‹ Elémens d'idéologie (volume 2)Chapitre 53 sur 93 · CHAPITRE y · texte numérisé non relu

CHAPITRE y

aucun progrés sans avoir tronyë un moyen quelconque de rendre durables ces signes artificiels primitifs , qui sont tous passagers et fugitifs.

Secondement , il n*est pas moins sûr que quand, pour son malheur , un peuple a pris le parti de fixer ces signes transitoires , au moyen d'une seconde langue représentant directement les mêmes idées d'une autre manière , il doit arriver :

i^ Que la presque totalité de la nation demeure inévitablement incapable d'apprendre cette seconde langue, et par conséquent absolument privée de r usage de tout signe durable , et de la possibilité d'acquérir les connaissances les plus simples.

n^ Que le très-petit nombre de gens qui ont le temps de se livrer à de longues études , doivent le consumer tout entier à apprendre l'art de s'exprimer , et en avoir très-peu de reste pour acquérir de vraies connaissances.

5» Qu'ils doivent y faire très-peu de progrès , étant a peu près réduits chacun â leurs propres forces , parce (me les moyens de communiquer entre eux sont difficiles , et qu'ils ne sont jamais sûrs de se comprendre complètement par écrit.

4** Qu^en supposant qu'un d'eux fasse réellenaent une découverte précieuse , ou une observation importante , elle doit facilement s'oublier , ou du moins s'obscurcir , parce que les livres deviennent pronaptement inintelligibles,

5^ Qu'il en doit être de même des connaissances qirils pourraient recevoir des étrangers , surtout si elles sont d'un ordre un peu relevé ; et qu'au bout d'assez peii de temps on ne doit plus les retrouver chez eux que dans l'état de fragmens et de débris , ou comme des foi*mnïes dont

on a consetré Fusage , mais sans en connattre ni Pesprit ni les motifs , encore moins les moyens de les retrouver si on les jperdait.

6^ Qu^^ne telle nation doit avoir bien peu de communication avec les étrangers, et, en conséquence, concevoir bientôt pour eux une aversion et un mépris stupi^es , parce qu'il leur est excessivement difficile d'apprendre sa langue (i), et qu'elle a aussi beaucoup de peine à apprendre les leurs , devant toujours commencer par apprendre à lire et à écrire.

7^Que les savans oudemi-savansdu pays» voyant que malgré tous leurs efforts ils ne peuvent faire aucun progrés réel, et que,au contraire,toutes les

(i) Qaaad un Européen veut à|»vencli« le chinois, il faut , ou quil se terne à la langue pariée, et sdorS il est «rivé du secours de tout signe permanent , et lapécisément dans la même position qu'un homme qui voudrait apprendre une langue étrangère sans savoir Kre; ou quïl entreprehne en même temps d'apprrodre )a langue écrits, et alors il a, condOe nous Tavons vu , des difficultés prodigiensesà surmonter , après quoi il n'a encore entre les mains ([VHxû instrument extx«mement incommode, comme les namras.

C;«la me persuade qofs ce qu'il aurait de mieuSK à faire en pareil cas, serait de se faire prononcer, autant ^'il le pourrait , tous les mots de la langue parlée , de les écnre pour son usage avec son alphabet, de bien observer leurs dérivations, léUrs analogies et la manière de les enqployer, et de leur créer . pour son u»ee , un vocabulaire et une svntaxe.

uisuite , s'il croyait oue les livres et les écrits en valussen t la pàn)B, il faudrait quil fit exactement la même chose pour la langue peinte; et )e ne doute pas qu'il ne trouvât ses ana> logies et sa syntaxe souvent peu analogues à celles de la langue parlée.

$t un tel travail était une fois fait, je suis convaincu que bientôt il deviendrait très-utile -aux naturels eux-mêmes, et qu'au bout de peu de temps il les aiderait à se démêler des ôbsturités de certaibes écritures qui déjà les embarrasseraient. Mais cnii aura iaraais le courage de ne charger d'une telle tiche? Il faut être idéologiste pour ^ulement en avoir l'idée.

CUAPffTBE T. 1,3

lumières ({u'ils ont reçues en dép6t s'éteif^aent. , ou du moins s'obscurcissent entre leurs mains , . ils doivent bientôt se pénétrer d*un respect superstitieux pour l'anti^uiti^ et pour leurs de van* ciers , et ils doivent imprimer ce sentiment au peuple , et par suite Thorreur de tout changements et ce dernier point surtout avec d'autant plus d'énereie , qu'ils sentent que tout changement dans les mœurs en apporte dans la langue, et que tout changement oans la langue confond et anéantit toute leur science.

Tel est le rësom<$ des conséquences qui dérivent nécessairement de l'usage des signes hiëro^ . gljphiqœs; et il est remarquable que c!est en même temps l'exposé exact de ce que tous Les historiens nous apprennent des anciens Éf^tiens , et de ce que tous nos voyageurs nous rapportent des Chinob. La théorie est donc bien prouvée par les faits , et les faits sufiisamment expliqués par la théorie. Car, quand nous voyons les mêmes

Shénomènes moraux produits constamment penant des millier f d'ann<^, chez des peuples aussi éloignés l'un de l'autre , et observés dans s des temps et par des hommes si difffârensy nous «sommes bien autorisés à conclure qu'ils sont l'efiPet d'une institution qai leur est commune , et que nous savons d'ailleurs devoir nécessairement produire ces résultats. 11 est donc bien inutile de recourir à d'antres causes pomr nous en rendre raison .

Ainsi , si depuis la fStju hante antiquité , nous ^ trouvons toufoors en Egypte et à la Chine les connaissances dans un état stationnaire <va même rétrograde , et resserrées dans un petit nombre de mains , nous n'avons pas besoin cPen faire honneur à la politique bien ou mal entendue d«>s

i|4 OBAIOIAIXE.

gouremans et des prëtendus sages de ces deux natioDs ; il nous samt de saToir qae c'est l'effet nécessaire de l'insuffisance des moyens qu'elles ont de cultiver ces connaissances et de les répandre.

De même, si leurs sciences nous présentent toujours une apparence occulte et ténébreuse , et ne se montrent jamais qu'envelqppées dans l'ombre du mystère , nous ne devons . pas attribuer cet effet à la sombre jalousie de leurs prêtres et de leurs lettres , et à un système bien combine' de leur part , pour se rendre impénétrables pendant des milliers de siècles ; de tels secrets sont impossibles à garder, quand ils sont faciles à apprendre. Mais quand on voit quelle est la langue soi-disant savante de ces prétendus adeptes , on reconnaît clairement que leur plus ^rand art pour ne pas se laisser deviner est d'avoir la plus grande peine à s'expliquer , et de ne comprendre eux-mêmes que très-imparfaitement les écrit»

dont ils sont les dépositaires. C'est assurément un secret bien gardé que celui que personne ne sait complètement.

Par les mêmes raisons , je dirai que quand nous trouvons cbçz ces peuples des connaissances d'un ordre très*relevé , nous pouvons prononcer

hardiment qu'ils ne les ont point découvertes , eu 'usage : et comme nous trouvons toujt

parce que cela est impossible avec les signes dont ils ont l'usage : et comme nous trouvons toujours entre leurs mains ces connaissances , comme des possessions déjà ancienne9 et mal conservées, dont il ne reste que des fragmens et des débris , noug sommes , ce me semble , inévitablement conduits à conclure que ces nations , quelque antiques qu'elles soient, ont été .précédées par d'autres ,

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qui, se servant de meilleura signes , étaient beaucoup plus ëclairëes , et qu'elles en ont autrefois tire des lumières qu'elles n'ont pas même pu conserrer entières , bien loin de -pouyoir les accrotire , avec le mauvais moyen qu'elles ont pour les constater et les transmettre. «

Je crois que c'est là le plus fort argument qne l'on puisse faire en faveur de l'existence d'un peuple éclaire , antérieur à tous ceux que nous connaissons : je crois même qu'il en démontre la nécessité d'une manière irréprochable , car elle est prise dans la nature de l'esprit humain et de ses moyens de connaître.

Quoi qu'il en soit , je crois avoir prouvé , et c'était l'objet de cette analyse, i^que les hommes ne peuvent presque pas 'penser sans avoir converti les signes naturels de leurs idées en signes artificiels j a^ qu'ils ne peuvent avoir que des connaissances infiniment restreintes, tant qu'ils n'ont pas su rendre permanens ces signe» artificiels fugitifs ; 3^ qu'ils né peuvent encore faire presque aucun progrès., quand ces signea permanens , au lieu d être la représentation directe et immédiate des sisnes fugitifs , sont une seconde langue distincte oe la langue usuelle.

C'est cependant à ce dernier expédient qu'ila seraient réduits , ai leurs langues nsuelles étaient composées d'attouchemens ou de gestes ^ mais les langues orales donnent lieu à une méthode qui a des résultats bien plus avantageux ; et cette propriété suffirait seule à justifier la préférence universelle donnée à ces langues, quand il n'y aurait pas en leur faveur beaucoup d'autres raisons tirées de notre organisation . Cette méthode est celle, qui consiste à représenter, à noter seulement les

19A GRilMMAlBS.

sons dont les mots de ces langues sont composes , sans s'embarrasser du tout des idées qu'ils expri^ ment. Tout peuple qnû a une langue parlée, et qui néglige ce moyen delà convertir en signes permanens , par cela seul se condsunne à une inutilité absolue. Son existence ^ quelque longue qu'elle soit , est aussi stérile que celle des peuples qui n'ont aucun signe permanent , et demeure absolument nulle pour les progrés de l'esprit humain. Elle peut et doit même leur nuire , en contribuant à en faire méconnattre la marche , et en induisant à erreur sur les moyens de lés fayoriser.

Cest donc , pour une réunion d'hommes en société , une détermination bien importante , et 3 ai doit ayoir la plus grande influence sur leur estinée, que celle d'adopter l'nsaee de l'écriture Idéroeljrphiqne, ou celui de l'écriture pro- λrement dite. Mais cette détermination , comme a plupart de ceUes qui décident du sort des hommes , n'a jamais pu être prise après mûre délibération ; car , pour se décider ayec connaissance de cause , il faudrait ayoir déjà l'expérience du parti qu'on préfère, et la connaissance des effets qu'il peut produire après une longue suite de siècles. D'ailleurs un usage , un procédé général n'est Jamais , surtout dans l'enfance des nations , adopté de dessein prémédité, et par l'effet d'une yolonté expresse. Il natt , il s'introduit sans qu'on sache comment; puis il prend faveur , et devient prédominant , sans que personne le veuille. Cherchons donc comment des nations ont pu être conduites à se servif de l'écriture hiéroglyphique ou de récriture propremebt dite.

On a beaucoup dit que4es hommes avaient com-

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fflettcépsli'einployer les hi^oglyphes, les peinturés sy ]nl>oliqaeB et allégoriques , et q^u'ensuite , à force de les perfecttonner , ils en étaient Tenus à InYenter les lettres et les alphabets. Pour moi ^ j*a- Toueque je ne le crois pas« Premièrement, cette cipihidn irest apçnyée sur aucun faitpo^tif : car l'histoire, au moins qœ je sache^ne nous a transmis le souvenir d'aucun peuple qui ait jibandoim^ l'usage des faiéro^jphes pour celui de l'écriture alphaibétique. Au contraire, nous Yoyotts de nos jours les Chinois , qui depais long-temps parlent coiicutremment deux langues, le chinois et le tartare mantchou , qui ont pour cette demiéi^e une écriture alphabétique en» pourrait également leur servir pour la première , et qui sont bien à même d'en sentir tous les jours les avantages. Ge«pendant, ils continuent toujours à représenter le chinois au moyen d'une langue peinte , et le tartare avec des caractères alphabétiques; et cela ne tient point uniquement à la répugnance que cette nation a pour tout ce qui est nouveau , cette répugnance est, dans cette occasion, un ^et bien plus qu^une cause. La vraie raison est que réelle^ ment il est extrêmement difficile à un peuple de changer une pareille habitude. Le jour op il s'en aviserait , il faudrait <jae tout le monde rapprtt à lire f que tous ses institutears quelconques chaucréassent leur eoaseignement; ses tribunaux , leurs procédés ; et qu'il renouvelât totalement et sans retard tous ses livres , tous ses registres , tous ses actes publics et privés jusqu'aux moindres affiches, tous ses documens, tous ses manuscrits. Dn pareil jour serait pour lui le commencement d'une éré absolument nouvelle , et certainement l'époque d'une révolution prodigieuse , source

t9l GRAMMAIRE.

dVrénemens si considérables , que la mémoire ne pourrait s^en être perdue entièrement. Or , puis* que l'histoire ne nous l'apprend pas positivement, cela me suffit pour croire qu'un pareil changement n'a jamais eu lieu chez aucun peuple. D'ailleurs, ce n'est point ainsi que procède l'esprit humain. Un changement brusque et complet ne s'opère jaipais parmi les hoinmes en société : trop d'habitudes y résistent. Les nouYeautés s'mtroduisent petit à petit , quand elles ne sont pas diamétralement oppose'es aux usages antérieurs ; et les rendre vulgaires est l'ouyrage du temps, que lui seul peut exécuter.

Ma seconde raison pour être persuadé qu'un pareil changement n'a jamais eu fieu dans aucun pajs, c'est (que ces deux procédés sont fondés sur deux vues de l'esprit totalement différentes. L'une consiste à entreprendre de représenter les idées, l'autre à essayer de peindre seulement les sons \ en sorte qu'il est absolument impossible que le projet de réaliser l'une conduise jamais à exécuter l'autre. En effet, une figure "hiéroglyphique est toujours une peinture. C'est la représentation d'un objet ou d'une action , ou plutôt de l'idée que nous en aypDS : car , répétons-le toujours , nous n'exprimons jamais que nos idées. Supposejz cette figuré aussi perfectionnée, aussi modifiée , ou si vous voulez aussi altérée et aussi dénaturée qu'il vous plaira, elle deviendra ce que «ont les caractères chinois , les chiffres de l'arithmétique , les signes de l'algèbre , les symboles astronomifl^ues , chimiques, et pharmaceutiques. Elle deviendra la peinture , l'emblème , la représentation d'idées très-compliquées, trèi> -travaillées, très- abstraites, très -éloignées des objets

CBAl»ItB£ V. if9

ieusikles ; tnais jamais elle ne deyiendra ta note d'un son d'une langue parlëe , qui soit toujours le même à quelque mot qu'il appartienne. Or , c'est là ce qu'est un caractère syllabique ou al^ phabëtique. Jamais donc l'hiéroglyphe ne subira cette métamorphose.

Ces motifs me portent à croire que les hommear ont été réunis long-temps en corps de nation ^ ayant l'usage d'un langage articulé, peut-être même assez perfectionné, sans avoir trouvé le moyen de rendre permanent et de peindre exactement chacun de ces signes si utiles et malheureusement si fugitifs 4 Dans ce long intervalle de temps , ils auront inventé plusieurs arts , fait les

Sremiers essais de la peinture, de la sculpture, e la gravure , et de tous les arts qui tiennent au dessin , pour perpétuer le souvenir des événemens qui avaient influé sur leur destinée , et des êtres €{ui leur étaient chers. Ils auront créé de même la musique , j^our animer leurs danses , pour chan^ ter leurs plaisirs et leurs malheurs , pour donner plus d^énergie à leurs récits , et augmenter la facilité de s en ressouvenir. Ils y auront eu d'autant plus de facilité, que les langues naissantes dérivant immédiatement des cris de la nature , ne sont presque elles-mêmes que de la musique. Les tons et les temps y sont extrêmement marqués. Ils y jouent au moins un aussi erand rôle que les articulations et les voix , et u suffit de moduler le langage d'une manière un peu plus prononcée , pour que le discours devienne un chant. Cette musique , dans son origine , est monotone ; elle a peu de tons différens. On aura pu facilement attacher un signe, durable à chacun d'eux. De là l'invention des notes, dont efTecti-

aoo GRAMMAIRE.

"vement on retrouTe des traces ctans les inonitmefis de la plus effrayante antiquité.

Alors des hommes ingénieux , Voulant représenter d'une manière durable les moindres détails du discours, auront eu le choix de deux moyens. Ou ils auront essayé de séparer les différentes parties d'une ou de plusieurs figures exprimant un court récit, une piirase , et d^ffecter rUne de ces parties à exprimer le sens d'un des mots , et l'autre à exprimer celui d*un autre. Dans cette hypothèse, ils auront profité des métaphores et des analogies déjà emfïloyées dans le langage oral. On arait dit le coeur po«r dire le sentiment , ils auront peint un cœur enflafnmé pour dire Fa* mour , un coeur flétri pour dire le ciiagrin , etc. . < et petit à petit, ils se seront réduits a quelque» traits , dontrétymidogie même sera deTenuepre»" que impossible à retrouver.

Ou bien , au lieu de décomposer Vidée de la phrase , ils auront essayé d'en décomposer les sons. Leurs notes marquaient déjà les tons , peut' être même les ternes; quelques autres auront marqué les articnlations et les voix. Cette dernière précaulimide marquer les voix n'est même pas indispensable , puisque plusieurs langues anciennes , et nommément l'hébreu , se sont longtemps écrites en ne marquant que les articulations et les accens ( c'est-à-dire les tons ) , et laissant à l'intelligence du lecteur à suppléer les voyelle». *

Ce fait prouve bien ce qiie je viens de dire , que le» langues naissantes sont tout près des cris naturels ; quelles ne diffèrent presque pas de la musique j et que leur discours n'est presaue qu'un chant, puisque, pour le représeutct, il a paru

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important de marqaef \tn tons . et inutile de quer les voix. Une pareille ëcritnre n'est i

marautre, chdse que nos notes ,~auxqoelles on ajouterait des consonnes: et elle ^montre bien clairement qnSI a été anse d'arriver jusqu'à l'écriture par le moyen de la musique.

Au moment o& une nation s'est donne des si' gnes permanens, il aura donc dépendu absolument du hasard , c'est-â-cËre des circonstances particulières que nous ne pouvons plu» apercevoir ^ de décider à qui ,^ des sectateurs de la peinture ou de ceux de là musique, sera restée la gloire de figurer le langage , et si l'on préférerait e le peindre on de le noter ^ car l'un de ces deux uftages peut être , comme on le voit , tout aussi anciennement imaginé que l'autre. Mais, je le ré~ péte, une fois un de ces deux partis pris, on n'aura jamais pu passer insensiblement à l'autre , ni même j venir de dessein prémédité. Cauraii été la subversion de la société tout entière.

Si jamais il est arrivé que dans le même pays un de ces deux usages ait remplacé l'autre , cela n'aura i>n s'effectuer que comme nous allons peutêtre voir cette grande révolution s'opérer à la Chine : c'est-i-dire qu'une nation se servant d'une langue peinte aura été subjuguée par une autre ayant une écriture. Le peuple vaincu aura conservé long-temps sa langue et ses hiéroglyphes , et le vainqueur aura même été obligé de se servir de ceux-ci toutes les fois qu'il aura écrit la langue de ses nouveaux sujets , sans quoi ils n'auraient pu le Ure. Mais à la longue la langue des conqu&ans se sera toujours répandue davantage , tandis que celle des sujets aura été de plus en plus négligée et enfin oubliée , et avec elle la langue

21^ gbammaire*-

peinte qui J correspondait; mais rime n'aura jaiaais pu disparaître sans Fauire.

Je suis conyamcu que c'est là ce qui est anivé dans l'ancienne Egypte , et que c'est ce qui rend absolument insurmontable la diiScultë que nous éprouvons à comprendre ses hiéroglyphes, parce que non-seulement la clef de ce cninre est perdue , mais même le souyenir de la langue dont il e'tait la représentation est totalement oublie. Je sais pourtant qu'Hérodote et Diodore de Sicile nous disent qu'il existait en même temps dans ce pays une écriture mystérieuse qui était hiéroglyphique y et une écriture yulgaire qui était alpiabétique , et qu'ils ne font point mention que ces deux écritures se rapportassent â deux langues différentes. Mais il est à remarquer que ces récits sont ceux d'hommes qui n^iyant pas profondément réfléchi sur la nature de ces sigjnes ^ croient que l'obscurité de tout ce qui est écrit ea hiéroglyphes tient uniquement à la jalouse inquiétucie des prêtres, et pensent que l'on peut passer tout naturellement et par gradations suc-^ cessiyes , des caractères hiéroglyj^hiques aux al-

Î>habétiques. Or, ces deux suppositions sont égaement fausses. On peut donc, et l'on doit suiyant moi, sans nier les faits , réyoquer en doute l'explication de la manière dont ils sont arriyés. Je pense que c'est un sujet à soumettre tout de nouyeau à la discussion , malgré les grands trayaux de Warburton et du comte de Caylus , et qu'il serait également curieux et utile d'examiner si ce n'est point aussi à la cause que j'indique , que tient ta disparition de quelcrues anciennes langues de l'Inde , et la difficulté de deyiner cer~ taines écritures. Je suis tenté de le croire \ car il

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