‹ Elémens d'idéologie (volume 2)Chapitre 34 sur 93 · CHAPITRE IV. log · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. log

nommons bien un certain nombre de nos idëes; c^est-à-dire que nous les repT^Mntons par uà signe qui lenr demeure irrévocablement attache y et qui rend perpétuel et pe«Dianeiit , dans notre soavenir, le résultat des opérations iûtellectuelles qui les ont formées. Mais la plupart des combinaisons qne nous faisons continuellement de ces idées , et qui sont elles-mêmes de nouvelles idées, ne sont représentées que par la réunion de plusieurs signes, réunion passagère et momentanée, qui ne dure pas plus que le besoin qui la £ait naître^ et bientôt ces signes se séparent et reparaissent dans une multitude d'arrangemens différons, pour exprimer de nouveaux produits de notre intelligence , à j)eu prés comme les caractères d'imprimerie, qui représentent chacun un son , ou une partie d'un son, dans la composition d'un mot , retournent ensuite à la casse , et en sont tirés de nouveau pour former tous les autres mots que l'on veut successivement rendre sensibles à la vue. Il y a seulement cette dl6rérence entre ces signes et les caractères , que les premiers ont entre eux difiérens degrés d'analogie, comme les idées qu'ils expriment, analogie qui fait au'ils se rappellent les uns les autres, comme les iaées se lient l'une à l'autre ; au Ueu que les caractères sont des figures arbitraires et isolées , qui n'ont nul rapport entre elles, ni aVecles sons qu'elles représentent.

Néanmoins, il résulte de ce besoin de réunir plusieurs signes pour exprimer toutes les idées qui n'ont point de signe qui leur soit propre, que pour entendre et paner nos langages , pour sentir leur expression , il ne suffit pas assavoir la valeur 'de chaque signe, il faut encofé connattre les

IQ

uo ORAMMAiBE.

cfiets de le«r assemblage, comme. pour lire il fauty.noa-seulemeat connaître les lettres, mais savoir les rëunir en syllabes.

Parlons donc de qette espèce d'ëpeUatioa,

Elle.consbte dans l'emploi de trois moyens différais. Le premier, c'est la place que l'on donne aux signes dans le discours. Le second, ce sont certaines altérations qu'on leiir fait subir. Le troisième, c'est la création de certains signes uniquement destinés à marquer les relations que les autres ontenîtreeux. C'est absolument comme dans les combinaisons des idées de nombre rp'our exprimer on comprendre ttn calcul , il faut avoir ésard, non-seulement à la valeur -propre des chiffres , mais encore a celle qu'ils tirteiit , soit de la place qu'ils occupent, soit des signes qui les modifient, soit de ceux qui les unissent ouïes séparent.

La 83nntaxe , considérée comme l'art de calculer des idées -de tout genre par le moyen de signes donnés ,' et à prendre ce terme dans toute l'étendue de sa signification primitive, qui veut dire y arrange auec, consisté donc à marquer la place que les signes dmvent occuper dans le* discours, à détermmer les variations que quelques-uns doivent éprouver , et à fixer l'usage de ceux qui ne servent qu'à lier* les autres entre eux.

La construction est donc la première partie de la syntaxe. Elle en est la plus importante , et celle dont l'utilité est la plus universelle j car il n'y a pas une circonstance dans le langage, quel cpi^il soit , OH il ne faille , pour le reiMire intelligible , établir un ordre quelconque entre les signes qui le cepn posent; au lieu que , suivant les occasions, on peut se dispenser» ou de leur faire;

GHAPITASIV. iti

subir des altérations, ou d'^n créer denouTeaux uniquement destinée â. marquer les mpports des autres. Je vais donc parler d'abord de la construction.

SECTION PREMIÈBE.

De la Construction.

On a beaucoup disputé pour savoir s'il y. a une construction natureUe,- et^si telle construction mérite plutôt le nom dp directe ou.d'm^erve que telle autre.

Cependant , en vérité > cela ne devait p^ souffrir beaucoup de difficulté; bu plutôt, il n'y a pas même matière à question dés que l'on sait ce qu'on veut dire par les mots naturelle , directe et inverse.

En effet, ce qui est incontestablement naturel, c'ast-ârdire conforme à notre nature, c'est que les sigoos suivent le^ idées ; que , par conséquent, la phrase commence par l'idée dont on est le plus préoccupé, et que toutes les autres viennent ensuite à proportion de leur rapport avec celLe-lâ. Ainsi» oans les grands mouvemens de passicm, il est très-naturel de commencer par nommer , ou l'affection qu'on éprouve, ou l'objet qui la cause. En pareil cas, abstraction faite de l'habitude i on aira plutôt, peur f ai ile cela, ou de cela peur fai, que fai peur de cela. Il en sera de inéme dans toutes les circonstances analogues.

Mais , par les mêmes raisons , toutes lea fois que l'on est de sang-froid , et çiu'il ne s'agit que d'expliquer tranquillement un jugement que 1 on porte , il n'y a assurément rien de plus naturel que d'exprimer d'abord l'idée dont on s'occupe , puis celle que l'on remarque comme y étant ren-

iia ÇÇAMMAIRE.

ferttkéet c'est-à-dire le sujet, et eztôuite l'attribof • Car certainem^t ; lV)b|etdè reïSimèn est présent â la peniëe avant la ôireoûstanoe qû'oii.y décourre (i). C'est là l'ordre iti variable de l'ope'ration intellectnelle; et cette copstruction est bien nommée air^étë' relativement à la marche de notre esprit , bien (f ue toutes celles nommées avec raison inuersés soient tout aussi naturelles, suivant les circoastamieB. Il éët même à remarquer qu'il y a une multitude de constructions inverses différentes, parce qu'il y a mille manières différentes d'être aiffecté et préoccupé; au lieu, qu'il ne peut y avoir qu'une construction directe , parce que l'opération de juger est toujours la même.

Des vérités si frappaintes et si simples n'ont pu être méconnues que parce que, dés long-temps , l'on s'est obstiné à vouloir ^(tfél'àftte de la penië^ fût instantané et indivisible. Ce n'était pas le moyen de parvenir à. l'analyser, et à refeoûifiitfre le mode de sa fôripation et de son expression. Gertaineinent nos opérations intellectuelles sont d'une rapidité inexprimable , plus grande même que nous ne pouvons le concevoir. L'excessive célérité du fluide lumineux, du fluide électrique, qui parcourent des distances énormes dans un instant inappréciable, ne nous .donne peut-être qu'une idée encore imparfaite de la prodigieuse

(i ) Il est également naturel et direct de dire , la ptuit a rmn-

{)U eê «a«« * ou e» va$« ett plein^d'eau de pluie , parce que, daof e premier cas, c'est la piuit , et dans le dernier cas , c'est le •a$» qui est l'objet du jugement énonce ; mais dans tous deux, cet pb{et , ce su^et est exprime le premier , et c'est U ce r|ui est vraiment conforme k l'ordre naturel et direct des opérations dr la penst^.

CBAPITRF. IV. i 1 3

rapidité des mouvcmeos qui s'opèrent dans un aussi petit individu que le nôtre, quand nous sentons et que nous pensons. Je crois FaToir

Î>roaTé plus que qui que ce soit, en faisant yoir a quantité énorme d'opérations distinctes et successives qui doivent nécessairement s'exécuter en nous dans un instant indicible , anand nous produisons certains effets (i). Cependant , il n'en faut pas conclure que cette vitesse excessive soit précisément inûnie , suivant toute la ri^eur de ce mot, c'est-à-dire absolument sans bornes. Il faut bien prendre garde de ne jamais prendre les limites de nos moyens de connaître et de concevoir, pour celles de toute existence et de toute possibilité ^ or, c'est ce que nous ne faisons que trop souvent. Toute grandeur s'évalue en nombre ; et toutes les fois qu un nombre dépasse le terme où notre imagination se perd et s'égare ,. nous le proclamons infini. C'est ainsi que nous nous faisons l'idée de l'infini dans tous les genres ^ et le mot infini ne signifie jamais pour nous qu'une cbose dont nous ne voyons pas la fin , mais non pas une chose cj[ui r^llement n'a point de fin. Il est m^me positivement impossible qu'il ait ce dernier sens ; car nous ne pouvons absolument rien concevoir qui n'ait un commencement et une fin ^ et il ne se peut pas que le commencement ne soit pas avant la fin.

La pensée est donc excessivement rapide ] et son expression est beaucoup plus lente, comme nous ne l'éprouvons que trop; mais la première s'ef&écute suivant un certa.in ordre, comme la seconde , et cet ordre est celui de la construction

(i) Fiyet. tome premier , chap. i4 > P> 3x4 ^t suiv,

lO.

,,4 onAMMAlRE.

appelée al^ec raison construction directe. Ceux mêmes qui le nient avec le plus d'opiniâtreté eu conTiennent tacitement sans s'en aperceroir . Car, dés qu'ils ont de la peine à. comprendre le sens d'une phrase où l'on a employé quelqu'une de ces constructions qu'ils ne yeulent pas nommer int^rse , oue font-ils cependant pour se tirer d'embarras ? Ils font ce qu'ils appellent la construc^ iion ; c'est-^-dire qu'ils replacent tous les mots suivant l'ordre direct ; et tout de suite la clarté renaît, parce qu'à l'instaiit cet ordre manifeste la manière dont se lient entre elles les diverses idées qui comjmsent la phrase , et celle dont dépendent les uns des autres les signes qui re* présentent ces idées. Cet ordre est donc bien celui que ces idées suivent dans l'acte de la pensée. Examinons un peu plus en détail en quoi il consiste. .

Pour suivre l'ordre direct, il faut, comme nous l'avons dit, énoncer d'abord l'objet de sa

Sensée j puis dire ce que Ton en pense , c'est-àire exprimer premièrement tout le sujet , et ensuite tout l'attribut de la proposition ^ car il n'y a jamais que cela dans une phrase quelconque, c'est là un premier point essentiel et indispeji* sable , mais ce n'est pas* le seul.

La même considération se retrouve dans chacune des deux parties de la phrase. Tous les sujets et tous les attributs ne sont pas toujours composés d'un seul mot, comme dans ces phrases, Pierre dort^ je travaille , et autres semblables ^ au contraire , ils sont plus ordinairement formés chacun de la réunion de plusieurs signes , comme dans celle-ci, Pierre^ qui prétendait être si actif, dort sans songer à rien ; moi ( ou je ) , que Pon

Page 1