CHAPITRE V
facile. Par conséquent , ce qui est vrai des uns ne Pe&t pas des autres , et on ne peut point éta^ blii; ici des ve'ritës universelles. J^ai déjà indiqué cette observation dans les chapitres 16 et 17 des Elémens dUdëologie , et j'ai annonce que je la développerais davantage quand je parlerais de IVcriture et de l'orthograpne. C'est ici le lieu de remplir cet engagement ^ mais , pour y réussir , il faut encore nous reporter un moment à l'origine du langage.
Tous les nommes , je dirai plus , tous les êtres animés parlent naturellement 1« langage d'action^ on plutôt leurs actions parlent pour eux sans qu*ils le veuillent , et manifestent leurs pensées à tous les êtres organisés à peu près de même , qui , voyant que quand ils ressentent certaines affections ils font certaines actions , en concluent que leurs semblables, quand ils font les mêmes actions, éprouvent les mêmes affections. De cette observation , que chacun fait de son côté , il résulte bientôt que tous les individus, surtout dans la race hum,aine , font ces mêmes actions» , non plus seulement pour les faire et pour l'effet immédiat qui «n résulte , mais pour manifester ce qu'ils pensent. Alors ces actions, de signes naturels involontaires , deviennent signes volontaires institués. Leur signification est un secret surpris , qui devient un secret confié ; et son indice irrécusable se change en un moyen de le communiquer. On a le plus ^and besoin , et par conséquent le plus grand désir de faire connaître ses pensées j on en perfectionne tous les moyens. Heureusement l'a tentation et l'art de dissimuler ne naissent qu'après l'envie de se manifester. De là vient l'institution du langage dès l'origine du
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genre humain, eiPusage perfide qu*ou n'en a fait que trop souyent dans la suite.
Ce langage d'action s'adresse à trois sens, le tact, la vue et Pouïe. Il est compose de trois es^ péces de signes , les attouchemens, les gestes, et les sons. On emploie plus ou moins chacune de ces trois parties du langage d'action, suivant les oc> casions ; mais on se sert toujours de toutes trois concurremment, surtout des deux dernières. Tout cela a déjà été observe.
(Cependant, quoiqu'on emploie concurremment ces diverses branches du langage d'action , il n'en est pas moins vrai que chacune d'elles ( et prin« cipalement les deux dernières^ , e'tendue et per^ fectionnëe par des conventions successives, est susceptible de devenir, chacune se'parément, un langage artificiel très-complet, et d'exprimer nos idées de toute espèce jusque dans leurs moindres détails. Ainsi , voilà trois classes de langages artificiels bien distincts , qui émanent directement du langage naturel j et chacune de ces classes peut se subdiviser encore en une multitude d'idiomes difierens.
Mais tous ces langages divers ne sont toujours composés que de signes fugitifs , qui disparaissent aussitôt qu'ils sont perçus , qui se succèdent et se remplacent avec rapidité , qui s'effacent les uns les autres, et qui ne produisent que des impressions momentanées, toujours très-di/Hciles , souvent impossibles à rappeler avec exactitude. Les hommes n'ont donc pu se servir long-temps de ces signes sans désirer de les rendre durables. Ils n'ont pu recevoir ces impressions sans souhaiter de les prolonger et de les renouveler pour y réfléchir et les combiner. En un root, ils n'ont pu