CHAPITRE V
DES SIGNES DURABLES DB NOS IDÉES , ET Spécialemeilt DE i'CCHlTURC VROP&EMENT DITE.
Apres ayoîr parle si longuement des temps des Verbes et d'autres détails presque minutieux de nos langues articulées, l'on aura peut-être été surpris de m'entendre dire en finissant, que tout ce qui précède est commun absolument à tous ■les langages, de quelque espèce qu'ils soient. Cependant, rien n'est plus exact , et il est facile de s'en convaincre. En effet , sans remonter jusqu'à la première partie de ces élémens. dont celle-ci n'est que la continuation , et sans répéter ici ce que nous avons dit de la création des signes artificiels de nos idées , de leurs diverses espèces , de leurs fonctions et de leurs propriétés communes, ràppelons-nous seulement que tout système de si- ^es est un discours. Le discours est donc toujours ia représentation plus ou moins parfaite de nos pensées. Or , toutes nos pensées ne consistant qu'à sentir et à ju^er, tout discours doit être composé de propositions ; ces propositions , de sujets et d'attributs ; ces sujets et ces attributs , d'idées principales et de coraplémens} et, par conséquent , il faut nécessairement que nous retrouvions , dans tous les langages possibles , quelque chose d'analogue aux élémens de la proposition et aux mpyens de syntaxe dont nous venons de i*endre compte.
17^ GRAMMAUE.
Si toutes ces parties sont plus défeioppecs , et si toutes Jçurs nuances sont mieux marquées dans le langage articule que dans tout autre , c'est que , par diverses causes, les sons de la yoix sont,de tous nos signes naturels, les plus commodes et les plus perfectibles (i), et que , par ces motifs, ils ont été les plus employés et les plus perfectionnés. Mais il n'en est pas moins yrai que quand nous avons recours aux gestes , aux attouchemens , ou même a d'autres signes totalement d'imagination , que nous composons sur le modèle de ceuxlà , nous>ne pouvons les composer et les arraneer que suivant une méthode tout*à-fait semblable à celle qui préside au langage articulé , parce (jue cette méthode ne 'dépend pas de notre choix j qu'elle nous est dictée par l'opération même de la pensée qu'il s'agit d'exprimer^ en un mot, qu'elle est nécessaire et non pas arbitraire. Tout ce que nous en avons dit est donc d'une vérité générale et même universelle , et n'est particulier à aucun langage.
Il n'en est pas de même du sujet que nous avons à traiter actuellement. Tous les signes naturels de nos idées sont momentanés, ils se laissent apercevoir un instant et s'évanouissent aussitôt. Devenus artificiels , ils n'en demeurent pas moins fugitifs et transitoires, et tous ne sont pas également susceptibles d'être convertis en signes durables et permanens. Les uns ne le peuvent qu'à l'aide d'une traduction pénible, les autres se prêtent à une représentation directe et
(1) Voyes-w les raisons, diai». i€ et 17 des Elëneas d'Idéo- Joçic. En tout, il est utile de nslire ces deux ekapitref ea untier , airant de commencer celui-ci.