‹ Élémens d'hygièneChapitre 23 sur 43 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Du Café et du Thé,

J-JE café (cojfea; coffha arabica ^ L.), est le fruit d'une espèce d'arbre, originaire de Moka, où il croît naturellenaent , ainsi que dans le reste de l'Arabie. On acuhivé le cafeyer depuis dans les îles deBourbon,de Saint-Domingue, de la Martinique et de Cayenne. Son usage est très -ancien dans l'Arabie, l'Ethiopie, l'Egypte et la Turquie. On croit qu'un Mollack nomme Chadely fut le premier qui usa du café, dans la vue de se délivrer d'un assoupissement continuel qui ne lui permettait pas de vaquer convenablement à ses prières nocturnes. Ses derviches l'imitèrent, et leur exemple entraîna les gens de loi. On ne tarda pas à s'apercevoir , dit Raynal ^Histoire philosophique et politique fYiy. III), que cette boisson purifiait le sang par une douce agitation, dissipait les pesanteurs de l'estomac, égayait l'esprit; et ceux même qui n'avaient pas besoin de se tenjr éveillés l'adoptèrent. Des bords de la mer Rouge il passa à Médine, à la Mecque, et, par les pèlerins, dans tous les pays mahomélans.

WjS ÉLÉMÈNS d'hygiène.

On torréfiait beaucoup autrefois le café, et il contractait de la sorte un goût acre et empyreu- ' matique : on ne le brûle plus autant aujourd'hui , et on le fait aussi moins bouillir. On préfère avec raison le café fait par infusion à celui qui a cuit avec le marc : il est meilleur, plus fort et plus balsamique. La décoction fait évaporer les parties volatiles, auxquelles il doit ses principales qualités , et lui donne de l'amertume. Le marc du café fait par ébullition fournit encore une seconde boisson qui est acre. On fait le café par infusion en versant par-dessus de l'eau bouillante, et en le filtrant ensuite ou le laissant reposer l'espace d'un quart d'heure.

Le café excite l'action de l'estomac et des nerfs, et porte son impression sur le système de la circulation , car il accélère le mouvement du sang et les sécrétions. Il éloigne le sommeil et favorise la dissolution des alimens dans le suc gastrique , et aide ainsi la digestion. Ses bons effets ne se bornent pas là; ils s'étendent à l'âme : en effet, il donne de la sérénité à l'esprit, et l'éleclrise,- il excite les fonctions animales, met en jeu les ressorts de la mémoire," échauffe l'imagination et fait jaillir la pensée. Il convient surtout aux hommes de lettres, aux personnes qui ont beaucoup d'embonpoint, à celles qui mènent une vie oisive et sédentaire, aux constitutions pituiteuses, aux per-

BOISSONS. 27g

sonnes affectées de l'asthme humide, dans tous les cas de relâchement et d'atonie, ainsi que danslivresse, qu'il dissipe. Il est contraire aux jeunes gens, aux tempéramens sanguins, bilieux et atrabilaires, ainsi qu'aux personnes maigres et à celles dont la fibre est roide et irritable; aux femmes sujettes aux fausses couches, à celles qui ont des fleurs blanches , et aux hystériques. Il agace, irrite le genre nerveux et augmente sa mobilité,il est même des individus chez lesquels le café produit le tremblement des membres ; on en a vu que son usage immodéré avait rendus paralytiques, et d'autres auxquels il a occasioné des érysipcles et des efïlorescences de la peau. Quelques médecins pensent que c'est en grande partie à l'usage du café, qui est général de nos jours, que sont dues la plupart des apoplexies et des affections soporeuses, qui sont plus fréquentes qu'autrefois. Quoi qu'il en soit , il est certain que son usage immodéré est pernicieux. Son huile amère et aromatique, en irritant vivement les fibres i^astriques, détruit à la fin leur ton. Le lait ou la crème qu'on mêle à ïinfusum du café diminue un peu sa qualité irritante, mais ne la détruit pas. Si on en croit un des grands médecins de ce siècle, le café à la crème et au lait est très-nuisible aux femmes ; et depuis que le plus grand nond3re en fait usage, les fleurs blanches ;

28o ÉlÉwENS l/llYClÈNE.

les ulcères de la matrice et plusieurs autres affections de cet or*^ane, sont devenus bien plus communs qu'ils ne relaient dans les siècles précédens, sans doute parce qu'il énerve l'estomac et porte sympaliiiquement une impression d'atonie . sur la matrice.

Le thé (^theaj thea hohea y et iliea viridis , L.) est un arbrisseau commun à la Chine et au Japon, dont les feuilles, après avoir été torréfiées, sont employées en infusion pour aider la digestion. Au Japon et à la Chine, on ne fait usage du ihé qu'un an après qu'il a été cueilli. I^es Chinois le font par infiision , et le prennent sans sucre ni miel. Les Japonais le réduisent en poussière^ et mettent de l'eau chaude dans les tasses avec une petite quantité de poudre qu'ils remuent jusqu'à ce que la liqueur mousse; alors ils la hument pendant un moment, et la prennent ensuite. Le thé est la boisson ordinaire de tous les gens de travail en Chine.

Le thé léunit trois propriétés principales : il est sédatif, astringent , et a un goût fort agréable. 11 paraît que ce ne fut pas un vain caprice qui introduisit son usage en Chine. Les eaux y sont très-malsaines , ferrugineuses et très-désagréables au goût. L'expérience a enseigné aux Chinois qu'elles devenaient meilleures par la coclion et l'addition de quelques plantes astringentes, et

rîen ne leur a mieux réussi que le thé , à corriger les eaux de leur pays et à en prévenir les mauvais effets. Le llié jouit aussi, en raison de sa vertu astringente et tonique, de la propriété d'aider la digestion et de favoriser la transpiration. Mais son usage habituel n'est pas exempt de danger; et, d'après les expériences de Smith, Yinfusum du thé vert détruit la sensibilité nerveuse et l'irritabilité musculaire.

Le thé vert, distillé par le docteur Lettsom, a fourni une eau odorante fortement narcotique ; c'est pourquoi les Chinois le font sécher à un degré de chaleur considérable , et le gardent un an au moins avant que d'en faire usage. L'observation prouve qu'il conserve sa vertu narcotique tant qu'il lui reste de l'odeur ; ce qui fait présumer que cette vertu est attachée à son arôme. Les Anglais et les Hollandais en font un très- grand usage : peut-être leur est-il avantageux par rapport à la grande quantité de viandes qu'ils 'mangent à demi-cuiles; néanmoins, quoique le pouvoir de l'habitude soit capable de rendre nulle l'action des 5fzmwZu5 les plus énergiques, ils sont très -sujets aux maux de nerfs. Le ihé ne convient guère que dans les cas d'indigestion : il donne aussi de la gaîté comme tous les autres narcotiques; mais son usage immodéré ou habituel affaiblit les organes de la digestion , irrite

le genre nerveux et occasione le tremblemeni des membres. Le thé appelé bohca est plus narcotique , et par conséquent plus nuisible que le ihc vert.

Page 1