CHAPITRE V. a
It^s langues orales déjà perfectionnëes. Ils ont employé tous leurs enorts à les classer et à les dénommer miéthodiquement. N'étant guides que par des pi;^ncipes qu'ils s'étaient faits arbitrairement, ils ont tous e'té d'avis diflerens. Les formes de ces e'ie'mens du discours leur faisant illusion , ils n'ont pu en démêler complètement la nature et les fonctions; et ils ont Gni par en me'connaiire si bien l'origine et la ee'ne'ration , que plusieurs d'entre eux ont imagine qu'il fallait qu'un être surnaturel eût donné aux hommes un langage tout forme, ce qui n'est autre chose que avouer qu'on ne sait pas comment les hommes sont par- Tenus à le composer ; tandis que si on ét^it remonté jusques aux premiers cris qui nous sont dictes par la nature , on aurait vu qu'ils expriment une proposition tout entière, que bientôt on a séparé le sujet et l'attribut de cette proposition, que le nom a représenté l'un, que le verbe a représenté l'autre , et que tous les autres mots sont des complemens , des développemens et des dérivés de ceux-là.
De même , quand on a voulu rendre raison de la théorie de l'écriture , on ne s'est occupé que des caractères qu'on trouvait inventés. On les a partagés sans examen , en syllabiques et alphabétiques, en consonnes et en voyelles. On ne s'est pas aperçu de la similitude des fonctions des notes de la musique et des accens de l'écriture. On n'a pas vu qu'une note , quand elle est chantée, une voyelle seule, une consonne seule, quand elles sont prononcées, sont de vrais caractères syllabiques , et qu'il en est de même d'une consonne placée devant une autre, à moins qu'elle no se fonde avec cette autre , pour ne ioroier
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3u'une maie et même articulation , qni dès^lort evrait-être représentée par un seal caractère. Tout cela a été si bien brouillé , que parmi- les bommes les plus babil es qui s^en sont occupés , les uns ont cru que Fécriture proprement dite nVtait qu'une dérivation, une dégénération de l'écriture hiéroglyphique ,- ce qui est méconnaître complètement Pesprit de l'une et de l'autre ; les autres ont pensé que cette écriture était une sorte de don du hasard , une espèce de trouvaille fortuite que rien n'arait préparée, lis ont été jusques à se persuader, malgré les faits et les monumens , qirelle avait dû nattre toute parfaite ; et ils ont soutenu que le premier alphabet n'avait pu manquer d'être exempt de tous défauts , quoique tous les nôtres en fourmillent encore. C'est encore bien là avouer son impuissance, et faire, comme à l'opéra , intervenir une divinité , pour dénouer l'intrigue dont on ne peut se tirer CO.
Pour nous , d'après les observations qtie nous venons de faire, nous n'avons pas besoin de faire de ceci une paotomîme à machines , ni de rêver des miracles ; nous voyons très-clairement comment tout s'est passé , et que , dans cette invention comme dans toute autre, l'esprit humain a procédé progressivement, et a suivi en tout sa marche ordinaire.
(i) Un bomme de beaucoup d'esprit m*s dit, mnc ni«on. qu oa ne comprend iamaiabien une chose (|uaad on ne voit pas comment elle a pu être faite. Cette réflexion , qui est de nboa collègue La Bomiguière ( car pourquoi ne lui en feraia-l» pas honneur? ), est fondée sur une prolonde connaissance de ooa cpérations inteUectuelle», et eUs m*a fait attacher le plus grand intérêt à éclatrcir •omplèteœnt rorigine du |aa|a||s ei sel le de l'écriture.