CHAPITRE m
les él^meiis nécessaires ont dû exister aupara- Tanty et donner naissance a ceux-ci.
n est presque inutile d'observer que les ad- Terbes n étant ni des noms , ni des mots qui se rapportent directement à un nom en particulier , mais ne serrant qu'à exprimer une circonstance fixe et dëterminëe de la signification d'un adjectif on d'un verbe , ils sont nécessairement indéclinables. Aussi le sont-ils dans toutes les langues. Un adverbe qui éprouverait une variation , deviendrait un autre adverbe , un autre mot.
Passons aux conjonctions , qui , comme les adverbes , sont des mots elliptiques et dérivés , mais d'une toute autre importance.
PABAGRAPHE VU.
Des Conjonctions ou Interjections conjonctives»
Je ne puis mieux commencer cet article , qu'en copiant l'excellente réfl.exion que Beauzée a placée à la tête du chapitre des conjonctions dans, sa Grammaire générale. Voici comme il s'exprime : « Les diâTérentes espèces de, mots que « l'on a considérées jusqu'ici ( observez qu'il n'a i pas encore parlé des interjections ) , sont en « efiet les élemens ou parties intégrantes des « propositions ; et elles y entrent plus ou moins « nécessairement , à raison de la nature propre c de chacune , ef! des besoins difierens de l'énon- « ciation. Il n'en est pas de même des conjonc- <c tions. Ce sont , n la vérité, des élémens de « l'oraison ', pubqu'elles sont des parties néces-
« saires et indispensables dans nos discours (i) ; tt mais eUes ne sont pas démens des propositions; «E elles seryent seulement a les lier les unes aux « autres. «
Tel est en effet le caractère distinctif des conjonction» : eUes serrent à lier une proposition à une autre ; et Beauzée assure arec raison qu<? , même lorsqu'elles paraissent ne lier ensemble que deux mots , comme il arrive souvent aux conjonctions et et ok, ce sont toujours réellement deux propositions qu'elles réunissent.
Par exemple y quand je dis , Cicéron et César étaient éloquens , je dis réeUement , Cicéron était éloquent , et César était éloquent : ou en d'autres termes , Cicéron était éloquent , a cela y ajoute que César était éloquent.
De même , quand je dis , ce principe est vrai ou faux , c'est comme si je disais , ce principe est vrai ou ce principe est faux : et en traduisant la conjonction ou, cela fait, ce principe est vrai à une condition qui est , qu^on ne puisse pas dire que ce principe est faux. La conjonction ou exprime réellement tout ce que Ton voit en lettres italiques, entre ces deux propositions , ce principe est vrai y ce principe estjaux ; et c'est ainsi qu'elles le lie ensemble : car , les opposer l'un à l'autre , c'est encore les unir sous un cei^ tain rapport
On en peut dire autant des conjonctions .dont on se sert pour interroger j quoiqu'eUes ne paraissent pas d'abord lier deux propositions ,
( 1 ) Je dirais seulcinent'(r««-«f ï/m et non (ras nèeutaîr*» «I iWùptfuablt» ; car , à toute rigueur , on pouvrait exprimer aes idées sans confonctions.
CaAPlTRE UI. ^9
parce ^e la première est supprimée. En effet , quand je dis, comment étes-vous rentré ? pour^ quoi êtes - vous sorti ? j'exprime réellement ces idëes , je demande comment vous êtes rentré^ je demande pourquoi vous êtes sorti. Et en développant le sens des conjonctions^ cela revient a ceci : je demande une chose qui est la manière dont vous êtes rentré. Je demande une chose qui est la raison pour laquelle vous êtes sorti. Les conjonctions comment etpourquoih.ent donc réellement les propositions sous-entendues, je demande 9 avec les propositions exprimées , vous êtes rentré , vous êtes sorti, G'est-là effec» tivement la fonction qui leur est propre , le signe distinctif qui les caractérise, et qui fait qu'elles sont bien un élément du discours , mais non pas précisément un élément d!une proposition en particulier. C'est avec beaucoup de raison que Beauzée en a fait la remarque. Les conjonctions sont donc des mots elliptiques , mais différens de tous les autres. Remarquons ces nuances.
Les verbes adjectifs sont du nombre des mots elliptiques ; ils renferment sous un seul signe le verbe et un adjectif^ ils cumulent les fonctions de ces deux mots ^ ils en réunissent les propriétés, mais sans les confondre , sans y rien aiouter , sans les dénaturer. Ils font juste et précisément le même effet que feraie«| les deux mots com^ posans , s'Us demeuraient séparés. Taime , c'est je suis aimant y ni plus ni moins. Ces verbes adjectifs sont verbes et adjectifs' a la fois : voilà tout. Aussi , ont-ils avec le sujet auquel ils se rapportent, les relations de nombres qui con^ viennent au verbe et à l'adjectif également, I celles de modes et de temps qui ne conviennent
go GRAMMAIRE.
qu'au yerbe; et ils pourFàient avoir celles de genres, qui ne conTtennent qu^à Tadjectif. Ils les ont même dans cfuelques langues.
Les adverbes sont aussi des mo' s elliptiques, mais d'une manière difTe'rente. Ils tiennent la place d'une préposition et d'un nom; et quelquefois d'une préposition , d'un nom, et d'un ou plusieurs adjectifs. Promptement , c'est auet promptitude; aamirab /entent , c'est à* une manière admirable. Mais l'adverbe n'a plus les propriëte's du nom , ni de l'adjectif. Ce sont celles de la préposition qui prédominent Un adverbe est une préposition renfermant un complément déterminé; et voilà tout.
Les interjections sont une autre espèce de mots elliptiques ,* elles remplacent , non-seulement quelques-uns des clémens d'une proposition , comme les verbes et les adverbes , mais une proposition toute entière. Dans le nombre des mots dont elles tiennent lieu , il y a toujours au moins un verbe au mode indicatif. C'est ce qui fait qu'elles sont un élément du discours , mais non un élément de la proposition.
Les conjonctions sont de même. Ce sont d'autres mots elliptiques qui remplacent aussi toute une proposition , avec cette différence , que la proposition dont tient lieu l'interjection a toujours un sens isolé et absolu ^ atrtieu que celle dont tient lieu la conjonction n'a jamais qu'un sens relatif et imparfait, qui, d'une part, s'attache à la proposition qui précède , et, de l'autre se termine <^t 9e fond dans la proposition qui suit. Aussi , voyez-vous que toutes les propositions explicites que l'on peut ;Bubstituer aux conjonctions, pour en développer le sens , finissent par la conjonc^
CHAPlTUEin. »i
tioD que , et commencent par an conjonctif qui la renferme , ou par un adjectif démonstratif qui renferme un conjonctif (i;.
La conjonction n'est donc pas un élément de la proposition. Elle est un e'iëment du discours qui remplace toujours une proposition toute entière, mais une proposition qui a un sens doublement relatif et lamais absolu. C'e^t pourquoi elle ren-
qui se rapporte de nouvelles preuves de cette assertion ? Expliquons encore le sens de quelques conjonctions.
^insi (conjonction), signifie, les choses étant de la manière que je tnens de dire^ il suit que , etc.
Observez <i\x^ainsi est tantôt adverbe, tantôt conjonction. 11 est adverbe dans cette pbrase, il faut en agir ainsi. Là, il signifie seulement «Te la manière susdite ; il remplace une préposition et son complément, et rien déplus. Il est encore adverbe dans celle-ci , ainsi que la "vertu , le crime a ses degrés; il signifie de la même manière. C'est que qui est la conjonction qui lie ensemble la phrase exprimée , le crime a ses é$grés , avec la phrase sous-entendue, {a uertu a ses degrés. Mais, ainsi est conjonction dans celle-ci, ainsi ^ je puis 4:om,pter sur vQus, Il signifie, de ce qui uient d^être ait , il suit que , etc.
. Or y signifie, à ce qui vient d'être dit y joignez encore que, etc. , comme dans cet exemple ; Tout mot qui remplace une proposition , laquelle lie une proposition avec une autre ^ est une conjonc^
(i) Je parlenî , dans le pnragraplie snivantdes con|oDctif8 , dont je crois devoir faire jin ël<?inent de la proposition " distinct fie tous le» autres. Ou verra pourquoi et on iugera.
f)i GRAMMAIRE.
tion ; OR , or remplace une proposition de ce genre .
Donc signifie, de ce qui vient d*étre dit , on doit conclure que»
Car signifie, une des raisons, une des causes de ce qui vient d'être dit , e^^ que , etc.
Pourtant, cependant, nonobstant, employés comme conjonctions , signifient pour ou malgré ancienne signification du mot pour) , tant de choses qui viennent d^être dites ou faites, enméme tempe que ces choses ont été dites ou faites , malgré que ce qui vient d*étre dit ou fait s^y oppose, il arrit^e, on voit, on peut dire que , etc . Il est vrai que souvent,. lorsqu'on emploie ces mots, la seconde
Ï>artiede la phrase conjonctive est exprimée dans e discours j et alors ces mots , pourtant , cependant, nonobstant, ne font plus que la fonction d'adverbe , c'est-à-dire la fonction de représenter une préposition et son complément. Le plus souvent même le complément de nonobstant est exprimé ^ on dit, nonobstant ceci , nonobstant cela, et 9\or s, nonobstant n^ est qu'une simple préposition. Mais, il n'en est pas moins vrai aussi que, quand ces mots jouent pleinement le rôle de con" jonction, ils expriment réellement les phrases que je leur fais représenter.
i«m^( dérivé de magis), veut dire, a ce qui vient éCétre dit , il faut ajouter comme correctif, que, etc.
(S'i signifie , dans la supposition que il faut
conclure que, etc.
II est inutile de multiplier ces exemples. Ceux que je viens de citer sont plus que suffîsans pour prouver ma thèse, savoir : que les conjonctions remplacent toujours une phrase toute entière; qqe cette phrase n'a nécessairement qu'un sens
CHAPITBS m. 9S
relatif, et jamais un sens absolu ; et qaVUe doit toujoars sa yerta conjonctiye^ si je puis m'exprimer ainsi, â la conjonction qtie, qu'elle renferme.
Cette conjonction que est proprement la con- Jonction unique , comme le yerbe être estle yerbe unique. C'est eUe qui donne la cpialité de conjonction â tous les mots dans la signification desquels eUe entre, comme c'est le yerbe être qui donne la quaUtë de yerbe à tous les adjectifs auxquels il s'unit ; et la raison en est la même. Que est un mot dont la signification propre est d^exprimer la liaison d'un yerbe ayec un autre yerbe , d'une proposition ayec une autre proposition , comme le yerbe être est un adjectif dont Isi signification propre est d'exprûner Fexistence.
La preuye que la signification propre du mot 4pte est d'exprimer la liaison d'une proposition ayec une autre , c'est que son interposition entre deux idëes qui faisaient partie de l'attribut d'une même proposition, nous oblige à former de ces deux icUes , deux propositions distinctes , dont l'une dépend de l'autre. Lorsque je yeux dire, je désire votre bonheur, je suis charmé de vos succès ; à. , après ces deux y erbes , je place un que^ je suis oblige de dire , je désire que vous ayez du nonheur , je suis cbarmé que vous ayez des succès.
La conjonction ^ue , ou son équiyalent dans les différentes langues , est à la yérité employée d'une manière assez déguisée dans beaucoup de circonstances; par exempl<S) dans ces locutions françaises , je ne dis que cela , je n'affirme pas antre cbose ^uece fait. Mais, en réfléchissant sur cfs expressions abrégées f on trouve qu'elles reyiennent à celles-ci ^ je ne dis rien excepté que je dis cela, je n'affirme pas autre chose, mais
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j* affirme ce fait j. et L'on Yoit qne ce quê fait p^îrtie ou tient lieu d'une phrase sous-entendae ,. qui renferme une conjonction dans la signification de laquelle que entre toujours , comme nous Payons expliqué ; et , par conse'quent , dans ce cas , comme dans tout autre , que est réellement le lien d'une proposition ayec une autre.
Au reste , on ne saurait , dans une Grammaire générale, entreprendre de rendre compte de tous les idiotismes. Je n'ai cité ceux-ci que pour faire voir la manière dont on doit les analyser ; pt je suis convaincu qu'aucun ne contredit cette maxime générale , que la valeur propre du mot que est de marquer la dépendance où une pro~ position est d'une autre, et que c'est ce mot qui dopne la qualité de conjonction à tous ceux dans la signification desquels il est implicitement compris (i). «
Ce point établi , il serait trés-intéressant de savoir comment les hommes sont arrivés à inventer ce signe de liaison , et à l'introduire dans leurs langages j quelle est sa dérivation , et par quelle analogie on a été conduit à en faire cet usage \ mais j'avoue que je ne trouve rien dans les auteurs qui me satisfasse sur ce fait important.
Court-de-Gebelin nous dit bien dans son Histoire naturelle de la Parole , chapitre des Con-
g) Beausëe paraît avoir entrevu cette vërité ; car il dit dans rammaire générale , chapitre desCon|onction8 : « Que e^, «T de toutes les ooniooctions déterminatives , la plus simple et <c la plus pure ; c'est , pour ainsi dire, une con)onction élemen- <c mentairc qui ne peut plus se d^'coniposer , parce qu^elle est au « terme le plus simple ». Mais il ne tire aurune conséfiuence de cet aperçu , el il se borne à faire de f »« une conionction de l'espèce particulière de celles qu'il appelle dëtcrminalives.