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CHAPITRE III

Des Passions,

1^' ILLUSTRE Pope a dit avec raison ( Essai sur t homme ) que les passions étaient les modifications de Tamour-propre. En effet , la conservation de l'homme est le centre vers lequel convergent toutes ses affections et toutes ses actions : il tend furlenient vers le plaisir, qui maintient ou augmente la quantité de vie dont il jouit , et il fuit tout ce qui peut lui nuire. Le plaisir et la douleur sont donc les élémens générateurs de toutes les passions, qui , en dernière analyse , peuvent se réduire à deux, l'amour et la haine. Le plaisir n'est que momentané ; on le juge par son intensité ; sa durée établit le bonheur.

5o4 ÉLÉIWENS d'hYGIEINE.

Le premier degrëdu plaisir est la gaiié. Si celle sensation est plus vive, c'est la joie ; si elle est por-;lée 3 son maximum , c'est la volupté : l'inier^ val le qui .«épare celle-ci de la douleur est pres^ que insensible; ces deux sensations se touchent en quelque sorte.

Plus le {)laisir qu'on a éprouvé est grand, plus l'âme appréhende d'en être privée : telle est l'ongine de la crainte , qui s'accompagne ordinairement de l'espérance , parce que ces deux affections ont une source commune , la probabilité du bien et du mal. La crainte est remplacée par la tristesse quand l'espérance est détruite; mais si l'homme ne voit dans l'avenir qu'une série de malheurs sans terme, sa tristesse alors se change en désespoir , et son existence lui devient odieuse.

C'est l'amour de soi qui fait parcourir avide^ ment à l'homme les objets qui peuvent ajouter à sa félicité : de là la curiosité. Naturellement in^ constant , il veut varier ses sensations agréables ; et , sa curiosité une fois satisfaite par un nouveau plaisir, il éprouve pour celui-ci le sen timent d'admiration, qui, dans l'homme de talens, se con^ vertit en enthousiasme ; ce sentiment est l'admi-? ralion des grandes âmes. Il n'en est pas de même des âmes faibles; elles envient dans les autres les biens qu'elles ne possèdent pas. Cette passion , j'envie, est le plus grand fléau dans l'ordre sQcial,

PASSIONS. 5o5

Je ne suivrai pas plus loin les développemens de J'amour de soi ; il me suffit d'avoir esquissé la manière dont se forment les passions.

Nous avons vu quelle était l'influence physique des sensations sur l'économie animale , selon qu'elles sont agréables ou pénibles : elle est la même pour les passions. Lorsquel âme jouit, elle opère une expansion, une inlumescence des fibres ; elle dilate l'épigastre; elle porte les forces et les humeurs à la circonférence. Lorsqu'elle souffre, elle condense l'organe extérieur ; elle resserre l'épigastre et y concentre l'action. Les passions font donc éprouver les mêmes effets qu'une chaleur douce , et un froid âpre et vif : aussi la transpiration est-elle diminuée dans la haine et la tristesse , et augmentée dans le plaisir. On observe aussi que la diminution de cette excrétion, occasionée par l'action des causes physiques , comme par les alimens , le froid humide, rend triste et mélancolique , au lieu que les causes qui favorisent cette fonction disposent à la gaîlé,àla joie , aux voluptés. On remarque encore que la concentration habituelle des forces dans l'épigastre , produite, par les impressions douloureuses ou d'autres causes soutenues, rend le caractère sombre et haineux, au lieu que la liberté des fondions et l'expansion des forces disposent aux ^entimensagréableS; et donnent cette gaîté de teni-

5o6 iLÏMEWS D^liYGlÉrsE,

pérament propre à certains individus, qui ne rerpirenl que la volupté , et dont les mains ne s'occupent qu'à cueillir des fleurs. Floridà .Antonioruin y faciès , disait César , neminem terret -^Jlores inlertexunt ^ et sicas nunquani acuunt : viiîtus illos macilentos et aciastos refonnido.

C'est à toi t que quelques froids inoralisies ont blâmé les passions, et ont voulu faire de l'homjue vm eue impassible, un automate, pour le conduire à la {xïrfeciion. Il est aussi ini possible à l'homme de vivre sans passions que d*exisler sans sentiment; elles sont nécessaires à la vie : le cœur de l'homme , dit Juvénal , a le vide en horreur. Il n'y a que l'abus des passions qui soit condamnable. Les fonctions du corps ne peuvent s'exercer d'une manière convenable qu'autant que le cerveau reçoit et renvoie librement l'action : or , les affections de l'âme empêchent la concentration des forces et favorisent leur libre circulation , et sous ce rapport elles sont absolument utiles à la vie. Je n'entends parler ici que des afïections modérées, et non des passions extrêmes, qui sont très-dangereuses , et qui , portées à un haut degré de violence , peuvent donner la mort au même instant qu'on les éprouve.

Les passions agréables, portées à l'excès, ne sont pas exemptes de dangers. La joie extrême peut opérer sur le cerveau les mêmes effets , même

PAssiojïs. 5oj

dans ijn degré plus inlenjse , que la douleur, et produire lout-à-coup un spasme qui , interceplani toute irradiation vitale , frappe de mort avec la pronipîitude de la foudre. Diagore expira de joie en voyant revenir ses trois fils vainqueurs des jeax olympiques. Sophocle mourut de plaisir en recevant une couronne à laquelle il était Lien éloigné de prétendre. Polycrate , Chilon le Lacédéuîonien, Philipide, Denys, périrent d'un excès de joie. Le pape Léon X eut le même sort , et mourut subitement de plaisir en apprenant la nouvelle d'un malheur qui était arrivé à la France.

Il faut remarquer que la plupart des morts subites produites parles passions appartiennent à la vieillesse; ce qui ne paraîtra pas étonnant , si on fait attention qu'à cet âge la vigueur du corps est considérablement diminuée , et que les forces et les humeurs se dirigent naturellement vers l'épigastre : or , l'effet des passion» vives est de les attirer fortement vers ce foyer de la sensibilité : il résulte de là que , TépigasTc retenant toute laclion , celle-ci dégénère en un spasme qui met le plus grand désaccord dans les mouvemens, et qui arrête quelquefois toul-à-coup les mouvemens de la vie. Les mêmes passions sont moins à craindre dans la jeunesse ; elles ne font qu'ébranler le eorps, et les forces seiasitives sont plus capables

5o8 ÉLi^MEPfS D'HYGlirfE.

de supporter les chocs violens des vives afTeclions. L'épigaslre, qui, à cet âge, réfléchit aisément les forces vers la circonférence, est moins disposé à les retenir, et par conséquent k favoriser les dangereux effets des passions. Il n'y a en général que les affections modérées qui soient exemples de dangers : encore faut-il qu'elles ne soient pas long-temps soutenues, surtout 'si elles sont du genre des pénibles : autrement elles donnent lieu à des maux physiques très - graves , si par leur violence elles ne font pas mourir subitement. Leur effet , comme nous l'avons dit , est de déterminer les humeurs vers les organes épigastriques. Lorsque cette détermination est constante, comme cela a lieu quand les passions pénibles , telles que la haine , la tristesse , la crainte , les inquiétudes , etc. sont prolongées pendant un certain espace de temps , il se forme des embarras dans les viscères , et surtout dans le système de la veine porte^ qui , comme l'ont très-bien dit les anciens, est la source de la plupart des maux , porta malorum; les humeurs qui y stagnent s'altèrent , et forment dans ces organes affectés du spasme des foyers d'irritation qui jettent des irradiations dans différentes parties du système , et donnent ainsi lieu à la plupart des maladies graves , telles que les fièvres aiguës , la goutte , la mélancolie ; etc. ; et ces maladies se manifestent

PASSIONS. Sog

avec d'autant plus de proniptiliide et dans un degré d'autant plus intense, que les affections de l'ame ont été plus contiaintes-, ou plus longtemps renfermées et retenues (i), et que leur action est renforcée par d'autres causes , telles que les erreurs dans le régime , les veilles prolongées , les saisons, les promptes variations de température dans l'atmosphère , le progrès de l'âge, etc., qui favorisent le refoulement des forces et leur concentration dans Tépigastre.

IN'oublions pas une considération importante, celle du passage subit d'une affection à une autre. Lorsque ce passage se fait successivement et par degrés, il trouble et déconcerte moins les mouveraens , il n'est pas aussi dangereux ; mais lorsqu'on passe rapidement^ et comme par surprise, d'une affection forte à une autre aussi forte , mais opposée , il en résulte une plus forte concentration de l'aclion dans' l'épigastre , et souvent un

( i) Dans les affections contraintes, le spasme semble combattre le spasme. Si on les compare avec celles oiî rhomme se livre librement à tous les sentimens de la douleur ^ et exhale ses peines par des plaintes, des gémissemens et des pleurs , on verra quelle gène et quel spasme violent doit éprouver le diaphragme dans les personnes affligées et obligées de cacher le trait qui les a Ijlessées , souvent même do feindre un sentiment contraire.

5lO ÉLÉMF?rS D*ilYGlL^F.

spasme mortel. On connaît riiistoire de ces Jeu* femmes qui, voyant Fevenir de la fameuse bataille donnée près du lac de Trasimène , où l'armée romaine fut taillée en pièces , leurs fils qu'elles croyaient morts, passèrent brusquement de la douleur la plus vive à une joie excessive^ el périrent sur-le-cbamp. Il résulte de là un co* roUaire très-utile : c'est que, lorsqu'on veut guérir une personne d'une passion , il faut éviier les passages rapides et leschangemens subits. La joie n'est pas le remède de la doideur , ni l'amour celui de la baine. Pour calmer les passions fortes, il faut d'abord paraître les partager : en les par-^ tageant on les affaiblit , et en les affùblis^ani on parvient à les éteindre.

Quoique les passions se ressemblent en géiié-* rai par l'identité d'action , savoir, la concentra-» lion plus ou moins forte des forces dans l'épi-» gastre ou leur expansion, elles ont néanmoin.4 cbacune des effets qui leur sont propres, et qui leur donnent un caractère distinciif et une sorte de pbysionomie.

Les afî'cctions douces et paisibles, comme la g aile , la joie moJcrée , Y espérance et Y amitié , jefenl de nombreuses irradiations vitales dans tous les organes, et déterminent le courant dc^ Oscillations et des bumeurs vers la circonférence ; ellrs accélèrent la circulation, mais par un mou-

Toment doux, égal et aisé: Je pouls est plein, mais avec un caractère Je niulles^e; toutes les fonctions s'exercent avec facililé et avec un senlinieut de plaisir; le visage se colore et devient verniiiil ; les yeux acquièrent de la vivacilè; tous les traits s'épanouissent et annoncent l'heureux éiat de l'âme. Il n'en est pas de niênie dans la joie excessive : elle accélère à la vérité la circulation, mais par secousses, et s'exprime souvent par des sanglots de même que le cliagrin violent; on ressent dans Tépigaslre un resserrement plus ou moins grand , ei qui annonce assez le spasme du diaphragme; le visage palit , les mams tremblent et les jambes se dérobent sous le cor[)s ; il survient des défaillances, et quelquefois, comme nous l'avons dit, la mort,

La tristesse , le chagrin lent , la mélancolie mo^ raie, font éprouver à l'épigastre un resserrenienl doidoureux qu'on désigne par cette expression vulgaire, et qui est exacte : le serrement du cœur. Cette constriction spasmodique, qui est l'effet de la concentration des forces , gène faciion des poumons et fait pousser des soupirs. On dirait que toutes les forces ont abandonné l'organe extérieur, tant le corps est abattu : le pouls est serré , petit, quelquefois lent, et d'autres fois fréquent, mais toujours inégal ; les sécrétions et les excrétions sont diminuées, et surtout la lrans[)iratioîi ;

5l2 ELE^IEXS D llYGlLxi:.

les traits de la figure se décomposent et peignent l'éiat pénible de l'âme, qui, pour peu qu'il dure, décide bientôt l'hypochondrie, la fièvre nerveuse et autres maux semblables, dépendans du désaccord dans les mouvemens et de l'irrégularité de l'action. On a vu quelquefois des personnes mourir dans très-peu de temps par l'effet d'un cbagrin violent. Le médecin Fernel périt, dans un espace de temps très -court, du regret d'avoir perdu son épouse. Le pape Clément VII périt de même, à l'occasion d'une lettre vive que lui avait adre:>sée l'université de Paris. Racine et le marquis de Louvois ne vécurent pas long-temps après être tombés dans la disgrâce de Louis XIV . Marcellus Donalus et PaulJove rapportent que, dans la guerre de Ferdinand contre les Turcs, il y eut un jeune bomme qui combattait avec tant de valeur qu'il excitait l'admiration des deux partis. Il succomba enfin sous le nombre des ennemis. On désira de savoir qui il était, et lorsqu'on eut levé la visière de son casque, il fut reconnu par son père , qui demeura imnjobile , les yeux fixés sur lui, et tomba mort sans dire une parole.

La colère est une passion forte, qui résulte de Funion de la baine et de la soif de la vengeance. hi' inimitié en diffère par un moindre degré de violence; elle est la colère affaiblie , et un désir pro-

PASSIONS. 5l3

îongé de la vengeance. Elle trouble Tesprii, et dé- Ibrme d'une manière horrible les traits du viirage : elle pre'cipite la circulation ^ et pousse avec force le sang vers la face, qu'elle rougit et enflamme. D'autres fois le spasme est général, et si violent que le visage pâlit ,* la bouche est écumante et les yeux étincelans ; le pouls est grand , fort et fréquent; quelquefois aussi petit et serré, mais toujours inégal ; les membres tremblent, la respiration est gênée et interrompue par de fréquens soupirs. On voit, par les symptômes qui se manifestent dans la colère, combien cette pas^ sion est dangereuse et nuisible. Elle porte particulièrement son action sur le système hépatique, et produit souvent la jaunisse. Elle donne quelquefois heu à des hémorrhagies mortelles, à la rupture des cicatrices, aux inflammations, aux fièvres ardentes et aux apoplexies. On l'a vue souvent jeter ceux qui en étaient attaqués dans l'épilepsie, les convulsions, et d'autres affections nerveuses non moins graves. Bien plus, les exemples de ceux qui ont perdu la vie dans des mouvemens de colère ne sont pas rares. Valentinien premier, reprochant en face aux députés de Bohême leur ingratitude, entra dans une si violente fureur qu'il perdit à l'instant la parole et la vie. Le roi Wenceslas fut frappé d'une attaque d'apoplexie dont il périt quelques jours après, pour II. 55

5l4 TLEMENS D HYGIENE.

siéfre violemment emporté contre un homme qui ne l'avait pas averti des troubles excités à Prague par Ziscon. L'empereur Nerva périt de même dans un accès de colère. J'ai vu mourir deux femmes, Tune dans les convulsions et au bout de six heures, et l'autre de suffocation, dans l'espace d'un jour, pour s'être livrées à des transports furieux.

La colère est une passion qui ne peut être prévenue que par une bonne éducation et une saine morale. Elle produit, ainsi que nous l'avons vu, les effets les plus terribles : elle a néanmoins quelquefois é^é utile, et elle a guéri plusieurs paralytiques. Hippocratc dit qu'elle n'est pas nuisible aux pituiteux , et qu'elle peut même leur être avantageuse. Il en est de même de toutes les passions fortes, pourvu qu'elles ne soient pas immodérées, parce qu en augmentant les mouvemens , qui sont naturellement lents dans ces constitutions, elles favorisent la libre circulation des forces. Au reste, on a moins à redouter l'eftet des aft'eclions vives dans les pituiteux , car ils ne jouissent pas d'une grande sensibilité , et sont très -difficiles à émouvoir. '

La peur et la crainie produisent un resserrement subit dans l'épigastre : la respiration est gênée et entre-coupée de soupirs; le cœur palpite , tout le sang et les humeurs sont refoulés avec les forces

PASSIONS. 5i5

clans rinlérleiir, le visage pâlit , tout Je corps devient tremblant, les jambes se dérobent sous le corps ; le |>ouls est petit, serré , fréquent et irrégulier; enfin, le spasme est si violent et si général qu'il occupe même le système veineux , et que le sang ne sort pas de la veine qu'on a incisée. Toutes les évacuations sont supprimées par reflfet de ces passions, excepté celles du ventre; car, pour l'ordinaire, celles-ci sont augmentées, et presque toujours la peur et la crainte donnent la diarrbée. Elles ont très-souvent produit des affections nerveuses incurables , comme la paralysie, l'aplionie, la mélancolie, la démence, l'épilepsie; elles disposent singulièrement le corps à recevoir l'impression des miasmes con-

tagieux.

La peur et la crainte ont souvent donné subitement la mort. Marcellus Donatus rapporte qu'un enfant tomba mort au milieu d'un cbamp, pour avoir vu de grand matin , le ciel étant encore obscur, deux personnes vêtues de noir à coté de lui. 11 est beaucoup d'exemples de ce genre qui prouvent combien il est dangereux d'effrayer les enfans par des contes absurdes de revenans et de diables; les moindres inconvéniens qui en résultent sont de détruire l'énergie de lame, et de rendre les hommes pusillanifues pour le reste de la vie. Zacutus le Por-

5l5 ÉLEMEKS D HYGIENE.

lugais rapporte qu'un enfant qui se baignait dans la mer fut tellement effraye d'un coup de canon que tira un vaisseau qui partait , qu'il mourut dans un quart d'heure d'une attaque d'épilepsie.

11 ne faut pas confondre la terreur avec la crainte. Celle-ci paraît agir en diminuant considérablement les forces vitales : l'autre les augmente, au contraire, et décide les mouvemens les plus forts et les plus violens. On a vu des muets acquérir l'usage de la parole, des paralytiques reprendre l'usage de leurs membres , et des personnes affectées de fièvre, d'accès opiniâtres de délire , d'épilepsie, de convulsions , guérir par l'effe: de la terreur.

Van-Helmont rapporte qu'on a guéri plusieurs hydropliobes en les plongeant , par surprise , dans l'eau froide. Nous avons plusieurs exemples de manie guérie par ce même moyen. Salmutli dit (2) qu'un goutteux , ayant le pied couvert d'un cataplasme de navet, fut tellement effrayé par un cochon qui entra dans sa chambre et qui se mil à manger le cataplasme , qu'il se mit à sauter et à courir, et que ses douleurs cessèrent à l'instant. Au siège de Sienne, en i555, un boulet qui passa très-près du marquis de Mo ri-

(1) Cenlur. I , obs. 4^.

PASSIONS. 5lJ

gnac , lui causa une telle frayeur qu'il fut guéri de la goutte dont il était tourmenté. Boerhaave mil en jeu cette passion avec le plus grand succès, danb l'hôpital de Harlem , pour guérir des en fans des deux sexes attaqués d'épilepsie imitative (i^.

(i) La plupart des aclions humaines de'pendcnt des dispositions qu'ont les hommes à i'imitaticjip. La cause de cette tendance naturelle àrimitalion est inexplicable. 0\\ Laille, on vomit, on ril^ e'c.^ en voyant bailler ^ vomir, rire, pleurer : chez les femmes , l'envie de pisser se communique lorsqu'une d'elles manifeste qirclle en éprouve le besoin. Nous sommes gais, tristes, silencieux ; etc. , selon la disposition des personnes que nous fréquentons. Il paraît que cette tendance machinale à l'imilalion est plus de'veloppee c'iez certains peuples, et qu'elle est gcne'ralement plus grande chez les enfans, les femmes et le> personnes qui ont l'esprit faible. Il n'est donc pas e'tonnant qu'elles contractent plus aisément Thabitude des mouvemens qu'elles voient s'opérer chez les autres.

On lit, dans les Transactions philosophiques , qu'il y avait en Ecosse im vieillard petit, maigre, faible, qui e'tait porté, dès sa première jeunesse, à imiter, même malgré lui, tout ce qu'il voyait faire. Pantomime excellent , il imitait exactement tous les gestes qu'on faisait d©* vantlui, de la tête, des yeux, des lèvres, des mains . des bras , des pieds. Il couvrait et découvrait sa tête lorsqu'il le voyait faire à quelqu'un, et tout cela dans l'instant, avec la plus grande promptitude. Si on lui te=^ nait les mains pendant que quelqu'un gesticulait devant lui , il faisait tous ses efforts pour se mettre en liberté. On lui demanda pourquoi : il répondit qu il souffrait du

5i8 élémens d'hygiène.

Il fil porter au milieu de ces enfans un réchaud rempli de brasiers ardens, où l'on avait mis rou-

cœur et de la tête : c'est pourquoi il paraissait toujours en public les yeux fermés , et dans la société il était obligé de tourner le dos à la compagnie.

Boerhaave rapporte qu'il y avait auprès de Leyde un maître d'école qui était louche. Les parens des enfans qui fréquentaient cette école ne tardèrent pas à s'apercevoir que ceux-ci avaient acquis le même défaut dans la vue.

Salmulh dit ( Cenlur. III , observ. 56) que , deux amans passant dans un jardin ^ la jeune fille fut prise d'une violente hémorrhagie nasale j son amant en fut si effrayé qu'il eut à l'instant la même hémorrhagie.

C'est par cette faculté imilalive que Ton voit souvent une femme hystérique communiquer son accès aux femmes qui l'entourent.

Plutarque rapporte, dans son Traité des vertus des femmes , qu'à Milel , ville de Carie, il y eut dans l'air une telle influence, que toutes les filles se donnaient la mort sans aucune cause : il parait que celles qui se tuèrent les premières servirent de modèle et d'exemple au plus grand nombre de celles qui furent ensuite victimes de celle épidémie *.

* Les exemples de suicides épidémiqucs sont assez communs , et ces épidémie» extraordinaires dépendent véritablement de Tétat atmospliériquc. Suivant M. le docteur Falrcl, les villes de Rouen et de Copcnhaj^uc , situées à des latitudes bien diflérentes, ont été en 180G le théâtre d'un grand nombre de suicides pendant les mois de juin , juillet et août ; et il remarque que pendant celte courte période, la constitution atmosphérique fut la même dans ces deux cités, si éloignées l'une de l'autre. On peut consulter d'autres faits analogues consignés par l'auteur que nous venons de citer dans son ouvrage remarqualjje sur V Hjpochondric et le Suicide , 1 volume in-80. Paris, 1822. (I. B.)

gir des fers , et ordonna de brûler jusqu'aux os ceux de ces enfans qui auraient l'accès épileptlque. La crainte du tourment fut telle qu'ils résistèrent de toutes leurs forces à l'accès, et qu'ils furent radicalement guéris.

De sombres misanthropes ont fait un crime de l'amour, et se sont efforcés de vouloir l'anéanlir dans le cœur des hommes qu*ils dominaient par l'opinion. Celle doctrine, aussi absurde qu'extravagante, ne tendait à rien moins qu'à détruire l'espèce humaine , si la nature n'eùl pas été plus forte que ces docteurs ; elle dit à tous les êtres de se propager, et il n'y a que les apôtres du néant qui mériienl d'être anéantis.

Li' ainour est propre à la jeunesse ; rinslani où il commence à se développer est celui où les organes ont acquis tout leur accroissement, à moins que l'embrasement des sens n'ait été prématuré. Cette passion, que les poètes ont divinisée, est le principe et lame du monde physique ; son empire est celui de la nature ; tous les êtres animés §ont soumis à ses lois ; elle est la source du bonheur, mais souvent aussi celle des maux les plus cruels. L'amour heureux embellit non-seulement la vie , et répand la sérénité sur son horizon, mais il entretient la santé et multiplie l'existence; bien plus , tel est son pouvoir, qu'il opère souvent la guérison de bien des, maladies auxqdcllcs l'art

n'oppose que des moyens impuissans. La seule es^ pérance de posséder l'objet de ses vœux a opéré quelquefois de semblables prodiges. Mais l'amour malheureux remplit la vie d'amertume et de regrets , et donne naissance à des affeclions nerveuses cruelles, telles que la mélancolie, l'byslérie, la catalepsie , la consomption, la nyiiipliomanie, elc.

L'amour se compose de plusieurs passions différentes : le désir, l'espérance, le plaisir, les chagrins', la jalousie , et quelquefois le désespoir , sont le nombreux cortège dont il est accompagné. Il produit donc sur l'économie animale différens effets, et dans des degrés plus ou moins grands, selon que l'une de ces passions est dominante, ou qu'elle est contre-balancée par une ou plusieurs autres. L'amour bien réglé est , sous les rapports physiques , utile et même nécessaire à la jeunesse , en ce que les différentes passions qu'il enfante occasionent des ébranlemens vifs et passagers dans répigaslrc , et de là dans les autres organes , et que les successions rapides de spasme et d'atonie qu'elles déterminent dans le diaphragme , favorisent la circulation des forces toniques, qui entretient l'harmonie des fonctions et par conséquent la santé.

En général , l'amour heureux produit l'expansion des forces ; il augmente l'énergie vitale , e^

rend le pouls fort , fréquent et développé. Il n'en est pas de même lorsqu'il se complique de la crainte ou delà jalousie : ces passions produisent un resserrement spasmodique dans l'épigastre , ^ répandent une sorte de sensation douloureuse sur tous les organes, et rendent le pouls inégal. Ce fui par le pouls qa'Hlppocrate découvrit l'amour de Perdica pour Philas , et Erasislrale la passion qu'avait conçue Antiochus pour sa bellemère Slratonice.

L'amour violent , et celui qui est voisin de la jouissance, augmentent l'action , les forces et la chaleur; ils colorent le visage et l'enflamment; les yeux deviennent Lrillans; la respiration éprouve de légères interruptions ; le cœur palpite , et les membres sont affectés de tremblement ; mais , immédiatement après que la passion est satisfaite, tout le corps tombe dans une sorte d'affaissement, et tous les mouvemens et les actions ne tardent pas à rentrer dans Tordre et à reprendre leur état naturel. L'amour violent est peu susceptible d être réprimé et de céder aux impulsions de la raison ; sans cesse occupé de l'objet de ses désirs et de la crainte de le perdre , il donne naissance à tous les phénomènes que produisent les contentions fortes et assidues de lame, jointes à la crainte. L'amour violent a quelquefois causé la mort. Un soldat amoureux d'une fille lui avait donné un

rendez-vous la nuit : comme elle lardait à venir, il se lève à la hâte pour aller à sa rencontre. Du. moment qu'il l'aperçoit , il se précipite vers elle, et, l'embrassant avec transport, il jette un cri de douleur et expire (i). On connaît l'aventure de ce jeune homme qui , étant épris d'une violente passion pour mademoiselle Gaussin, vint un jour se Jeter à ses pieds , et y expira d'amour , de plaisir et de fureur. Borsinius(2) rapporte qu'une demoiselle de Sienne , appelée la Vénus par excellence, mourut subitement au départ du comte Curiale , son amant. L'amour fit tant d'impression sur un jeune homme qui était assis à table auprès d'une jeune veuve aimable, que le sang lui sortit avec impétuosité d'une des veines du front.

U amitié est un sentiment doux , et qui dillère entièrement de l'amour, en ce que celui-ci est toujours guidé par raj)pélit matériel des sens , tandis que l'autre est l'union qui existe , indépendamment des sens , entre deux personnes sensibles et vertueuses. L'amuié a aussi ses martyrs. Au siège de la Chapelle , un Espagnol mourut en tenant embrassé le cadavre de son ami. Ht>-

(i) Ephëmërides d'Allemagne, décade 3, ann. 9» pa^e 290.

(2) Histoire de Hongrie , liv. 3 , de'c. 3.

race ne survécut que neuf jours à la perle de Mécène.

De même que l'amour est le ressort du monde physique, l'ambition est le principe du monde moral. Mais il y a celte différence entre ces deux passions, que l'amour a pour objet des jouissances physiques , el que l'ambition aspire à un bonheur de préjugé. Le premier s'éleint ou languit par la jouissance, etl'aulreen est alimentée. Les désirs de l'ambitieux s'irritent davantage à mesure qu'ils sont satisfaits , et il voit toujours au-delà du plaisir qu'il goûte : c'est ce qui l'empêche d'en jouir. L'ambition vit dans le cœur de l'homme, et s'y modifie de mille façons différentes , selon son caraclère et les circonstances dans lesquelles le hasard Ta placé. Elle se compose de plusieurs autres passions, et produit sur l'économie animale des actions différentes, selon les diverses afleclions auxquelles elle se trouve réunie. LYime de l'ambitieux , toujours tlxée sur les événemens , flotte sans cesse entre la crainte et l'espérance , et fait éprouver au corps non-seulement les effets de la passion dominante , mais encore ceux des contentions fortes et soutenues. Lorsque l'ambition est excessive et que le succès ne répond pas à son attente , les chagrins et l'envie amènent souvent un fatal désespoir ^ ou minent et consu- Uient lentement le corps.

524 Él£iVIENS d'hygiène.

De toutes les afFeclions qui accompagnent Fambition ^ il n'en est point de plus funeste que l'envie : on l'a vue quelquefois donner la mort , à l'instant même où l'ambitieux rencontrait l'objet de sa passion. Tissot rapporte l'histoire d'un magistral suisse qui tomba mort aux pieds de son heureux concurrent , au moment où il s'approchait pour le féliciter de l'avoir emporté sur lui dans une élection populaire. On connaît tous les maux que cette passion, composée du désir, de la douleur et de la haine, occasione dans l'enfance. On voit fréquemment des cnfans cire affectés d'obstruction , de fièvres lentes , de consomptions , de convulsions, cl d'autres maladies non moins dangereuses , parce que des parens ou des instituteurs , souvent injustes , leur témoignent moins d'amitié et leur font moins de caresses qu'aux autres.

On peut rapporter à l'ambition l'amour effiéné des richesses et la passion du jeu. L'amour des richesses n'est pas une passion criminelle par ellemême , puisqu'elles sont les instrumens de nos besoins et de nos plaisirs. Mais il blesse l'ordre social , et il devient un crime lorsque , porté à l'excès y il fait employer des moyens obliques et illégitimes pour s'enrichir , ou lorsqu'il dégénère en avarice, espèce de monstre qui tourmente

pASsrbNs» 5^25

cruellement ses viciinies , pour rendre malheureux tout ce qui l'environne.

La passion du jeu dérive de la soif des richesses et du désœuvrement. Elle est aussi nuisible à la société que préjudiciable à la santé : elle prive la première de la portion de travail, d'industrie ou de lalens que chaque individu lui doit, et elle donne lieu à tous les maux qui dépendent de la vie sédentaire, de la contention excessive de l'esprit, et des passions qui en sont inséparables. Souvent elle corrompt le cœur au point de faire commettre des injustices; et, comme l'a trèsbien dit madame De^houlières ,

Le désir de gagner , qui nuit et jour occupe, Est un dani^ereux aisjuillon.

Souvent j quoique l'esprit , quoique le cœur soit bon , On commence par élre dupe ; On finit par élre fripon.

Quoique l'ambition produise des effets funestes, elle n'est pas néanmoins par elle-même plus mauvaise que l'amour, lorsqu'elle est contenue dans de justes bornes, car la nature nous dit d'agrandir notre être aussi -bien que de le multiplier. Cette passion , dirigée vers une bonne fin , mérite les plus grands éloges; elle crée les savans, les artistes et les héros dont les efforts, animés par l'espérance de la gloire, tendent au bien général^ et illustrent le pays qui leur donna le

jour. Le désir de se survivre en faisanl du bien aux hommes est l'ambition la plus noble et la plus louable; et après elle c'est l'ambition de la gloire lilléraire. Ces deux passions étendent l'âme, et font oser les plus grandes choses , comme les plus difficiles et les plus uliles aux hommes. On a vu quels étaient les dangers qui résultaient de l'abus des passions : il n'est pas aussi aisé de les prévenir. Une éducation sage est la seule digue qu'on puisse leur opposer, et souvent elle est impuissante. Il faut s'habituer de bonne heure à les contenir dans de justes bornes, car, pour peu qu'on leur laisse faire de progrès, elles deviennent de cruels tyrans, qui détruisent la santé et déchirent impitoyablement leurs victimes.

11 n'est pas en notre pouvoir d'empêcher les excès subits de joie et de tristesse, qui mettent le désaccord dans les mouvemens de la machine, et quelquefois donnent la mort. Néanmoins, en s'accoulumant à ne voir qu'avec quelque indifférence les événemens de la vie, on peut parvenir à être moins sensible à ceux qui sont extraordinaires et inattendus: c'est le moyen le j)lus sûr de diminuer celte grande vivacité avec laquelle on se laisse aller au premier mouvement des passions.

Les personnes qui sont nées avec un tenipé-

rament porlé à la volupté doivent s'interdire l'usage des alimens succulens et écliaufTans, ainsi que celui du vin et des liqueurs, sine Cerere et Baccho friget Venus. Il convient qu'elles ne restent pas trop long-temps au lit, et surtout lorsqu'elles ne dorment plus. Elles doivent fuir les conversations et les pensées libertines , les peintures lascives et les livres obscènes, mais surtout les personnes avec lesquelles elles ont eu des liaisons tendres; elles ne doivent pas rester oisives, et même il est indisf)ensable qu'elles fassent des exercices fatigans , car la source de l'amour est dans l'oisiveté. On demanda à Théophraste ce que c'était que l'amour ; il répondit que c'était une maladie de l'âme oisive. C'est ce qui a fait dire à Ovide :

Oda si tollas , périt re cupidinis arcus , Despectœque jacent et sine lucejaces.

Le travail est l'antidote de cette passion , a dit avec raison le philosophe de Genève, et, en effet, quand les bras sont exercés, l'imagination se repose , et quand le corps est bien las, le cœur ne s'échauffe pas. C est pourquoi on a conseillé la chasse pour écarter l'amour ; on a fait Diane son ennemie, et l'allégorie est très-juste.

Il est hien plus difficile d'éviter les passions tristes et haineuses ; mais on peut diminuer les

528 ^LtMENS d'hygiène.

dangers auxquels elles exposent, par un régime doux et délayant; et, comme la digestion ne peut se faire d'une manière convenable dans ces circonstances, par rapport au spasme dont est affecté l'épigastre , il faut ne manger qu'en très-petite quantité^ faire de l'exercice, pour rappeler les forces à la circonférence, et chercher à se distraire par des sociétés agréables , les spectacles , les lectures amusantes, et les voyages, qui ont le triple avantage de procurer de l'exercice, de faire changer d'air et de distraire l'esprit; tiois puissantes causes qui opèrent leschangemens les plus avantageux.

La passion du jeu estdifliclle à réprimer quand on en a une fois contracté l'habitude; elle eiUraîne souvent, avec Taltération de la santé, la perte de la fortune. On ne devrait jouer que pour procurer du délassement à l'esprit. La fuite totale du jeu est le seul moyen qu'on ait à employer pour prévenir ses funestes efl'ets.

La peur et la crainte sont des passions dont il n'est pas en notre pouvoir de détruire le germe. Il convient d'éloigner des enfans, dans la première éducation, les vieilles femmes et les domestiques, qui leur font ordinairement des contes de revcnans , de fantômes , de sorciers , et de quantité d'autres absurdités, dont les impressions subsistent toute la vie, ôtent à famé loute son énergie,

pAssiorrs. Sag

el exposeni à une infiniic de maux. Tout ce qu'on peut rccoruiuander pour s'aguerrir et (Jiininuer la disposition à la crainte ot à la peur, c'est de ^ecouer le joug des préjug-'s, en réfléchissant mûremeni sur les objets de nos craintes.

I/anibilion des richesses et diis honneurs exige trop de soins et trop d'intpiiéiiides pour qu'un homme sensé s'y livre à l'excès; les espérances flatteuses, et le jiliis souvent vnines, dont celte passion nous berce, ne valent pas, lors même qu'elles se réalisent^ les peines cl les dangers auxquels elle expose. Ses fruits ne sauraient entrer en compensalion avec la bassesse et l'infamie dont Je plus souvent se couvrent ses sectateurs. L'homme sage, au sein de l'abondance et au faîte des honneurs, est moins occupé à monter plus haut et à amasser davantage, qu'à jouir n à répandre le bonheur; il fait consister sa félicité dans la bienfaisance et dans la sérénité d'une ame pure, el il est digne d'en goûter long -temps les douceurs. Heureux celui qui se persuade que tout excès dans les passions est un vice, et dans les plaisirs, une n)aIadieîMouir des avantages et des agrémens de la vie , sans les rechercher avec trop de peines, régler selon la raison les niouvemens de la nature, sacrifier les faveurs de la fortune et les bonneurs aux délices de la liberté, et vivre II. 54

55o tLFIVTENS DHYGIEINE.

au sein de sa famille el de l'aïuilié, voilà en quoi consiste le bonheur d'ici Las.

11 y a long-lenips qu'on agile celle queslion , savoir, lequel est le plus avantageux à l'homme d'être sensible ou indiflerent. L'indifférence rend incapable de goûter les douceurs de la tendresse el de l'amitié; elle paralyse le cœur, et en ferme l'avenue à toutes les passions. La sensibilité, au contraire, fait éprouver vivement toutes les affections ; elle ouvre l'âme aux plus douces impressions, el nous fait pariager les maux de nos semblables. L'homme insensible ne connaît point les plaisirs, et son cœur glacé est élranger aux voluptés de l'amour. Sans sentiment comme sans désir, il est presque un automate. L'homme, au contraire, dont l'âme est électrisée par le sentiment, trouve sa félicité dans tout ce qui l'environne ; il s'intéresse au sort de ses semblables; l'humanité est j>our lui un lien sacré, et quelles délices ne trouve - t- il pas à partager avec l'infortune et l'amitié ses biens et ses plaisirs! L'homme sensible connaît donc la vie et en jouit délicieusement, tandis que celui à qui a été refusé le sentihient est né sous un astre sinistre. Ce dernier ne connaît point les pures jouissances de l'âme; son cœur, cuirassé d'un triple airain, repousse loin de lui les plus douces im pressions ; il ne sacrifie jamais ni aux

plaisirs ni aux grâces, et sa vie n'est qu'un Ion» sommeil (i).

(i) Les dernières pages de ce chapitre sont remarquables par une grande justesse d'ide'es , et une philosophie aussi sage , aussi vraie qu'elle est de'sirable pour tous les hommes qui veulent vivre heureux. Il est difficile de ne pas clie'rir la me'moire d'un homme de talent, qui , maître de ses passions , indique avec tant de simplicité les sources du bonheur^ et qui, pendant sa vie, joignit l'exemple au précepte. (I. B. )

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