CHAPITRE III
Tattribut. Mais lorsque , commençant à la d^ composer , nous ayons imagin<^ des mots pour exprimer les sujets des propositions, c'est-à-dire des I) oms et des pronoms , et que nous joignons ces mots à rinterjectinn , il est clair que celle-ci n'exprime plus le sujet. Elle n'exprime donc plus que l'attribut. Or, nous avons tu que, des e'iëmens de la proposition , les verbes sont les sevls qui expriment un attribut. L'interjection , qui était une proposition entière , est donc réduite â n'ôtre plus qu'un verbe. Quand je dis ouf ^ l'inteijection , l'exclamation , le en ouf^ signifie la proposition entière j'étouffis. Dès que je Sis/e ouf, ouf ne signifie plus que l'attriout étouffe. Voilà donc le second élément du discours, le vei'be j ce mot si merveilleux , si ineffable , trouvé tout naturellement, découvert nécessairement. Il n'a pas été besoin de l'inventer à force de tête. Il résulte inévitablement de Ja seule séparation du sujet d'avec l'attribut. Ce n'est point avec les autres élémens du discours, en en combinant habilement plusieurs ensemble , qu*on a formé le verbe. Nous allons , au contraire , les voir tous sortir successivement de sa décomposition ,
donc une interjection n'exprimant plus ai tribut. Aussi, n'a-t-ii aucun sens , n'expnme-t-il aucun jugement sans un sujet; comme aussi, le sujet n'exprime aucun jugement sans un verbe.
Il suit de là , i* que le verbe , différent en cela du nom et du pronom, n'exprime point, comme eux, une idée existante par elle-même dans notre esprit , indépendamment de toute autre , c'est-àdire sous la forme d'un sujet j 2^ qu'il n'exprime
Sas seulement cette idëe comme pouTant exister ans une autre , comme destinée à v exister et a la modifier , ainsi que le font nos simples adjec* tifs , qui ne sont que des modificatifs ; V qu'if ex* prime IHdée qu'il représente comme existante réellement et positivement dans une autre, comme en étant l'attribut , et que , par conséquent , il réaferme l'idée d'existence.
Tirons de ces données plusieurs conséquences importantes. Puisque le verbe exprime l'idée qu'il représente comme existante , il est susceptible de temps et de modes, (i)
PuTsqu'il l'exprime sous forme attributive , il doit se conformer à son sujet pour le nombre et • pour la personne. Aussi , dans les langues perfectionnées , lui donne>t-on différentes désinences , qui expriment ces circonstances , et qui complè* tent sa signification en la déterminant et en marquant sa relation à son sujet. Quand il est dépourvu de ce complément d'expression , il est dit
(i) n n'est peatrétre pas inutile d'insister ici soruneidéeqne i*ai déjà énoncée ci-dc^sus( cfiap. a ), et qui a dû surprendre , parce qu'elle n'est pas ordinaire: je crois même que c'est nne réflexion qui n'avait pas encore été faite ; la voici ; Puisque c'es* la propriété de renfermer l'idée d'existence qui rend le verbesnsoéptibJe de temps et de modes , les noms doivent en être susceptibles aussi , car ils nous représentent l'idée qu'ils expriment comme douée d'uneexistence réelle , au moins dans notre pensée. Aussi, oelaest-il; maisnous ne nous en apercevons pas, parce qu'ils sont toujours au même temps et au même mode ; car de cela seul que le nom d'une idée est prononcé , elle est énoncée être actuellement eiistante dans la pensée de celui qui parle. Oonc tout nomest toujours au présent du mode indicatif, et ne peut jamais être à aucun autre temps ni à aucun autre mode. U ny a que l'attribut que l'on juge être dans ce sujet, oui puisse y être dans âi£' férens temps et suivant différens moues ; et voilà pourquoi ce n'est que dans le verbe que nous remarquons des temps et des modes ; mais tout nom prononcé renferme toujours le temps présent et le mode indicatif.
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au modeiadéfîni, etnous l'appelons participe. Je crois avoir dit quelque part que c'est là sa rorme primitive. Cela ne veut pas dire que ce soit la première <pi'il ait revêtue dans le langage : au contraire. Maisti'est celle qu'il a lorsqu'il n exprime que^on id^e principale ; celle à laquelle il arrive quand on l'a dëpouillë successivement de tous les accessoires de personne, de nombre et de mode. C'est par conséquent la dernière qu'il doit avoir prise j car on commence toujours par les composes.
Tout verbe à un mode dëfîni est donc un attribut; c'est-à-dire exprime qu'une manière d'être est attribuée à un sujet ; et tout attribut est un verbe, ou du moins renferme un verbe. Toujours il consiste à dire qu'un sujet existe en gênerai > ou existe de telle manière particulière.
Cela nous conduit à reconnaître que c'est bien à tort qu'on a établi mille distinctions entre les verbes , qu'on a admis des verbes d'action , de
Ï>assion, a'e'tat, etc. 11 est manifeste que tous es verbes sont des verbes d'état, puisque tous ne font autre chose que dire qu'un sujet est d'une manière ou d'une autre. Que cette manière d'être soit transitoire ou permanente , passagère ou durable ; qu'elle consiste à faire ou à souffrir , à recevoir ou à produire , peu importe : ce n'est toujours qu'nne manière d être , qu'un état. Tous les verbes sont semblables à cet égard. Que l'on dise, je dors , faime , je suis vaincu , je frappe , ou je juis las , on dit toujours, je suis d'une manière ou d'une autre. Cela est si vrai , que le même verbe, «uivant la manière de l'employer , peut paraître successivement appartenir a chacune de ces divisions arbitraires. Car si je dis je souffla ^ je ne
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peins réellement qu'un état ; si je dis , je souffre une grande douleur , je parais exprimer une espèce d'action qui consiste à éprouver, à reshentir une grande douleur ; et si je dis , je souffre de ma blessure , je semble représenter une affection , une passion , une impression que je teeois de ma blessure. Mais tout cela est fort in utile a distinguer. La seule différence utile à remarquer dans les verbes , est celle-ci. C'est celle qui consiste à être composée d'un ou de plusieurs mots. En effet, à l'origine du verbe , lorsqu'il naît , pour ainsi dire , qe l'interjection , par la seule cause que l'on sépare de celle-ci le sujet de la proposition , et qu'on la restreint à ne plus exprimer que l'at • tribut^ à cette époque, dis-je, les verbes soBt
espèce d'existence, et qui représente ces deux idées sous forme attributive. Ensuite le besoin d'exprimer en général qu'un sujet est, existe, sans dire comment, a fait imaginer le verbe étant , existant (i) ; et d'une autre part , on s^est avisé de créer des adjectifs, c'est-à-dire de former des signes qui représentent toutes les idées sous forme attributive , comme pouvant exister dans d'autres ,. mais comme n'étant pas dites y exister. Alors, en réunissant ces adjectifs avec le verbe étant , on a fait tous les verbes qu'on a voulu , tous les attributs possibles, et tous dif-
( I ) Etre et exister ne sont pourtant pas pferfiitement 'synonymes. Etre exprime plus ordinairement l 'existence intelleatnelle, abstraction faite de sa réalité hors de notre esprit, et exister peint plus particulièrernsot l'exislencepositiTe et réelle» indépendamment de nous.
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férens entre eux comme le sont les divers adjectif qui ]e8 composent. Je suis faible , je suis malheureux , sont donc des yerbes comme je cours ou je marche. Seulement ils sont formes de deux signes au lieu d'un; les parties composantes sont sëparc^es au lieu dMtre confondues. Voilà toute la différence.
Ceci nous montre combien il est rîdicule de dire que je suis aimé est le même rerbe que j^ aime , en est la voix passive. Taime, n'est autre chose aue je suis aimant. Je suis aimé , est le verbe étant, l'attribut commun, uni à un autre adjectif. C'est une chose toute différente; c'est un autre verbe. Je suis lassé est aus«i différent de je lasse^ qneje suis las.
Au reste, cette erreur, comme toutes les erreurs généralement répandues , a une raison spécieuse, au moins dans notre langue; et il est bon de la développer, parce qu'elle jettera un grand jour sur l'artifice des conjugaisons des verbes, et sur l'usage des verbes auxiliaires dans ces conjugaisons.
rfous avons vu que parmi nos adjectiis, l'adjectif étant est le seul qui renferme l'idée d'existence, -puisque c'est sa signification propre , et que celte proj)riété de renfermur l'idée d'existence est ce qui fnit qu'il n'est pas un simple adjectif, mais un vrai participe , c est-à>dire un verbe au mode adjectif.
temps : car il n y a que lexistence qui ceptibiede durée, et, par conséquent, d'époques dans l|i durée.
En conséquence de cela , ce participe, ce verbe au mode adjectif, a deux formes différentes;
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étant, pour le présent, et été, pour le passé. Il ne cesse pas, pour cela , d'être le même signe. Il est toujours Texpression de la qualité du sujet qui est, soit dans le pre'sect, soit dans le passe. Il n^y a là ni action , ni passion ; c'est toujours un état, et le même état dans des époques aifferentes. Il n'y a point changement de mode; c'est toujours le mode indéfini, sous forme adjectiye. Enfin, on ne peut nier que étant et été sont la même chose, à la seule différence prés du temps. Ainsi ce sont deux formes du même signe.
Cette propriété d'avoir une forme pour le présent et une autre pour le passé , dérivant de celle de renfermer l'idée d'existence , le verbe étant la communique à tous les adjectifs dans lesquels il est inclus , et que, par cette raison , nous appelons participes, ou verbes au mode participe. Ainsi le participe aimant est aimant, quand il signifie étant aimant; et il devient aimé, quand il signifie été aimant. De; même, désirant ieyient désiré , quand il signifie été désirant; frappant devient frappé, quand il signifie été frappant , etc»
Mais ce serait très à tort que l'on confondrait cette forme passée d'un participe ^vec ce «jue l'on appelle improprement le participe passif qui y correspond. Ce prétendu participe passif est une chose absolument différente. Il n'indique pas le passé, comme la forme du participe actii à laq^uelle il ressemble; et il n a rien de commun avec lui , que de représenter la même action sous un point de vue opposé , c'est-à-dire d'exprimer une idée corrélative , mais différente. Il ne faut donc pas que la ressemblance de son qui existe dans notre langue, et dans quelques autres , en impose, et fasse confondre deux choses absolu-