids les peuples septentrionaux , et pour les bains tièdes les habitans des pays chauds ; car la nature a suggéré à l'homme, ainsi qu'aux animaux, le désir des choses nécessaires à leur conservation , et de l'aversion pour celles qui sont nuisibles. La médecine, comme toutes les autres sciences, n'est que le résultat des réflexions sur les connaissances que fait acquérir l'instinct. C'est toujours celuici qui découvre ; la réflexion et le raisonnement viennent ensuite , et le méthodiste ne fait que distribuer les résultats dans l'ordre qu'il croit le plus convenable pour que l'esprit puisse les saisir et les retenir aisément.
■ Qiiant aux bains frais, il est plus salutaire de les prendre dans un fleuve, une rivière, une eau «ourante , dont les flois et les ondes font éprouver au corps des frottemens utiles, et entraînent toutes les immondices de la peau , que dans une bai-
462 lÉLÉMENS d'hygiène.
gnoire ou une eau immoLile. Il est jJlus avanla* geux encore de s'exercer à la natation , qui augmente ies bous effets du bain.
Les bains froids ei frais exigent les mêmes précautions que les bains tièdes. On doit s'en abstenir toutes les fois que l'action et la chaleur du corps sont augmentées, de même que quand il y a faiblesse extrême d'épuisement , et lorsque les forces sont concentrées dans l'épigastre. Il ne jfaui pas entrer dai>s ces bains lorsque l'on est irès-échauffé et suant : il est nécessaire, dans ce cas, d'attendre que le corps soit rafr aîclii ; aulrefliejpt on court les risques de contracter des maladies graves, occasionées par le refoulement sahii de§ ujouvemews et des humeurs. Ces bains l«pp/t, par la même naison, nuisibles dans les éruplijGvn^, comme la gale, les dartres, les taches à la peau , etc.
Les loliojis opèrent en partie les effets des b^iins : elles nettoient et décrassent \a peau; elles jfavOFisent par çpnséquent la transpiration , et fort^ient le sy<>tème lorsqu'on les fait à froid, ou relâchent et ramollissent quand on se sert d'eau tiède. On ne saurait trop les conseiller, car elles réunissent une foule d'avantages: aussi quelques législateurs , comme Moïse et Mahomet , qui en fVVsaient reconnu la njécessiié dans des pays où l'on irynspirxî et sup pr0sqi^ecpntinuellement,€n ont-
BAlA'S. 4^3
ils fait un objel essenliel de leur culte, en prescrivant , comme «les actes indispenSHbles de religion , les ablutions el les purifications.
Les bains et les lotions conviennent dans tous les â^es et dans tous les pays, ne fût-ce que pour entretenir la propreté, si utile à la santé, en ce qu elle déterge la peau et lui conserve son activité el sa souplesse.
La peau est un des principaux organes excrétoires ; c'est par son moyen que la nature rejette hors du corps une grande quantité d'humeurs excrémenlitielles sous la forme de vapeurs ou de sueurs, et qui, retenues par le défaut d'activité ou par l'obstruction de la peau, donnent lieu à des maladies fébriles graves, ou à des affections cutanées, comme la gale, les dartres, etc. C'est surtout de la malpropreté que dépendent ordinairement ces dernières, ainsi que les dififérentes vermines qui Infectent les hommes.
Outre cela, la peau est le siège du sens le plus universel, le toucher, celui qui établit le plus grand nombre de rapports entre l'homme el ce qui l'environne. Elle esl , ainsi que je l'ai dit plus haut, un des plus puissans antagonistes de l'épigaslre; elle esl aussi le principal organe par lequel se font les crises dans les maladies ; je ne doute pas que, si l'hypochondrie, la mélancolie, les embarras du système abdominal el les fièvres
gastriques sont si communs de nos jours, ce ne ioit parce que nous avons négligé les moyens qu'employaient les anciens pour lui conserver sa force tonique et sa flexibilité. Ces moyens consistaient principalement dans les bains, les lotions, les frictions el les onctions. On voit, d'après ce que je viens de dire, combien il est important d'avoir soin de la peau, dès la plus tendre enfance, si l'on veut entretenir la santé, et combien de maux entraîne nécessairement la négligence de ce précepte. 11 convient donc de changer fréquemment de linge et de draps de lit, de se laver tous les jours avec de l'eau, de faire, des frictions sur la peau, el de prendre des bains de temps à autre. Ce n'est pas seulement dans le linge et les habits que doit régner la propreté, mais encore dans les appartemens; et l'on doit fuir comme la peste les personnes et les maisons malpropres ; elles sont en effet de vrais foyers de contagion (i).
(i) Tout ce que dit ici railleur est d'une vérité incontestable; le peu d'usage des bains chez les modernes, et spécialement dans la basse classe^ qui manque de linge, est In cause éloignée d'un grand nombre de maladies : aussi doit-on regarder l'établissement des bains publics, où le peuple pourrait se baigner à très-peu de frais, comme ' une des f)lus utiles institutions que réclament les grandes cités. (Ï.B.>