CHAPITRE Y« a
marqués dans la prononciation , parce quUls servent beaucoup à rendre la parole plus éclatante et plus distincte de loin , et qu'ils sont aussi plus sensibles dans la prononciation soutenue.
. Après le Zon, j'ai cru devoir remarquer dans les sons ce que je nomme le Ztm^re. J'appelle ainsi cette circonstance du son qui fait que nous distinguons la Yoix d'un homme de celle d'uo autre , bien qu'ils pronoticent tous deux la méipe voix ayec la iaême force, la même articulation, et le même ton j de même que dans un son musical , nous reconnaissons qu'il est produit par deux instrumens de différente espèce, ou même par deux insjtrumens diffërens de la même espèce, bien qu^ils soient parfaitement à l'unisson , çt que toutes les autres circonstances paraissent exactement les mêmes. Ce sentiment si fin de notre mus auditif, on ne peut nier qu'il n'existe , et qu'il ne soit fondé sur des impressions encore plus délicates que celles qui nous font distinguer les voix et même les tons. Je ne rechercherai point ici quelle^ sont les propriétés physiques de l'organe de la ▼oix et de l'organe de l'ouïe , qui en sont la c^use; et je crois au'U n'est au fond que le résultat d'une multitude ae petites différences inaperçues , mais senties , dans les qualités du son que nous ayons déjà examinées. Je le crois d'autant plus, quesouyent l'émission d'un seul son ne suffît pas pour le faire nattre , et que quand plusieurs se succèdent , il ne manque pas de se manifester. D'ailleurs , je ne yois pas comment un son vocal pourrait être différent d'un autre autrement que par la voix, le ton ou l'articulation , si on les suppose de même force et de même durée. Quoi qu'il en soit , on sent bien que ce que j'appeue le (tm-
ai< GRAMMAIRE.
bre du sone«t encore plus impossible à noter que le ton ; et , d'ailleurs , cela est tout-à-fait inutile. Ainsi , cette circonstance du son est entièrement ëtrang^ère à Fhistoire des signes permanens. Je n'en ai fait mention que pour rendre pins complète Pënumération de toutes les parties du sujet qui nous occupe , et pour faire mieux sentir ce que Ton doit penser de ce que quelques grammairiens appellent l'accent pathétique ou oratoire, et l'accent national ou proTincial. En effet, si même ce que j'appelle le timbre du son ou plutôt de l'organe ne doit pas être regardé comme une qualité élémentaire qui appartienne à chaque son en particulier, mais plutôt comme le résultat d'une foule de petites différences inaperçues dans la yoiz , la durée , le ton , l'articulanon , la force des sons qui «e succèdent , ii est encore bien plus certain que ce qui constitue ce que l'on appelle Vaeeent général des différentes passions et des différentes nations, est un effet composé des modifications habituelles de ces mêmes circonstances^ et que ce n'est qu'une analyse superficielle qui peut s'y arrêter. Nous ne nous en occuperons donc pas-, et nous n'ajouterons rien à ce (jae nous aTons dit du timbre. Passons à l'articulation.
L'articulatkm est de toutes les circonstances du son Tocal, celle dont il est le plus difficile de se faire une idée nette et préeise. Les hommes qui n'y ont jamais pensé, et c'est le plus grand nombre , ne se doutent pas qu'on puisse éprouver la moindre peine à se rendre compte de u sicnifioation de ce mot , et sont très«>conYaincus de la comprendre parfaitement. Mais, quand on y ré fléchit ayec attention , on sent bien rite que la
CHAPrTBEV. >i7
chose nVst pas si simple qu'elle le paratt; et si ron consulte les grammairiens , leurs diverses de'finitions prouvent toutes qu'ils y ont été bien tembarrassës, et qu'ils ont fini par ne pas re'soudre la question. Plusieurs ne l'ont pas même abordée. Cependant, c'est parce qu'on a toujours de'méle' incomplètement ce que c'est que l'articulation , . que l'e'criture n'a jamais été qu'une repre'sentation plus ou moins imparfaite delà parole , et qu'il €st arrivé que , dans toutes les langues , les syllabes conventionnelles sont plus ou moins dinérentes des syllabes naturelles.
L'ancienne Encyclopédie , ni le Dictionnaire de l'Académie ne nous disent rien sur ce point. La Grammaire générale de Port-Royal élude la difficulté en parlant tout de, suite de voyelles et de consonnes , sans avoir dit un seul mot ni des ▼oix ni des articulations.
L'abbé Girard décide, sansesamen , que les ar^ ticulaiions ne sont autre chose que les mouwe" mens organiques par lesquels le son de la uoix est agite au moment de son passage et de son impulsion hors d^la bouche. Or, il est bien clair que l'articulation du son est l'effet du mouvement organiqtie, et n'est pas le mouvement luimême. Ainsi , le savant académicien ne nous a{>prend rien.
Beauzée , toujours plus scrupuleux, et plus exact que ses prédécesseurs , même lorsqu'il laisse encore à désirer,, commence par ce? mots (i) : On a coutume de dire que les articulations sont des modifications de la voix , produites par le
(i) Ffl^As Grammaire générale et Encycl(^)édie raélhodique . Art. Articulation. .
lit ORAMMiIRE.
iMouwement subit et instantané Je quelqu^uHé fies parties mobiles de Porgane ; et il se plaint , ATec raison , du vague de cette définition ; car la Toix et le ton du son sont aussi des modification» de la Toix humaine produites par des mouvemens organiques ^ et si par le mot n^oix employé dans la définition , il faut entendre , non pas la TOix humaine en général, mais la circonstance du son appelée la voix , celle que représentent les voyelles, le ton du son est aussi une modification de la voix, prise dans ce sens, produite par des mouvemens organiques. Ainsi, la définition convient également au ton , et n'est pas exclusivement propre à Tobjet défini , Varticuta" tion. Ensuite Beauzée discute longuement et judicieusement ce qu^ c^est que l'articulation. Jl prouve que Taspiration doit être regardée comme une véritable articulation , et sa conclusion est que , les articulations sont les différens degrés distinctifs d^explosions que peuvent recevoir les voix élémentaires de la parole , par le moyen des diverses opérations de V organe pendant Vémission. J'avoue que cette péniMe phrase ne me satisfait point encore absolument, et je crois que les lecteurs penseront comme mor^ car les arti- <:ulations , le» modifications du son que représentent les consonnes , ne sont point les différens degrés d* explosions , mais les effets de ces différens degrés ^ et ces effets , ce n'est pas la voix du son qu'ils modifient , puisque la voix ne change pas , c'est le son lui-même à qui ils font subir une. modification qui n'est ni un changement de voix, ni un changement de ton. Sans xlonc discuter davantage lès opinions des autres , «t sans m'arréter plus long-temps à chercher des
anforités, je vais tout simplement exposer ma fa^ çon de voir.
Je n^examine point de quels mouvemens de Torgane vocal le son est le résultat. Je le considère comme un effet produit ; et cela me suflit. Cet effet produit varie, e'prouve différentes modifications, en conséquence des différentes manières de le produire. Wous ayons déjà examiné deux de ces modifications , Tune que nous appelons la voix, l'autre que nous nommons le ton. Celles-là affectent le son pendant tout le temps de sa durée. Mais les différentes manières dont le son est produit, lui impriment diverses modifications qui ne sont ni la voix ni le ton, qui n^altèrent point celles'^ci, et qui, de pins , en différent en ce qu'elles n'affectent le son qu'au premier moment de son émission , et qu'ensuite elles cessent de s'y faire remarquer pendant tout le tem])S qu'il se prolonge. Ce sont ces diverses modifications instantanées que j'appelle les diverses articulations du son , puisque ce mot est en usage. Je n'aime point cette dénomination, parce qu'elle dérive de l'idée de liaison , de jointure, et que les articulations sont si loin d'être les liaisons des sons , qu'au contraire ce sont elles
aui séparent un son de celui c|ui le suit, et que eux sons sont d'autant plus distincts , que l'articulation qui les sépare est plus forte et plus prononcée , jusqu'au point que, quand elle est très-marque , elle produit un petit silence entre le son qui précède et celui qui suit. L'articula* tion serait donc , suivant moi , mieux nommée production , confection , organisation , prononciation dn son; mais je ne me permettrai pas
9izo GBAMMAIRE.
de cbaneer le terme reçu. Il me suffit d^aroir bien expliqué la siguificatian que je crois qu^on. doit lui donner. L'articulation est donc, suivant moi, une modification du son , qui n'en est ni la Toix ni le ton , qui ne les altère point , et qui en diffère en ce qu'elle n'affecte le son q.u^au moment où il commence, et qu'ensuite elle ne s'y fait plus remarquer i>endant tout le temps qu'il se prolonge. Cest proprement la n%anière dont le son commence a nous affecter, le résultat de la manière dont il commence a être produit.
J'ajouterai que si parmi ces modiQcatioas du son qui, n'e'tant ni la voix ni le ton , méritent d'être regardées comme des articulations , il en est d'inaperçues qui se prolongent ou se répètent après le premier moment de l'émission du son , jet continuent a l'affecter pendant le reste de sa durée j ce sont elles qui constituent la qualité du son dont j'ai parlé sous le nom de timbre. Mais je persiste à penser qu'il n'y en a point de telles , et que le timbre n'est point une qualité d'un son en particulier, mais une qualité de l'organe qui consiste en ce qu'il emploie plutôt certains sons que d'autres, et qu'il les dispose, et varie leur volume , leur force et leur durée d'uffe manière qui lui est propre. (Juoi qu'il en soit, ie croi» avoir donné une notion nette et précise de ce^ que j'entends par l'articulation du son; et je^
Ï>ense que l'idée que je m'en fais est conforme à a nature des choses.
On voit par ce que j'en ai dit , que je ne crois pas qu'il y ait de son sans articulation. Effectivement , je n'imagine pas qu'il puisse y en avoir , parce que je ne conçois rien qui n'ait un commencement et une manière de commencer, ^on-seu-