SECTION U
Des Déclinaisons*
On ne peut se dissimuler que Id construction, seule ne suffirait point pour répandre dans le discours une clartë parfaite. Les nuances de nos idées sont deyenues si délicates , et par conséquent leur expression si compliquée , que le seul ordre des signes serait incapable de faire toujours sentir leurs rapports. Draille urs, mille causes nous font souyeiit un plaisir et même un besoin d'intervertir cet ordre. Ou a donc eu recours à d'autres exp^diens , et d'abord a celui de faire subir à ces signes différentes altérations
2fâ indiquent leur concordance ou leur dëpenance , et qui , en même temps y leur impriment certaines modifications de temps , de nombres , de genres, ou d'autres circonstances qu'il faudrait, sans elles , exprimer par d'autres signes distincts et sépares. Ces' altérations constituent ce que l'on appelle les déclinaisons et les conjugaisons. Cette autre partie de la syntaxe supplée â l'insuffisance de la construction , et nous rend des services que nous lîe pouvons attendre de celle-ci, pour former un résultat général des valeurs particulières de chacun des signes qui composent nos propositions. Nous allons facilement en trouver les motifs et les régies dans ce que nous arons dit ci-dessus de la nature et des fonctions de chacun des élémens du discours.
Rappelon»-iàous d'abord que les idées qu'expriment les noms sont les seules <|ui soient considérées comme ayant , au moms dans notre esprit , une existence absolue et indépendante.
ii8 GRAMMAIRE.
Celles qui spnt représentées par tous les autres élémens du discours sont considérées , au contraire , comme n*ayant qn*une existence relative à. celles-là. Il s*ensuit que les variations qu'éprouvent les noms ne peuvent avoir, pour objet qne de modifier , ou de déterminer diversement ridée qu^ils représentent , indépendamment de toute autre, tandis ^e les altérations que l'on fait subir à d'autres signes ont pour bat unique de manquer leurs relations avec les noms. Examinons donc d'abord les déclinaisons des nomS) elles nous feront connaître toutes les autres ^ et comprenons , sous ce nom de déclinaison y tous les changemens que peut éprouver la forme primitive d'un nom.
PABÀGIUPHE PREMIER.
Des Déclinaisons des Noms,
Quand on prononce le nom d'un être quelconque , on peut vouloir dire si on applique actuellement ce nom à un ou à plusieurs objets de la même espèce : c'est ce qu'on appelle en déterminer le nombre; et si ces objets sont mâles ou femelles , ou ni l'un ni l'autre : c'est ce qui constitue les genres. Voilà donc déjà deux motifs pour faire varier la finale de ces mots. Ce seraient même là les seules causes possibles de leurs variations, si les noms n'étaient jamais employés qu'à représenter les sujets de nos nropositions ; mais nous avons vu que souvent ils servent de complémens à d'autres noms , ou à àts adjectifs, ou à des verbes adjectifs; et dans ce cas , il est utile de marquer leur dépendance de