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CHAPITRE VIIL

Des Boissons»

§ P^. De Veau considérée comme la première et la plus simple de nos boissons^ et la base de la plupart des autres,

JL'eau est un fluide diaphane , décolore , inodore , insipide , et que la nature a destiné à servir de boisson aux hommes et aux animaux. Elle est un des plus grands dissolvans; c'est pourquoi on ne la trouve jamais pure, mais toujours unie à des substances étrangères ; elle dissout Fair, les gaz salins , les sels, etc.

La chimie démontre que ce fluide est un composé de quatre-vingt-six parties d'oxigène et de quatorze parties d'hydrogène. Elle est un des grands agens qui altèrent et modifient sans cesse la surface de notre planète : son action, ses courans, ses mouvemens , ont changé peu à peu la nature des minéraux, et ont créé en quelque sorte un monde nouveau sur l'ancien.

11 y a très-peu d'eaux qui ne contiennent du

sulfate ou du carbonate de chaux ; il en est qui tiennent en solution de Tacide carbonique , de l'alumine, du fer, des substances végétales et animales altérées par la putréfaction. Il y a dans presque toutes une certaine portion d'air vital ou atmosphérique , qu'on peut dégager par la distillation , ou par le moyen de la machine pneumatique. On croit, non sans fondement, que c'est à ces gaz qu'est due la faible saveur dont jouit l'eau.

Les eaux de neige et de glace récemment fondues sont généralement insalubres : ceux qui en font un usage habituel sont exposés aux maladies du système glanduleux ; c'est pourquoi elles sont très-fréquentes dans les Pyrénées, les Alpes, la Suisse , le Tirol , etc. Ces eaux sont ciiargécs de substances hétérogènes qui leur communiquent des quaUtés nuisibles. Je ne pense pas avec Hippocrate que leur salubrité soit imiquement due à la perte qu'elles éprouvent de leurs parties les plus subtiles et les plus ténues, lors de la congélation, ni qu'elles ne puissent recouvrer leitr bonté : autrement toutes celles de fleuves , de rivières , etc., produiraient les mêmes effets, puisqu'elles proviennent elles-mêmes , pour la plupart , des neiges et des glaces des hautes montagnes , que le soleil liquéfie. D'après les observalions de Pallas et de plusieurs autres physiciens,

les maladies des glandes , et pariiculièrcmein les goitres endémiques , viennent non de l'usage des eaux de neige fondue , mais de ce que les eaux contiennent de grandes quantités de sulfate et de carbonate de chaux. Peut-être aussi que ces maladies dépendent plus essentiellement de l'air de certains cantons, chargé de vapeurs, de brouillards , et pas assez souvent renouvelé par les vents salutaires. On voit en effet dans quelques vallons, au pied des hautes Alpes, des habitans pâles et peu développés , tandis qu'on rencontre dans les vallons supérieurs , ou dans les plaines entre ces montagnes, des hommes grands , bien faits et robustes ; ceux-ci boivent cependant de plus près les eaux de neiges fondues.

Les eaux de neige contiennent , d'après Bergmann , une petite quantité de muriate de chaux et d'acide nitreux. Celles de pluie , d'après ce chimiste, tiennent en solution les mêmes substances , mais plus abondantes. Boerhaave y a trouvé des semences d'algues lluviatiles , de mousses , des animalcules : c'est pourquoi il regardait les pluies comme des lessives chargées d'une infinité de corpuscules volatilisés et disséminés dans l'air. Les eaux de fontaines les plus pures sont altérées par des matières hétérogènes, mais en petite quantité : on y rencontre du carbonate et du sulfate de chaux , quelquefois du muriate de

chaux et de soucie^ très-rarement du carbonate de magnésie et de fer , du sulfate de magnésie et de fer.

Celles des pluies et des lacs contiennent les mêmes substances et surtout du carbonate de chaux , mais en plus grande quantité ; quelquefois aussi elles tiennent en solution des sels nitreux. Elles sont moins limpides et moins légères que les autres , peu propres à cuire les légumes et à dissoudre le savon. L'usage de ces eaux , nouvellement puisées, cause souvent des coliques d'estomac et d'entrailles , la diarrhée. Quelquefois elles sont encore viciées par des matières qui y pourrissent. Les plus insalubres ^ont celles des marais, des étangs , celles qui répandent de l'odeur et qui ont de la saveur , ainsi que l'avait déjà remarqué le père de h médecine. Comme il pourrit presque continuellement dans ces eaux des insectes et des végétaux, elles exhalent sans cesse de l'ammoniaque et du gaz hydrogène azolise : ce dernier paraît être le principe des fièvres réniittentes et intermittentes , et des dysenteries bilieuses putrides, qui régnent presque toujours dans les pays marécageux ou couverts en grande partie d'eaux stagnantes (i).

Les eaux courantes des fleuves et des rivières

(i) Pour rendre potables les eaux de marais, des

sont irès-salubres : on y trouve moins de substances étrangères que dans les précédentes, seulement du carbonate de chaux , quelquefois du sulfate calcaire , mais en petite quantité , et rarement du muriate de soude ou du carbonate de potasse. Elles sont plus pures que celles des fontaines ; et elles le sont d'autant plus que leur cours est plus rapide, et qu'elles coulent sur un lit d'une plus grande étendue , et composé de substances peu solubles.

La bonne ou mauvaise qualité des eaux dépend principalement de la nature du terrein suf lequel elles coulent. Celles qui ont parcouru une grande étendue de sol calcaire , charrient de grandes quantités de carbonate de chaux , et forment des dépôts de Ce sel et des incrustations. Ce sont ces eaux qui donnent naissance aux concrétions , aux pétrifications et aux stalactites; il est très-vraisemblable que le carbonate de chaux n'y est dissous que par l'intermède de l'acide

élangS; etc. , il faut les faire bouillir; l'ébullilion; en cuisant les matières organiques et dégageant les principes gazeux insalubres que ces eaux contiennent , les empêche de nuire; il faut encore ^ lorsque leUiquide est refroidi, Fagiler dans l'atmosphère pour lui rendre Tair qu'il a perdu : enfin ^ il faut le fillrer à travers le sable ou le charbon. On pourrait aussi assainir les eaux en y versant un peu d'acide muriatique oxigéné (chlore. ) (I. B.)

carbonique. Ces eaux , de. même que celles qui contiennent une certaine quantité de sulfate calcaire , jouissent de qualités malsaines : elles sont pesantes, d'une saveur fade, terreuse et crue; elles bouillent difficilement , ne fondent pas le savon, qu'elles caillebottent', et ne cuisent pas bien les légumes qu'elles endurcissent au lieu de les amollir. Ce sont des espèces d'eaux minérales , appelées e^ïwa: dures y crues y parce qu'elles font éprouver à l'estomac un sentiment incommode de pesanteur.

Les eaux de pluies^ recueillies dans des temps non orageux et quand ila déjà plu quelque temps, en plein air, loin des habitations de hommes et des animaux, et reçues dans des vases de terre ou de grès, ou dans des citernes faites de ces matières ou d'autres insolubks (i), sont les meilleures et les plus pures de toutes , parce qu'elles ont été purifiées par une sorte de distillation na-

(i) Les cileines sont des espèces de souterrains faits de pierres ou de cailloux lie's avec un bon ciment. Pour que Peau y entre purifiée , on pratiqué sur les côtés des cilerneaux qui communiquent vers le fond avec la citerne, et qu'on remplit en partie de gros gravier et de sable. De cette manière, l'eau est conduite lentement dans ces cilerneaux , où elle a le temps de filtrer à travers le sable avant que d'entrer dans la citerne j et l'eau en est trèspure. Le sable doit élre renouvelé de temps à autre , ou au moins lavé , pour en séparer le limon qui s'y amasse.

EOïSSONS. 225

lurellc. Les eaux qui coulent sur un terrain sablonneux ou quarizeux^ et qui sont en contact avec Tair, sont encore irès-bonnes : ces terres ne se laissent pas attaquer par l'eau. Au contraire , les eaux qui traversent des craies, des plâtres, des marbres; celles qui séjournent sur les tourbes, des bitumes, des miiiés, dans des cavités souterraines, sont plus ou moins impures, et doivent être , en général ;, rejelées.

Il est important d'observer qu'il est dangereux de se servir pour la conduite des eaux, de tuyaux de cuivre ou de plomb, parce que ces métaux s'oxident très-aisément par l'action de l'eau, et dans cet état , ils sont de vrais poisons. Il est plus sûr de conduire les eaux au moyen de tuyaux de pierres dures, de fer fondu-, de bois ou de terre cuite; ces madères ne leur communiquent rien de nuisible ni de pernicieux. Il n'est pas moins dangereux de laisser séjourner l'eau et plus encore le vin et les acides , dans des vaisseaux de cuivre et de plomb; on devrait les proscrire entièrement de l'usage domestique. On pourrait citer en preuve des dangers auxquels ils exposent une multitude d'empoisonnemens mortels qu'ils ont occasionés.

Rien ne contribue plus à la conservation de là santé que l'usage des bonnes eaux , comme rien n est plus capable de l'altérer qde celles qui posn. i5

^1^ ELÉlVTENS d'hygiène.

scdent de mauvaises qualités. Les Romains n'epargnaienl ni dépenses ni peines pour se procurer des eaux saines : souvent même, lorsque le pays n'en possédait pas de semblables, ils en faisaient venir de fort loin, au moyen d'aqueducs qu'ils construisaient à grands frais, tant ils étaient persuadés de l'utilité et de l'importance de se procurer une boisson salutaire. Il est à désirer que le gouvernement français s'occupe de cet objet si digne de son attention , et que l'indigent^ à qui la cherté du vin ne permet pas de réparer par l'usage de cette liqueur ses forces épuisées par des travaux pénibles et souvent forcés, ne rencontre pas, dans des eaux impures et malfaisantes, les germes de la destruction (i).

L'eau la plus convenable pour l'usage est celle qui est légère à l'aréomètre, et qui ne produit pas un sentiment de pesanteur dans l'estomac^ qui est claire, limpide, sans couleur, sans odeur, sans saveur, et agréable au goût ; qui s'échauffe promptement et se refroidit de même ; qui dissout aisément le savon , et qui cuit et amollit les légumes. Une eau qui possède ces qualités ne

(i) Depuis fépoque où l'auteur écrivait ce passage ; des fontaines publiques et des aqueducs nouvellement cla- Llis dans diverses villes de France ^ et surtout dans la capitale, ont en partie exaucé les vœux qu'il formait pour la sauté publique. (ï. B. )

DOISSONS. 2 2T

donne à Tanalyse que irés-peii de matières hétérogènes.

On reconnaît encore qu'une eau est bonne lorsque, sur les rives de la fontaine, du ruisseau, de la rivière, il ne croît ni joncs, ni mousse, ni aucune plante aquatique; lorsqu'elle sort de la fente d'un rocher, claire et limpide, et quelle coule sur un lit de sable, sans bourbe, sans sédiment, ou sur un cailloutage bien net. Enfin, sa salubrité se confirme par la bonne santé de ceux qui en font usage, par la force et la vigueur des animaux et des plantes du pays. Quand on voit les habitans d'un canton conserver les yeux sains , les dents blanches, et n'être pas sujets aux maladies de la peau, c'est un indice qui doit faire juger favorablement des eaux que l'on y boit. En général , leurs bonnes qualités attestent presque toujours la pureté de l'air; il est rare que celuici soit malsain dans un pays qui a l'avantage de posséder de bonnes eaux.

Les eaux de puits , et généralement toutes les eaux dures et crues , cessent de produire des coliques d'estomac et d'entrailles , lorsqu'après les avoir fait cuire on les expose pendant vingt-quaire à trente-six heures au grand air, dans des vaisseaux de terre amples et évasés; les sels qui y étaient tenus en solution se précipitent par l'évaporation, et les miasmes nuisibles, lorsqu'elles

228" ÉLÉlVîEXS. d' HYGIENE.

en caïuienncnt, se volatilisent et s'en séparent.' Elles ne conservent tout au plus, par ce moyen^ qu'une vertu légèrement purgative, qui est due aux. sels déliquescens non susceptibles de se précipiter; mais il est plus sûr de les filtrer ensuite dans le sable, avant que d'en faire usage (i)-

Linda proposé une méthode très-simple et très-

taçile, propre à remplir cet objet. Elle consiste à prcndrq unitonneau défoncé par un des bouts , et a placer; dans le milieu, un autre tonneau plus long et moins large, défoncé aux deux extrémités. Qn^i:€mplit de sable le premier^ à un tiers de sa hauteur, et celui du milieu à environ la moitié. On ;mçt l'eau qu'on veut filtrer dans le dernier : elle passe à travers le sable des deux tonneaux , et vient s'élever au-dessus du tonneau extérieur, d'où-p;i la tire par un robinet dans des vaisseaux propres à la recevoir.

Lorsque les circonstances ne permettent pas de faire usage de ce procédé , on conseille de mêler avec l'eau une petite quantité de vin, d'eau-devie ou de vinaigre : l'eau sera encore plus pure

(i) Or pourrait encore faire cesser l'insalubrile' des eaux dites sélénàeuses j en y versant un peu de carbonate dépotasse ^ et séparant ensuite , au moyen du filtre., le carbonate de chaux précipité. (I. B.) ÎO^H'JÎ:

si l'on a eu soin de la faire bouillir auparavant.

La dislillation est le moyen le plus suret le plus efficace pour débarrasser l'eau de toutes les matières étrangères qui l'altèrent : ce procédé est peut-être le seul qui puisse rendre potable celle de la mer. On parvient à la dessaler complètement à l'alambic ; mais on n'est pas toujours à portée de pratiquer celle opération , et l'on n'a pas toujours , en voyage., des vaisseaux distillatoires à sa disposition (i). ::;j

Les navigateurs éprouvent fréquemment les incommodités que cause à Un équipage l'altération de l'eau douce qu'ils embarquent avec eUx pour leur usage (2).

La nature a répandu les animaux avec tant de

(i) On peut également rendre potable lehii 'de »mer pac. la "congélation /qui n'atleint que l'eaii qui nVs! pas nécessaire ^i la dissolution des sels j la glace foTidue fournit d"e. feau saine et agre'able lorsqu'on a eu soiU|!de Taérer. (I. B. )

(•2) On parvient à conserver saine feau douce à Taide d un procède imaginé par M. Berlhollet : il consiste à charbonner fortement lintérieur des tonneaux a\aht de les remplir: un amiral russe a conservé par^ ce ino}'eh de Teau potable (bonne à boire) , pendant la durée d'un voyage de long cours. (Voyez Annaltfô de Chimie^ tome Lix. ) (L B.)

23o ELÉMENS D'ilYGlèNE.

profusion, que l'air, la terre, les mers, les eaux des fleuves et des rivières, les corps animés, les cadavres, et même les liqueurs acides, sont remplis d'une multitude d'insectes; l'eau la plus pure en apparence n'en est pas exempte. Ce sont ces insectes et leurs œufs , imperceptibles à la vue , qui donnent naissance à la putréfaction momentanée qu'éprouvent les eaux douces renfermées dans les tonneaux qu'on charge sur les vaisseaux. L'eau devient épaisse, gluante, visqueuse, prend un mauvais goût et une mauvaise odeur, qui deviennent de plus en plus désagréables à mesure que la fermentation fait des progrès; celle-ci ayant cessé , les corps hétérogènes se précipitent au fond des tonneaux, et la même eau redevient douce et claire; ce qui a lieu fréquemment au bout de vingt-quatre heures.

Low^itz a découvert, il y a quelques années , un procédé de la plus grande utihté pour préserver l'eau de la corruption , et pour la rétablir quand elle est corrompue. Pour remplir le premier objet, il faut d'abord porter la plus grande attention sur la propreté des tonneaux, les bien nettoyer avec le sable, puis les frotter avec le charbon en poudre; on met ensuite, par chaque tonneau ordinaire et rempli, à-peu-prés six à huit livres de poudre de charbon , et une quantité suffisante d'acide sulfurique pour lui communiquer

BOISSONS. 25 r

une légère acidité; on ai^^ile de lemps en temps le charbon pour le mêler avec l'eau. Lorsqu'on veut s'en servir , on la passe par une chausse de toile, dans laquelle on a mis un peu de poudre de charbon.

Lorsqu'on veut rétablir Teau corrompue, on jette par parties , dans le tonneau , de cette même poudre, jusqu'à ce qu'il ne s'en exhale plus de mauvaise odeur ; puis on en filtre ime petite quantité à travers le papier ou la chausse de toile, pour voir si elle passe claire, et on y ajoute du charbon jusqu'à ce qu'elle ne soit plus trouble; pourîbrs on la passe dans une grande chausse. Quand oii a de l'iicide sulfurique , on en met dans le tonneau, avant que d'y mêler le charbon, eh suffisante quantité pourdonner à l'eau une légère acidité. Si on destine celte eau à cuire les alimens, ou peut substituer à l'acide le muriate de soude (sel marin). Toutes ces opérations peuvent s'exécuter dans l'espace de cinq à six minutes..

Il est nécessaire que le charbon qu'on emploie soit bien fait, qu'il ne contienne point de cendres ni de substances grasses , et qu'il ait été conservé à l'abri de la fumée et des vapeurs inflammables. On peut le faire servir plusieurs fois aux mêmes usages ; il ne s'agit pour cela que de le sécher, ou , ce qui vaut mieux, de le pousser à un grand feu en vaisseaux clos , et le pulvéri;àec eueulto de nou-

veau. 0^1 remarque que le charbon affaiblit considérablement la saveur de l'acide sulfurique , sans doute en le désoxigénant et en le réduisant en soufre. Deux gouttes de cet acide donnent à quatre onces d'eau une saveur aigre assez forte ; mais elle est presqu'entièrement détruite dès qu'on y mêle un peu de poudre de charbon (i).

L'eau pure et fraîche humecte, désaltère ef rafraicliit; elle donne du ion à l'estomac, et de Jà à jtout l'organisme; elle aide la digestion , fournit un véhicule nécessaire aux humeurs, dissout les manières excrémenlitielles, et les entraîne avec elle }iors du corps. Les buveur^ d'eau mangent ordinairement beaucoup, digèrent bien, et parvienj^ent à une grande yieilless.ç,, exempts des infir-

(i) On a beaucoup perfecLionne^ dans ces derniers temps ; les moyens de purifier l'eau, c'esl-à-dire , de la débarrasser des matières étrangères qui y sont plutôt suspendues que dissoutes. Les filtres dont on se sert pour cet objet sont ordinairement en sable de rivière ^ en charbon ou en pierres porreuses de^nature calcaire disposées , dans les fontaines , en couches plus ou moins épaisses, que Teau est forcée de traverser. Les filtres en pierre sont préférables, parce qu'ils fournissent une eau constamment claire. Dans le bel établissement du quai des Céleslins à Paris , où l'on clarifie des quantités énormes d'eau de rivière, on a la précaution de faire d'abord passer le liquide à travers des éponges avant qu'il traverse les couches de charbon en poudre. (L B.)

mités auxquelles sont sujets les autres hommes. L'usage de celte boisson, que la nature a destinée aux besoins des hommes et des animaux, convient à tous les âges et à toutes les constitutions; elle possède la plupart des vertus médicales, selon les 'divers degrés de température qu'on lui donne; ce qui lui a mérité le nom de panacée , ou remède universel j et e^ effets il est peu de maladies où on ne puisse l'employer utilement , et à la guérison desquelles elle ne contribue, conjointement avec une diète convenable ; elle fait la base de la plur part des boissons médicinales , des potions , des mixtures, à(iS décoctions, des apozèmes et au-r très préparatiops pharmaceutiques (i).

11 en est de l'eau comme des autres choses les plus salutaires; elle fait ,du bien tant qu'on .en use sobrement , et devient nuisible dès qu'on en abuse. Opine quod nimium , naturœ inimicum* Li'eau bue ayec excès en été , ainsi que l'a re-r marqué Hippocrate (2) , occasione quelquefois l'hydropisie. Elle produit des maladies aiguës de poitrine , telles que la pleurésie et la péripneuinonie, lorsqu'on a l'imprudence d'en boire pen-

(1) L'auteur de i'arlicle Hydropote du Dictionnaire des Sciences rae'dicales a lait de l'eau un e'ioge qui me'rite d'être consulte'. (I. B.)

(2) Lib. de JJfcct, inCeni.

tlant que le corps est échauffé et en sueur, parce qu'elle détermine brusquement le refoulement des forces vers l'intérieur , qui , se changeant en spasme , empêche la résorption des fluides perspi râbles , ou cause un surcroît d'action dans la partie qui devient leur aboutissant : telle est la cause la plus ordinaire de la plupart des maladies qui exercent les plus grands ravages dans les armées , parmi les gens des campagnes et les artisans. On les préviendrait aisément si on avait la sage précaution de ne se désaltérer qu'après quelques momens de repos, durant lesquels le corps se serait rafraîchi et aurait repris son état naturel. L'eau froide , dit Hippocrate , est nui^ sible dans la toux et les inflammations de poitrine; elle ne convient pas dans la fièvre, quand le malade à les pieds froids. Elle est très - utile dans les affections bilieuses , dans les grandes douleurs de lête , et dans les spasmes. Il est préjudiciable à la digestion de boire beaucoup d'eau immédiatement ou peu de temps après le repasi Il est très-dangereux aussi de faire habituellement usage d'eau chaude ou des infusions théiformes , etc.

§ IL Des Boissons fermentées.

On appelle en général boissons fermentées tous les liquides qui ont la propriété d'enivrer, à raison de l'alcohol qu'ils contiennent , alcohol qui est le produit de la fermentation vineuse : tels sont le vin de raisins , la bière , le cidre , le poiré , l'hydromel vineux , l'eau-de-vie et l'alcohol ou esprit-de-vin. On donne avec raison la préférence au vin de raisins ; il est aux autres boissons fermentées ce que le pain fait de farine de froment est à celui qu'on fabrique avec les farines des autres graminées : il a la supériorité sur toutes, et par rapport au goût, et par rapport aux autres qualités. ^'[

De toutes les substances le sucrèest la seule qui puisse être convertie en alcohol, et il n'y a que celles qui le contiennent qui soient susceptibles de passer à la fermentation vineuse; mais il faut 5 pour que cette fermentation s'excite , qu'il soit étendu dans une certaine quantité d'eau, et mêlé à une autre matière végétale où animale quelconque , comme à l'extractif , à la fécule , à «n sel , etc. (i). -^ ^*

(i) Celle matière est ce que les chimistes modernes yppellenl \eftnnent. (I. B.)

356 ÉLÉIWENS d'hygiène.

Le sucre est si abondamment répandu dans les substances végétales et animales , qu'il y en a peu qui ne soient capables d'éprouver la fermentation vineuse et de donner de l'alcohol. Tous les fruits sucrés, écrasés, la contractent, bientôt, lorsqu'ils éprouvent un degré de cbaleur au-dessus du quinzième 4 ti thermomètre de Réaumur. Les semences des graminées et surtout de l'orge, dont la germination a développé la matière sucrée, le miel et Je sucre étendus d'eau ^ passent aisément à cette €spèce de fermentation lorsqu'ils sont soumis à Faciion de cette cause : bien plus ^ le lait lui-même est susceptible de se transformer en vin ; et les Tartares n'ont guère d'auires boissons enivrantes que celle qu'ils font avec le lait de leurs jumens, dont ils déterminent la fermentation par le procédé que j'ai indiqué en parlant du lait. .j it,p

Le vin est un composé d'eau, d'alcohol, de tartre, d'un arôme qui diffère suivant l'espèce de vin, et d'une substance extracto-résineuse colorante (l). !l|,

On conçoit aisément que les vins diffèrent en qualités, non-seulement par rapport à l'espèce de raisins et à la nature du terroir, mais encore pai*

(i) On y trouve encore un peu de raalière sucrée ^ Je l'acide maliquc; de l'acide lartrique et acétique. (!• !>•)

BOISS^ONS.' 2^7

rapport aux diverses proportions des principes , et par la manière dont on aconduit la fermentation.

Cette liqueur est une boisson connue de temps immémorial ; il n'est point même de nations sauvages qui n'aient trouvé les moyens de s'enivrer avec quelque breuvage. Les Moxes, nation la plus barbare de l'Amérique, font une liqueur trèsforte avec des racines pourries qu'ils infusent dans Teau. D'autres sauvages font avec le maïs une liqueur dégoûtante, appelée la chicha, qui est trèsspiritueuse , et avec laquelle ils s'enivrent fréquemment.

Le vin est une boisson nourrissante (i), aussi agréable que salutaire, quand il est de bonne qualité et qu'on en use sobrement. Le bon vin est celui qui plaît également par sa couleur, sa limpidité, son odeur et sa saveur, et dont l'usage modéré ne cause aucune incommodité : celui qui est falsifié est très-dangereux, et un vrai poison qui abrège les jours.

Si on observe les effets que le vin produit sur les liommes, on verra qu'ils sont très-différens selon les diverses constitutions. Il y en a qui en boivent babituellement , même en grande quan-

(i) La propriélë iiulritive du vin peut être coiilestée; le vin stimule ; maïs il est douteux qu'il noiirrissCi (I.B.)

liié, sans en ressentir d'incommodités, et que son usage n'empêche pas de parvenir à un grand âge. Néanmoins le plus grand nombre des buveiars ne vivent pas long-temps et meurent de bonne heure accablés d'infirmités. Il est donc sage de ne prendre habituellement qu'une modique quantité de vin^ et même de le tremper d'eau. Ce conseil est surtout de rigueur pour ceux qui sont incommodés par cette boisson.

On peut être assuré que l'usage du vin est nuisible , et on doit se l'interdire absolument , lorsqu'il produit , après en avoir pris en petite quantité , une haleine vineuse , des rapports aigres , et de légères douleurs de tête ; et lorsqu'après en avoir bu une plus grande quantité que de coutume, il occasione des étourdissemens, des nausées, l'ivresse, surtout quand celle-ci est chagrine, sombre, querelleuse et colère. Les hommes sur lesquels le vin produit de semblables effets , et qui persistent dans son usage , périssent misérablement vers la cinquantième année de

15 A âge.

L'excès du vin prédispose à diverses maladies du système nerveux , et principalement aux affections mentales. Les ivrognes succombent souvent aux phlegmasies chroniques des voies digestives, aux liydropisies de l'abdomen, etc.

Les liqueurs spiritueuses faites à l'eau -de -vie

BOISSONS. 25q

et à resprîl-de-vln, sont encore plus pernicieuses, et leurs effets sont bien plus déle'tères, lorsqu'on en fait usage habituellement et avec excès. Ces liqueurs, dont on abuse tant, sont de vrais poisons, qui ne contribuent pas peu à moissonner l'espèce humaine à la fleur de l'âge.

Le premier effet du vin et des liqueurs fortes pris immode'rément, est d'exciter une vive irritalion dans les entrailles , d'y créer des spasmes violens et d'y concentrer les forces, au point que l'organe extérieur est presque entièrement privé de son action.

Si l'on considère un homme pris de vin, on voit que sa tête est affectée , qu'il est dans le délire et l'assoupissement ; il ne peut se soutenir, il est chancelant, et souvent l'habitude du corps est froide; il a perdu toute sensibilité; le froid et le chaud ne lui font aucune impression; il est tourmenté de vents; il a le hoquet, du tremblement, etc.

Ceux qui digèrent bien le vin n'éprouvent pas, ou du moins n'éprouvent que d'une manière peu sensible, les symptômes dont j'ai fait l'énumératiou plus haut. Leur ivresse est spirituelle, babillarde et gaie| il est rare qu'ils périssent de l'hydropisie et des obstructions : malgré cela, le vin produit quelquefois chez eux des effets nuisibles. Les buveurs de cette classe vivent plus que ceux

240 ÉL^ENS d'iIYGIENE.'

dont je viens de parler , mais leur tempérament s'altère et se déprave pour l'ordinaire vers Tage de soixante ans, et ils ont en partage dans la vieillesse, la paralysie-, la démence, l'apoplexie et d'autres maux de ee genre.

En général , les liqueurs fortes prises habituellement en trop grande quantité, consument les forces de la vie et amènent une vieillesse prématurée; elles entretiennent dans l'économie animale une sorte de fièvre habituelle, qui épuise, enflamme et dispose à des maladies graves. On croit communément qu'elles aident à la digestion; mais cela n'est vrai que dans certains cas, comme lorsque les organes digestifs sont dans un état de faiblesse et de relâchement tel qu'ils ne digèrent qu'avec peine, ou lorsque la force excentrique domine vicieusement et au point de laisser ces organes dans une inertie presque totale. Une petite quantité de liqueur , prise dans de semblables circonstances, relève utilement le ton et fait converger les forces vers l'estomac: mais si on fait journellement usage de liqueurs, elles jettent à la longue les premières voies dans une énervation radicale. En général, tous les moyens qui font de l'estomac un centre, permanent d'action, finissent par détruire ses forces et son activité.

Tels sont en abrégé les niâux que se prépare

riiomme qui se livre avec passion à l'usage des boissons spirilueuses. On ne m'accusera pas sans doute de les avoir exagérés, car il est peu de personnes qui n'en aient été témoins. C'est sans doute le tableau de ces maux qui a fait penser à quelques philosophes que la vie abstème était la seule convenable à l'homme. Nos premiers pères, nous dit-on, vivaient plus long-temps, et ne connaissaient pas l'usage du vin. La nature a prodigué l'eau à tous les hommes et dans tous les pays : elle l'a rendue agréable pour tous les palais, tandis qu'elle n'a fait croître nulle part les liqueurs fermentées, qui sont un produit de l'art. Mais estil démontré que la vie des premiers hommes n'a été si longue que parce qu'ils ne faisaient pas usage de ces boissons? et n'existe -t- il pas une multitude d'autres causes qui ont appelé, ainsi que je l'ai dit au commencement de cet ouvrage, une foule de maux et d'infirmités sur l'homme ^ et qui ont abrégé la dur<ée de son existence (i)? Ne peut-on pas opposer aux partisans de la vie abstème le goût naturel qu'ont tous les peuples

(i) La plupart des idées émises sur la longueur de la vie de ceux qu'on appelle \es premiers hommes j ne repo^ sent que sur des notions vagues et incertaines. Les hommes dont on parle ne vivaient peut-être plus long-temps que nous ; que parce qu'ils avaient des années plus courtes.

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