CHAPITRE V. i$n
ëU formée et calquée , ou tout ao plus celles oui ont, ayec la première les plus grandes analogies d'étymologie et de syntaxe. Pour peu qu'elles en différent, on ne peut les rendre , dans la langue écrite , que par des à peu prés et des équiyalens qui les défigurent nécessairement. Voyez un peu ce. que ce serait que du français, écrit ayec la construction , la syntaxe , la formation des Ter- Bes , les étymologies , les tropes et les autres idiotismes de la langue anglaise ou allemande , et même de la langue italienne. Ce serait un patois ridicule et souvent inintelligible. Cest là ce qu'est une langue parlée quelconque , écrite avec une langue peinte qui n'est pas modelée ^ur elle, qui n'a pas été faite pour elle.
3** Il est à remarquer que les figures tracées, quelaue nombreuses et quel(jue embarrassantes qu'elles soient à former , à distinguer et à retenir , sont bien loin de se prêter, comme les signes Tocaux , aux moindres nuances et aux plus légères modifications. IL est donc impossible qu'il y en ait autant que de mots et que de di/Tcrentes formes de chacun de ces mots j et quand on supposerait, bien gratuitement, que des nations qui se
tion rigoureuse de ses principes à leur laneue parlée, et qu'elles l'ont amenée au point de n^a-
▼oir aucune anomalie , de n'employer que les mots et les moyens de syntaxe réeUement nécessaires, de ne modifier les premiers que de la manière la plus régulière et la plus ayantageuse , et par conséquent de réduire le nombre de leurs signes , et de simplifier leurs relations autant que
>8I GBAMMAH^E.
pcMsi^le; quand, dis-je, on ferait tontes ces suppositions , assurément bien peu fondées , il ne se poai'rait pfis encore que la langue écrite rendtt toutes les formes d'une langue parlëe, et qu'eUe n'altërâl pas, en la repre'sen.tant , même ceUe sur laquelle et pour laquelle elle aurait ëté composée , et à plus forte raison toutes les 'autres. 4* IÇûfin , il y a une dernière, observation à
fait assez d'attention , au moins que je sacne , et qu'il n'est pas aise de présenter de manière à la rendre très-sensible : la yoici. Ces deux langues, chacune de leur côte, sont 8uje];tes à des Tariations. La langue écrite n'a point été inyentée tout de suite dans toute sa perfection et avec tous se» déreloppemens , et elle a dû recevoir de dîfTëréns e'crivains des alte'rations et des amélioration» succes^iTes. En nn mot ,, elle a nécessairement beaucoup de variantes. La languje parlée , de son côté , comme toutes les langues parlées , surtout celles qui ne sont point ûxées par de? ouvrages généralement répandus, et.marqnés au coin de la perfection, doit éprouver de iréquens chàngejnens j par conséquent leurs rapports ont perpétuellement vari^ : or, rien ne le constate. Car la langue parlée n'est nulle part écrite par ellemême ; ainsi personne ne sait ce qu'elle a été : et la signification de la langue écnte n'est jamais manifestée que par les signes vocaux , tels qu'ils sont au moment et dans lés lieux où l'on s'en «ert pour la traduire en la Ij^nt: -ainsi on ne sait pas non i>ius ce qu'elle était , nia quoi elle répondait quand l'écrit a été fait. Donc , d^une part on n'a
GrAnTRE T. i»9
nuUé trAcê de ce qu'a été la langue pàrlëe dans les temps antérieurs ^ et un Chinois , un Japonais peu-vent à peine saYoir comment parlait leur bisaieâl (i). Et de l'autre , auand on voit dans la langue écrite un signe tomoë en désuétude , ce n'est que ^ar tradition , ou par des conjectures plus ou moins heureuses , que l'on peut saToir sHl répondait à un mot ou à une locution abandon"^ nés t ou s'il existe encore sous une nouyelle forme^ c'est-à-dire remplacé par un signe nouyeau; on ne peiit pas être sûr non plus s'il est seulement le remplaçant d'un signe réformé, ou s'il est une nouvelle création repondant à un novreau signe de la langue parlée. Ces deux langues parallèles sont deux quantités perpétuellement variables , qui se mesurent l'une l'autre , sans aucun type certain auquel les ra]^ortcr . Avec de tels moyens, il est impossible de jamais procéder avec pleine assiirahce.
JNous avons de la peine, nous autres occidentaux , Â nous faire une idée d'une pareille anxiété , Sarce que enfiA, dans les plus mauvais manuscrits e nos plan anciens laneagés, nous sommes sûrs d'avoir fa peinture fidèle des sons tels qu'ils étaient proférés , et que nous en retrouvons la filiation et la dégénération : mais supposons pour un moment que les lettres sont aussi nombreuses et aussi variables que les mots et les tournures de phrase , et jugeons où nons en serions. C'est là le sort des peimles qui se servent à la fois d'une langue parlée et d'une langue peinte.
(1) Tout ce que je dis des Climois est encore pkuB mi des anciens É^ptiens, puisque leurs biëroclyphes paraissent plus imDarfiuts encore, et moins propres k ngiûrar scrupuleusement la langue parlée dans ses détails.
ioo GRAIOIAmE.
. La différence des dialectes doit produire à peu prés les mêmes effets que la différence des temps ^ et multiplier les incertitudes.
Si TOUS ajoutez à tout cela l%icapacitë de la plupart des ecrirains, c'est-Â-dire des traducteurs, incapacité quiestinéyitable, puisque leur art est très «conjectural et très-difHciIe à acquérir , et qui doit causer de nombreuses fautes, lesquelles augmentent beaucoup la confusion , tous ne sere2 pas surpris que les voyageurs nous disent qa^à la Chine , la moindre convention , ou le Ï>lus simple ordre de Tempereur donnent souvent ieu à une multitude de commentaires et d'incertitudes, comme chez nous un passage obscur d'une langue morte f i) , et vous conclurez de
Ï»lus avec assurance , ^u'il est inévitable que les ivres ainsi écrits deviennent très-promptement absolument inintelligibles, à moms qu'on ne prenne souvent la précaution de les recopier , ce qui est une autre source d'erreulrs , puisque ces copies sont autant de traductions.
Tout ce que nous venons de dire est un pea abstrait, et a exisé beaucoup d'attention, parce qu'il est difficile ae se bien transporter dans une situation dans laqneUe on n'a jamais été ; délassons-nous actuellement à voir les conséquences qui résultent de ces faits. Il me paraît que les voici.
D'abord , il «st certain que si les hommes ne peuvent presque pas penser sans avoir converti quelques-uns de leurs signes naturels en signes artificiels , ils ne peuvent non plus faire presque
(1) Ftjn h rdatioii àc l'amlMinde du l«rd Mircarthnef .