‹ Elémens d'idéologie (volume 2)Chapitre 51 sur 93 · CHAPITRE V. tS · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. tS

Hre an «H3<!our8 écrit ( toujours abstraction faite des irrégularités de l'orthographe), il n'est pas du tout nécessaire de les entendre. Celui qui tient un discours écrit par le moyen d'un alphabet , est donc bien sAr a'ayoir la pensée de celui qui l'a dicté , pure et sans mélange.

n n'en est pas de même de l'écriture hiéroglyphiqae. Il y a toujours double changement de signes. Il t a traduction , Téritable interprétation quand on l'écrit , et nouvelle traduction , seconde interprétation quand on la lit. La preuve en est , qu'on ne peut faire ni l'un ni l'autre sans comprendre les éenx langues employées , la lan-

tue parlée et la langue peinte. Vcila donc déjà eax sources d'erreurs, deux causes d'incertitude. Pour que celui qui entend lire ou qui lit l'écriture hiéroglyphique fût certain d'avoir précisément la pensée de celui qui l'a dictée , il faudrait qu'il eût la preuve que les signes de la langue parlée qui lui en expriment le sens sont exactement ceux dont s'est servi l'auteur. Or , c'est une satbia«tion cni'il ne peut se procurer qu'eu voyant l'auteur lat-méme> et réduisant à rien la confiance accordée à l'écrit. Voilà donc dcjà une evande dâiSérence tirée de la nature même àd ropération. Passons à la manière de l'exécuter.

Pour écrire et lire toutes portes de langues ^ moyen de l'écriture alpbabéti(|ue , il suffit d'avoir IHnteUigence d'im très-petit nombre de caractères. ( Je crois qu'un alpnabet bien complet; et mâme très-scrupuleux à marquer les nuances les plus fines , en comprendrait une quarantaine.) Or y c'est là un petit talent trèa-facile k acquérir , surtout si l'orthographe était régularisée^ et, tei-

iH GRAMMAUE.

lement facile, qu'avec une bonne of^aniflation sociale , au bout de très-peu d'annëes , il n'jr aurait presque lias un individu, dans une nation policée , qui tût privé de cet avantage.

n faut au contraire que Técriture , ou plutôt la langue hiéroglyphique, ait autant de signes que la langue parlée a de mots ^ et il faut avoir la connaissance de tous ces signes pour l'écrire et la lire ; c^est une nouvelle langue a apprendre, et une langue dont on ne peut pas acquérir PinteUigence par l'usage habituel de la société. C'est une véritable langue morte, qii'on ne peut connattre que dans les livres. ( C'est même une langue morte d'une espèce particulière , de la vraie valeur de laquelle il est impossible qu'on ait jamais de monumens, puisqne cette valeur ne se manifeste jamais que nar le moyen des signes fugitifs de la langue usuelle. ) C'est donc l'étude de toute la vie oue de la savcHr à peu près, comme l'expé* rience le prouve à la Chine j et , par conséquent ^ toute la masse de la nation est privée de rusa||e de tout signe durable de ses idées: et le petit nombre des hommes qui se livrent a l'étude ,^ et en même temps aux affaires publiques, puisque eux seuls sont capables de les faire, passe tout son temps a étudier l'art de s'exprimer, sans y réussir complètement , et sans qu il lui reste de loisir

Ïiçur apprendre à penser. Maintenant, voyons es effets que tout cela produit.

1** Quand on a surmonté toutes ces difficultés, on ne peut encore représenter en signes durables que les langues que Pon comprend. La ca.use en est manifeste : on ne peut traduire sans entendre. 2^ On ne peut même représenter que ceUe sur laquelle la langue écrite, la langue secondaire^ a

Page 1