CHAPITRE ▼. til
nous montre (fue ce sont là autant de qualités dont chaque son vocal est nécessairement revêtu, sans lesquelles il ne peut exister , et qui ne peuvent exister sans un son auquel elles appartiennent; de même que la figure, la grandeur , la pesanteur d'un corps ne peuvent avoif lieu sans ce corps, comme aussi ce corps ne peut exister sans être grand, figure, pesant d'uhe certaine manière et à un certain degré. Ces circonstances, ces qualités du son peuvei^t bien être par la pensée séparées les unes des. autres , et du soit auquel elles appartiennent; mais alors ce sont de pures abstractions de notre esprit. Ce ne sont )>lus des êtres réels. J^ai donc eu raison de dire en commençant , que le langage oral est composé de mots^ que ces mots sont composés de sons; aue chaqrue son vocal résulte d'une émiitsion a'air modifiée d^une certaine manière , qui lui donne certaines qualités appelées articulation , voix,, ton, et durée; que chacun de ces soirs forme une sjrllabo- naturelle et physique , et que ce sont là les elémens matériels de la parole.
Il suitde^là qu'ïl n^y a aucun son^qui mérited'être appelé plutôt une articulation ou une voix , qu'un ton ou une durée. IVoiis pouvons bien avoir un caractère particulier pour figurer chacune de ces quatre qualités d'un son ;..mais il faut la réunion de ces quatre caractères., pour exprimer le son tout entier, pour le déterminer complètement, comme il faut l'énumération de toutes les qualités d'un corps, pour en composer- la description complète. Quand donc- nous écrivons le caractère a, aui ne ligure que la voix d'un son , et que, pour le lire, nous pi'oférons le son que BOUS, appelons «, nous nous trompons granu*^
m4 GBAMMAIBK.
ment, si nous croyons ne faire qae prononcer un« Toiz toute seule , car cela est impossible. A cette voix qui est représentée, nous ajoutons une art»^ culation (aspiration plus ou moins forte], un ton, une durée qui ne sont point figurés; et cela forme un son complet et réel , qui est la seule chose que notre organe vocal puisse produire. Car quand il ne rend pas un son quelconque, il ne fait rien qui puisse aiTecter le sens de Fouie. De même , quand nous écrivons un ;? ou un A , qui marquent une articulation , et que noua les prononçons, novkS leur donnons une voix, un ton et une durée qu4is n'expriment point. Il en est encore de même d\me note de musique, quand nous la chantons. Là, c'est le ton et sou" Vent la durée qui sont marqués par la position et par la forme de la note , et c'est la voix et l'articulation que BOUS suppléons. Ceci bien entendu , nous allons découvrir avec la plus grande facilité tout l'artifice de l'écriture, son origine, sa formation , ses perfectionnemens successifs , et les défauts qui lui restent:
Dans tout sujet de recherches , quand on est bien remonté jusques à un premier fait pris dans la nature , on voit bientôt tons les autres en dériver tout naturellement, tandis que quand on s'est arrêté aux faits secondaires , on ne peut ni en sentir les liaisons, ni en saisir l'ensemble.
C'est à mon a'Vis ce qu'ont toujours fait jusques à présent les grammairiens , même ceux qui sont le plus justement estimés, et à qui nous devons les lumières les plus précieuses sur beaucoup de clioses de détail. Quand ilc ont voulu nous expliquer la théorie générale du langage , ils se sont arrêtés aux mots qu'ils ont trouvés en usage dans