FLUIDES
centres nerveux , principes de toutes nos actions vitales. Il faut voir dans les muscles les puissances actives qui mettent tous nos organes en action : sans nerfs point de sensation ni perception , par conséquent point d'intelligence , etc. Ainsi donc , les solides sont la partie active de l'organisation ; €t les fluides, dont nous allons parler, ne jouent qu'un rôle secondaire , par la raison , simple mais péremploire , qu'ils sont formés, élaborés par ces mêmes solides.
§ II. Fluides*
On peut comparer les fluides entre eux : 1° sous le rapport de leurs qualités physiques; 2'*sous celui de leur composition intime; 5*^ sous le point de vue de leur action physiologique , c'est-à-dire, d'après leur mode de production et d'existence^ leur destination ou leurs usages.
Les anciens ont divisé les fluides en, 1° excrémentiiiels , 2° récrémentitiels , 3** cxcrémentorécréraentiliels.
Les premiers, comme l'urine, la sueur, etc. , sont entièrement rejelés au dehors après avoir été formés, séparés , excepté toutefois leurs parties les plus ténues , qui se trouvent absorbées pendant qu'ils séjournent dans leur réservoir.
46 Élïmens d'iiygiÈ.ne.
Les fluides récrénientiliels existent conlinuellemenl en nous ^ et ne sont jamais rejetés au dehors (le sang, la lymphe).
Les fluides excrémenlo-récrémeniiiiels comprennent tous ceux qui sont en partie rejetés au dehors, et en partie retenus en nous. On a mis aussi dans ce nombre ceux qui sont entièrement excréie's pour une destination spéciale (le laii, le sperme).
Celte classification est défectueuse en ce qu'elle ne peut comprendre tous les fluides animaux : la suivante, suivie par M. le professeur Roux dans ses cours de physiologie , nous paraît remplir mieux les conditions d'une bonne division des fluides.
Tous les fluides de l'économie animale peuvent, suivant ce physiologiste ^ être divisés en trois classes.
1°. Fluides circulans , c'est-à-dire, parcourant des vaisseaux ;
2". Fluides sécrétés , c'est-à-dire , séparés du sang par les sécrétions ;
3°. Exhalés, c'est-à-dire, fournis par l'exhalation ou perspiration.
On ne peut confondre ceux qui appartiennent à la seconde classe avec ceux de la troisième, car les fluides sécrétés sont séparés par des glandes qui n'ont chacune que celte destination spéciale.
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taïK^is que les fluides exhalés ne le sont point par ■des glandes, mais par des vaisseaux exlialans.
II est impossible de déterminer les proportions •qui existent entre chacun de ces trois ordres de fluides : la quantité du sang , quoique variable dans une infinité de circonstances, paraît seule susceptible deti-e calculée, parce que ce fluide ne parcourt que des vaisseaux d'une étendue et d'un calibre déterminés (i). Mais comment apprécier comparativement la quantité des fluides rejetés et retenus tout à la fois, ou de ceux qui ne st'journent point en nous , et ne concourent point à faire partie de la niasse du corps?
Les fluides circulans ont des usages propres à chacun d'eux. La lymplieest un fluide collecteur formé de la réunion d'un grand nombre de principes hétérogènes, qui n'est point identique, et qui n'approche de l'homogénéité que lorsqu'il est près d'être versé dans le sang. Parmi ces principes hétérogènes, les uns doivent être assimilés aux parties; les autres sont le produit de la décomposition des organes.
Le sang a été considéré comme devant faire une classe à part ;,en eflet, il a des caractères particuliers, des usiages propres et exclusifs; il
(i) Suivant HaUer', Ja quantité -du sang est de 3o i 3G livres. ,lJ»ido'i.i
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est le dépositaire du produit de l'absorption , et le véhicule commun des matériaux qui ont servi depuis long-lemps à la formation des organes," et qui doivent être rejetés , et des principes nouveaux , vierges, qui doivent servira la légénéralion , au renouvellement des parties.
Les fluides sécrétés et exhalés se confondent quelquefois par leurs usages , et ont une destination conmiune. Quelques - uns parmi eux sont rejetés au dehors sans avoir servi à l'organisation , et ne sont déposés dans des réservoirs que pour nous soustraire à l'incommodité de les excréter continuellement. Ces fluides sont les émonctoires de l'économie j ils sont chargés d'entraîner le détritus de la nutrition : telle est l'urine. D'autres ont des usages plus imporlans et plus relevés: le lait, par exemple, sert de nourriture à l'enfant après son excrétion , et par conséquent contient une assez grande quantité de matière nutriiive. La liqueur spermatique Vf*, après son éjaculalion, revivifier les germes de la femme au sein de l'organe de la conception. D'autres enfin, comme la salive, la bile, le suc pancréatique, font subir une altéralion profonde à la masse alimentaire, la séparent en deux parties, l'une chyleuse et l'autre stercorale. Les fluides muqueux , sans avoir une destination si utile , sont probablement des accès-
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soires des précëdens , etc. Parmi les fluides exhales , les uns, comme la sueur, sont rejetés ininiédialement après leur formation; d'autres ont des usages purement physiques , et sont déposes dans des cavités pour faciliter le mouvement des organes , après quoi ils sont repris par l'absorption, et portés dans le torrent circulatoire: tels sont les fluides séreux, la synovie , la graisse, qui favorise le mouvement des muscles, augmente le volume et l'élasticité de certaines parties du corps humain. Les fluides dont il s'agit ont un usage analogue aux corps graisseux, huileux , dont nous nous servons pour rendre les mouvemens de nos machines moins difficiles , et s'opposer à leur destruction.
Il est possible que quelques fluides exhalés aient des usages dépendant de leur composition chimique; qu'une partie de ces mêmes fluides, repris par les lymphatiques , servent à la nutrition.' On assure même que la graisse accumulée dans le tissu cellulaire a cet usage. Tous, au reste, sont doués de la vie ; ils ont un mode d'existence, une vie particulière, non comparable, à la vérité , à celle des solides , mais qui pourtant existe réellement.
La composition des humeurs est extrêmement variée , et les matériaux de quelques-unes sont très-nombreux. L'urine et la bile, par exemple ,
5o iL^MENS D'nYGlèjfE.
renferment l'une quatorze ou quinze corps différens , et l'autre dix ou douze , dont l'existence a été démontrée par l'analyse. Les fluides séreux sont beaucoup plus simples, puisqu'ils nen contiennent que sept ou huit. 11 est impossible de déterminer dans quelle proportion les fluides se trouvent avec les solides; on sait seulement que la masse des premiers est incontestablement plus considérable. M. le professeur Cliaussier fit mettre dans un four un cadavre pesant cent vingt livres , et il vit qu'après quelques jours de dessiccation ce cadavre ne pesait plus que douze livres. D'après ce résultat, les fluides seraient aux solides comme i o est à i . Qui ne sait de combien se réduisent les cadavres que l'on fait macérer, les momies desséchées dans le sable , et les infortunés plithsiques épuisés par l'émaciation et le marasme?
Les fluides ont dans léconomie animale une utilité que l'on ne peut révoquer en doute ; les uns , comme le sani^ , le chyle , renouvellent la substance de tous nos organes; les autres servent de véhicule aux substances hétérogènes qui doivent être rejetées au dehors : telles sont l'urine, la sueur, etc. Beaucoup font la fonction d'agens mécaniques essentiels à la conservation d'une machine aussi compliquée que l'est le corps humain ; la synovie et la sérosité des cavités ,
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qu*il faut placer dans ce nombre , facilitent manifestement le glissement des organes les uns sur les autres , lors des mouvemens propres à notre organisation. 11 est des humeurs qui réfractent la lumière pour rendre la vision plus distincte et plus complète; d'autres qui accélèrent la digestion en agissant d'une manière presque chimique sur les alimcns , etc.
De ce que nous venons de dire , il résulte qu'il n'est pas possible de regarder les fluides comme purement [)assirs dans l'économie; d'un autre côté, il serait tout- à - fait absurde de leur accorder une prédominance quelconque sur les solides , quant aux fonctions dont ils sont chargés. Ainsi donc la pathologie galénique , si long-temps admise dans les écoles , était un rêve de l'imagination moins excusable que le solidisme , puisque , ainsi que nous l'avons dit plus haut, les humeurs sont produites et élaborées par faction fondamentale et génératrice des solides.
Concluons que ces deux espèces de matériaux de l'organisation (les solides et les fluides) ont leur utilité et leur destination spéciale , et qu'onne doit point exalter les uns au préjudice des autres; qu'enfin c'est de leur proportion voulue par la nature, de leur action mutuelle et simultanée que dépendent Tordre constant et le rhythme naturel
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que nous présenlent les actions vitales clonl il va être question.
§ III. Propriétés vitales.
Chaque partie du corps se trouve dans une condition qui lui est propre, ou bien a des qualités qui la rendent apte à une usage quelconque. Ces conditions sont au nombre de trois : conditions physiques , qui sont communes à tous les corps de la nature; conditions organiques et conditions vitales (i).
1°. Il est des conditions ou qualités physiques qui ne peuvent devenir causes ou puissances d'action ou de phénomènes : telle est la dureté qui caractérise les os; d'autres, au contraire, comme l'élasticité , jouissent de cette faculté , qui est aussi nécessaire à raccomplissenient de fonctions importantes : telle est la respiration , qui est facilitée par l'élasticité des cartilages intercostaux, etc. La pesanteur, quoique ne pouvant devenir la cause de phénomènes vitaux, a cependant quelqu'utilité dans l'accomplissement de certaines fonctions, par exemple, dans le trajet du sang dans les veines, où la pesanteur du liquide accélère sa marche. Dans certaines parties du
(i) Leçons de physiologie de M. Roux.