‹ Elémens d'idéologie (volume 2)Chapitre 55 sur 93 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

lions tout à l'heure , est en grande partie une écriture syUabique ; car quand d'une syllabe on n'indique cfue l'articulation (je laisse à part l'accent ou le ton, que dans les deux cas on peut marcnier ou ne pas marquer ) , et quand on laisse à rintelUgenoe du lecteur à -suppléer la voix , il ne s'agit, àla yéritë, que d'ajouter un signe qui indiq;ue cette Toix, pour être tout-à-fait à l'écriture alphabétique; mais tant que cette addition n'est pas faite , le caractère qui exprime l'articulation exprime à lui seul toute la syllabe. C'est un ré" ritable caractère syllabique.

On en peut dire autant des alphabets de la plupart des langues orientales. Non-seulement la forme de leurs lettres est excessivement incommode et trés-diffîcile à tracer^ elles sont surchargées de pointSyde trait8,ct de notes hors Kgne,qui sont une sourceperpétuelle d'erreurs; mais encore , comme dans l'hébreu , une partie des sons n'est point exprimée. On laisse à l'intelligence du lecteur à la suppléer; et qui plus est , la yalenr de ce qui est écrit est souTent changée par l'influence de ce qui ne l'est pas j en sorte qu'il faut saroir la langue et sa syntaxe pour pouroir lire, et que, comme le dit très-bien M. de Volney , la lecture est une divination perpétuelle. On ne saurait trop méditer ce qu'il a ^rit sur ce sujet. Il a trèsbien Yu que 81 les Orientaux en général sont l'opposé des Occidentaux presque en tout , depuis les moindres usages iusqiLaux opinions les plus importantes, cela Tient de la difficulté de la communication des idées entre ces deux classes d'hommes , et que cette difficulté tient bien moins à la différence des langues usuelles ou des signes fugitifs des idées, qu'à l'imperfection des alpha-

fit6 GBABCMikI&E.

btetsou des signes permanens. En conséquence, il propose de commenceif par ëclire ces langues ayec notre alphabet^en j ajoutant quelques caractères ^ et il prouve parfaitement qu'en employant ce moyen, non-seulement on apprendrait beaucoup plus vite les langages de ces peuples , mais encore qu'il serait plus aisé et moins cher de publier et de répandre le peu de manuscrits et de livres

Qu'ils possèdent^ qu'en continuant à se servir e leurs caractères , et que par la on arriverait , avec le tempd , jusqu'à leur faire adopter a euxmêmes une écriture perfectionnée (i).

Je crois cette idée excellente; et si je m'y suis arrêté plus qu'il ne semble que j'aurais dû le faire, ce •n'est pas seulement parce qu'elle vient parfaitement à l'appui de ce que j'ai dit ci-dessus relativement à la langue peinte des Chinois , mais parce que Je sais persuadé qii'elle sera exécutée tôt ou tard , et qu elle aura des conséc|uences extrêmement importantes, et dont il est impossible d'assigner le terme* En effet , le sort des peuples dépend uniquement de l'état de leurs lumières; et celui-ci tient essentiellement au degré de perfection et de commodité des signes permanens qu'ils ont su se

(i) Vo3*i son Voyage en Sjriie, et sa Simplification des Langues orientales. La thèse que soutient cet excellent observateur y est très-bien établie ; et il est , suivant moi , ëvidemment pri>uvë

Î|ue si les iësuites avaient pnsœ moyen , et avaient mieiix choisi es livres qu'ils ont fait imprimer onns leuiv missions , Timprimerie serait à cette heure complètement établie ches les Maronites , et, par suite , peut-être chez beaucoup de nations de l'Orient ; or, il est impossible de déterminer les eonaéquences au'un tel état de choses eût eu lors de l'expédition d'Egypte et e Syrie. — — Je ne prétends point , au reste , affirmer ane l'aipha))et que propose M. de Volney soit irréprochable oans ses détails: c'est aux orientalistes à discuter ces qMestions; mais le fond de l'idée , je le répète , me paraît au'diessus de toutes les objections.

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procurer.C'est p9r ceax-là seuls que Les connaissances se perpétuent , s'accroissent et se répandent. Or» les nations dont il s'agit sont , il est vrai , prëserrees, bien heureusement pour eUes, de Tusage des langues hiéroglyphiques^ mais elles en sont au premier pas dans Fart d'écrire. C'est à celles qui sont plus avancées à leur faire faire de nouveaux progrés 5 sans cela elles resteraient long - temps en stagnation; car, dans toutes les sociétés , c'est toujours du dehors qu'est venue l'impulsion des grandes et utiles innovations. L'histoire fait foi que tout peuple livré à lui-même arrive et reste à un certain terme qu'il ne passe plus ; et le grand avantage des modernes Occidentaux est que les connaissances sont cultivées en même temps dans plusieurs états rivaux , qui se secourent mutuellement et se relaient pour ainsi dire. Quand l'un d'eux commence à se ralentir , l'autre , en le devançant , l'entratne avec lui dans la carrière : c'est ce qui affermit et perpétue leur marche progressive. Faisons donc participer à cet avantage nos premiers maîtres, et.reportons dans l'Orient les amé- : liurations que les Grecs et leurs successeurs ont faites à l'écriture qu'ils ont reçue de ces contrées. Quoi qu'il en soit , notre écriture européenne y. dérivée des alphabets grec et romain , est le dernier étatdes choses; et quoiqu'elle ne soit pas pai>faite , elle est ^ jusqu'à présent, ce que les hommes ont imaginé de mieux dans ce genre. C'est donc elle dont il faut actuellement nous occuper»; nous trouverons dans ses défauts mêmes les moyens de l'améliorer encore. Mais, pour en bieti juger , pour voir nettement et complètement ce que nous en devons penser , pour, démêler avec exaclitude en quoi elle mérite le nom d'alphabé-

srs GRAMMAIRE.

iiqtte , et jnsqa^à qudk point elle est encore syllahique sans q«e nons nons en doutions, il font commencer par examiner avec attention la parole elle-méme,daiit elle est la représentation , et dont elle doit être la repr($seatation fid^e pour être parfaite. Cest, j'ose le dire , ce qni n*a jamais été bien fait.

Les grammairiens, même les plus scii*npaleux en aniu^ses , commencent par dire cpie les KOtr , représentées par les voyelle , sont une espèce de son3 y et que les articulations , représentées par les consomMs , sont une autre espèce de sons ; comme s'il pouyait y ayoir dlins la nature une articulation sans Totx , et une Toix sans ar^ ticttlatioa (i). Ce premier faux pas fiiit , cette pre- ' miére erreur commise j il leur a été impossiikle de ▼oir aTOC lucidité comment une écriture répoAd à la parole , quand un earactère est réellement alphabétique on réritablement syUabiqne , et ce cpie c'est qu'une syllabe : et ils n'ont pu déniéler arec netteté tous les différens sons qui comx>osent le discours , et qui se succèdent avec tant de rapiditédans la prononciation.

Or , en quoi consiste cette erreur fondamentale ?dans la faute qui est la source de toutes les erreurs philosophiques, et, je pourrais ajouter,*de toutes les autres. Elle consiste a prendre une abstraction pour une réalité^ à personnifier une idée abstraite, a croire qu'une qualité qnei!lous

(i) fojet Besftisée, Grammaire gënërale, p. 5 et 6. Il avait commencé par faire comme Tabbé Girard , par ne donner le titre de MM qu'aux voix , ce qui n'est pas plus fuste : et la manière dont ensuite il définit l'articulation yp. 67, semble conséquente à cette premiàre opinion, comme nous le verrous.

Ces inexactitudes et ces variations monU«nt qu'il y a là quelque cbo«B de mal démêlé , et viennent de la cause que findique.

GHAHTBE V. «o^

remarquons dans un sujet est un être rëel et ph)rsimiè comme le sujet auquel elle appartient. Les Toix et les articulations ne sont point des sons , mais les qualités inhérentes aux sons ; et aucun son réel ne peut être dëpourTu ni de l'un ni de l'autre. Rerenons donc aux faits.

7'out langage oral est compos<$ de mots : ces mots sont composés de sons qui se succèdent.

Chacun de ces sons est un effet physique produit

Sar Forçane Tocal sur Porgane auditif; il résulte e l'émission d'une certaine quantité d'àir ^ui sort de la gorge , pendant que le systênde entier de l'organe vocat est disposé d^ine certaine manière. Quand cette disposition de Torgane change en tout ou en partie , d'une manière ou d'une- antre , ce n'est plus le même effet qui est produit ^ ce n'est plus le même son qui se continue , c'en est \in autre qui lui succède. Chaque son , chaque émission d'air réellement distincte d'une autre , réellement différente d'elle par quelque circonstance que ce soit , forme une syllabe naturelle ou physique. Ces «yUabes naturelles ou physiques- sont toujours séparées l'une de l'autre par un mourement quelconque dans l'organe , par un changement dans sa «tisposition , qui interrompt l'émission de l'air , ou seulement la mo difie. Si ces syllabes naturelles ou physiques ne sont pas exactement les mêmes que celles qui sont reC^artaen et avouées par les grammaires , les rhétoriques , et les poétiques des différentes langues, et qu'on peut appeler syllabes conventionnelles ou artificielles , la raison en est <jue les premières (ou les sons réels)ne sont pas toujours aisées à démêler , et que plusieurs de ces syllabes physiques s'unissent ou se confondent facilement ayec

tio GfUMMÂIBK.

ceUe quiks suii ou qm les precéîlc, parce qu'elle* soat ou trés-'bréves ou trés-sourdes, ou que le moU' vement organique qui les sépare est trés^peu bensibie. Oe là Tient que l'on en a souvent réuni plu- Meurs ensémhle sans s'en apercevoir .j et que les syllabes conventionnelles varient dans les divers idiomes et dan s les différentes époques d'une même langue , tandis que les syllabes naturelles sont et seront éternellement les mêmes dans tous les langages. C'est ce que nous allons voir plus clairement en les examinant.

Dans chacune de ces émissions d'air , dans chacun de ces sons , il y a plusieurs choses à remarquer y savoir : lai;o£a: , la durée , le ton , le tim^ bre, et V articulation. Ce ne sont point là autaat d'espèces de sons, mais ce sont autant de circon<stances par lesquelles un son diffère d'un autre et peut en être distingué. Toutes ne sont pas également utiles , ni même également possibles à représenter^mais elles sont bonnes à observer pour ne pas les confondre et pour s'en faire une idée juste.

J'appelle la i/oio- qette circonstance du son qui fait cpi'il est un a ou un i plutôt qu'un, o ou un u ; c'est elle qui détermine principalement la nature des sons les plus remarquables dans nos langues , et il n'y a point de langage où on n'en tienne compte. Une langue qui n'aurait qu'une seule voix ou voyelle touiours la même (i), serait lin ramage insupportable ^ et serait en contradiction perpétuelle arec la nature de notre organisation, qui nous fait produire des voix différentes suivant les différentes impressions dont nous sommes affectés.

( I ) Voyelle «st le nom de lalettre qui marque la voix du toi».

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